L'honorable Gary Goodyear, C.P., député
Ministre d'État (Sciences et Technologie)
Notes d'allocution
Ottawa (Ontario)
Le 2 novembre 2011
La version prononcée fait foi
Je vous remercie.
Permettez-moi tout d'abord de souligner la présence de Son Excellence le très honorable David Johnston, gouverneur général du Canada.
Monsieur l'ambassadeur Jacobson, Monsieur Newman, Mesdames et Messieurs, bonjour!
Je suis heureux de me joindre à vous, dans le cadre de cette conférence fort à propos sur l'amélioration du contexte de l'innovation en Amérique du Nord.
À titre de ministre d'État des Sciences et de la Technologie et de ministre d'État responsable de l'Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l'Ontario, je suis enchanté d'avoir cette occasion de discuter de ce thème important avec mes amis canadiens et américains.
Mesdames et Messieurs, nos deux pays entretiennent entre eux une relation aux racines profondes. Nous partageons une des plus longues frontières du monde. Nos gouvernements, milieux universitaires et entreprises échangent des connaissances et des compétences. Et nous profitons ensemble des progrès scientifiques et de la prospérité qui en découle, dans le cadre d'une économie nord-américaine très intégrée.
Comme le ministre du Commerce international Ed Fast l'a souligné récemment à Washington, l'an dernier, le commerce bilatéral de biens et de services entre nos deux pays a atteint une valeur de 650 milliards de dollars, soit plus de 1,8 milliard de dollars par jour, ou à peu près 1,2 million de dollars la minute!
Tout compte fait, les emplois de plus de huit millions d'Américains dépendent du commerce avec le Canada, tout comme plus de deux millions d'emplois canadiens sont liés au commerce avec les États-Unis. Le Canada est la principale destination des exportations de 36 États américains. Inutile de préciser que notre qualité de vie commune est grandement fonction de la relation existant entre nos deux pays.
Nos deux pays ont en commun de nombreux intérêts et initiatives et, disons-le franchement, il leur arrive aussi d'avoir des problèmes. Toutefois, nos différends finissent toujours par nous rapprocher.
Prenons le cas de l'initiative « Par-delà la frontière » lancée par le premier ministre Harper et le président Obama, en février. Grâce à cet effort, nos gouvernements accroissent la sécurité et la compétitivité économique à l'intérieur du périmètre, ce qui améliore le commerce et la circulation transfrontalière des biens et des personnes et réduit la paperasserie.
À titre de ministre chargé du développement régional, je comprends directement l'importance déterminante des échanges libres et efficaces entre nos deux pays. Notre gouvernement croit que l'accroissement du commerce et de l'innovation représente la meilleure façon de créer et de protéger des emplois et de faire prospérer nos économies respectives. Nous comptons donc poursuivre le dialogue sur des questions telles que l'American Jobs Act et la nouvelle infrastructure du corridor Windsor-Détroit.
Je sais aussi à quel point l'innovation revêt une importance vitale pour la prospérité du continent. Je représente une région où se trouvent une université axée sur la recherche et le contexte international, et j'ai nommé l'Université de Waterloo, et aussi deux installations de recherche qui sont des chefs de file mondiaux dans leur domaine, à savoir l'Institute for Quantum Computing (Institut d'informatique quantique) et le Perimeter Institute for Theoretical Physics (Institut Perimeter pour la physique théorique). En outre, le siège social de Research in Motion et celui d'OpenText sont installés là. Le thème du Sommet ne m'est donc pas entièrement étranger.
Je peux aussi vous dire que le Canada envisage l'innovation comme une grande entreprise plutôt que comme un effort national. Or, toutes les démarches faites pour relever des défis communs, faire reculer les frontières du savoir et accroître les débouchés économiques reposent sur des partenariats solides.
Dans une économie intégrée, les progrès scientifiques et technologiques accomplis d'un côté de la frontière ont des effets positifs de l'autre.
Or, l'innovation et la collaboration n'ont jamais importé autant qu'aujourd'hui.
Le Canada et les États-Unis font face tous deux à une concurrence accrue de la part de la Chine, du Brésil et de l'Inde, entre autres, dans les secteurs de la fabrication à valeur ajoutée et de la recherche industrielle et dans celui de la formation et du perfectionnement d'un personnel hautement qualifié.
Tout cela a lieu avec, pour toile de fond, une incertitude économique persistante et généralisée dans les pays occidentaux industrialisés.
La reprise demeure fragile. Dans l'ensemble, le Canada a eu de la chance. Ses paramètres économiques fondamentaux demeurent solides et, dans le cadre du Plan d'action économique, le gouvernement crée et protège des emplois en maintenant les impôts à un faible niveau, en attirant des investissements et en appuyant davantage la formation et la recherche.
Cela dit, nous entrons dans une période de restrictions, tandis que notre gouvernement cherche à réduire le déficit et à retrouver l'équilibre budgétaire. Cela signifie que des choix difficiles s'imposent. Or, cette réalité ne se limite pas au côté nord du 49e parallèle.
Au moment où nous nous tournons vers l'avenir et où nous mettons l'accent sur la création d'emplois durables et sur une croissance soutenue, une collaboration plus efficace en matière de sciences et de technologie offre d'énormes possibilités. Les partenariats à haut rendement produisent des progrès rapides du savoir et accélèrent les découvertes en procurant aux chercheurs un accès immédiat à des idées, à des installations et à des renseignements plus nombreux. Ils favorisent aussi le partage des coûts, des risques et des retombées de la recherche.
Ce n'est pas par hasard que le thème de la réunion de l'American Association for the Advancement of Science en 2012 sera « Aplanir le monde : édifier la société mondiale du savoir » (Flattening the World: Building the Global Knowledge Society). La réunion portera surtout sur les efforts internationaux et multidisciplinaires nécessaires pour relever les défis du XXIe siècle. Soit dit en passant, elle se tiendra dans la magnifique ville de Vancouver.
Conclusion : nous avons tout intérêt à intensifier les efforts pour faire en sorte que nos deux pays demeurent des chefs de file mondiaux dans les domaines de la science, de la technologie et de l'innovation.
Mesdames et Messieurs, j'aimerais maintenant mentionner quatre mesures qui offrent de grandes possibilités en cette période difficile.
Tout d'abord, faire fond sur les partenariats existants entre les établissements de recherche et les entreprises du Canada et des États-Unis et en créer de nouveaux.
En deuxième lieu, créer des partenariats dans le domaine de la recherche financée par le gouvernement fédéral (les grappes régionales, par exemple), où nous pouvons acquérir un avantage compétitif renforcé de part et d'autre par nos deux pays.
Troisièmement, multiplier nos partenariats d'entreprises dans le secteur de la recherche-développement.
Et, enfin, apprendre l'un de l'autre les pratiques exemplaires à employer en matière de politiques et de réglementation.
En classe et dans le laboratoire, les États-Unis sont de loin le plus important partenaire de recherche du Canada. Parmi les grands domaines de recherche figurent la biomédecine, l'espace, les technologies de l'information et des communications, l'énergie, l'environnement et l'Arctique.
Cette culture de collaboration est profondément ancrée dans nos universités, des milliers d'étudiants canadiens et américains poursuivant leur formation dans le pays les uns des autres. La même observation vaut pour les professeurs canadiens et américains qui traversent librement la frontière pour aller enseigner et mener des recherches avec leurs collègues. Plus de la moitié de tous les scientifiques canadiens qui publient des ouvrages en collaboration sur la scène internationale le font avec des collègues américains.
Afin de faire fond sur la recherche scientifique de haut calibre exécutée ici, au Canada, notre gouvernement a lancé plusieurs initiatives qui aident les chercheurs prometteurs à franchir les principales étapes de leur carrière. Mentionnons le Programme des bourses d'études supérieures Vanier, le Programme des bourses de recherches postdoctorales Banting et le Programme des chaires de recherche du Canada, qui appuient des chercheurs en devenir ou bien établis. Par ailleurs, il existe un nombre limité de Chaires d'excellence en recherche du Canada qui offrent 10 millions de dollars à des universitaires de réputation internationale. Ces programmes ne tiennent pas compte de la nationalité ou du pays d'origine des récipiendaires dont bon nombre sont des Américains, il ne faut pas s'en étonner.
Je peux aussi affirmer qu'une collaboration en bonne et due forme est fortement établie dans nos relations entre gouvernements. En fait, il existe environ 23 accords relatifs aux sciences et à la technologie entre les États-Unis et des ministères fédéraux canadiens; ils portent sur des domaines variés allant de l'étude des fonds marins à la recherche spatiale.
En outre, le Canada a collaboré de très près avec les responsables du programme spatial américain, depuis la création de la NASA. Les ingénieurs et les scientifiques canadiens ont joué des rôles clés dans les programmes Mercury, Gemini et Apollo. Par ailleurs, l'Agence spatiale canadienne continue de travailler avec la NASA dans le cadre de projets tels que ceux concernant le télescope spatial James Webb, la mission Phoenix Mars Scout et la mission du satellite CloudSat.
Les initiatives bilatérales productives de ce genre se poursuivront, comme j'ai été heureux d'en discuter assez en profondeur hier avec M. Colglazier.
Enfin, permettez-moi de dire quelques mots sur la façon dont les entreprises canadiennes et américaines conjuguent leurs efforts pour innover. C'est là un comportement que nous devons conserver pour améliorer notre compétitivité économique.
C'est en fait le secteur privé qui met l'innovation au travail, en présentant des biens, des services et des procédés qui créent des emplois, améliorent la vie de nos populations et engendrent la prospérité dans nos économies.
Dans de nombreux cas, les entreprises américaines et canadiennes puisent les unes chez les autres le personnel hautement qualifié et les fruits novateurs de la R-D dont elles ont besoin. De même, les entreprises cherchent constamment à s'associer à d'autres, installées de l'autre côté de la frontière pour accéder ainsi à une clientèle plus vaste et stimuler leur croissance.
Prenons, par exemple, la société Honeywell. Son usine de Tempe (Arizona) est chargée du système de gestion thermique de l'électricité équipant le chasseur F-35. L'usine de Honeywell, à Mississauga, est connue depuis longtemps pour son savoir-faire dans le domaine des systèmes électroniques de régulation climatique à bord des aéronefs. C'est pourquoi Honeywell s'est adressée à elle pour concevoir et mettre au point le contrôleur, c'est-à-dire le « cerveau » du système de gestion thermique de l'électricité.
C'est là un magnifique exemple de cas où l'innovation a profité aux intervenants des deux côtés de la frontière. Ce système fera partie du F-35 qui équipera l'Aviation américaine (USAF) et l'Aviation royale canadienne, ce qui attestera encore plus la coopération transfrontalière entre les deux pays et leurs intérêts communs.
Dans l'industrie pharmaceutique, l'innovation libre et axée sur la collaboration est devenue essentielle à la commercialisation de nouveaux traitements importants par de petites sociétés de recherche.
Par exemple, Cardiome Pharma, une société détachée de l'Université de la Colombie-Britannique, est en train de mettre au point, en collaboration avec la société Merck installée aux États-Unis, un médicament destiné à stabiliser l'état des malades risquant de faire une crise cardiaque. Par ailleurs, Pfizer (et d'autres entreprises aussi) travaille avec deux sociétés montréalaises de biotechnologie pour accélérer la mise au point de médicaments.
Pareille collaboration est essentielle pour créer de nouvelles possibilités dans nos secteurs des sciences de la vie, au chapitre de la fabrication.
Exprimées sous la forme d'un pourcentage du PIB, les dépenses de nos établissements d'enseignement supérieur au titre de la R-D sont les plus élevées du G7. Cependant, il nous reste encore du travail à faire pour édifier l'économie du savoir de demain.
Malgré le soutien considérable accordé par le gouvernement fédéral au titre de la R-D, le Canada continue d'accuser du retard quant aux dépenses des entreprises dans ce même secteur, à la commercialisation de nouveaux produits et services et à la croissance de la productivité.
Nous savons que notre secteur privé pourrait faire davantage en augmentant ses investissements dans la R-D et en en faisant une stratégie d'affaires fondamentale.
C'est pourquoi nous avons demandé, il y a un an, à une commission indépendante d'experts d'examiner les investissements fédéraux dans la R-D des entreprises et dans celle ayant une orientation commerciale, et de nous fournir des conseils sur l'optimisation de notre soutien. Nous sommes en train d'examiner ses recommandations. Nous amorcerons bientôt un examen semblable du financement accordé au secteur de l'aérospatiale, et la R-D sera au cœur de cet exercice.
Mesdames et Messieurs, je sais que les États-Unis se butent à leurs propres obstacles lorsqu'il s'agit de conserver leur leadership international au chapitre de l'innovation. Je sais aussi que nos deux pays peuvent beaucoup apprendre l'un de l'autre.
L'objectif économique le plus important des gouvernements de toute la planète est sans doute d'améliorer leur rendement en matière de recherche scientifique et de développement technologique. Or, je sais que cette préoccupation domine le programme politique des dirigeants, tant à Washington qu'à Ottawa.
J'aimerais terminer en citant ici le premier ministre Stephen Harper : « La science est le moteur du commerce. »
Je crois que, si nos deux pays travaillent ensemble dans les domaines de la science, de la technologie et de l'innovation pour améliorer leur niveau de vie et procurer une prospérité économique durable à leurs populations, le monde se tournera de plus en plus vers eux pour entrevoir l'avenir.
Je vous remercie.