Toronto, le lundi 5 décembre 2011
SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS
Je suis ravi d’être parmi vous aujourd’hui, à l’occasion de la Journée mondiale du bénévolat et de visiter ce lieu impressionnant qui, en soi, reflète le pouvoir du bénévolat.
J’ai fréquemment souligné la générosité des Canadiens et la force du secteur bénévole de notre pays. À cet égard, le Festival international du film de Toronto est un parfait exemple des changements dynamiques et progressifs que nous pouvons apporter dans nos collectivités pour le plus grand bien de tous. Avec ce festival, qui est l’un des plus prestigieux de ce genre au monde, Toronto figure en bonne place dans le calendrier culturel international, et la ville et le Canada tout entier en bénéficient.
Ce que les gens connaissent moins bien, alors que c’est d’une importance capitale, c’est la contribution des bénévoles au succès de cet événement. L’an dernier, plus de 54 000 heures ont été consacrées par plus de 2 000 bénévoles aux divers volets du festival. Des organisations telles que Volunteer Toronto sont les intermédiaires entre les gens qui veulent offrir leurs services bénévoles et les organisateurs d’événements. Ainsi, des milliers de Torontois bénéficient d’expériences valables et formatrices comme bénévoles.
Grâce à l’esprit de bénévolat que vous avez aidé à susciter dans cette métropole, de nombreux événements ont bénéficié d’un appui grandement nécessaire à leur succès. Je ressens d’ailleurs cette belle énergie ici, ce soir. Je sais que les bénévoles ont joué un rôle de premier plan dans la transformation positive de cette collectivité.
Cela me rappelle le triomphe des Olympiques d’hiver 2010 à Vancouver, où la performance des athlètes a été dynamisée par l’excellence des bénévoles.
J’irais jusqu’à dire que le travail même qu’accomplissent les bénévoles transforme en fait cette collectivité et l’ensemble du pays, une personne à la fois, par la réciprocité merveilleuse qui est implicite dans l’acte de donner.
À cet égard, permettez-moi de citer Jean Vanier, qui a tant fait pour nous sensibiliser à la nature de l’altruisme et à sa valeur pour notre société.
« La société est composée d’individus », écrivait-il, et « en nous ouvrant aux autres, nous nous permettons de nous préoccuper de leur sort, et alors, la société dans laquelle nous vivons se doit également de changer et de devenir plus ouverte. Nous allons commencer à œuvrer ensemble pour le bien commun. »
Ce qui me frappe au sujet de cette notion, c’est que l’accent est mis sur chacun de nous en tant qu’individus. Nous devons aller vers l’autre et laisser libre cours à notre bienveillance, si nous voulons que nos collectivités changent pour le mieux.
Cet accent qui est mis sur l’individu, sur chacun de nous, renvoie à un aspect important de la réciprocité du don de soi, c’est-à-dire que l’acte de donner nous transforme. La notion de bénévolat signifie généralement qu’une personne fait bénéficier une autre personne ou un organisme caritatif de son temps et de son énergie. C’est ce don de soi qui est au cœur du bénévolat. Or, en se donnant pour le bien de quelqu’un d’autre ou d’une cause, la personne en retire satisfaction, devenant elle-même bénéficiaire.
L’un des besoins les plus fondamentaux de l’être humain est d’être en rapport avec d’autres, de faire partie d’un tout plus grand que soi. Le don de soi a un effet de réciprocité, en ce sens que la personne qui se voue à une cause, à une communauté, à un mouvement, satisfait ainsi ce besoin fondamental.
Dans le monde d’aujourd’hui, il y a une grande soif, une soif d’esprit communautaire. Il y a aussi un désir profond de résoudre des problèmes, et nous avons tout à fait la capacité de le faire. En effet, les Canadiens n’ont jamais été si instruits, si bien préparés et disposés à changer les choses pour le mieux. C’est ce que j’ai observé au fil des visites que j’ai effectuées à travers le Canada au cours de cette année et lors de visites à l’étranger comme celles que j’ai faites récemment en Asie du Sud-Est.
Il y a une multitude d’exemples de Canadiens qui consacrent bénévolement leur temps et leurs talents à une bonne cause. Ici même, à Toronto, les bénévoles qui œuvrent auprès de l’organisme Pathways to Education dans le quartier Regent Park ont changé la vie de jeunes filles, de jeunes garçons et de leurs familles, grâce à l’éducation. Il y a également des bénévoles à l’œuvre dans l’Arctique, où des partisans d’Habitat pour l’humanité construisent des maisons à coût abordable dans leurs temps libres. J’ai aussi rencontré des bénévoles canadiens au Vietnam, qui combinent éducation et bénévolat dans un contexte mondial.
Pourtant, ces réussites n’empêchent pas que bon nombre de Canadiens débordants d’énergie, de talents et de bonne volonté soient souvent frustrés ou aient le sentiment que leurs compétences ne sont pas suffisamment mises à profit. Les raisons en sont nombreuses, mais l’une des plus importantes est sans doute que bien des gens sont dépassés par la mondialisation et par la complexité croissante de notre monde.
Dans un nouveau rapport, les Nations Unies abordent d’ailleurs cette question.
Comme vous le savez, c’est aujourd’hui la Journée mondiale du bénévolat, mais également la célébration d’un moment important du mouvement bénévole international. En commémoration du 10e anniversaire de la proclamation de la Journée mondiale du bénévolat, les Nations Unies lancent aujourd’hui le tout premier Rapport sur la situation du volontariat dans le monde, qui prône le bénévolat comme étant essentiel au progrès durable et équitable des collectivités et des pays.
L’une des réflexions contenues dans ce rapport a trait à la notion de développement humain, qui repose essentiellement sur l’idée d’offrir aux gens de multiples choix pour qu’ils puissent vivre des vies enrichissantes. Or, comme le font si bien remarquer les auteurs du rapport :
« La mondialisation transforme rapidement les normes culturelles et sociales pour le plus grand avantage de certains, mais c’est une évolution qui exclut et marginalise une autre tranche de la population. Bien des gens ont l’impression de ne plus être maîtres de leur vie. »
Ce point me rappelle les conclusions d’un autre rapport publié dernièrement, celui de la Fondation Vancouver, un organisme à but non lucratif qui verse des fonds essentiels à des œuvres de bienfaisance et diverses causes à travers la Colombie-Britannique. Au terme d’un sondage visant à cerner les préoccupations sociales les plus importantes dans la province aujourd’hui, les membres de la fondation ont été surpris d’apprendre que le sentiment d’isolement ressenti par les gens qui habitent au centre-ville de Vancouver figurait au haut de la liste.
Ce n’est ni l’itinérance ni la pauvreté ni le coût de la vie, mais bien l’isolement et le sentiment de n’avoir aucun lien avec ses voisins et ses concitoyens.
Je suis par ailleurs convaincu que Vancouver n’est pas la seule ville où ce sentiment d’isolement existe.
Dans l’ensemble, ces conclusions révèlent à la fois toute la mesure du défi à relever et l’occasion intéressante qui s’offre à nous. Comme le souligne le nouveau rapport de l’ONU, « Le bénévolat est une façon pour les gens de prendre une part active à la vie de leur collectivité et de leur société. Ils acquièrent ainsi un sens d’appartenance et d’inclusion et peuvent alors influer sur la direction qu’ils veulent donner à leur vie. »
C’est alors que la capacité et le désir de faire le bien permettent de satisfaire le besoin fondamental de l’être humain de s’habiliter et que se révèle la réciprocité du don de soi.
Cet automne, à l’occasion du premier anniversaire de mon installation comme gouverneur général, j’ai prononcé un discours devant les membres du Canadian Club de Vancouver, au cours duquel j’ai exposé dix défis que devra relever le secteur de la philanthropie et de la bienfaisance. Le premier, et sans doute le plus fondamental, est d’identifier les besoins de la collectivité.
Comme nous l’avons vu, l’une des lacunes de nos collectivités de plus en plus urbanisées est l’esprit communautaire et tous les avantages qui découlent d’un sentiment d’appartenance et d’accomplissement.
Je suis convaincu que les milliers de bénévoles qui se vouent infatigablement à diverses causes, à Toronto, forment une merveilleuse communauté de gens créatifs et dynamiques, qui ont les mêmes aspirations. J’ai également la certitude que le bénévolat qu’ils font les enrichit d’étonnantes manières et approfondit leur sentiment d’attachement, de fierté et d’appartenance envers cette ville.
Il en est de même pour tous ceux qui consacrent leur temps et leur talent pour améliorer des vies et pour offrir des perspectives d’avenir à des gens, que ce soit à Toronto, ailleurs au Canada ou dans le reste du monde. En travaillant main dans la main, nous pouvons nous transformer positivement nous-mêmes ainsi que nos collectivités.
Comme le disait cette éminente Torontoise, l’activiste June Callwood :
« Le respect d’autrui, voilà ce qui va sauver le monde. »
Cet énoncé n’a rien d’abstrait. En se souciant du sort d’autrui et du bien-être de nos collectivités respectives, nous pouvons réapproprier notre identité de citoyens et redevenir les artisans de notre destinée.
Les gens me demandent souvent pourquoi je considère que le bénévolat est si important pour notre société, ce à quoi je réponds : « Vous n’avez qu’à voir les résultats. » Depuis toujours, l’acte de se donner pour les autres a assuré notre survie au Canada. Les premiers colons avaient bien compris à quel point ils dépendaient les uns des autres pour leur survie. Samuel de Champlain, notre premier gouverneur général dans les faits, disait que la colonie de Port Royal n’aurait pas survécu à son premier hiver, en 1605, n’eût été de l’aide généreuse des Premières nations locales. Par la suite, des vagues d’immigrants se sont succédé, travaillant ensemble et comptant les uns sur les autres dans l’espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants. Nous sommes devenus une nation de bâtisseurs de granges, de voisins qui s’entraident. Je vais vous en donner un exemple.
Nous avons tendance, aujourd’hui, à croire que cette interdépendance est chose du passé et que nous n’avons plus vraiment besoin les uns des autres. Or, j’estime que c’est une illusion. Après tout, Champlain avait également compris l’importance de prôner l’esprit communautaire à Port Royal, en établissant l’Ordre de Bon Temps tout simplement pour encourager la bonne volonté et le partage de valeurs communes. Il avait compris, intuitivement, que l’être humain a fondamentalement besoin de se sentir lié à une communauté avec laquelle il partage un but commun.
Nos conditions de vie actuelles ont évidemment changé en 400 ans, mais je crois que nous avons toujours autant besoin les uns des autres.
J’ai eu la chance, durant ma vie, d’avoir bénéficié d’actes de bienveillance et de générosité qui m’ont permis de m’épanouir comme individu. Je suis également conscient de la responsabilité que j’ai d’en faire autant, de répondre à l’appel du devoir, en tentant d’aider les autres. C’est la raison pour laquelle je suis si heureux d’être ici, aujourd’hui, pour vous exprimer ma reconnaissance et vous encourager à poursuivre votre important travail.
Je tiens à remercier les nombreux bénévoles qui ont consacré tant de temps, de talent et d’énergie pour le bien de cette collectivité, sans oublier les partisans et les organisateurs de Volunteer Toronto pour tous leurs efforts.
En prônant le bénévolat et en offrant aux gens différentes possibilités de se vouer à une cause, vous devenez un catalyseur de changement, d’un changement social majeur.
Ce changement est nécessaire, et il est possible.
Merci.