Le Premier ministre Stephen Harper a fait aujourd’hui le discours suivant lors du souper d’honneur annuel de la fondation Appeal of Conscience :
« Merci beaucoup. Rabbin Schneier, président Chenevert, Louis; mes collègues ministres Baird, Kent, Fantino, Ablonczy; secrétaire parlementaire Obhrai; sénatrice Wallin; ambassadeurs Doer et Rishchynski; haut commissaire Campbell; consul général Prado; les autres lauréats Vikram Pandit et Virginia Rometty; invités honorés qui partagent notre table d’honneur et distingués invités; mesdames et messieurs.
« Je veux d’abord commencer par remercier Henry Kissinger de cette généreuse présentation.
« Je dois dire, M. Kissinger, que je suis, bien sûr, conscient non seulement de votre contribution immense à votre pays et aux relations internationales, mais je suis votre admirateur depuis longtemps.
« Je dois vous dire que je fais partie de vos admirateurs depuis l’époque où je n’étais pas encore en âge de voter.
« C’est pourquoi le fait de me trouver sur cette scène avec vous et que vous me présentiez signifie vraiment beaucoup pour moi.
« Je suis, bien sûr, honoré, et veux remercier le rabbin Schneier, du fait que nous sommes tous ici ce soir.
« Je ne parle pas uniquement de cette nombreuse et impressionnante assemblée, mais plus particulièrement de la cause pour laquelle vous nous avez réunis, comme vous le faites depuis tellement d’années.
« Dans un univers rempli d’intérêts contradictoires et complexes qui entrent en concurrence les uns avec les autres, il est trop facile de faire la sourde oreille à la voix douce et subtile de notre conscience.
« Mais si nous le faisons, le monde est perdu.
« Vous avez choisi de consacrer votre vie à prendre les horreurs que vous avez vécues et à vous en servir pour nous rappeler une dimension réellement porteuse d’espoir : la liberté et la dignité humaine de chaque personne.
« C’est pourquoi vous avez toute notre admiration et notre estime!
« Mesdames et messieurs, c’est sur ces fondations de liberté et de dignité humaine que le Canada cherche, dans un monde incertain, à élaborer une politique étrangère qui repose sur des principes certains.
« Ces principes sont enracinés dans le patrimoine de notre propre pays et dans le respect qu’on y nourrit depuis longtemps pour la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.
« Mais ils vont plus loin que cela.
« En ce qui a trait aux affaires étrangères, il existe un vaste consensus parmi les Canadiens et les Canadiennes; un esprit de générosité que l’on pourrait décrire comme un simple désir de jouer franc jeu.
« Par exemple, nous, les Canadiens, sommes très conscients de notre propre souveraineté, et nous attendons de nos gouvernements qu’ils prennent des décisions pragmatiques dans l’intérêt national du Canada.
« Mais nous voulons également que ces gouvernements soient de bons citoyens du monde, qui essaient de comprendre le point de vue des autres, et qui tâchent d’agir de concert avec nos partenaires, dans l’intérêt supérieur de l’humanité.
« Bien sûr, cela ne revient pas, mes amis, à essayer de séduire tous les dictateurs à l’aide d’un vote aux Nations Unies ou à simplement accepter tous les consensus internationaux qui émergent, même lorsqu’il s’agit d’aberrations évidentes.
« Lorsque nous devons faire face au mal, nous adoptons dans nos affaires des positions fortes, fondées sur nos principes, qu’elles soient populaires ou non.
« Et c’est ce à quoi le monde s’est attendu du Canada – et a obtenu de lui – lors des deux guerres mondiales, en Corée, au cours de nombreuses opérations de maintien de la paix, lors de la première guerre du Golfe et, bien sûr, plus récemment, en Afghanistan et aussi en Libye.
« Enfin, je suis venu vous dire que les Canadiens sont fiers, immensément fiers, d’être réputés pour avoir mis sur pied à la fois une économie concurrentielle et une société compatissante, et de la combinaison sans pareille de diversité culturelle et d’harmonie qui attire chez nous des gens de tous les pays.
« En un mot, mesdames et messieurs, je me présente ici ce soir pour accepter votre prix, non en raison de mes qualités personnelles, mais au nom du pays unique et magnifique que j’ai le privilège de diriger.
« Parmi les atouts dont dispose le Canada figure son voisinage.
« Il faut dire que le Canada n’a réellement qu’un seul voisin, et c’est le meilleur voisin qu’un pays puisse souhaiter.
« Maintenant, cher rabbin, nous nous souvenons qu’il y a 200 ans, cette année, débutait la dernière guerre survenue entre nos deux pays; la guerre qui a réellement établi notre indépendance.
« Le fait que notre pays, relativement petit en comparaison au vôtre, ait pu vivre en sécurité et prospérer durant près de deux siècles témoigne de la force constante et de la bienveillance qui constituent l’essence des États Unis d’Amérique.
« Alors, merci de ce formidable partenariat et de votre amitié inébranlable.
« Et, mes amis, permettez moi de poursuivre en vous disant que …
« Nous condamnons sans équivoque les récentes émeutes antiaméricaines survenues devant vos ambassades et nous exprimons nos sincères condoléances à ceux et celles qui ont perdu des amis et des proches à la suite de l’attaque meurtrière dont votre consulat en Libye a été la cible.
« Cela, mesdames et messieurs, m’amène à faire ce que je veux faire ce soir, qui consiste à vous faire part d’une brève réflexion quant à l’état du monde dans lequel nous vivons et de l’état de nos valeurs au sein du monde dans lequel nous vivons.
« Il y a quelques instants, je parlais d’un monde incertain.
« De quelles incertitudes s’agit il, et quelles sont leurs conséquences?
« Les années que nous traversons actuellement nous apparaissent comme une époque de changements extraordinaires, comme si une main gigantesque faisait tourner la roue de l’histoire.
« Certains pays ayant toujours partagé les mêmes valeurs que nous, comme un bon nombre de nos amis européens, sont écrasés par des dettes qu’ils ne semblent pas parvenir à endiguer, par des dépenses obligatoires qu’ils ne peuvent plus se permettre et par des économies chancelantes qui montrent peu de signes de croissance.
« Pendant ce temps, nous assistons à l’émergence de nouvelles puissances dont l’adhésion à nos idéaux n’est souvent ni ferme, ni claire.
« Ce que certains ont perçu comme un printemps rempli d’espoir pour la démocratie se transforme rapidement en été de colère et de populisme.
« Les vieilles rancœurs semblent ressusciter et stimuler les groupes qui prônent la terreur, et certains États dangereux et voyous cherchent à obtenir des armes nucléaires.
« Bien entendu, ces grands changements mondiaux s’accompagnent souvent de possibilités d’envergure mondiales.
« Lorsque je le regarde, le monde est probablement plus libre et plus démocratique aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été depuis ma naissance.
« Pourtant, paradoxalement, l’avenir du monde libre et démocratique a rarement été aussi menacé.
« Comme je l’ai déjà dit, certaines nouvelles puissances ne sont ni des amis sûrs, ni des ennemis implacables.
« Parce qu’elles sont peut-être plus compliquées, plus difficile à évaluer, je n’élaborerai pas davantage à ce sujet si ce n’est pour dire qu’il est très important, lorsque nous interagissons avec de telles puissances, de comprendre clairement et de ne jamais oublier à qui nous avons affaire.
« Certains autres pays, toutefois, constituent sans ambiguïté un danger clair et actuel, qui ne nécessite aucune évaluation approfondie.
« Parmi ceux ci, vient en premier lieu le gouvernement de l’Iran.
« Je ne parle pas seulement, mes amis, de son bilan désastreux en matière de droits de la personne, ou de l’aide active qu’il apporte au régime brutal de la Syrie, ou de son soutien indéniable aux entités terroristes, ou de sa négation constante des droits diplomatiques, ou de sa quête de l’arme nucléaire; mais c’est plutôt la combinaison de tous ces éléments avec une idéologie réellement malveillante qui devrait nous inquiéter.
« Je crois que la voix de notre conscience nous oblige à dénoncer ce que le régime iranien défend et représente.
« De la même façon qu’elle nous oblige à exprimer notre soutien à l’égard du pays le plus directement visé par la haine que nourrit ce régime, soit l’État d’Israël.
« Cependant, mes amis, notre appui à Israël ne signifie pas que nous sanctionnons chacune des politiques de son gouvernement.
« Cependant, lorsqu’il s’agit du pays de la communauté mondiale dont l’existence même est menacée, notre gouvernement refuse de se servir de tribunes internationales pour montrer du doigt et critiquer Israël.
« Et il est important de déclarer que, peu importe les lacunes d’Israël, ni l’existence, ni les politiques de ce pays ne sont responsables des pathologies présentes dans cette partie du monde.
« Et nous sommes également conscients d’une leçon que l’histoire nous a enseigné selon laquelle ceux qui prennent le peuple juif comme cible de leur intolérance raciale ou religieuse deviendront inévitablement une menace pour chacun de nous.
« Et, de fait, ceux qui ciblent Israël de cette manière aujourd’hui sont également, par leurs paroles et leurs actes, une menace pour toutes les sociétés libres et démocratiques.
« Maintenant, mes amis, je dis cela non pour encourager quelque mesure particulière, ni pour souhaiter plus de misère à la population iranienne qui souffre depuis longtemps, mais plutôt pour que nous n’hésitions pas à reconnaître le mal dans le monde lorsqu’il le faut.
« Notre gouvernement soutient simplement que la communauté internationale doit en faire plus, doit tout mettre en œuvre pour accentuer la pression et isoler ce régime.
« Mesdames et messieurs, laissez moi seulement terminer en vous disant ceci.
« Nous ne devrions jamais considérer les autres comme étant du côté du mal simplement parce qu’ils sont en désaccord avec nous ou nous font concurrence.
« Mais là où se trouve le mal se trouveront invariablement des divergences irréconciliables avec les idéaux qui animent le Canada, les États Unis et les pays aux vues similaires.
« Les idéaux selon lesquels toutes les personnes sont investies de la dignité humaine et devraient se voir accorder les mêmes droits.
« Le rôle du Canada n’est pas de faire la leçon aux autres, mais notre gouvernement se doit de faire les choix que les circonstances nous imposent, et nous ferons ces choix.
« Premièrement, nous choisirons nos amis avec soin.
« Et nos véritables amis sont ceux qui, de par leur essence, respectent à la fois la volonté de leur majorité et les droits de leur minorité.
« Deuxièmement, nous négocierons ouvertement et équitablement avec ceux qui pourraient ne pas être nos amis, mais nous ne nous laisserons pas leurrer quant à ces relations.
« Et nous ne sacrifierons pas les principes qui nous guident pour obtenir quelque avantage éphémère.
« Troisièmement, nous ferons en sorte de reconnaître les menaces claires et sans équivoque, et nous en dénoncerons les auteurs lorsqu’ils seront devant nous.
« Et finalement, cette fois pour nous mêmes, nous viserons à gérer nos propres affaires, notre économie et nos finances, de manière à ne jamais compromettre notre liberté d’action.
« Car nous devons nous souvenir que les idéaux que nous défendons ont peut être une valeur inestimable, mais ils ne sont pas invincibles.
« Ils exigent de nos pays une forte vigilance et une bonne gouvernance.
« Et nous devons avoir la capacité de rendre les générations qui viendront conscientes que ces idéaux constituent des privilèges.
« Nous devons, par conséquent, les respecter nous mêmes et les enseigner à nos enfants.
« Nous devons parler de démocratie dans nos écoles.
« Nous devons faire l’éloge de la liberté et de la justice.
« Nous devons valoriser nos institutions et leur longévité.
« Et nous devons chérir les droits individuels pour lesquels nos ancêtres ont versé leur sang, et inscrire en nos cœurs la vision de citoyens qui savent ce que signifie le fait de vivre sans connaître la crainte.
« Parce qu’au bout du compte, là est la marque de la liberté.
« Mes amis, si nous faisons ces choses, nos pays sauront résister et continuer d’inspirer les autres.
« Et ceux d’entre nous qui ont été choisis pour diriger auront accompli tout ce que l’on pouvait attendre d’eux.
« Merci encore de m’avoir invité, de l’honneur que vous m’avez fait en m’invitant ce soir. »