Merci, Scott, pour cette aimable présentation. Je suis ravi d'être ici.
J'aimerais tout d'abord féliciter le partenariat GrowCanada d'avoir mis en évidence le rôle potentiel de l'innovation canadienne et internationale dans la lutte contre l'insécurité alimentaire à l'échelle mondiale.
Depuis que je suis ministre de la Coopération internationale, j'ai beaucoup appris sur le rôle important que jouent les Canadiens dans les projets de développement, en particulier ceux qui sont axés sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Cet été, lorsque je me suis rendu dans la région du Sahel, en Afrique de l'Ouest, j'ai constaté par moi-même les défis que doivent surmonter les personnes qui ne peuvent manger à leur faim et qui souffrent de malnutrition aiguë.
Il est très troublant de savoir que la plupart de ces victimes sont des enfants. Ce voyage m'a encore plus fait prendre conscience de l'importance du travail du Canada et de ses partenaires canadiens dans la lutte contre la faim et la pauvreté dans le monde.
Aujourd'hui, j'aimerais vous parler :
- des mesures que prend le Canada pour s'attaquer à l'insécurité alimentaire à l'échelle mondiale;
- de la façon dont les partenariats public-privé peuvent améliorer la croissance;
- du potentiel de l'industrie agricole au Canada dans les pays en développement, ainsi que de sa contribution possible pour aider ces pays à lutter contre la faim.
Ce travail est d'autant plus essentiel que la faim demeure une préoccupation mondiale.
Je crois que nous sommes prêts à nous assurer que le Canada occupe la première place dans le secteur agricole à l'échelle mondiale.
Ce que fait le Canada pour lutter contre l'insécurité alimentaire à l'échelle mondiale
Tout d'abord, j'aimerais vous donner une idée de l'ampleur et de la complexité de ce défi ― et des possibilités qui s'y rattachent.
Le mois dernier, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, le Fonds international de développement agricole et le Programme alimentaire mondial ont publié un rapport intitulé L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde 2012.
Le rapport indique que, malgré les progrès réalisés depuis vingt ans, la malnutrition chronique touche encore près de 870 millions de personnes.
Ce nombre est beaucoup trop élevé, compte tenu de l'amélioration des technologies et des compétences agricoles.
De manière générale, tous s'entendent pour dire qu'il faut continuer d'accorder de l'importance à la sécurité alimentaire dans les pays menacés par la sécheresse et les pénuries de vivres.
Ainsi, il sera plus facile d'éviter de graves crises alimentaires à l'avenir.
Nous devons aider les exploitants agricoles à accéder aux données de recherche et aux connaissances, et à les appliquer, afin qu'ils puissent soutenir le développement agricole durable.
Pour combler les besoins criants, le Canada exerce à l'échelle mondiale un plus grand leadership en matière de sécurité alimentaire, et il a fait de cet enjeu l'une des priorités de l'aide internationale du gouvernement.
En 2009, des pays membres du G8 ainsi que d'autres partenaires du développement et donateurs importants ont pris un engagement en matière de développement agricole durable dans le cadre de l'Initiative de L'Aquila pour la sécurité alimentaire.
Cet engagement aide à réduire la pauvreté en améliorant les moyens de subsistance dans certaines des régions rurales les plus pauvres du monde.
L'an dernier, le Canada a été le premier pays à tenir les engagements pris à L'Aquila.
Le travail du gouvernement du Canada
Au Soudan, grâce à la contribution canadienne, de petits exploitants agricoles ont triplé le rendement de leurs récoltes, car ils ont reçu une formation leur permettant d'utiliser de meilleures techniques agricoles.
En Afghanistan, des familles vulnérables ont accru leurs revenus en diversifiant leur production horticole et animale.
Auparavant, privés d'accès à des systèmes d'irrigation, les exploitants agricoles afghans produisaient souvent une seule récolte, le pavot, principal ingrédient servant à fabriquer de l'opium.
Des agents talibans ont exploité ces personnes et vendu de l'opium pour financer leur campagne d'assassinat et d'intimidation.
Grâce aux investissements du Canada, bon nombre de ces exploitants agricoles ont grandement amélioré le rendement de leurs récoltes de grenade et de safran, ce dernier valant au sens propre « son pesant d'or ».
Le plus important, en fin de compte, c'est que des choix s'offrent maintenant à ces personnes et à leur famille.
En effet, elles peuvent rejeter une idéologie extrémiste et subvenir aux besoins de leur famille.
Le Canada concentre aussi ses efforts sur la participation des femmes dans le secteur agricole.
Dans de nombreux pays en développement, la plupart des petits exploitants agricoles sont des femmes; celles-ci représentent en moyenne 43 % de la main-d'œuvre agricole.
Les femmes sont essentielles au développement économique et à la croissance agricole.
Voilà pourquoi, au Vietnam, le gouvernement du Canada a soutenu un projet qui donne à 27 000 femmes accès à du crédit, utilisé pour l'élevage de bétail à petite échelle.
Selon nos estimations, le projet a permis d'abaisser de 46 % à 15 % le seuil de pauvreté dans 137 collectivités.
Assurément, l'insécurité alimentaire est un problème complexe qui nécessite des solutions novatrices et durables.
La mise en commun de données de recherche et de connaissances est au cœur des efforts d'innovation que nous déployons pour soutenir la croissance agricole durable dans les pays en développement.
Lorsque l'innovation agricole est dirigée par les besoins des petits exploitants agricoles, elle peut offrir des solutions à long terme.
En 2009, le gouvernement du Canada et le Centre de recherches pour le développement international ont lancé le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale.
Ce fonds soutient des partenariats entre des organisations de recherche au Canada et dans les pays en développement, dont l'objectif consiste à trouver des solutions novatrices au réel potentiel de croissance, économiquement viables, socialement acceptables et durables sur le plan de l'environnement.
Par exemple, des chercheurs ont mis au point une décortiqueuse plus efficace pour les petites céréales, un vaccin unique pour protéger le bétail contre les maladies tropicales et une microfibre pouvant préserver les fruits pendant leur transport vers des marchés lointains.
Le potentiel de commercialisation de ces technologies offre des possibilités de partenariats et de démarches novatrices dont profitent les partenaires; il permet d'accroître la productivité agricole et d'améliorer la nutrition.
C'est un triple gain.
L'an dernier, le premier ministre a annoncé la deuxième phase du Fonds afin d'appuyer davantage de recherches et de mobiliser de nouveaux partenaires.
Fournir aux ménages des aliments plus nutritifs et de meilleure qualité fait aussi partie de la démarche du Canada.
Actuellement, des millions de personnes parmi les plus vulnérables ne consomment pas suffisamment de fer, d'iode, de vitamine A, d'acide folique et de zinc, qui les aideraient à combattre certaines maladies, la cécité, des déficiences intellectuelles et la mort.
C'est également pourquoi le Canada participe au Mouvement de renforcement de la nutrition (SUN) pour attirer l'attention des pays et du monde entier sur la nutrition.
Le Canada soutient le programme HarvestPlus, dans le cadre duquel on mène de vastes recherches et des essais sur des cultures de base comme la patate douce, le millet perlé et les fèves enrichis de fer, de zinc et de vitamine A.
Le but est de distribuer ces produits enrichis aux ménages.
Le Canada a également collaboré avec des pays qui souhaitent améliorer leurs interventions en nutrition grâce à des partenariats comme l'Alliance du zinc pour la santé de l'enfant.
L'Alliance est un partenariat novateur entre les secteurs public et privé et la société civile, conclu entre le Canada, une entreprise privée canadienne ― Teck Resources ― et l'Initiative pour les micronutriments, leader mondial dans le domaine de la nutrition.
Ce partenariat contribue à réduire la mortalité chez les enfants, grâce à de vastes programmes de traitement au zinc.
Ensemble, nous travaillons avec le Sénégal pour fournir des suppléments de zinc dont bénéficieront plus de 1,7 million d'enfants de moins de cinq ans et qui réduiront considérablement le nombre de décès chez les enfants.
Nous savons que le secteur de l'agriculture ― au Canada comme à l'étranger ― peut jouer un rôle clé dans l'amélioration de ces technologies.
Améliorations apportées par le gouvernement du Canada aux partenariats public-privé
Nous savons que les problèmes en agriculture sont complexes.
Dans toutes les régions du monde, on doit compter sur le secteur public et le secteur privé pour améliorer l'ensemble de la chaîne de valeur, de la ferme à la table.
Des études montrent que peu de pays réalisent une croissance économique durable sans tout d'abord développer leurs secteurs agricoles.
La croissance axée sur l'agriculture est quatre fois plus efficace pour réduire la pauvreté que la croissance dans d'autres secteurs.
Cependant, nous savons que l'aide au développement ne permet pas à elle seule d'obtenir à long terme des gains durables.
Nous reconnaissons la nécessité d'encourager les investissements du secteur privé et d'appuyer des partenariats publicprivé novateurs pour réellement réduire la pauvreté et alléger la faim.
Le volume des apports de capitaux privés vers de nombreux pays en développement est aujourd'hui beaucoup plus élevé que le volume de l'aide étrangère.
Les investissements directs étrangers prédominent, par un ratio de 5 à 1, sur l'aide au développement officielle.
En outre, en 2010, les dons privés du Canada versés aux pays en développement ont atteint 2 milliards de dollars; les envois de fonds de la part de Canadiens ont dépassé 15 milliards de dollars ― presque trois fois le montant total de l'aide au développement officielle.
Les montants investis directement à l'étranger par le secteur privé canadien - dont le secteur agricole - continuent d'augmenter.
Le gouvernement du Canada aide à instaurer les conditions requises pour attirer le capital nécessaire aux entreprises afin de créer des emplois, de donner aux entreprises l'accès aux marchés et d'encourager l'innovation, la formation et le commerce.
Nous savons que nous pouvons atteindre nos objectifs de développement concernant l'agriculture dans les pays en développement, et en même temps, favoriser la prospérité au Canada.
Nous voulons collaborer avec des partenaires canadiens qui reconnaissent que la conduite responsable des affaires et les répercussions sociales positives sont bonnes pour leur rendement.
Et nous souhaitons encourager un apport constant d'investissements privés qui permettront aux exploitants agricoles et à leur collectivité de bénéficier de capitaux, de savoir et de technologies.
C'est pourquoi le Canada contribue à l'initiative sur le secteur privé du Programme mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire, afin de trouver des méthodes de financement novatrices dont bénéficieront les petits exploitants agricoles et les petites et moyennes entreprises agroalimentaires.
Cette initiative permet d'octroyer des prêts, des capitaux, des garanties et une assistance technique à des entreprises privées travaillant dans des pays en développement, ce qui aide les petits exploitants agricoles à accroître leur productivité et à accéder à de nouveaux marchés.
Par exemple, dans le cadre de cette initiative, un financement a été accordé au Pran Group du Bangladesh pour qu'il puisse élargir ses opérations de transformation des aliments et de dépulpage des fruits.
Ces interventions ont permis de créer 1 200 emplois et de s'assurer que plusieurs milliers d'exploitants agricoles bénéficient d'une demande constante et de prix équitables pour leurs produits.
Nous avons besoin d'autres partenariats comme ceuxci, et nous serons à la recherche d'idées semblables pour décider de notre approche à l'égard de la collaboration avec le secteur privé.
Le Canada a également entériné la Nouvelle Alliance du G8 concernant la sécurité alimentaire et la nutrition.
Nous versons 219 millions de dollars sur trois ans pour aider la Nouvelle Alliance à sortir 50 millions de personnes de la pauvreté d'ici dix ans, grâce à un processus piloté par l'Afrique qui vise à accroître les investissements du secteur privé dans l'agriculture.
À ce jour, 21 entreprises africaines et 27 multinationales ont signé des lettres d'intention en vue de faire des investissements de plus de 3 milliards de dollars dans tous les chaînons de la chaîne de valeur agricole.
Ces investissements pourraient venir en aide à des millions de petits exploitants agricoles partout en Afrique.
Lorsque j'ai assisté à l'Assemblée générale des Nations Unies en septembre, j'ai participé au lancement du Conseil de leadership pour la Nouvelle Alliance, une coalition de gouvernements, d'entreprises du secteur privé et d'organisations de la société civile.
Ce Conseil guidera les efforts mondiaux déployés pour stimuler les investissements du secteur privé dans l'agriculture en Afrique.
Comme je l'ai dit à mes collègues étrangers, le leadership n'est pas seulement synonyme de promesses ― il faut également obtenir des résultats tangibles et respecter nos engagements.
Ensemble, nous pouvons améliorer la croissance agricole en Afrique et arracher des millions de personnes à la pauvreté.
Incidence du secteur agricole canadien sur le développement
Le secteur agricole canadien possède de nombreux points forts : la capacité de cerner des débouchés commerciaux; des connaissances et des compétences spécialisées en matière de technologies, d'innovation et de recherches agricoles; et les ressources humaines et financières nécessaires pour changer la situation.
Le secteur agricole canadien possède de vastes compétences dans la production d'engrais et de semences améliorées qui conviennent à différentes conditions de culture.
Pour collaborer, nous devons comprendre la contribution que le secteur public et le secteur privé peuvent apporter. La force du Canada réside dans le fait qu'il connaît ces pays.
Et nous entretenons des relations de longue date avec les gouvernements partenaires, ce qui nous permet de donner de l'élan à ces initiatives, compte tenu de nos compétences et de notre crédibilité.
Nous connaissons leurs besoins et leurs priorités, et nous sommes résolus à obtenir des résultats durables.
Dans ce contexte mondial de plus en plus complexe, je crois que les entreprises, les exploitants agricoles et les chercheurs canadiens sont des partenaires essentiels pour assurer la sécurité alimentaire dans le monde.
J'invite les entreprises agroalimentaires canadiennes à chercher à l'étranger de nouveaux partenaires et de nouveaux débouchés.
En unissant nos efforts, nous aurons une incidence positive et durable sur la réduction de la faim et de la pauvreté.
J'invite toutes les personnes ici présentes à chercher de nouvelles façons de promouvoir l'établissement de partenariats qui donnent de réels résultats.
Le secteur agricole canadien a un rôle majeur à jouer dans les activités que le gouvernement du Canada met en œuvre pour garantir la sécurité alimentaire aux personnes les plus vulnérables.
Et cette conférence est une occasion rêvée pour promouvoir le nouveau plan de collaboration ― qui englobe tous nos partenaires, dont vous ― et dont tous peuvent profiter, des exploitants agricoles aux consommateurs, ici comme à l'étranger.
Merci.
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