Mesdames, Messieurs,
Je suis ravi de me joindre à vous aujourd’hui. Je tiens à remercier Wolfgang Ischinger qui m’a invité à me joindre à votre distingué groupe d’experts dans le cadre de ce que j’appellerais le dialogue permanent sur la responsabilité de protéger.
En tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères et en ma qualité de ministre de la Défense depuis maintenant six ans, je possède une vaste gamme d’expériences qui ont façonné mon opinion à ce sujet.
Je vais m’en inspirer au cours de la prochaine heure, dans le cadre de discussions qui, je n’en doute pas, seront animées.
… La responsabilité de protéger a-t-elle un avenir?
Eh bien…
Permettez-moi de vous livrer quelques réflexions à cet égard.
Premièrement, puisque le concept de la responsabilité de protéger est abordé lors de chaque forum où nous tentons de trouver des solutions pour accroître la sécurité dans le monde, cela signifie qu’il fait maintenant partie du dialogue international, au même titre, disons, que l’était la dissuasion pour la communauté internationale chargée des questions de sécurité.
Deuxièmement, peu importe en quoi consiste ou ne consiste pas la responsabilité de protéger, il ne s’agit pas d’un modèle d’intervention. Rien n’est automatique dans une intervention et il n’y a pas une approche unique à quelque chose d’aussi complexe et, en toute honnêteté, d’extrêmement compliqué sur le plan politique et sur le plan opérationnel.
Comme l’a dit Kofi Annan, rarement une intervention donnera lieu à un consensus international.
Il suffit de prendre l’exemple du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui devrait être notre tribune commune en matière d’intervention. Or, les membres du Conseil parviennent rarement à s’entendre – on n’a qu’à penser au débat entourant la tragédie en Syrie.
Puis, lorsque nous décidons enfin d’agir, nous devons nous assurer que nous ne causerons aucun tort – comme les médecins qui prêtent le serment d’Hippocrate.
Il faut éviter les conséquences inattendues.
Il ne faut pas trop simplifier l’intervention.
Troisièmement, je crois que la responsabilité de protéger contribue à faire évoluer la norme internationale relative au comportement des États. Mais, on le sait, il faut beaucoup de temps avant que les normes s’imposent et soient respectées.
Cependant, à l’instar du Protocole de Genève de 1925 interdisant l’utilisation des armes chimiques, de la Charte des Nations Unies, de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide…
… nous sommes en train d’établir une nouvelle norme — un nouveau point de référence pour définir la souveraineté : la souveraineté n’est pas inviolable.
La responsabilité de protéger ne consiste pas à remplacer la souveraineté des États. C’est une question de souveraineté et de responsabilité.
Ce qui m’amène à mon dernier point.
Pour moi, la responsabilité de protéger, c’est la responsabilité de prévenir et la responsabilité de reconstruire. C’est donner suite à nos actions et nous engager rapidement dans une approche systématique et uniforme pour créer les conditions propices à la sécurité des gens.
À titre de ministre de la Défense, je sais qu’une intervention militaire doit être la mesure de dernier recours.
Si nous avons retenu une leçon de nos récentes expériences et interventions, c’est que nous devons, en tant que communauté internationale, en faire plus en matière de prévention en ayant recours à ce que nous appelons une approche exhaustive – diplomatie, développement, engagement économique…
… qu’il ne faut pas attendre que les problèmes dégénèrent avant de déclencher une intervention militaire…
… qu’il faut s’attaquer à la source des problèmes – y compris la gouvernance.
Dans le cadre de notre réflexion sur l’avenir de la responsabilité de protéger, ces quelques points devraient alimenter nos discussions.
Danke.