Ces cinq dernières années, le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont assumé un leadership en mettant en œuvre des mesures stratégiques et en effectuant des investissements visant à surmonter les conditions économiques difficiles, à promouvoir la création d’emplois et à stimuler l’économie. Voilà le genre de mesures sur lesquelles ces deux institutions doivent continuer de mettre l’accent à court terme. Parallèlement, sous la présidence de Jim Yong Kim, le Groupe de la Banque mondiale dresse des plans pour l’avenir, et il a proposé deux grands objectifs qui guideront l’orientation du Groupe durant la prochaine phase de la reprise économique et après celle‑ci :
- éliminer la pauvreté extrême d’ici une génération en ramenant à 3 %, d’ici 2030, le pourcentage de personnes vivant avec moins de 1,25 $US par jour;
- favoriser la prospérité commune en faisant en sorte que, dans tous les pays, les personnes comprises dans la tranche inférieure de 40 % de la population profitent de la croissance économique et de la création d’emplois.
Nous soutenons ces objectifs généraux. La croissance économique ainsi que la prospérité commune et inclusive constituent des éléments clés de l’élimination de la pauvreté dans le monde.
En tête de nos priorités se trouve la conclusion fructueuse de la Dix‑septième reconstitution des ressources de l’Association internationale de développement (IDA-17). L’atteinte de ce résultat dans le contexte des objectifs proposés nécessitera des ajustements de la part des institutions faisant partie du Groupe de la Banque mondiale. J’aborde ce sujet plus en détail ci‑après.
Les objectifs généraux proposés par le président Kim s’avèrent particulièrement pertinents pour notre groupe de pays étant donné la stagnation de la croissance économique dans les Caraïbes au cours des deux dernières décennies, qui découle de problèmes intrinsèques en matière de compétitivité, de ratios de la dette au produit intérieur brut élevés et de problèmes budgétaires structuraux, lesquels ont empiré sous l’effet de la crise financière mondiale. Le Groupe de la Banque mondiale, de concert avec d’autres partenaires du développement, doit aider la région à établir des stratégies durables de croissance dans le secteur public et le secteur privé, par l’entremise du travail effectué dans le cadre du Caribbean Growth Forum (forum pour la croissance dans les Caraïbes).
Nous devons toujours garder à l’esprit l’extrême vulnérabilité des petits États insulaires, dont certains font partie de notre groupe, et nous devons continuer de favoriser la résilience de nos membres les plus vulnérables tandis que nous renouvelons les priorités du Groupe de la Banque mondiale.
Les moyens que nous prenons pour atteindre les objectifs comptent tout autant que les objectifs eux‑mêmes. La mise en œuvre de ces objectifs doit être coordonnée et harmonisée avec le travail des partenaires nationaux et internationaux du développement, notamment les Nations Unies, tout particulièrement maintenant que nous nous approchons de la date cible de 2015 pour l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et que nous déterminons collectivement le programme qui sous‑tendra nos actions après 2015.
Le Groupe de la Banque mondiale doit continuer de trouver des solutions novatrices en vue d’aider les pays en développement à créer ou à développer des secteurs clés viables, comme ceux de la fabrication, des services et l’extraction ainsi qu’à investir dans le potentiel économique des femmes entrepreneures et employées, et en vue de les aider à établir des industries agricoles qui contribuent à améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition. Compte tenu de la nature des défis actuels en matière de développement, le Groupe de la Banque mondiale doit approfondir et renforcer son engagement auprès du secteur privé en tant que partenaire du développement.
L’initiative récemment approuvée AgRésultats constitue un exemple prometteur de solution novatrice. AgRésultats est un partenariat unique en son genre entre la Banque mondiale et plusieurs participants, dont le Canada, visant à encourager le secteur privé à trouver des solutions originales aux problèmes mondiaux en matière de sécurité alimentaire. Dans le cadre de cette initiative, les gouvernements déterminent le montant qu’ils paieront pour l’obtention d’un résultat souhaité en matière de sécurité alimentaire, et des innovateurs du secteur privé viennent présenter les meilleurs moyens d’atteindre cet objectif. Nous payons uniquement lorsque les résultats ont été obtenus.
Nous devons également trouver des façons originales de soutenir les États fragiles et ceux touchés par des conflits, particulièrement en établissant une assise économique pour assurer la stabilité et la croissance. À cette fin, il faut faire appel à la Société financière internationale (SFI) en tant qu’instrument visant à faciliter le développement du secteur privé, surtout dans l’Afrique subsaharienne, où les conflits et la fragilité freinent encore la réalisation de progrès vers l’atteinte des OMD. Le partenariat innovateur de l’Irlande avec la SFI et d’autres donateurs dans le cadre de l’Initiative relative aux États africains touchés par des conflits peut fournir des enseignements utiles en ce qui concerne l’adoption d’une approche programmatique et axée sur les résultats pour le développement du secteur privé dans les États fragiles à l’échelle mondiale. Cela signifie également qu’il faut encourager l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) à stimuler un investissement accru du secteur privé dans les États fragiles et touchés par des conflits.
L’Irlande, qui assume actuellement la présidence de l’Union européenne (UE), a défendu l’idée selon laquelle la sécurité alimentaire et la nutrition doivent faire partie intégrante de la politique de développement de l’UE, notamment en reconnaissant l’importance du Mouvement SUN (Scaling Up Nutrition), qui profite également d’un appui important de la part du Canada.
Les changements climatiques et les catastrophes naturelles augmentent le risque de faim et de sous‑alimentation dans le monde. À cet égard, nous saluons l’initiative qu’a prise l’Irlande en tant que présidente de l’UE de mettre en évidence les difficultés de nature juridique liées aux questions de faim, de nutrition et de climat à la conférence de Dublin, plus tôt cette semaine. L’importance d’investir dans l’agriculture pour améliorer la nutrition a aussi fait l’objet d’une discussion lors d’une activité tenue conjointement par le Canada et l’Irlande, hier.
Enfin, pour atteindre ces objectifs, il faudra que chaque dollar investi dans le cadre de la reconstitution des ressources et des fonds fiduciaires soit assorti de résultats mesurables, dans un contexte d’apprentissage et d’amélioration continus. Le Groupe de la Banque mondiale doit notamment continuer d’améliorer les résultats en ce qui concerne la surveillance, les rapports et l’évaluation des fonds fiduciaires soutenus par les donateurs faisant partie de notre groupe.
Nous sommes impatients de définir ces objectifs de manière plus approfondie à l’automne, notamment à l’occasion des Assemblées annuelles, au cours desquelles on discutera de la stratégie proposée par le Groupe de la Banque mondiale en vue d’atteindre ces objectifs dans le contexte d’une reprise économique mondiale et d’une création d’emploi continues.
Nous accorderons une attention particulière cette année à la conclusion d’un processus fructueux de reconstitution des ressources de l’IDA-17. Dans le cadre de ce processus, nous recommanderons qu’un accent important soit mis sur les répercussions du développement, un soutien amélioré aux États fragiles, une attention soutenue concernant l’avancement de l’égalité entre les sexes, et un rôle important pour la SFI et l’AMGI dans les pays les plus pauvres.
Nous continuerons d’encourager des activités conjointes accrues en matière de planification, d’exécution, d’apprentissage et de production de rapports à l’échelle du Groupe de la Banque mondiale. À cet égard, je salue les efforts du président Kim; sous sa direction, le Groupe de la Banque mondiale commence à faire preuve d’une plus grande détermination à agir comme une seule entité coordonnée.
Cinq pays atteignent un point de leur développement qui leur permet d’être admissibles à un passage de l’IDA au volet des pays à revenu intermédiaire de la Banque mondiale, soit la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD). Nous félicitons ces pays pour ce qu’ils ont accompli, mais nous sommes conscients que des défis demeurent. Dans le cadre de l’IDA-17, nous devons nous assurer que les pays en question puissent faire une transition sans heurts vers le statut d’États relevant de la BIRD uniquement. Nous devons collaborer pour veiller à ce que la BIRD soit préparée à élargir ses activités de prêt aux cinq pays concernés, ce qui montrera que le Groupe de la Banque agit de manière concertée pour atteindre l’objectif consistant à éliminer la pauvreté absolue.
Le fait de donner suite collectivement à nos engagements de 2010 en matière de recapitalisation est une étape essentielle de ce processus. Il faut donc procéder à une contribution additionnelle de 1,6 milliard de dollars au capital pour soutenir l’augmentation des prêts aux pays à revenu intermédiaire, y compris les pays qui quittent l’IDA et ceux faisant partie de ce groupe. L’Irlande participera également à la recapitalisation en 2013 et les années suivantes, conformément au fort engagement qu’elle a toujours démontré à l’égard de la Banque mondiale.
Pour qu’on puisse mettre fin à la pauvreté extrême d’ici une génération, il faudra que tous les éléments du Groupe de la Banque mondiale collaborent pour utiliser le plus efficacement possible nos capitaux limités et pour veiller à ce que chaque dollar soit assorti de résultats tangibles et mesurables.