Merci beaucoup tout le monde de m’accueillir si chaleureusement chez moi.
Merci également, John, pour cette aimable présentation et pour votre bon travail.
John, comme il l’a souligné, a travaillé très fort, il s’y est pris par trois fois pour parvenir là où il est aujourd’hui, et il est un incroyable atout pour notre caucus.
C’est un plaisir de se rendre au travail chaque jour et de travailler avec vous, John, alors, tout le monde, applaudissez-le chaleureusement pour le formidable travail qu’il accomplit pour vous.
Madame la première ministre Wynne, mesdames et messieurs les conseillers Parker, Stintz, Fragedakis, Devon David, nos maîtres de cérémonie Ian Proudfoot de Metroland, nos commanditaires, mesdames et messieurs, chers amis, c’est vraiment un grand plaisir pour moi d’être ici ce soir, ce l’est vraiment.
Je veux féliciter également le conseiller Parker, toute son équipe, John et Virginia, tous les autres, pour le travail acharné qu’ils ont fait en vue d’organiser cette soirée.
Applaudissons-les chaleureusement, tout le monde, encore une fois.
Lorsqu’un homme s’habille comme ça, cela vaut de nombreux applaudissements, je vous l’assure.
Maintenant, mes amis, il y a quelques mois, des membres de mon personnel m’ont fait parvenir le texte d’une proposition de vidéo qu’on m’a demandé de préparer pour l’événement de ce soir.
Le texte commençait en citant une chanson.
La citation était celle-ci : « There are places I remember all my life. »
Bon nombre d’entre vous aurez reconnu qu’il s’agit d’une chanson des Beatles.
C’est une chanson durant laquelle John Lennon repense au quartier de son enfance, à la façon dont certaines choses ont changé alors que d’autres sont restées les mêmes, il pense au fait que certaines personnes qu’il a connues sont maintenant disparues, alors que d’autres sont encore parmi nous.
La chanson comporte un solo de piano de style baroque, qui semble parfois flotter entre les modes majeur et mineur, entre affection et tristesse, comme le font souvent les souvenirs.
Elle ne fait pas partie des grands succès des Beatles, mais il s’agit de l’une de leurs chansons les plus subtiles et les plus belles. Elle s’inscrit également dans leurs premières véritables réalisations artistiques.
La chanson a été écrite vers le milieu de l’année 1965, ce qui correspond, bien entendu, au Leaside dont je me souviens.
Les grands changements culturels de cette période étaient sur le point de se produire.
Tous les parents continuaient d’écouter la bonne vieille chaîne CFRB.
Et tous les adolescents écoutaient CHUM.
Et à l’école élémentaire North Lea, la cour d’école était complètement séparée, entre les garçons et les filles, et personne n’était censé passer d’un côté à l’autre.
Les cheveux de quelques garçons plus vieux commençaient à toucher leurs oreilles, et quelques filles plus vieilles portaient des vêtements plus serrés et des jupes plus courtes et, ce qui était plus scandaleux pour l’association des parents et des enseignants, des rumeurs voulaient que certains d’entre eux s’échangeaient des baisers.
Vous pourriez croire que certains de mes premiers souvenirs de cette période étaient de nature politique.
En vérité, ce n’est pas tellement le cas.
Mais je me souviens de quelques souvenirs précoces ayant trait à la politique.
En fait, mon premier véritable souvenir clair en lien avec la politique à Leaside, à peu près à cette époque, est le débat en vue de trancher si le Canada devait, ou non, se doter d’un nouveau drapeau.
Ceux d’entre vous qui étaient nés à cette époque se souviendront que l’intensité des émotions était très élevée. Des voisins, de nombreux voisins ont cessé de se parler, tant les différends étaient prononcés.
Du haut de mes cinq ans, j’ai décidé de plonger dans le dossier, et j’insistais pour demander à tous ceux que je croisais dans la rue quelle était leur opinion par rapport au drapeau, et pourquoi.
J’étais simplement curieux.
Je me souviens qu’environ la moitié de la population voulait garder l’ancien drapeau, mais que ce camp se divisait en deux.
Pour la plupart d’entre eux, l’ancien drapeau était le Red Ensign canadien, mais pour un groupe plus restreint et très passionné, l’ancien drapeau était plutôt le Union Jack. L’autre moitié des gens sur nos rues, dont, en passant, faisaient partie mes parents, voulait le nouveau drapeau, mais ce camp était aussi un peu divisé, car, comme certains d’entre vous se souviendront peut-être, il existait deux principaux croquis pour le nouveau drapeau.
Les Harper aimaient celui avec les deux bandes bleues et les trois feuilles d’érable, et naturellement, bien des gens étaient aussi en faveur de notre drapeau actuel, que j’arbore aujourd’hui, avec les deux bandes rouges et une feuille d’érable.
Je me souviens très bien d’être sorti de la classe de maternelle de Madame Fortier un jour et d’avoir observé le nouveau drapeau être hissé à l’école, et très rapidement, le calme est revenu dans le quartier.
Mais si les habitants de Leaside étaient divisés sur cette question, il y avait une question sur laquelle nous étions tous du même avis.
En fait, cette question nous définissait.
Et c’était le fait que Leaside devait être une municipalité indépendante.
Je réponds depuis longtemps à cette question, car les gens me la posent dans différentes régions du pays : « Mais d’où venez-vous exactement? »
Et je leur réponds que j’ai grandi dans une petite ville dans Toronto.
Les habitants de Leaside d’alors – et ceux d’aujourd’hui aussi je crois – savent ce que je veux dire.
Mais à cette époque, dans les années 1960, c’était littéralement ce que nous voulions dire.
Le fait de grandir ici dans ce temps-là signifiait aussi que nous comprenions tout à fait, comme on me l’a enseigné, que l’une des grandes erreurs de l’histoire de l’humanité s’est produite lorsque Leaside a perdu son statut de municipalité indépendante lors de la fusion en 1967.
J’ai entendu certaines personnes raconter l’histoire selon laquelle, sans que l’on sache comment, j’avais rencontré John Diefenbaker lorsque j’étais jeune et que c’est cela qui m’avait mis sur ma voie actuelle, qui m’a fait entreprendre mon parcours politique.
En fait, je n’ai jamais rencontré John Diefenbaker.
Je ne l’ai jamais rencontré alors et je ne l’ai jamais rencontré par la suite.
Cependant, lorsque j’étais jeune, un jour où je me promenais en ville avec mon père, j’ai rencontré la mairesse True Davidson.
Quelqu'un se rappelle de True Davidson?
C’était tout un personnage, et je me souviens que j’étais très jeune.
Elle m’a parlé très gentiment, et je me souviens que mon père la trouvait correcte, la trouvait bonne.
Toutefois, elle ne serait jamais, pour nous comme pour tous ceux qui la connaissaient, ou pour tous ceux que je connaissais dans ce secteur, notre mairesse.
C’était la mairesse d’East York.
Comment quelqu’un pourrait-il penser que Leaside pourrait être gouvernée adéquatement ou équitablement par quiconque se trouvait dans un endroit aussi éloigné qu’East York?
Vous savez? C’est comme ça que j’ai grandi!
Lorsque j’étais jeune garçon, je savais que je pouvais me rendre à pied à la Sunnybrook Plaza, je pouvais acheter des collations, acheter des provisions pour ma mère, en prenant un autre chemin, je pouvais aller au cabinet de mon médecin, voire me rendre jusqu’à l’hôpital de Sunnybrook pour recevoir mes vaccins contre les allergies par le docteur Ross.
Je pouvais aussi prendre une autre route et aller dans la nature sauvage du parc Serena Gundy.
Je pouvais marcher jusqu’aux parcs Howard Talbert ou Trace Manes pour faire du sport.
À part cela, nous pouvions descendre à pied jusqu’à la gare, ce que nous faisions souvent mon père, mes frères et moi, pour regarder les trains qui arrivaient de l’extérieur de la ville.
Je pouvais aller plus loin que cela et me rendre à d’autres parcs.
Nous pouvions nous rendre à pied jusqu’aux entreprises des rues Eglinton et Bayview, et nous pouvions venir ici, dans le secteur industriel de Leaside, où travaillaient alors les parents de plusieurs de mes amis.
Cependant, on m’avait dit que même en marchant durant des jours et des jours, je ne pourrais jamais me rendre aussi loin qu’East York.
Je sais que tout cela semble, aujourd’hui, un peu drôle et difficile à croire, mais cela révélait une vérité à propos de Leaside.
À Leaside, vous et moi faisions partie d’une communauté dans le sens plus intime et le meilleur du terme.
Ma mère, Margaret Harper, qui, en passant, demeure maintenant à Calgary, est en grande forme et souhaite saluer toutes les personnes qu’elle a côtoyées durant ses années passées à Leaside, ma mère, quand nous avons parlé de cette soirée lors d’un déjeuner à Calgary pendant que je préparais ce discours, m’a dit que c’est ce qu’elle retenait de Leaside.
Quelle communauté c’était.
Elle m’a raconté toute une série d’anecdotes en exemple.
Elle se souvient s’être gravement brûlée avec de l’eau chaude dans la cuisine.
Mon père était au travail et il y avait trois jeunes enfants qui couraient partout et qui faisaient du bruit; comme elle avait très mal, elle a téléphoné à la pharmacie de Leaside pour avoir des conseils.
Non seulement le pharmacien a répondu au téléphone en personne, mais il a insisté pour livrer lui-même le traitement à la maison.
C’est le Leaside de ma mère et c’est aussi le Leaside dont je me souviens.
Quand j’étais enfant, ici, on se sentait en sécurité, on savait que les gens gardaient un œil sur nous. On sentait qu’on pouvait frapper à n’importe quelle porte n’importe quand en cas de difficulté ou de besoin.
Évidement, si on agissait mal, il ne faisait aucun doute que nos parents finiraient par le savoir.
Les gens se sentaient personnellement responsables et concernés civiquement.
Je ne sais pas trop quelle est la situation de Leaside aujourd’hui.
Je sais que tout dans notre société a tellement changé par rapport à ce qu’elle était il y a cinq décennies.
Mais d’après ce que m’ont dit ceux que je connais et qui vivent encore ici ou près d’ici, c’est encore un endroit bien spécial.
Je dois vous dire que c’est un endroit qui a bien vieilli.
Leaside n’a jamais été une région pauvre, mais sa force, ses services et son emplacement expliquent les changements et les prix qui en ont fait le quartier affluent inimaginable en 1971, quand mes parents ont vendu la maison où j’ai grandi pour 39 500 $.
Ce n’est probablement pas la transaction financière la plus sage qu’ils ont faite.
Leaside reste quand même très, très reconnaissable.
Il y a quelques années, à l’époque je ne faisais pas de politique et j’étais ici par affaire, je suis descendu de l’autobus au coin de Bayview et Eglinton et j’ai décidé de me promener à pied à travers tous les endroits que j’avais fréquentés pendant les 12 premières années de ma vie.
Je dois vous dire que tout m’a paru remarquablement familier, peut-être un peu plus petit, un peu plus concentré, naturellement, par rapport à l’impression que j’en avais quand j’étais petit, mais ce que j’ai vu, en grande partie, pour la première fois depuis un quart de siècle, était étrangement, étonnamment, pareil.
Je crois que le fait de revoir l’endroit m’a permis de me rendre compte à quel point Leaside est vraiment ancré en moi : toutes les rues, tous les parterres, toutes les ruelles, toutes les craques dans le sol, je peux fermer les yeux et voir ces endroits comme ils étaient et en fait, comme ils le sont encore en grande partie.
Sauf que beaucoup des gens dont je me souviens sont maintenant partis.
Mon père, mes grands-parents, qui nous rendaient visite, mes tantes, mes oncles, les amis de la famille, nos anciens voisins.
Comme le dit la chanson, dans ma vie, je les ai tous aimés.
Mais je porte encore en moi tout leur amour, beaucoup d’amour.
Le jour où je me suis promené dans Leaside, il y a quelques années, ces souvenirs ont surgi.
En fait, je dis aux gens que je suis allé à mon ancienne maison du 324, promenade Besmer et que j’ai vu un garçon devant cette maison.
Il avait environ six ans.
Quand il s’est retourné et m’a regardé, j’aurais juré que c’était moi.
Quand j’ai regardé à nouveau, il avait disparu.
C’était il y a une vie.
Dans ma vie, c’était il y a plusieurs vies.
Même si je ne pourrai jamais revenir à cette vie passée à Leaside, cette vie ne me quittera jamais entièrement non plus et c’est pourquoi j’ai pensé qu’à l’occasion du centenaire de cette communauté très spéciale, je devais venir et vous faire part en personne de ces souvenirs, vous remercier de m’avoir donné l’occasion de le faire et vous souhaiter un autre siècle de souvenirs pour beaucoup d’autres gens.
Merci.