Notes d’allocution
de
l’honorable Diane Finley,
ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences,
à l’occasion de la
Conférence d’orientation canadienne de 2013
organisée par
le Département des métiers de la construction
Le 7 mai 2013
Gatineau (Québec)
L’allocution prononcée fait foi
Je suis très heureuse de me retrouver parmi vous aujourd’hui et d’avoir la possibilité de vous entretenir des éléments contenus dans le nouveau Plan d’action économique du gouvernement qui, je crois, tiennent le plus à cœur à vos membres.
J’aimerais avant tout aborder ce qui, j’en suis persuadée, constitue le plus important défi socioéconomique auquel nous sommes confrontés et auquel nous avons tous la responsabilité de travailler – il s’agit de la pénurie de compétences.
Et, plus important encore, le déséquilibre entre les compétences et les emplois.
Comme vous le savez, notre gouvernement fait porter ses efforts sur la création d’emplois, la croissance économique et la prospérité à long terme pour les Canadiennes et les Canadiens.
Toutefois, nous ne serons pas en mesure d’atteindre les objectifs en ce sens si nous ne réglons pas, ensemble, le problème des pénuries de main-d’œuvre qualifiée.
Mais vous n’avez pas besoin de me croire sur parole…
Le déséquilibre des compétences est devenu une importante préoccupation stratégique des groupes des milieux politique, syndical, universitaire et du monde des affaires.
La Chambre de commerce du Canada, dans son récent rapport intitulé 10 obstacles à la compétitivité, a de nouveau désigné la pénurie de main-d’œuvre qualifiée comme étant le plus important obstacle à la réussite de ses membres.
D’autres organisations éminentes et respectées du pays, y compris Manufacturiers et Exportateurs du Canada, le Congrès du travail du Canada et le Conference Board du Canada, sont tous également d’avis que les pénuries de main-d’œuvre qualifiée comptent parmi les plus grandes menaces qui pèsent sur l’économie canadienne.
C’est également ce que j’entends partout au pays de la bouche des entrepreneurs canadiens et des propriétaires d’entreprises, quelle que soit leur taille.
« Madame la ministre Finley, disentils, nous n’arrivons pas à trouver des employés compétents! »
Comment en sommesnous arrivés là?
Vous savez, lors d’une réunion à laquelle j’ai assistée dernièrement, nous avons abordé l’avenir de nos jeunes et l’un de mes collègues m’a fait part de cette anecdote.
Ce collègue a une fille – une jeune femme des plus brillantes – qui se prépare à entreprendre ses études postsecondaires.
Elle avait besoin de conseils sur l’orientation qu’elle devrait suivre.
Vous savez ce qu’on lui a dit?
Termine ton baccalauréat et deviens enseignante.
Lorsque cette jeune fille a dit qu’elle s’intéressait beaucoup plus aux mathématiques et aux sciences, on lui a dit « alors, enseigne les sciences ».
Avant de continuer, permettezmoi de vous dire que j’ai le plus grand respect pour les enseignants… mais nous ne devrions pas orienter tous les jeunes Canadiens brillants vers des carrières dans l’enseignement.
La main-d’œuvre du Canada est bien scolarisée et constitue un atout pour notre pays.
Mais il existe souvent un déséquilibre entre ce que nos jeunes apprennent à l’école et les exigences du marché du travail.
Après avoir obtenu un diplôme ou un certificat, les jeunes constatent souvent qu’il n’existe pas d’emploi dans leur domaine d’études.
Or, pour prendre de bonnes décisions concernant les études et la formation, les jeunes Canadiens doivent savoir où les emplois se trouvent réellement.
Ils doivent avoir accès à de l’information exacte au sujet des besoins de main-d’œuvre actuels et futurs.
À l’heure actuelle, nous manquons de personnes possédant les habiletés que les employeurs recherchent.
Je sais pertinemment que le secteur de la construction a besoin dès maintenant de travailleurs spécialisés et que ce besoin ne peut que grandir au cours des prochaines années.
D’où ces travailleurs proviendrontils?
Les travailleurs étrangers temporaires ne représentent qu’une solution ponctuelle.
En passant, vous avez sans doute entendu parler de notre récente annonce sur le Programme des travailleurs étrangers temporaires.
Notre gouvernement prend des mesures déterminées et équilibrées pour réformer le programme afin de veiller à ce qu’il fonctionne dans les meilleurs intérêts des travailleurs canadiens.
Je crois que nous sommes tous d’accord pour dire qu’au lieu d’importer des travailleurs, nous devons mieux réussir à perfectionner notre propre maind’œuvre nationale.
Je ne le répéterai jamais assez : la formation au Canada n’est pas suffisamment axée sur les compétences que recherchent les employeurs ni sur les emplois qui sont actuellement disponibles.
Trop d’emplois ne sont pas comblés parce que les employeurs ne peuvent trouver des travailleurs ayant les compétences voulues.
En même temps, il y a encore trop de Canadiens qui cherchent un emploi.
Il ne fait aucun doute que nous devons mieux réussir à jumeler les compétences et les besoins de la population active, mais nous ne pouvons pas y arriver seuls.
Il s’agit de travailler ensemble. Nous avons besoin que vous y travailliez avec nous.
Le Plan d’action économique de 2013
De notre part, nous avons fait de la formation axée sur les compétences une partie intégrante du Plan d’action économique de 2013.
Le Plan s’articule autour d’une approche composée de trois éléments qui veille à ce que les Canadiens possèdent les compétences dont ils ont besoin et que les employeurs recherchent.
Il s’agit des trois éléments suivants :
- la nouvelle Subvention canadienne pour l’emploi;
- l’aide accrue accordée aux apprentis;
- les meilleures possibilités de formation accordées aux groupes sous-représentés de la population active, comme les personnes handicapées, les jeunes, les Autochtones et les nouveaux arrivants.
J’aimerais brièvement aborder ces trois éléments.
La Subvention canadienne pour l’emploi est une démarche novatrice en matière de formation axée sur les compétences qui transfère la prise de décisions concernant la formation du gouvernement aux principaux intéressés, c’est-à-dire les employeurs et les Canadiens.
La Subvention prévoit un financement de 15 000 $ ou plus par personne aux fins de la formation.
La contribution fédérale à la Subvention pourra atteindre 5 000 $ par personne, en plus d’être jumelée à une contribution du même montant de la part de la province ou du territoire, et de l’employeur.
La Subvention sera offerte en 2014 et, dès qu’elle aura été complètement mise en œuvre, près de 130 000 Canadiens pourront en profiter chaque année.
En augmentant la participation des employeurs, nous faisons en sorte que les Canadiens acquièrent les compétences recherchées par les employeurs et que les entreprises obtiennent les travailleurs dont elles ont besoin.
Aide aux apprentis
Parlant des travailleurs, le Canada doit composer avec une pénurie de gens de métier qualifiés, pénurie qui risque de s’aggraver au fil du vieillissement de la population.
Dans un rapport publié en avril, le Conseil sectoriel de la construction – qui est devenu ConstruForce Canada – a fait savoir que le secteur de la construction devra attirer plus de 250 000 travailleurs pour être en mesure de combler les besoins dans le domaine de la construction d’ici 2021.
C’est pourquoi, dans le Plan d’action économique de 2013, nous nous sommes engagés à travailler de concert avec nos partenaires provinciaux et territoriaux afin d’harmoniser les exigences en matière de formation et de reconnaissance professionnelle des apprentis à l’échelle du pays.
Nous étudierons également le recours à des tests pratiques comme méthode d’évaluation des compétences dans certains métiers spécialisés.
Ces efforts poussent plus loin les travaux que nous entreprenons déjà en collaboration avec nos partenaires provinciaux et territoriaux dans le cadre du programme du Sceau rouge.
Nous voulons que les Canadiens obtiennent leur certificat de compagnon dans un métier spécialisé – en particulier dans un métier accrédité par le programme du Sceau rouge –, parce que c’est un programme pancanadien de normes d’excellence axé sur l’industrie.
Grâce au Plan d’action économique de 2013, le gouvernement du Canada crée des possibilités pour les apprentis en faisant en sorte qu’il soit plus facile pour eux d’acquérir l’expérience nécessaire afin d’obtenir le titre de compagnon.
Nous instaurons en outre des mesures favorisant le recours à des apprentis pour les contrats fédéraux de construction et d’entretien, de même que pour les projets de logement abordable et d’infrastructure bénéficiant de fonds fédéraux.
Nous cherchons à motiver davantage de jeunes gens à choisir un métier, à mener à terme leur formation et à devenir des compagnons certifiés capables de travailler n’importe où au Canada.
Ces nouvelles initiatives qui encouragent les gens à amorcer des carrières dans les métiers spécialisés s’ajoutent à d’autres mesures que notre gouvernement a instaurées, à savoir les subventions, les crédits d’impôt et les investissements dans les programmes de formation.
En combinant la Subvention incitative aux apprentis et la Subvention à l’achèvement de la formation d’apprenti, les apprentis exerçant l’un des métiers désignés Sceau rouge peuvent obtenir jusqu’à 4 000 $.
Jusqu’à maintenant, notre gouvernement a accordé plus de 395 000 subventions à des apprentis, soit un investissement total frôlant le demimillion de dollars.
Les employeurs peuvent tirer parti du Crédit d’impôt pour la création d’emplois d’apprentis lorsqu’ils embauchent des apprentis du programme du Sceau rouge.
De plus, grâce à la Déduction pour les outils des gens de métier, les gens de métier peuvent déduire jusqu’à 500 $ dans leur déclaration de revenus pour couvrir leurs dépenses.
Nous offrons également du soutien au revenu temporaire sous forme de prestations d’assuranceemploi aux apprentis pendant leurs stages d’apprentissage en établissement d’enseignement.
Groupes sous-représentés
J’aimerais maintenant dire quelques mots sur les groupes sous-représentés dans la population active, à savoir les personnes handicapées, les jeunes, les Autochtones et les nouveaux arrivants.
Il existe tellement de potentiel non exploité. Alors, pourquoi n’en tironsnous pas parti?
Mesdames et messieurs, notre main-d’œuvre est de plus en plus diversifiée.
Les travailleurs de la construction, par exemple, ne doivent pas toujours être des hommes.
Nous devons nous demander si les candidats peuvent faire le travail, et non s’ils ont le profil de l’emploi.
Vous pensez sans doute que les personnes handicapées ne peuvent pas exercer un métier, mais estce vraiment toujours le cas?
Vous savez, l’an dernier, le ministre des Finances et moi avons mis sur pied un comité d’experts du secteur privé chargé d’étudier la situation du marché du travail et les possibilités d’emploi pour les personnes handicapées.
Les membres de ce groupe ont parcouru tout le pays et ont discuté avec des gens d’affaires de leurs expériences en matière d’embauche de personnes handicapées.
Les membres du groupe d’experts ont constaté que des arguments très valables existent pour embaucher des personnes handicapées.
Des mesures d’adaptation en milieu de travail pour les besoins des personnes handicapées peuvent se révéler fort bénéfiques, et ce, sans qu’il soit nécessaire d’investir des sommes considérables. Les personnes handicapées présentent même des taux d’absentéisme et de départ moins élevés.
Donc, je vous demande de revoir certaines de vos opinions et de songer à de nouvelles sources de maind’œuvre.
Les personnes handicapées, les jeunes, les Autochtones et les nouveaux arrivants peuvent aider à combler une certaine partie des pénuries que connaissent vos secteurs d’activité.
Jeunes Canadiens
Permettezmoi de revenir à la situation préoccupante à laquelle nos jeunes font face.
Comme je l’ai déjà dit, un nombre beaucoup trop grand de jeunes Canadiens terminent leurs études pour se retrouver au chômage ou en situation de sousemploi parce qu’ils ne possèdent pas les compétences que les employeurs recherchent.
Ce problème est en partie causé par un manque de renseignements sur le marché du travail.
Il importe que les jeunes Canadiens aient accès à de l’information sur diverses possibilités de carrière pour qu’ils soient en mesure, dès leur plus jeune âge, de prendre des décisions éclairées concernant leurs études et leur cheminement professionnel.
C’est pourquoi le Plan d’action économique de 2013 aide les jeunes Canadiens à obtenir de meilleurs renseignements sur le marché du travail.
Nous allons également concevoir de nouveaux moyens de promouvoir les domaines de travail très en demande, comme les sciences, la technologie, le génie et les mathématiques.
Nos enfants doivent savoir où se trouvent réellement les emplois.
Et il ne fait aucun doute qu’ils doivent être mieux informés des nombreux débouchés de carrière qui sont offerts dans les métiers spécialisés et des bons salaires qu’ils peuvent obtenir.
De fait, cela me rappelle une bonne anecdote que j’ai entendue dernièrement :
Un électricien vient de finir des travaux chez un avocat et lui remet sa facture.
L’avocat y jette un coup d’œil et s’exclame : « Quoi, 400 $ pour une heure de travail?
C’est ridicule! Je suis avocat et je ne demande pas autant. »
Ce à quoi l’électricien répond : « C’est drôle, moi non plus je ne demandais pas autant quand j’étais avocat! »
Cette histoire est un peu exagérée, certes, mais elle a quand même un bon fond de vérité.
Il sera relativement facile de fournir à nos jeunes de l’information sur les carrières dans les métiers spécialisés.
Mais, il ne sera pas aussi facile de changer les mentalités.
Mesdames et messieurs, nous sommes confrontés à un problème culturel.
Vous savez, j’ai grandi dans une région rurale du sudouest de l’Ontario et nous étions tous habitués à manier des outils, à suivre des cours de mécanique à l’école ou à donner un coup de main à notre père dans le garage le samedi matin.
Et il n’y avait rien de honteux à vouloir être menuisier, soudeur ou mécanicien.
Mais avec le temps, sans que l’on sache trop pourquoi, les mentalités ont changé et les métiers spécialisés ont perdu de leur importance.
Je suis ici pour vous dire que les mentalités doivent changer à nouveau.
Parce que – comme vous le savez fort bien – nous avons extrêmement besoin de gens capables de construire des choses, de les entretenir et de les réparer.
Et les emplois dans les métiers spécialisés – comme vous le savez fort bien également – sont en demande, sont bien rémunérés et sont gratifiants.
Conclusion
Notre gouvernement reconnaît qu’une maind’œuvre très qualifiée et mobile œuvrant dans les métiers spécialisés est essentielle à la productivité et à la compétitivité du Canada.
En aidant les Canadiens à prendre connaissance des emplois disponibles et en mettant l’accent sur les compétences et la formation, nous assurons la croissance économique, la création d’emplois et la prospérité à long terme.
Or, les employeurs du secteur privé doivent aussi contribuer davantage à la formation des employés en poste… et des futurs employés.
Comme je l’ai mentionné plus tôt, le rétablissement de l’équilibre entre les compétences et les emplois est une responsabilité commune.
Voici un excellent exemple de collaboration que vous connaissez bien.
Le gouvernement du Canada travaille de concert avec les syndicats des métiers de la construction au programme Du régiment aux bâtiments.
Du régiment aux bâtiments Canada est un programme national qui aide les membres des Forces canadiennes en service et à la retraite à faire la transition vers une carrière civile dans le secteur de la construction.
Gouvernements, entreprises, universités, collèges, syndicats, établissements de formation et autres groupes… nous devons tous unir nos efforts pour tirer le meilleur parti possible de notre maind’œuvre.
Et ce, parce que rien de moins que l’avenir de notre économie est en jeu, ainsi que l’avenir de toute une génération de jeunes qui veulent mettre à contribution leurs compétences et leurs talents.
Je vous remercie.
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