Le Premier ministre Stephen Harper a prononcé le discours suivant au Parlement du Royaume-Uni :
« Merci Madame la Présidente, Monsieur le Président, monsieur le Premier ministre, monsieur le vice-premier ministre, monsieur le chef de l’opposition, Lords et députés de la Chambre des communes, collègues.
« Pour quiconque comprend à fond et chérit sincèrement nos institutions libres et démocratiques et leur nature, ainsi que la longue histoire qui en est issue, une invitation à venir ici, berceau de notre système politique, pour s’adresser aux membres du Parlement de Westminster, est un honneur incomparable.
« Le Canada est à de nombreux égards un pays si différent du vôtre, avec son vaste territoire, ses nombreuses cultures et ses deux langues officielles, c’est un héritage qui remonte à la fondation de notre État par notre premier gouverneur, Samuel de Champlain, et qu’ont préservé jusqu’à ce jour nos concitoyens francophones.
« Mais, dans leur essence même, les institutions du gouvernement canadien doivent à leurs ancêtres britanniques à la fois leur forme et leur durabilité remarquable.
« Donc, en tant que Canadien, je suis profondément honoré et c’est en toute humilité que je me présente ici.
« Monsieur le Président, merci également pour votre aimable accueil.
« Et, monsieur le Premier ministre, je me souviens des généreux compliments que vous m’avez adressés devant le Parlement du Canada, il y a deux ans, et de votre chaleureuse hospitalité l’an dernier, à l’occasion des célébrations du jubilé de diamant de Sa Majesté la Reine, ainsi qu’aux funérailles de l’ancienne première ministre Margaret Thatcher.
« Je me permets de vous dire, à mon tour, combien j’ai admiré votre détermination, votre sage leadership, fondé sur des principes, au cours des dernières années, lorsque nos pays et le reste du monde ont été confrontés à des problèmes difficiles et critiques, des problèmes qui font appel au meilleur de ce qui a toujours donné à la Grande-Bretagne son caractère unique et fort, que vous avez clairement manifesté à maintes reprises.
« Naturellement, j’ai aussi apprécié votre amitié, qui est inestimable.
« Je tiens aussi, pendant que je suis ici, à Londres, à transmettre de la part de la population canadienne ses meilleurs vœux de bonne santé au duc d’Édimbourg, ainsi qu’au duc et à la duchesse de Cambridge, qui se préparent à accueillir leur premier enfant.
« Mesdames et messieurs, on vous dira que je suis le deuxième Premier ministre canadien à m’adresser au Parlement britannique.
« À vrai dire, je suis le troisième.
« Il est vrai que William Lyon Mackenzie King a été le seul autre Premier ministre du Canada à s’adresser à une assemblée comme celle-ci.
« Mais Andrew Bonar Law a souvent parlé devant ce Parlement pendant les années 1920, à titre de premier ministre de Grande-Bretagne.
« Il était aussi canadien, né au Nouveau-Brunswick, à quelques lieues de l’endroit où mes propres ancêtres se sont établis après être arrivés d’Angleterre, en 1774.
« Toutefois, avec tout le respect qui est dû à Bonar Law, c’est l’ancien Premier ministre du Canada, Mackenzie King, que je voudrais maintenant mentionner.
« Au mois de mai 1944, à l’invitation de Sir Winston Churchill, il s’est adressé aux membres de ce Parlement.
« Quelques années auparavant, aux moments les plus sombres de la Deuxième Guerre mondiale, Churchill a lui-même prononcé son fameux discours « some chicken, some neck » devant le Parlement du Canada.
« Par ses qualités magistrales d’orateur, Churchill a récolté une montagne d’éloges, bien méritées, je dois le dire, pour la remarquable contribution du Canada à l’effort de guerre.
« C’était ensuite au tour de King.
« Il n’a pas déçu et une bonne partie de son allocution pourrait bien être répétée, presque soixante-dix ans plus tard.
« Il a parlé d’amitié.
« Il a parlé de principes intemporels.
« Et il a parlé du pouvoir des valeurs que nous partageons et dont nous tirons le meilleur de nous-mêmes.
« Le Canada, a-t-il dit, est entré en guerre non pas par obligation, mais poussé par son profond instinct politique, un amour de la liberté et son sens de la justice.
« Il a parlé de la fraternité entre les pays qui retrouvent les uns dans les autres un peu des valeurs qu’ils ont héritées de la Grande-Bretagne.
« Chers amis, les incertitudes et les difficultés que nous affrontons aujourd’hui sont bien différentes et je dirais moindres que celles des années 1940.
« Les véritables valeurs, cependant, ne changent pas, mais elles peuvent parfois s’oublier.
« Donc, permettez-moi de dire que pendant les moments difficiles, le recours à ces valeurs et aux amis que nous avons en commun est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était à l’époque où le sort de la civilisation même reposait entre les mains de grands hommes comme Churchill et King.
« Ce n’est pas le moment de douter de nos valeurs, de nos amis ni, en fait, de nous-mêmes.
« C’est plutôt le moment de redécouvrir nos valeurs, de réaffirmer leur importance et de nous appuyer sur elles.
« La Grande-Bretagne et le Canada ne sont peut-être pas aujourd’hui les plus grandes économies du monde, ni les plus grandes puissances militaires, ni les pays les plus peuplés.
« Mais je crois que ce que nous avons en commun est plus durable, 800 ans d’ordre constitutionnel et d’évolution, qui nous ont permis d’obtenir ce que d’autres souhaitent, de choisir nos gouvernements, des gouvernements responsables.
« De vénérer Dieu à notre façon, et de vivre en harmonie avec des voisins qui le font de manière très différente, d’avoir un niveau de vie jadis inimaginable, tout en aidant nos concitoyens lorsqu’ils sont malades, sans emploi ou dans le besoin.
« Ce sont les aspirations de la moyenne des hommes et des femmes du monde entier, nombreuses à être nées ici, au fil des générations que ce sol a vu naître.
« Ce dont nous avons besoin pour relever les nouveaux défis d’un monde nouveau, ce n’est pas un nouvel ensemble de valeurs.
« C’est une détermination constante dans l’application des principes qui ont traversé le temps et dont nous savons déjà qu’ils fonctionnent.
« Il s’agit certainement de l’approche qu’a adoptée le Canada pour ce qui est de l’économie qui, je le sais, monsieur le Premier ministre, est la première priorité de votre gouvernement et du mien.
« Par exemple, au Canada, nous sommes partis du principe que nous devons vivre selon nos moyens, prendre des décisions solides, sur le long terme, et récompenser le travail acharné et ceux qui respectent les règles.
« Nous savons aussi que, toutes proportions gardées, un dollar dans la poche d’un citoyen est plus utile qu’un dollar entre les mains de Sir Humphrey Appleby.
« Maintenant, je dis souvent qu’au Canada, certains en sont venus à croire que Sir Humphrey est une vraie personne.
« Effectivement, à mes débuts, je dois vous dire qu’un ancien haut fonctionnaire canadien m’a assuré : oui, monsieur le Premier ministre, ce n’est pas une comédie; c’est un documentaire.
« Donc, chers amis, sachant cela, au Canada, quand tout allait bien, nous avons enregistré des surplus et nous les avons utilisés.
« Pas pour faire grossir l’appareil gouvernemental, mais pour rembourser la dette et pour réduire les charges fiscales.
« Le résultat depuis que notre gouvernement est entré en fonction est que la famille canadienne moyenne paie actuellement 3300 $ (environ 2200 livres) de moins en taxes fédérales.
« Au Canada, le taux d’imposition des nouveaux investissements des entreprises est maintenant le plus bas du G7.
« C’est pourquoi nous sommes largement considérés comme le meilleur endroit au monde pour faire des affaires et notre performance est la meilleure au chapitre de la création d’emplois après la récession parmi les grandes économies développées.
« Nos valeurs signifient aussi, comme vous l’avez dit, monsieur le Premier ministre, qu’on ne sort pas d’une crise de la dette en empruntant davantage.
« Au Canada, il n’y a pas de crise de la dette, alors pendant la récession, nous avons pu emprunter délibérément pour soutenir l’activité économique et la confiance, mais de manière opportune, ciblée et temporaire.
« Et nous retournons maintenant, graduellement, mais sûrement, à l’équilibre budgétaire, sans hausser les impôts.
« Je sais que dans de nombreux pays, un débat considérable oppose l’austérité et la croissance.
« Permettez-moi de vous le dire, c’est une fausse dichotomie.
« Il faut une bonne mesure des deux.
« Au Canada, nous investissons des sommes sans précédent dans les moteurs de la future croissance, comme la recherche, l’innovation, les compétences et l’infrastructure.
« Mais nous agissons aussi de manière responsable sur le plan budgétaire, en trouvant des moyens de faire des réductions et des économies substantielles au gouvernement, en nous nous assurant que les programmes sociaux vitaux servent uniquement à ceux qui en ont vraiment besoin et qu’ils seront viables sur le plan financier pour les générations à venir.
« Une autre valeur qui s’est avérée maintes fois, même si parfois, c’est malheureusement par sa transgression plutôt que par son application, c’est que tout le monde gagne dans une économie ouverte.
« Nos entreprises se développent lorsque de nouveaux marchés s’ouvrent.
« Les familles de travailleurs font davantage avec leur argent lorsqu’elles ont davantage de choix à des prix plus bas.
« Et chacun gagne à se spécialiser dans ce qu’il fait le mieux.
« Par conséquent, nous avons résisté à l’appel du protectionnisme.
« Nous avons dit non à ceux qui voulaient déchirer nos accords commerciaux et bâtir des murs économiques autour de notre pays.
« En fait, nous faisons tout le contraire.
« Nous avons réduit les tarifs unilatéralement, faisant du secteur de la fabrication le premier exempt de droits au sein du G7.
« La libéralisation du commerce se situe au cœur de notre Plan d’action économique.
« Depuis notre arrivée au pouvoir, notre gouvernement a conclu des accords commerciaux avec neuf pays et il a entamé des pourparlers commerciaux avec plus de cinquante autres.
« Nous gardons espoir que nous réaliserons bientôt un accord économique et commercial global avec l’Union européenne, le deuxième partenaire commercial du Canada après les Etats-Unis.
« Pour le Canada, et pour la Grande-Bretagne à titre de membre de l’UE, il s’agira d’un pas historique – un pas de géant, en fait : une étude conjointe Canada-UE a montré qu’un tel accord commercial permettrait de faire augmenter le commerce bilatéral de 20 p. 100.
« Maintenant, à cet égard, comme dans ce qui concerne le commerce mondial en général, monsieur le Premier ministre, je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude, à vous ainsi qu’à votre gouvernement, pour avoir vigoureusement défendu cet accord.
« Tous nos citoyens en profiteront grandement.
« Naturellement, quand il s’agit de créer des emplois, de stimuler la croissance et d’assurer une prospérité durable, chers amis, il n’y a pas de solution magique, il faut seulement avoir des objectifs clairs, s’appliquer avec constance et travailler fort.
« C’est ce que nous faisons au Canada.
« C’est pourquoi l’économie canadienne a créé un million de nouveaux emplois, un million de nouveaux emplois nets, depuis la fin de la récession; c’est pourquoi au Canada, les gens sont plus nombreux à travailler que jamais auparavant.
« C’est parfois douloureux, c’est certain.
« Mais si on la saisit fermement, l’ortie s’enlève jusqu’à la racine.
« Monsieur le Premier ministre, à ce sujet, je tiens à souligner et à saluer votre propre leadership en ce qui concerne la prise de décisions difficiles pour juguler les dépenses.
« Chez nous et aux conseils du G8 et du G20, les actions responsables de votre gouvernement ont servi d’exemple puissant et nécessaire à d’autres nations qui sont aux prises avec leurs propres dettes souveraines massives.
« Et je sais que vous prenez des décisions difficiles parce que vous croyez, parce que vous comprenez, que ce sont les bonnes décisions, les décisions nécessaires.
« En effet, en ce moment, nos deux pays – et les autres nations qui partagent à la fois nos valeurs et nos défis – feront, que ce soit par leur action ou par leur inaction, le choix de leur avenir.
« Les pays qui ne gardent pas leurs finances sous contrôle et qui ferment leur économie au monde feront face aux conséquences.
« Et ces conséquences ne sont pas seulement économiques.
« Sans la solvabilité, la pertinence disparaîtra aussi.
« Rien ne peut diminuer plus rapidement ni complètement une influence dans le monde que le déclin d’une économie et de la crédibilité financière.
« Si nous ne sommes pas fidèles à nos valeurs en ce qui concerne l’économie, les valeurs que nous souhaitons protéger pour toute l’humanité, les valeurs de liberté, de démocratie et de justice, de dignité, de compassion et de sécurité, il est presque certain que ces valeurs s’effriteront.
« Et elles s’effriteront, chers amis, à un moment où elles sont particulièrement nécessaires.
« Parce que pour le bien du monde, il faut que quelqu’un exprime ces valeurs, ait la volonté et la capacité d’agir, pour qu’elles ne soient pas réduites à de simples sentiments.
« Je parle du courage de dénoncer les oppresseurs et les agresseurs, de contrer les idéologies extrémistes et de confronter les auteurs d’abominations qui ne doivent pas être tolérées.
« Madame la Présidente, monsieur le Président, distingués invités, je sais qu’il y en a beaucoup ici parmi nous qui pourraient raconter cent histoires illustrant comment ces valeurs ont guidé nos générations jusqu’à aujourd’hui.
« Depuis la guerre de 1812, jusqu’au grand conflit qui a réuni Churchill et King, en passant par les paysages poussiéreux de l’Afghanistan à notre époque, les Britanniques et les Canadiens ont cherché à faire le bien dans le monde, souvent à un grand prix.
« L’exemple le plus récent est la Libye, où, sous votre leadership général, monsieur le Premier ministre et sous le commandement militaire du Lieutenant-général Bouchard de l’Aviation royale canadienne, une nation qui faisait face à un carnage massif et imminent aux mains de l’architecte psychotique de l’horreur de Lockerbie, a retrouvé sa liberté et la possibilité (encore incertaine) d’un avenir pacifique et démocratique.
« Nous nous sommes aussi accrochés conjointement à nos valeurs dans l’Atlantique-Sud, en soutenant le droit d’une population libre habitant de petites îles à déterminer son propre avenir.
« Franchement, chers amis, ces souvenirs s’estompent aujourd’hui derrière les trop nombreuses situations dangereuses à l’échelle véritablement planétaire, des situations qui poussent les sociétés fondées sur des valeurs et des principes à discerner le mal, même si nos actions sont parfois loin d’aller de soi.
« Dans le Pacifique, l’État totalitaire de la guerre froide, la Corée du Nord, persiste, déterminée plus que jamais à mettre de plus en plus en danger, réellement, la sécurité dans la région.
« Au Moyen-Orient, la seule vraie démocratie à l’occidentale résiste, mais Israël le fait malgré une inlassable hostilité à l’égard de son existence même, de la part d’un grand nombre de ses voisins.
« Cette attitude regrettable témoigne de la haine qui persiste à l’endroit de la population juive et du relativisme moral qui règne au niveau de tant d’affaires mondiales et qui sert de refuge à cet antisémitisme.
« Mais ces nuances ne jouent pas dans le cas du gouvernement de l’Iran ni dans sa détermination pour acquérir des armes nucléaires.
« Les dirigeants de l’Iran se vantent ouvertement de leur projet d’éliminer Israël de la face de la terre.
« C’est un régime profondément malfaisant qui nous menace tous et dont les premières victimes sont les Iraniens eux-mêmes.
« Le Canada continuera à presser la communauté internationale de faire preuve d’une détermination sans faille à l’égard de l’Iran au cours des prochains jours.
« En attendant, la Syrie, alliée de l’Iran, mène une guerre sanglante contre sa propre population.
« Et nous voici devant un dilemme grotesque : les gens décents s’entendent pour dire qu’Assad doit partir, que le gouvernement de Syrie doit représenter toute sa population, y compris ses minorités.
« Or, la nature extrémiste, sectaire, d’une grande partie de l’opposition ne peut être ignorée, ni disparaître comme par enchantement.
« On ne peut permettre que la Syrie devienne un autre refuge pour l’hydre du terrorisme.
« Ce monstre rôde déjà trop près de nous, comme nous l’avons vu avec l’assassinat du tambour Rigby, que Dieu protège son âme et bénisse sa famille, et avec le complot déjoué au Canada, qui visait à saboter un train express de Via Rail.
« Naturellement, toutes les difficultés mondiales ne concernent pas la sécurité et toutes les réponses ne devraient pas être de nature militaire.
« En nous occupant des difficultés économiques auxquelles font face nos citoyens chez nous, nous ne devrions jamais comparer nos problèmes aux brutales privations que vivent quotidiennement encore trop d’autres êtres humains dans une grande partie du monde.
« Au Canada, nous sommes fiers de l’initiative que nous avons prise à Muskoka, en 2010, pour réduire l’effroyable mortalité chez les enfants et les jeunes mères dans le monde en développement.
« Monsieur le Premier ministre, nous vous saluons, vous et votre gouvernement, pour avoir, malgré d’énormes pressions budgétaires, poursuivi vos efforts de chef de file mondial dans tant de domaines de l’aide humanitaire et de l’aide au développement.
« Nous appuyons aussi entièrement votre initiative visant à garantir que les citoyens des économies émergentes reçoivent leur juste part lorsque des tiers exploitent leurs ressources.
« C’est pourquoi j’ai annoncé hier, avant le G8, que le Canada établira de nouvelles normes de déclaration obligatoire des paiements que les entreprises canadiennes du secteur extractif versent aux gouvernements étrangers et nationaux.
« Nous croyons aussi fermement au principe selon lequel la prospérité ne peut se répandre que là où les gouvernements sont stables, transparents, exempts de corruption et fortifiés par le respect des droits de la personne et la primauté du droit.
« Nous adhérons à tous ces objectifs pour les plus pauvres du monde.
« Mais, il ne faut pas se leurrer, pour que la prospérité se propage, nous devons être prospères nous-mêmes.
« Sans la prospérité, l’aide n’est pas possible.
« Effectivement, sans la prospérité, nous ne sommes en mesure de projeter nos valeurs nulle part.
« Et naturellement, nous ne pouvons pas espérer propager efficacement ces valeurs si nous ne vivons pas nous-mêmes selon elles pour témoigner ainsi de leur bien-fondé.
« Madame la Présidente, monsieur le Président, distingués invités, je crois que c’est le défi auquel nous sommes confrontés en Occident aujourd’hui.
« Des changements massifs, des changements de taille épique se produisent en ce moment dans l’économie mondiale.
« Dans une certaine mesure, cela signifie que des gens traditionnellement moins fortunés commencent à connaître la prospérité et les autres fruits que leur apportent nos valeurs, et c’est très bien.
« Mais il y a aussi, comme toujours, des puissances émergentes, qui ne partagent pas nos valeurs, et des forces dangereuses qui cherchent à les détruire.
« Nous ne pouvons pas, face à cette situation, être complaisants ou, comme je l’ai dit ailleurs, nous ne pouvons pas entretenir l’idée, comme certains le font en Occident, que notre richesse et notre influence peuvent être tenues pour acquises, comme s’il s’agissait en quelque sorte d’un droit inné.
« Je sais, monsieur le Premier ministre, que ni l’un ni l’autre de nos gouvernements le pensent, c’est pourquoi nous prenons des décisions difficiles, pour que nos populations restent parmi les plus fortunées et les plus prospères pendant des générations.
« Mais tout comme nous ne pouvons être complaisants à l’égard de notre richesse, nous ne pouvons pas non plus permettre à nos populations, en ces périodes de décisions difficiles et de mobilité des fortunes, de devenir fatalistes.
« J’ai mentionné certains dirigeants des générations précédentes.
« Les premiers ministres Churchill et King.
« Ils n’auraient certainement pas, au pire de la guerre, donné prise à l’idée d’une défaite inévitable; en fait les paroles de Churchill contre une telle pensée comptent parmi les plus puissantes jamais prononcées en anglais.
« Mais peut-être que l’exemple le plus pertinent aujourd’hui est celui de madame Thatcher qui, en temps de paix, a refusé d’admettre qu’un déclin était inévitable.
« Elle l’a fait non pas par bonne humeur, mais par détermination, et pour passer à l’action, ce qui a permis à la Grande-Bretagne, durant son mandat, de se relever encore une fois.
« En fait, je dirais que nos deux pays ont souvent ensemble fait face à l’adversité et très bien surmonté les difficultés.
« Et il faut continuer, pour prospérer et pour mener, si nous sommes fidèles à nos valeurs, avec la volonté inébranlable de ne pas échouer.
« Madame la Présidente, monsieur le Président, distingués invités, vous m’avez accordé généreusement votre temps.
« Permettez-moi seulement de conclure ainsi.
« Quelques années après que le premier ministre King a prononcé son discours ici, la population du Canada vous a fait cadeau de la belle table qui se trouve dans votre Chambre des communes, dans le cadre d’un effort allié pour rebâtir la Chambre après les dommages subis pendant la guerre.
« Ce cadeau vous rappellera sans doute la défense de la Grande-Bretagne par des Canadiens, dès le départ, volontairement et passionnément, pas simplement au nom de la valeur de l’amitié, mais aussi au nom de l’amitié dans leurs valeurs.
« Je vous demande de penser à nous, au Canada, quand vous regardez cette table.
« Nous ne sommes peut-être pas vos amis les plus puissants, mais les plus sincères et les plus sûrs, et sachez-le au moment où nous nous apprêtons à relever les grands défis de notre époque et de l’avenir.
« Nous les affronterons ensemble, toujours, et nous réussirons.
« Merci beaucoup. »