Calgary (Alberta)
Telus Convention Centre
19 août 2013
L'allocution définitive fait foi
Merci docteure Anna Reid pour cet accueil chaleureux.
Mesdames et Messieurs, bonjour et merci de vous joindre à moi ce matin.
J'attendais impatiemment cette occasion, mon premier discours en tant que ministre de la Santé. Je suis ravie d'avoir le privilège de servir dans un portefeuille d'une telle importance. Ensemble, par le leadership en matière de politiques et la collaboration, nous pouvons faire changer des choses dans la vie des Canadiens.
Je suis ravie d'avoir l'occasion de participer à cet important rassemblement de fournisseurs de soins de santé dès le début de mon mandat à titre de ministre - de vous entendre, de vous écouter, et d'instaurer un véritable partenariat avec vous.
Les Canadiens s'attendent à ce que nous collaborions pour trouver des solutions dans des domaines difficiles - je suis convaincue que nous y arriverons.
Remerciements à l'AMC
L'histoire de l'AMC - une histoire de mobilisation, de défense des intérêts et d'innovation - constitue une référence pour les organisations professionnelles depuis 146 ans.
Et cette tradition se poursuit aujourd'hui par votre leadership à l'égard de questions aussi diversifiées que la transformation des soins de santé, les directives de pratique clinique et, bien sûr, les déterminants sociaux de la santé.
Je tiens à souligner le travail de la Dre Reid, qui achève son mandat en tant que présidente. Félicitations!
Je tiens également à féliciter le Dr Francescutti pour sa nomination. Lui et moi sommes tous deux d'Edmonton. Je m'attends à ce que nous encouragions la même équipe de hockey... nous partons donc du bon pied.
Bien que je n'aie pas toutes les réponses, je sais écouter et j'apprends vite. Je m'engage envers vous et vos membres à garder mon esprit ouvert et ma porte ouverte.
J'ai hâte de travailler avec vous afin de discuter des problèmes auxquels fait face le milieu des soins de santé et de travailler sur notre système de soins de santé au profit de tous les Canadiens dans l'ensemble de notre grand pays.
Et ce que je vous demande, c'est de me soutenir dans certains domaines que je souhaite faire avancer au cours des prochains mois et des prochaines années.
J'aimerais prendre quelques minutes pour parler de mon objectif, de mes priorités et de certains sujets qui vous sont familiers.
Violence familiale
J'ai participé durant la plus grande partie de ma vie aux efforts pour mettre fin à la violence familiale, et en particulier à la violence contre les femmes.
Avant d'entrer en politique, j'ai fait partie du groupe d'action de Condition féminine, du centre d'aide aux victimes d'agression sexuelle de Victoria et du refuge pour femmes d'Edmonton.
La violence familiale est une problématique de santé.
Dans mon portefeuille précédent de ministre responsable de Condition féminine Canada, j'ai fait adopter une approche plus globale la question de la violence familiale.
Pour la première fois, nous avons fait participer les hommes et les garçons à un dialogue sur les actions à prendre par les pouvoirs publics pour prévenir la violence contre les femmes et les filles, pour nous assurer que les hommes et les femmes, les filles et les garçons, fassent partie de la solution.
J'ai aussi ordonné le financement fédéral de projets dans tout le Canada pour appeler les jeunes à proposer des solutions afin de prévenir la violence contre les femmes sur les campus des universités et collèges, où 25 % des jeunes femmes seront victimes d'agression sexuelle.
La violence familiale englobe l'exploitation des personnes âgées, la maltraitance et la négligence des enfants, l'exploitation sexuelle des enfants, et la violence conjugale.
Les conséquences pour notre société, comme vous le savez, sont grandes.
L'année dernière, un rapport de Justice Canada a révélé que la violence conjugale seulement coûtait à la société au moins 7,4 milliards de dollars par année. Sur cette somme, 6 milliards de dollars environ sont dépensés pour des traitements médicaux et des services psychologiques.
Selon ce rapport :
« Les victimes de violence conjugale sont susceptibles de subir des conséquences coûteuses et profondes sur les plans physique, affectif et financier... Au bout du compte, c'est l'ensemble de la société qui subit l'incidence de la violence conjugale, puisqu'un fardeau financier supplémentaire est imposé aux systèmes et aux services financés à l'aide des deniers publics. »
En 2012, à Calgary seulement, le service de lutte contre la maltraitance des enfants de la police de Calgary a enquêté sur 329 cas de violence à l'endroit des enfants, dont des agressions sexuelles graves et des sévices physiques graves envers des enfants de moins de 17 ans. Dans environ 25 % des cas, les victimes étaient de sexe masculin.
Nous savons également que les femmes autochtones ont été plus souvent victimes de violence que tout autre groupe au Canada.
Les femmes autochtones sont trois fois et demie plus susceptibles que les femmes non autochtones d'être victimes de violence, et elles font face aux mêmes répercussions financières et sociales graves de la violence familiale que les femmes non autochtones.
La violence familiale menace notre santé physique et mentale; elle a d'énormes répercussions au quotidien, dans la vie personnelle et professionnelle et dans nos milieux de vie, et impose un lourd fardeau à notre système de soins de santé.
L'Agence de la santé publique du Canada a un mandat évident en matière de violence familiale et elle est responsable de la coordination de l'initiative du gouvernement fédéral pour la lutte contre la violence familiale.
Il est important de souligner que les Instituts de recherche en santé du Canada ont fait de la question de la violence et de la santé un de leurs six domaines de recherche prioritaires. Nous avons déjà engagé 8,5 millions de dollars sur cinq ans pour appuyer la recherche dans le cadre de l'initiative Violence, genre et santé des IRSC.
Nous avons tous un rôle à jouer pour mettre fin à la violence familiale.
En tant que professionnels médicaux, vous avez un rôle vital à jour pour aider à éliminer la violence en en reconnaissant les signes, en rapportant la violence, et en vous assurant que vos patients obtiennent le soutien physique et mental dont ils ont besoin.
Vous êtes souvent les premiers à traiter avec les patients qui sont victimes de violence familiale, et la recherche indique que vous êtes les personnes à qui les victimes sont les plus susceptibles de faire part de leur situation.
J'ai demandé à l'Agence de la santé publique du Canada de trouver, au sein du portefeuille de la Santé, des possibilités d'action et des partenariats qui aideront à mettre fin à la violence familiale au Canada.
Comme ministre de la Santé, je travaillerai avec acharnement pour encourager le changement et m'efforcerai d'améliorer la santé mentale et le bien--être des Canadiens, surtout les plus susceptibles de faire l'objet de violence et d'abus.
Je suis déterminée à travailler avec tous les ordres de gouvernement et les organisations pour guider le changement et faire bouger les choses en matière de violence familiale.
Nous avons toujours eu du succès quand nous avons travaillé ensemble à des initiatives comme le Partenariat canadien contre le cancer, et avec des organisations comme la Commission de la santé mentale du Canada.
Ces entreprises conjointes ont donné des résultats rapides, car nous travaillons côte à côte avec les fournisseurs de soins de santé, les organisations communautaires et d'autres ordres de gouvernement.
Travailler avec les intervenants et objectifs globaux
À ce sujet, beaucoup de personnes avec lesquelles je travaille à Ottawa et en Alberta savent que je suis un peu une mordue de politique.
J'aime plonger dans les problèmes difficiles, récemment dans des domaines comme que la réforme des achats militaires, ou la promotion du rôle des femmes au niveau de la direction et de la prise de décision dans le monde des affaires, ou encore le règlement de conflits de travail pénibles par la collaboration en tant que ministre du Travail.
Ceux qui ont travaillé avec moi vous diront que je tiens à m'entourer de gens passionnés et intelligents, que je n'ai pas peur de sortir des sentiers battus pour m'attaquer aux questions difficiles, et que je consulte les autres et que je collabore avec eux, et que je me porte à la défense de ceux qui ont besoin de mon soutien.
Tout au long de ma carrière politique, j'ai tenu à favoriser le dialogue avec les intervenants sur une vaste gamme de questions, parce que je crois que les meilleures réponses se trouvent la plupart du temps à l'extérieur du gouvernement - dans des organisations comme la vôtre.
Je vais maintenir ce type de dialogue avec les intervenants en santé, ainsi qu'avec les provinces et les territoires. En fait, j'ai déjà tendu la main à mes homologues provinciaux et territoriaux.
Je crois que nous sommes à un moment critique où nous devons améliorer ensemble la productivité du système de santé ainsi que la santé des Canadiens.
Financement et leadership fédéraux
Je pense que nous pouvons tous convenir que rien n'est plus important que la santé. Quand nous sommes en bonne santé, nous sommes au mieux de nos capacités. Et quand nous ne le sommes plus, nous sommes prêts à faire à peu près n'importe quoi pour le redevenir.
Nous devons travailler ensemble pour renforcer notre système, de telle manière que les Canadiens aient accès à des services au moment et à l'endroit où ils en ont le plus besoin.
Empêcher que les Canadiens soient malades devrait aussi être au cœur de nos préoccupations.
Le tabagisme, les mauvaises habitudes alimentaires, l'obésité, l'inactivité et les blessures ont tous pour résultat que plus de Canadiens se retrouvent chez le médecin et dans les hôpitaux.
Nous devons travailler ensemble pour promouvoir de saines habitudes de vie, prévenir les blessures et garder nos populations en santé.
En tant que ministre, je m'efforcerai de prêcher par l'exemple. Je reviens tout juste de ma randonnée annuelle dans les Rocheuses où j'ai parcouru 70 km à pied dans l'arrière-pays en transportant sur mon dos tout ce dont j'avais besoin.
Je crois fermement à la prévention en matière de santé et au mérite de nous concentrer davantage sur ce que nous pouvons faire dans nos propres vies pour demeurer en santé, non seulement afin de vivre plus longtemps et plus heureux, mais aussi en raison de la possibilité de réduire les pressions financières sur le système de santé.
Docteur Francescutti, je suis particulièrement ravie d'entendre à quel point la prévention des blessures vous passionne.
Je crois que nous pouvons faire beaucoup ensemble pour favoriser la sécurité, encourager des modes de vie sains, prévenir les blessures et garder les Canadiens en bonne santé.
Nous devons nous efforcer, ensemble, d'être la population la plus en santé au monde.
Je tiens également à préciser dès le départ que notre gouvernement maintient son engagement envers un système de soins de santé solide et financé par l'État qui s'appuie sur la Loi canadienne sur la santé.
Je suis et j'ai toujours été une fervente partisane du système de santé public canadien.
Bien sûr, aucun système n'est parfait, mais je crois que nous avons les éléments de base en place, et que nous pouvons travailler pour l'améliorer ensemble.
C'est notre défi stratégique, défi que je j'entends relever au cours de mon mandat en tant que ministre : améliorer notre système de manière à maintenir l'intégrité de son financement par l'État, mais aussi réaliser des gains de productivité afin d'assurer la pérennité de ce système.
Je crois que nous pouvons réaliser ces gains grâce à un effort concerté de recherche et d'innovation.
En tant que nation, nous dépensons d'énormes sommes d'argent pour les soins de santé. Chaque année, nos dépenses collectives s'élèvent à plus de 11 % de notre PIB.
Le financement fédéral de la santé, à lui seul, atteindra un sommet record de 30,3 milliards de dollars cette année, et continuera de croître pour atteindre plus de 40 milliards de dollars d'ici à la fin de la décennie.
Il s'agit d'une augmentation considérable. Une augmentation qui procurera aux provinces et aux territoires la prévisibilité et la souplesse financières voulues pour répondre aux besoins en soins de santé des Canadiens, aujourd'hui et demain.
Mais nous devons aussi nous poser la question suivante : que faisons-nous pour que le système devienne plus efficient?
La réalité est que le fait de dépenser plus ne signifie pas forcément que nous obtenons de meilleurs résultats. Cela ne signifie pas nécessairement que nous transformons le système d'une façon qui garantit sa pérennité.
Si nous voulons de meilleurs résultats, si nous voulons transformer le système, nous devons reconnaître ce qui fonctionne bien, examiner de près ce qui ne fonctionne pas, être ouverts au changement, et prendre les mesures nécessaires.
J'aimerais maintenant vous donner quelques exemples de façons dont nous améliorons les choses au niveau fédéral.
Santé des autochtones
Un exemple est le leadership et l'engagement de notre gouvernement pour faire en sorte que les Premières Nations profitent de meilleurs soins de santé, plus intégrés.
Santé Canada continuera de travailler au renforcement des programmes de santé pour les Premières Nations et les Inuits.
Nous allons continuer à chercher des façons imaginatives d'intégrer les soins de santé pour les Premières Nations dans le système général.
En Colombie-Britannique, le Plan tripartite pour la santé des Premières Nations illustre comment ces dernières peuvent jouer un plus grand rôle dans la conception et la prestation des soins de santé, tout en renforçant l'intégration avec le système provincial de soins de santé.
J'espère que nous saurons tirer des enseignements de ce travail en Colombie-Britannique.
Consommateurs et sécurité
Notre gouvernement accorde aussi une attention accrue à la sécurité des consommateurs et des produits. Nous avons mis en place des programmes comme l'Initiative d'étiquetage en langage clair - en vertu de laquelle les étiquettes de médicaments et les précautions à prendre doivent être faciles à lire et rédigées de façon compréhensible dans l'intérêt des consommateurs.
Nous avons également modernisé la Loi canadienne sur les produits de consommation pour aider à protéger les familles canadiennes contre des produits potentiellement dangereux.
Je continuerai de diriger des programmes et des interventions qui favorisent et protègent la santé et la sécurité des familles canadiennes.
J'ai hâte de vous annoncer, ainsi qu'aux autres Canadiens, au cours des prochains mois, d'importantes mesures que prend notre gouvernement pour continuer de protéger la santé et la sécurité des Canadiens.
Innovation et recherche
J'aimerais terminer mon allocution en revenant un sujet dont nous pouvons tous reconnaître l'extrême importance, je pense, pour transformer notre système de santé et le rendre plus efficient et durable : je veux parler de l'innovation.
Depuis que je suis devenue ministre de la Santé, j'ai passé beaucoup de temps à lire, à méditer et à discuter avec d'autres sur la question de l'innovation en santé.
Je sais que l'innovation intéresse tout le monde, y compris les principaux décideurs et les professionnels de l'industrie comme vous.
L'innovation est très importante quand il s'agit de la pérennité de notre système de soins de santé.
Le Conference Board du Canada a déclaré que « la viabilité du système de soins de santé public du Canada dépendra en grande partie des innovations qui peuvent améliorer l'efficacité, la sécurité, la qualité et la productivité des services de santé et de soins de santé ».
Dans un autre rapport, l'ancien gouverneur de la Banque du Canada David Dodge dit au sujet des dépenses en matière de soins de santé que « l'expansion de la portée et de la qualité des services de soins de santé, conjuguée aux faibles taux apparents de croissance de la productivité dans le secteur des soins de santé, a signifié que la part du revenu national consacrée aux soins de santé a augmenté de manière considérable au cours des dernières décennies ».
Il souligne aussi que, du point de vue des politiques, le rôle de la technologie en ce qui a trait à l'amélioration de la productivité en fait un domaine clé pour les initiatives stratégiques en matière de santé visant à améliorer l'efficience de la prestation des services et les mesures incitatives visant des interventions de soins de santé plus rentables.
Selon moi, voilà le défi stratégique qui nécessite un leadership fédéral, et c'est un domaine dans lequel nous pouvons faire des progrès ensemble.
Les conséquences de l'inaction sont énormes : les soins de santé devraient continuer d'accaparer la plus grande partie des budgets publics au cours des prochaines décennies.
Si nous voulons assurer la pérennité de notre système public, nous devons explorer l'important rôle de l'innovation et de la technologie comme moyens d'améliorer l'efficience et la productivité du système de santé.
Comme beaucoup d'entre vous le savent, le gouvernement fédéral demeure le plus important investisseur dans l'innovation canadienne en santé, d'abord par des subventions accordées par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).
Chaque année, notre gouvernement investit environ 1 milliard de dollars dans les Instituts de recherche en santé du Canada afin de soutenir les chercheurs en santé canadiens.
Nous appuyons aussi la Stratégie de recherche axée sur le patient du Canada, qui vise à faire en sorte que les patients reçoivent le bon traitement, au bon moment, en mettant la recherche entre les mains des fournisseurs de soins.
An niveau fédéral, nous continuerons d'investir et de faire de l'innovation une priorité parce que c'est par l'innovation que nous aiderons les provinces et les territoires à améliorer la qualité, l'accessibilité et la pérennité de notre système de santé afin qu'il soit là pour nos enfants et nos petits-enfants.
Au cours des prochains mois, je parlerai davantage de l'innovation et de la recherche comme moyen de rendre notre système de santé plus efficient, plus durable et plus productif. J'accueillerai aussi avec plaisir votre point de vue.
Avant de conclure, je sais que certains d'entre vous peuvent avoir des questions et vouloir discuter d'enjeux dans le domaine de soins de santé aujourd'hui. Plutôt que de répondre maintenant aux questions de deux ou trois délégués, je resterai avec vous toute la journée et m'entretiendrai avec nombre d'entre vous.
C'est un important dialogue et je veux vous entendre directement. Je rencontre des médecins, des infirmières et le comité exécutif pour entendre les diverses perspectives des intervenants de première ligne.
Comme nouvelle ministre, je crois qu'il est plus important pour moi de vous écouter que de vous dire ce que je sais du portefeuille.
Je suis déterminée à travailler avec les provinces et les territoires, les fournisseurs de soins de santé, le milieu de la recherche et les organisations comme l'AMC pour connaître vos priorités et savoir comment nous pouvons travailler ensemble pour améliorer le système de santé pour tous les Canadiens.
À titre de nouvelle ministre de la Santé, j'arrive en poste sans préjugé et avec un esprit de collaboration.
À cet égard, j'apprécie l'apport et les conseils de l'AMC.
Faisons donc cause commune et donnons-nous l'objectif que vous avez si bien exprimé dans votre énoncé de mission, « assurer aux Canadiens les normes les plus élevées de santé et de soins de santé ».
J'ai hâte de travailler avec vous à la poursuite de cet objectif au profit de tous les Canadiens.
Merci de m'avoir invitée aujourd'hui à faire part de mon expérience, de mes priorités, de mes engagements et de mon désir de favoriser un solide partenariat avec les professionnels de l'industrie comme vous-mêmes.
Au plaisir de vous rencontrer en grand nombre au cours de la journée.
Merci.