Darrell Bricker
Darrell Bricker est chef de la direction d’Ipsos Public Affairs, une division de la deuxième plus grande société d’études de marché du monde, qui compte 700 experts établis dans 34 pays. Avant de se joindre à Ipsos, en 1990, M. Bricker a été directeur de recherche au Cabinet du premier ministre du Canada et expert-conseil en recherche pour des entreprises d’Ottawa et de Toronto. Il possède un doctorat en sciences politiques de la Carleton University (où il était détenteur d’une bourse de doctorat du Conseil de recherches en sciences humaines [CRSH]) ainsi qu’un baccalauréat et une maîtrise de la Wilfrid Laurier University, qui lui a plus tard remis un doctorat de droit honorifique et l’a nommé l’un de ses 100 plus grands diplômés des 100 dernières années.
M. Bricker est aussi, par affectation ministérielle, colonel honoraire du régiment Queen’s York Rangers, le plus ancien régiment canadien. Son bénévolat auprès de l’Armée lui a valu une mention élogieuse du chef de l’armée canadienne et une autre de l’amiral de la Marine, et il s’est vu remettre la Médaille du jubilé de diamant par le gouverneur général du Canada.
Fréquemment invité comme commentateur dans les médias et comme conférencier, M. Bricker a écrit cinq ouvrages à succès : Searching for Certainty: Inside the New Canadian Mindset (avec Ed Greenspon), We Know What You’re Thinking, What Canadians Think About Almost Everything et Canuckology (tous trois avec John Wright) ainsi que son plus récent ouvrage, The Big Shift: The Seismic Change in Canadian Politics, Business and Culture and What It Means for Our Future (avec le rédacteur politique en chef du Globe and Mail, John Ibbitson).
En juin 2013, Darrell Bricker s’est entretenu avec le CRSH de la transformation en cours dans l’industrie des sondages ainsi que de la réelle nécessité du financement de la recherche en sciences humaines.
█ Chez Ipsos, vous traitez une énorme quantité d’information et profitez de capacités informatiques et de traitement beaucoup plus importantes qu’à vos débuts. Quels sont les principaux changements que vous avez observés dans l’industrie des sondages?
░Je dirais qu’il y en a trois.
D’abord, c’étaient principalement le milieu universitaire et le gouvernement qui motivaient l’innovation de recherche à l’époque. Ce n’est plus autant le cas maintenant, surtout en ce qui concerne la recherche mondiale. Ce concept de « mesure mondiale » est devenu un grand secteur.
… toute une infrastructure de collecte d’information a été construite pour la pratique des sciences sociales.
Si l’on pense à la culture politique et aux travaux de recherche sociale des années 1950 et 1960, il s’agissait d’entreprises majeures. De nos jours, cependant, on peut réaliser des études de la même envergure chaque semaine, car la collecte de données n’est plus un grand fardeau. En fait, toute une infrastructure de collecte d’information a été construite pour la pratique des sciences sociales.
Le deuxième changement notable est la notion de moyenne mondiale, selon laquelle on peut maintenant commencer à mesurer le monde, et le fait qu’elle permet d’utiliser la recherche sur l’opinion publique pour exprimer cette voix commune. Cela n’avait jamais vraiment été possible jusqu’ici, car la technologie n’existait pas encore.
Et le troisième changement est le fait que la technologie passe invariablement à Internet. La plus grand partie de la recherche mondiale est maintenant effectuée en ligne. On a maintenant plus de moyens que jamais d’entrer en contact avec les autres.
█ Vous avez été détenteur d’une bourse de doctorat du CRSH. Pouvez-vous nous expliquer un peu votre recherche de doctorat et les liens qu’elle peut avoir avec votre plus récent ouvrage, Big Shift?
░Le principal lien est la méthodologie. Je me sers encore, tous les jours, des techniques de science sociale que j’ai apprises pendant mes études de cycle supérieur. Je fais partie de ceux qui travaillent vraiment dans le domaine dans lequel ils ont étudié.
Ce qu’il y a d’intéressant, cependant, c’est que je n’ai pas vraiment fait de sondages publics lors de mes études de cycle supérieur. J’étais alors plutôt un analyste de type économétricien, et ce n’est que plus tard que j’ai commencé à m’intéresser à l’opinion publique.
█ Quel impact le financement du CRSH a-t-il eu sur votre expérience au doctorat?
C’était quelqu’un de l’extérieur, que je respectais, qui est venu me dire : “Tu sais quoi? Cette recherche en vaut la peine. Tu devrais la faire.”
░ Eh bien, il m’a permis d’aller à l’école! Je ne suis pas de ceux qui ont travaillé pendant plusieurs années et mis de l’argent de côté. Le financement m’a permis de poursuivre les recherches que je voulais faire tout en m’en sortant financièrement.
Mais ce n’était pas vraiment une question d’argent. C’était surtout un appui à ce que je faisais. C’était quelqu’un de l’extérieur, que je respectais, qui est venu me dire : « Tu sais quoi? Cette recherche en vaut la peine. Tu devrais la faire. »
Que quelqu’un soit prêt à m’épauler financièrement et trouve mon travail pertinent et utile a été extrêmement gratifiant pour moi.
À mon avis, le travail du CRSH est extrêmement précieux et offre encore le même genre d’appui aux personnes qui ont besoin de ce type de soutien et de reconnaissance. Personnellement, je trouve que c’est un rôle crucial à jouer.