Le 31 octobre 2013
Quand le major Nicko Petchiny et son équipe se sont présentés devant un comité de planification de l’OTAN au Danemark, plus tôt cette année, pour lui proposer que les FAC montrent les capacités de leur système intégré d’alerte et de rapports en cas d’incidents chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires (CBRN) dans le cadre de l’exercice Brave Beduin 2013, la réaction a été plutôt mitigée.
« Habituellement, l’exercice se fait au moyen de téléphones qui sont utilisés pour communiquer des renseignements sur les dangers aux commandants et à leurs systèmes de commandement et de contrôle », dit le Maj Petchiny, directeur du Projet d’intégration des capteurs et d’aide à la décision (IC et AD) en cas d’événements CBRN.
Un lien
Le Maj Petchiny et son équipe proposaient d'établir un lien automatique entre leurs outils logiciels qui créent un modèle de la trajectoire prévue, ou zone de menace, d’agents de guerre chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires dans l’air, et le système de commandement et de contrôle de l’Armée canadienne, de même que les systèmes utilisés par la Marine royale canadienne et le Régiment d’opérations spéciales du Canada.
« Par contre, ajoute le major, grâce en très grande partie au travail exceptionnel de notre équipe de gestion de projet dans sa préparation à l’exercice Brave Beduin, les pays de l’OTAN ont été très impressionnés par les capacités du système et, à la fin de l’exercice, ils réclamaient des renseignements supplémentaires sur notre programme. »
Le Système de défense contre les agents CBRN
Les FAC ont commencé à peaufiner leur système automatisé de pointe d’alerte et de rapports relatifs à la défense CBRN il y a une dizaine d’années, dans le cadre d’un programme général visant à moderniser leurs capacités en matière de défense CBRN. Le système du Canada était semblable à la plupart des autres processus relatifs aux événements CBRN qui sont encore en usage aujourd’hui : les données provenant de capteurs d’agents chimiques et biologiques présents sur le champ de bataille étaient entrées à la main dans un logiciel spécialisé à l’aide d’un ordinateur portable, puis elles étaient analysées et interprétées. Le logiciel produisait une carte de l’aire de danger associée au panache prévu, en tenant compte de divers facteurs, dont la source des agents dangereux, la température ambiante ainsi que la direction et la vitesse du vent. Ces modèles de prévision étaient ensuite relayés manuellement, par téléphone, par radio ou par une personne sur le terrain, aux commandants de théâtres d’opérations. Le processus était souvent long et laborieux.
La naissance du projet
Les responsables du Projet IC & AD ont alors entrepris de bâtir un système intégré pouvant accepter automatiquement les données des capteurs CBRN, les transférer dans les réseaux militaires protégés où elles seraient ensuite interprétées par des outils spécialisés d’analyse des dangers CBRN, puis les communiquer aux commandants par l’entremise de leurs systèmes de commandement et de contrôle.
À cette fin, les responsables devaient d’abord collaborer avec l’industrie pour mettre au point une interface normalisée, ou un langage commun, entre les capteurs privés de substances CBRN et un système de contrôle. Les concepteurs de système devaient également veiller à ce que les données provenant des capteurs soient traduites en format numérique afin qu’il soit possible d’automatiser le transfert des données du capteur à l’outil d’aide à la décision puis au système de commandement et de contrôle.
« Nous avons opté pour une architecture ouverte fondée sur les normes actuelles de l’OTAN, ainsi que sur les normes éprouvées liées au renseignement, à la surveillance et à la reconnaissance déjà utilisées dans les FAC », explique le Maj Petchiny. « Grâce à cette approche normalisée du langage commun, le Canada a été en mesure d’avancer beaucoup plus rapidement que tout autre pays en ce qui concerne l’intégration de ses capteurs de dangers CBRN. »
Un système unique en son genre
Le système compte également deux ponts uniques pour transférer les données. Dans un premier temps, une diode permet le passage automatique des données créées par le capteur du domaine sans classification au domaine classifié, où elles seront analysées. Ensuite, les résultats de l’outil de modélisation prédictive des dangers CBRN sont transférés aux systèmes de commandement et de contrôle. Ces deux ponts sont particuliers au système canadien IC & AD.
L’ex Precise Response
Cet été, forts du succès obtenu lors de l’exercice Brave Beduin, les responsables du Projet IC & AD l’ont présenté dans le cadre de l’ex Precise Response, qui a eu lieu à Suffield, en Alberta, à l’installation de Recherche et développement pour la Défense Canada. Pour les besoins de cet exercice mettant en jeu des agents toxiques réels, l’équipe a relié une série de détecteurs d’agents chimiques personnels fixes et un système de détection des agents biologiques susceptibles de menacer des points vitaux à un contrôleur de capteurs commun, puis elle a intégré les données des capteurs aux outils d’analyse des agents CBRN, puis au système de commandement et de contrôle. Cette présentation était une nette amélioration par rapport à la précédente, puisque durant l’ex Precise Response, les capteurs d’agents CBRN réels faisaient désormais partie du système intégré. Il ne s’agissait plus d’un exercice de simulation sur table.
« Lors des séances d’information du commandant tenues pendant l’exercice, les commandants ont pu suivre la situation de façon inégalée, puisqu’on pouvait évaluer le danger CBRN en temps quasi réel », affirme le Maj Petchiny. « Je pense qu’ils étaient pas mal impressionnés. »