Washington, États-Unis, le 12 octobre 2013
2013-134
Au nom des pays que le Canada représente, je veux d’abord remercier le président Kim d’avoir dirigé de main de maître le Groupe de la Banque mondiale au cours de la première année de son mandat.
Au printemps dernier, les gouverneurs ont fixé d’ambitieux objectifs : mettre fin à la pauvreté extrême d’ici 2030 et stimuler la prospérité commune. Certes, ces défis sont de taille et louables. Le président Kim propose maintenant une stratégie grâce à laquelle l’institution sera en mesure de mener à bien ces deux objectifs. J’appuie fortement la démarche proposée, tout en étant conscient qu’il faudra du temps et des efforts concertés pour perfectionner et mettre en œuvre tous les éléments clés de la stratégie.
Le groupe représenté par le Canada est prêt à travailler de concert avec le Groupe de la Banque mondiale dans la réalisation de la nouvelle stratégie. Nous sommes persuadés que cette dernière permettra à l’institution de mieux cibler ses travaux et d’accroître son efficacité dans ses efforts visant à relever les défis actuels et futurs au chapitre du développement, y compris les défis auxquels sont confrontés les pays des Caraïbes que nous représentons.
Nous soutenons vivement le passage prévu à un Groupe de la Banque mondiale unifié afin d’augmenter systématiquement les efforts de collaboration entre l’Association internationale de développement (IDA), la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), la Société financière internationale (SFI) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI). Cette unification nous permettra de mieux tirer parti des forces de chaque organisme et contribuera en éliminant les cloisonnements dans l’institution. À cette fin, nous demandons au Groupe de la Banque mondiale d’harmoniser et d’intensifier ses efforts dans plusieurs secteurs clés, dont les suivants :
Premièrement, il faut mobiliser et mettre à profit le secteur privé afin de réduire la pauvreté et de stimuler la prospérité, de concert avec le groupe représenté par le Canada et d’autres intervenants. L’architecture du développement a changé du tout au tout. La réduction de la pauvreté et la promotion de la prospérité ne peuvent se faire sans des partenariats efficaces qui couvrent tous les enjeux, les défis et les secteurs. De plus, ces partenariats doivent faire intervenir le secteur privé. Pour cela, il faut créer le milieu des affaires requis pour attirer les investissements et faciliter les échanges, débloquer le potentiel des entrepreneurs des pays en développement pour alimenter la croissance et créer des emplois, et investir dans les gens pour qu’ils puissent tirer parti des possibilités de croissance.
Deuxièmement, il faut transformer les investissements dans l’agriculture, la croissance et la productivité de manière à améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition, surtout chez les femmes et les enfants. Le Canada a assumé un rôle de chef de file mondial dans la lutte contre la faim et la malnutrition en déployant des efforts en matière de développement agricole durable, comme nous l’avons signalé cette année lors de l’Assemblée générale des Nations Unies. L’impact d’une démarche robuste en matière d’agriculture préconisée par le Groupe de la Banque mondiale unifié pourrait réussir à transformer la sécurité alimentaire et la nutrition.
Troisièmement, il faut jouer un rôle de catalyseur en matière de développement durable des industries extractives à l’échelle mondiale. Le Groupe de la Banque mondiale peut assumer un rôle plus prépondérant afin mobiliser, en partenariat avec le Groupe des Huit, le financement et les connaissances dont ont besoin les pays qui tentent de tirer parti de leurs ressources naturelles pour réduire de la pauvreté.
Quatrièmement, il faut continuer de mettre l’accent sur les perspectives relatives à l’égalité des sexes dans la mise en œuvre de la nouvelle stratégie. L’égalité des sexes et l’inclusion peuvent, et doivent même, être interreliées. Tous les éléments du Groupe de la Banque mondiale doivent continuer à intervenir pour faire avancer les possibilités offertes aux femmes au plan de l’économie et du leadership.
En dernier lieu, il faut unir nos efforts afin d’accroître le soutien que nous accordons aux personnes les plus pauvres et les plus vulnérables dans les régions fragiles et celles touchées par un conflit. Le Groupe de la Banque mondiale en général, et la SFI en particulier, fort du soutien de l’Irlande et d’autres pays, a déjà acquis quelques expériences très positives et fait montre de résultats en matière d’obtention du soutien du secteur privé dans des pays sortant d’un conflit en Afrique subsaharienne. Nous demandons au Groupe de la Banque mondiale de soutenir encore plus ces travaux et de se pencher sur les enseignements tirés afin de les appliquer plus largement à l’échelle mondiale. Nous encourageons également d’autres pays à soutenir le nouveau Mécanisme d’aide pour les économies fragiles et touchées par des conflits de l’AMGI, qui contribuera à recueillir des investissements auprès du secteur privé dans des environnements présentant davantage de risques.
Nous pressons la Banque de continuer de soutenir les petites économies très vulnérables lors de la mise en œuvre de sa nouvelle stratégie. Nous nous préoccupons surtout des pays des Caraïbes que le Canada représente, qui sont de petits États insulaires très vulnérables aux catastrophes naturelles et aux chocs macroéconomiques externes. Ce groupe hétérogène de pays en développement continue d’être aux prises avec la complexité du financement et de la mise en œuvre de solutions de développement dans le contexte d’une croissance qui stagne ou se contracte, d’une compétitivité qui diminue et d’une situation des finances publiques et de l’endettement qui est insoutenable. Au cours des cinq dernières années, nombre de ces pays ont amorcé des programmes de consolidation budgétaire et de réformes structurelles visant à rétablir l’équilibre de leurs économies et à créer les conditions propices à la croissance. Or, pour être vraiment efficaces, ces efforts doivent s’accompagner de programmes qui permettent au secteur privé de prendre de l’essor et de devenir le principal moteur de croissance. À cet égard, nous continuons d’encourager les travaux de la Banque mondiale, par l’entremise du Forum pour la croissance dans les Caraïbes, qui tentent de venir en aide à ces pays afin qu’ils se développent et, au bout du compte, mettent en place des stratégies propices à la croissance.
À la fin du mois dernier, l’Organisation des Nations Unies a fait le bilan de l’état actuel des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) lors de l’événement spécial tenu dans le cadre de l’Assemblée générale. Le document final, résultant de l’animation conjointe par l’Irlande, fait état du solide engagement de la communauté internationale envers l’atteinte des OMD d’ici 2015 et signale la nécessité d’accélérer les progrès d’ici là en ciblant surtout les OMD accusant le plus de retard. La nouvelle stratégie du Groupe de la Banque mondiale devra jouer un rôle clé dans l’appui à ces efforts ainsi que dans la conception du cadre de développement après 2015.
Certains des emprunteurs actuels de la Banque mondiale se dirigent vers la réussite. La Banque est donc en mesure de se montrer plus sélective et d’offrir aux clients des solutions financières, techniques et axées sur le savoir plus ciblées en matière de développement. Le Groupe de la Banque mondiale devra trouver des moyens d’innover et d’agir à titre de catalyseur lorsqu’il définira son rôle en évolution. De fait, le mouvement en faveur d’un « Groupe de la Banque mondiale axé sur les solutions » représente l’occasion rêvée de le faire. Le Groupe de la Banque mondiale pourra ainsi fournir un meilleur soutien aux pays clients en présentant des solutions de développement adaptées à leurs besoins qui regroupent les volets des finances et du savoir au volet des services. À cet égard, l’évaluation efficace des résultats lui permettra d’améliorer encore plus ses produits.
Nous appuyons sans réserve les propositions de réaligner le modèle financier de la Banque mondiale afin de renforcer la viabilité financière et d’accroître sa capacité financière. Nous entrevoyons avec intérêt les travaux des prochains mois dans le cadre desquels nous définirons davantage les principes sous-;jacents, notamment le débat lors des réunions du printemps sur les mesures particulières propices à la croissance des revenus, à l’optimisation de l’obtention du capital disponible et à la réduction des coûts.
Les pays que le Canada représente ont toujours accordé un franc soutien aux travaux de l’IDA, et nous nous réjouissons à l’idée de l’achèvement de la Dix-septième reconstitution des ressources de l’IDA (IDA-17) d’ici décembre 2013. Nous constatons que plusieurs pays débiteurs de l’IDA sont sur le point de changer de statut au cours de l’IDA-17 et nous reconnaissons les immenses progrès que les gouvernements de ces pays ont réalisés afin d’éradiquer la pauvreté chez leurs citoyens.
Nous sommes également conscients que des défis de taille en matière de développement continuent d’exister dans ces pays et nous encourageons la Banque à adopter une démarche panorganisationnelle à long terme pour qu’elle puisse continuer de soutenir l’atteinte des objectifs d’éradication de la pauvreté et de partage de la prospérité dans tous ses pays clients. Pour ce faire, elle devra notamment veiller à ce que la BIRD soit dotée des mécanismes voulus pour aider à régler les problèmes que connaissent les pays à revenu moyen et promouvoir l’utilisation accrue d’instruments du secteur privé au sein de la SFI et de l’AMGI dans les pays débiteurs de l’IDA. Nous enjoignons également l’IDA à continuer de demeurer fortement centrée sur l’intégration de l’égalité des sexes dans ses activités et sur la satisfaction des besoins uniques des pays fragiles et de ceux touchés par un conflit qui sont admissibles à son aide. Enfin, nous encourageons l’IDA à continuer de veiller à ce que ses politiques et activités tiennent compte des points de vue des moins nantis.