DATE/DATE :
Le 3 octobre 2013
HEURE/TIME :
13 h
ENDROIT/LOCATION :
Calgary TELUS Convention Centre, salle de conférences C/D, 120 Ninth Avenue SE, Calgary (Alberta)
PRINCIPAUX PARTICIPANTS/PRINCIPALS :
Jason Kenney, ministre de l’Emploi et du Développement social
Honorable Jason Kenney : Merci beaucoup, Allan, pour ces paroles aimables. Toutefois, je tiens encore plus à te remercier pour le leadership exemplaire dont tu as fait preuve; tu es l’un des plus grands philanthropes du Canada et un véritable pionnier dans le domaine de l’entreprise sociale. Applaudissons tous bien fort Allan pour son incroyable contribution à notre société. Allan a eu beaucoup de succès en affaires et a fait des choses remarquables au sein de notre société, mais il n’a rien perdu du gros bon sens qui caractérise depuis longtemps déjà les citoyens des Prairies et de cette province. Au nom du gouvernement du Canada, j’aimerais commencer par souhaiter la bienvenue à tous les délégués étrangers qui sont ici à Calgary, la capitale et le cœur du nouvel Ouest canadien. J’espère que vous commencez à découvrir la solidarité profonde et incroyable qui règne naturellement dans cette ville.
Allan a fait référence aux interventions sociales remarquables qui ont été réalisées de manière spontanée à la suite des récentes inondations dévastatrices que nous avons connues ici, dans le Sud de l’Alberta. Ces interventions sont un parfait exemple de collaboration entre le secteur sans but lucratif, les organismes de bienfaisance, les entreprises et les gouvernements. Toutefois, j’ai été encore plus impressionné de voir les voisins des victimes, sans que personne ne leur ait demandé, dit ou ordonné de le faire ou sans que cela n’ait été prévu, se rendre dans le Sud de l’Alberta, dans les secteurs de la ville qui ont été touchés, descendre dans le sous‑sol des victimes et nettoyer la boue – ils ont aidé les gens à récupérer ce qui se trouvait dans leur cour et à recommencer une nouvelle vie. Il s’agit là d’une innovation sociale à son meilleur, au sens le plus primitif du terme. Cette entraide s’est faite de façon toute naturelle et démontre un véritable esprit de solidarité à l’égard de nos concitoyens ici, dans le Sud de l’Alberta.
En fait, nous sommes ici, à ce Forum pour discuter de la façon dont nous capturons et canalisons cet esprit d’une manière plus organisée pour que nos concitoyens et concitoyennes ici au Canada et partout dans le monde puissent en profiter. J’aimerais remercier les représentants du gouvernement de l’Alberta et leur manifester ma gratitude pour leur présence et leur appui, plusieurs ministres sont ici et seront présents tout au long du Forum, et je tiens également à remercier ceux des autres gouvernements provinciaux qui participent à l’événement. Je tiens tout spécialement à exprimer ma reconnaissance au ministre Eric Hoskins du gouvernement de l’Ontario pour son extraordinaire leadership à cet égard.
Pour ceux d’entre vous qui sont en visite au Canada, notre fédération est quelque peu complexe. Personne n’est jamais vraiment certain des responsabilités de chacun. Malgré tout, nous avons tant bien que mal réussi à créer une société assez prospère, mais plus important encore est l’esprit de collaboration et de partenariat qui prévaut entre les deux principaux ordres de gouvernement, particulièrement en ce qui a trait aux questions sociales comme celles abordées aujourd’hui.
J’aimerais également exprimer ma reconnaissance et mes plus sincères remerciements à l’équipe de la Trico Charitable Foundation et à l’âme de cette organisation, Wayne Chiu, pour leur leadership, leur appui et leur générosité. Wayne et son équipe ont contribué à notre rencontre aujourd’hui et leur organisation est l’expression même du leadership mondial de Calgary et du Canada dans le domaine de l’innovation et de l’entreprise sociale. De par ses nombreuses contributions, aussi infimes et discrètes soient-elles, Wayne a été un modèle en ce qui a trait à tout le concept de l’entreprise sociale.
Il y a quelques semaines, je participais à la célébration du 25e anniversaire de l’un des plus grands complexes récréatifs communautaires de la Ville de Calgary. Il s’agit de ma circonscription et c'est un endroit qui illustre bien la réussite des entreprises sociales, puisque comme de nombreux centres récréatifs communautaires construits dans les années 1970, parrainés par des associations communautaires locales, mais en grande partie financés par les gouvernements municipaux, ce centre n’était pas exploité selon un modèle opérationnel durable. Les immobilisations vieillissaient et nécessitaient des rénovations, les revenus diminuaient, le nombre de membres diminuait aussi, et le conseil d’administration sans but lucratif croyait que le centre devrait être fermé; de nombreux autres centres récréatifs servant des dizaines de milliers de personnes dans cette ville prospère étaient dans la même situation, mais certaines personnes très innovatrices et créatives qui connaissent le milieu des entreprises privées sont devenues membres de ce conseil d’administration sans but lucratif et ont appliqué leur expérience du marché et leur sens des affaires pour régler les problèmes; elles ont également relevé des possibilités pour le secteur privé.
D’abord, ces personnes ont conclu des ententes de parrainage avec des entreprises commanditaires, et Trico s’est présentée comme commanditaire principal; ensuite, elles ont conclu des contrats avec des entreprises pour la création d’établissements comme des cliniques médicales sur place ainsi que d’autres services, comme de petits restaurants – et en un clin d’œil, un établissement social sur le point de déclarer faillite et de fermer ses portes a été revitalisé grâce à une énorme injection de nouveaux capitaux. L’ensemble de l’établissement a été rénové et le nombre d’utilisateurs a, je pense, quadruplé, et l’établissement conserve ses gains et réinvestit constamment. Il s’agit d’un petit exemple de ce que vous faites en Alberta, au Canada et dans d’autres régions du monde, mais d’un très grand exemple des réalisations de Wayne et de son entreprise ici au Canada.
Mes amis, je suis ici pour dire deux choses. D’abord, en tant que représentants du gouvernement, ma collègue Candice Bergen, ministre d’État, notre sous-ministre d’Emploi et Développement social, Ian Shugart, et moi, avec l’excellente équipe de notre ministère, sommes ici pour écouter et apprendre en toute humilité, ce qui devrait vraiment être l’attitude du gouvernement en ce qui a trait aux entreprises sociales, sachant que le gouvernement lui‑même n’a pas toutes les réponses, que bon nombre des meilleures et des plus créatives réponses aux problèmes sociaux, en particulier à certaines des plus grandes difficultés sur le plan social, se trouvent dans la société civile. Ensuite, je suis ici pour exprimer clairement, au nom du gouvernement du Canada, notre soutien enthousiaste et sans réserve pour l’ensemble du processus de mise en œuvre des entreprises sociales, de la finance sociale et de l’innovation sociale, et pour travailler avec vous à trouver des solutions pour faire de ce secteur en pleine croissance un facteur essentiel de la résolution de problèmes au Canada.
Vous savez, je sais que dans les discussions au sujet des entreprises sociales, nous utilisons beaucoup de jargon, et que ce domaine n’est pas encore très bien connu du public ni bien compris, mais en fait, à de nombreux égards, ce n’est pas un concept nouveau. C’est l’idée de l’entraide entre voisins. L’objectif est de tirer profit du pouvoir créatif des marchés pour résoudre les problèmes sociaux de façon à augmenter le niveau de vie et à améliorer l’économie, et ce principe est fondé sur l’idée que dans la société civile, il y a de grandes ressources non exploitées qui peuvent nous aider à améliorer notre niveau de vie et aider ceux qui en ont le plus besoin, pour donner un coup de pouce aux gens au lieu de les laisser tomber, pour passer de la dépendance à l’indépendance.
Encore une fois, comme vous le savez, il ne s’agit pas d’une nouvelle idée. Dans ses brillantes réflexions sur la Révolution française, Edmund Burke a mentionné, dans les années 1790, que : « Le premier principe de toutes les affections publiques, on pourrait dire leur germe, c’est d’être attaché à la classe de la société dans laquelle on vit, c’est de chérir le peloton auquel on appartient. C’est là le premier anneau dans l’enchaînement de toutes les affections qui nous émeuvent, soit pour notre patrie, soit pour le genre humain tout entier. » C’est à partir du petit peloton auquel nous appartenons dans la société que nous apprenons à aimer notre pays et l’humanité. « Philanthropie », un mot d’origine grecque, signifie que l’on s’identifie à de petits pelotons dans la société civile et que l’on ne demande pas l’autorisation pour aider son prochain. Les philanthropes agissent de leur propre chef; ils ont parfois besoin de l’aide du gouvernement, mais ils ont surtout besoin que le gouvernement les laisse agir. Le rôle du gouvernement devrait se limiter à la création d’un cadre stratégique approprié, et c’est ce que nous entendons faire.
J’ai découvert l’entreprise sociale il y a quelques années, quand j’étais ministre canadien de l’Immigration, et c’est ici à Calgary que j’ai d’abord été très impressionné par la formule. J’ai rencontré dans cette ville des philanthropes remarquables qui, inspirés par la regrettée Dre Maria Eriksen, ont créé ce qui s’appelait à l’époque l’Alberta Immigrant Access Fund. Maintenant appelé « Immigrant Access Fund », le fonds est en voie de s’implanter partout au Canada. Sa raison d’être est d’abord et avant tout le défi social très sérieux qui existe au Canada.
Les personnes en visite dans notre pays doivent savoir que le Canada présente le niveau d’immigration par habitant le plus élevé parmi les pays développés. Nous sommes une société ouverte et accueillante. Nous apprécions les contributions et les compétences des nouveaux arrivants, mais il arrive malheureusement trop souvent que nous n’accordions pas à ces éléments toute l’importance qu’ils méritent. À titre exemple, il arrive trop souvent que nous accueillions des professionnels très scolarisés en tant qu’immigrants de la composante économique, et que ceux‑ci ressentent éventuellement de la frustration, soient confinés au bas de l’échelle sur le marché du travail, et se retrouvent sans emploi, voire sous‑employés, ce qui leur occasionne souvent des problèmes et des tensions d’ordre familial en plus de créer chez eux un sentiment de honte et de déception. Ces personnes quittent le haut du spectre socioéconomique dans leur pays d’origine pour se retrouver au bas de l’échelle au Canada.
Vous savez, on raconte à la blague que le meilleur endroit pour avoir une crise cardiaque à Calgary est sur la banquette arrière d’un taxi, puisque les chances sont bonnes que le chauffeur soit un chirurgien cardiologue. Même si ce n’est qu’une blague, il arrive trop souvent que les immigrants aient le sentiment d’avoir été trompés et de ne pas avoir la possibilité de mettre à profit leurs compétences et de réaliser leur potentiel ici au Canada.
Les raisons qui expliquent ce phénomène sont complexes. Certaines sont liées à notre système d’immigration, que nous sommes en voie de réformer, et d’autres peuvent être liées au degré de rigidité que nous conservons dans le processus de reconnaissance des titres de compétence étrangers. Quoi qu’il en soit, les personnes dans cette situation font face à de réelles difficultés pratiques. Il arrive souvent que, pour obtenir leur permis d’exercice ou faire les premiers pas en vue d’obtenir un emploi une fois leurs titres de compétence reconnus, ces personnes doivent suivre des cours additionnels et obtenir certains diplômes canadiens qui seront reconnus par l’organisme de réglementation professionnelle compétent ou les employeurs potentiels. Lorsque cela se produit, les frais liés aux cours, aux manuels pédagogiques et aux examens d’accréditation doivent être assumés par les personnes elles‑mêmes, ce qui représente habituellement un énorme fardeau financier pour elles, car elles viennent d’immigrer au pays et ont de la difficulté à obtenir du crédit de la part des institutions financières sur la base des conditions commerciales habituelles, en plus d’être souvent confinées à des emplois au salaire minimum leur permettant à peine de subvenir aux besoins de leur famille.
Heureusement, la Dre Eriksen et d’autres intervenants de Calgary ont compris qu’il y avait probablement une solution très simple à ce problème social très profond auquel nous faisons face, et qu’il s’agissait de trouver un peu de financement pour permettre aux professionnels formés à l’étranger de suivre une formation ou des cours supplémentaires en guise de complément de leur diplôme, ou de passer des examens de certification, un financement qu’ils ne pouvaient obtenir eux‑mêmes. C’est ainsi que la Dre Eriksen, par l’intermédiaire de l’Immigrant Access Fund, a commencé à solliciter l’aide de philanthropes pour établir des lignes de crédit visant à offrir du financement à des professionnels immigrants qualifiés, sélectionnés au préalable, qui souhaitaient suivre des cours au Canada; voici ce qu’elle nous avait alors confié : « Je me souviens de la première personne qui a signé une de ces lignes de crédit. Il s’agissait de Wayne Chiu, qui nous avait remis 50 000 $, misant ainsi, à ses propres risques, sur une idée qui a par la suite porté ses fruits. Par après, de nombreuses autres personnes ont emboîté le pas – nous avons ainsi recueilli des millions de dollars sous la forme de lettres de crédit, et les représentants de l’Immigrant Access Fund ont présenté ces engagements aux banques, directement, pour négocier des conditions privilégiées. Ils ont alors fait savoir qu’ils sélectionneraient les demandeurs pour veiller à ce qu’il s’agisse de personnes de bonne foi ayant une stratégie d’apprentissage solide en vue de l’obtention d’un emploi rémunérateur au Canada. » Voilà donc comment ce programme a été lancé.
Plusieurs années plus tard, ce programme se révèle, possiblement sans surprise, un succès phénoménal, affichant selon ce que j’ai appris un taux de remboursement de 96 %; en outre, il a permis à plus de 80 % des participants d’améliorer considérablement leur situation professionnelle. J’ai rencontré un homme qui venait d’immigrer au Canada et qui était, auparavant, le directeur financier d’une société de Dubaï. À son arrivée à Calgary, il a dû accepter un emploi au salaire minimum, un poste de nuit dans un dépanneur. Grâce au prêt de 6 000 $ qu’il a obtenu dans le cadre de l’Immigrant Access Fund, il a pu suivre les cours dont il avait besoin et qui lui ont permis d’obtenir un emploi dans une société gazière de Calgary. Il gagne maintenant 60 000 $ par année.
Il s’agit d’un cas exemplaire d’innovation sociale, soit trouver des moyens originaux de solliciter les intervenants du marché et d’obtenir un financement que ne permettraient vraisemblablement pas les avenues commerciales. Pour compléter le tableau, les représentants de l’organisme en cause ont fait savoir à notre gouvernement qu’ils souhaitent sincèrement mettre en œuvre leur projet, mais qu’ils étaient limités, entre autres choses, par les coûts indirects relatifs à l’administration du programme en question ainsi qu’à la présélection et à la sélection des participants. C’est alors que nous avons décidé de leur fournir un financement provisoire; cela a si bien fonctionné que, par l’intermédiaire du Bureau d’orientation relatif aux titres de compétences étrangers du ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration du Canada, nous avons financé ce programme afin qu’il soit mis en œuvre partout au pays, et ce, de manière à ce que des milliers de personnes, des professionnels formés à l’étranger, puissent suivre la formation dont elles ont besoin pour réaliser leur potentiel et contribuer pleinement à la productivité économique du Canada. C’est exactement ainsi que le tout doit fonctionner.
Nous croyons donc qu’il s’agit d’un exemple de la façon dont l’innovation sociale et le financement social peuvent, et doivent, croître en synergie. Le Royaume‑Uni constitue un autre exemple extraordinaire de la capacité des initiatives de transformation de créer de nouvelles possibilités. Le leadership du Royaume-Uni dans ce domaine prend de plus en plus d’ampleur, étant donné l’importance que le premier ministre David Cameron accorde à la société en général. En mars dernier, des dirigeants de partout dans le monde se réunissaient à Davos pour faire avancer la cause des investissements ayant une incidence sociale. À cette occasion, des gestionnaires de fonds spéculatifs s’élevant à plusieurs milliards de dollars, de sociétés de capital‑investissement, de fonds souverains, d’actifs, d’entreprises de services financiers et d’entreprises sociales ont participé à des séances de remue-méninges visant à trouver des moyens d’accélérer les mouvements de capitaux pour favoriser l’investissement d’impact. De plus, un groupe de travail chargé de promouvoir le marché de l’investissement social a été créé lors du forum du G8 sur le sujet, qui s’est tenu en juin; de même, je suis heureux de vous annoncer que j’ai accepté l’invitation de mon homologue du Royaume-Uni et que je représenterai dorénavant le Canada à titre de participant à ce forum du G8.
De telles initiatives servent d’exemple à d’autres investisseurs, qui réalisent des bénéfices tout en s’impliquant dans des initiatives sociales pour faire bouger les choses. Il y a des gens – heureusement, ils ne sont pas trop nombreux – qui semblent croire que la finance sociale et l’entreprise sociale sont en fait des ruses pour diminuer les dépenses sociales du gouvernement ou pour privatiser les programmes gouvernementaux. Je crois toutefois qu’ils en comprennent mal le fondement. Il s’agit d’admettre un principe fondamental selon lequel les programmes et les fonds gouvernementaux ne peuvent pas être l’unique solution pour traiter de tous nos enjeux sociaux pressants.
Le fait est que les gouvernements au Canada, comme partout ailleurs dans les pays développés, et même partout dans le monde, disposent de ressources limitées, et ce, bien plus de nos jours qu’auparavant; ainsi, ils cherchent constamment des façons d’utiliser plus efficacement l’argent des contribuables, de façon à ce que la population en ait plus pour son argent. Il est important de souligner que l’innovation sociale est une méthode éprouvée. Oui, l’innovation sociale est à la mode et s’accompagne de tout un jargon, et oui, il y a de nombreuses théories à son sujet et beaucoup se l’approprient. Cependant, il y a aussi beaucoup de données et de preuves empiriques, de même qu’une quantité considérable de recherches réelles visant à démontrer le succès de la finance sociale et de l’entreprise sociale. Un grand nombre d’investisseurs, d’organismes communautaires et de partenaires gouvernementaux ont créé des possibilités mutuellement avantageuses pour traiter des enjeux sociaux pressants.
Depuis beaucoup trop longtemps, les gouvernements imposent leurs propres solutions pour donner suite aux enjeux sociaux, et omettent ainsi de prendre en compte les méthodes novatrices et efficaces élaborées de façon inductive par la société civile, les collectivités locales et le secteur privé. Donc, l’innovation sociale n’a pas pour but de supplanter le gouvernement ou de remettre en question ce qu’il fait le mieux, mais bien de trouver des façons nouvelles et plus efficaces de compléter les mesures prises par le secteur public et de régler les problèmes sociaux.
C’est en invitant toute la société à participer que nous pouvons trouver des façons efficaces et axées sur les résultats de remédier aux problèmes sociaux, notamment en veillant à ce que les groupes marginalisés dans la société, les collectivités et les marchés du travail puissent apporter une contribution plus marquée. L’innovation sociale consiste à mettre tous nos talents à l’œuvre, à ne laisser personne derrière, à créer des partenariats et à forger des alliances entre les gouvernements, les milieux d’affaires et le secteur bénévole. Il s’agit d’admettre que le gouvernement n’a pas toujours la meilleure solution.
Voici un exemple : À Winnipeg, Marty Donkervoort a lancé Inner City Renovations. Marty voulait mettre sur pied une entreprise de rénovation et créer des emplois pour les personnes en marge du marché du travail. Il a réalisé qu’en s’attachant simplement au volet social de son entreprise, soit de créer de bons emplois pour des gens qui autrement n’y auraient peut-être pas accès, il ne pourrait pas attirer une clientèle suffisante pour demeurer rentable. Inner City Renovations a alors entrepris d’accorder toute l’attention due aux principes commerciaux traditionnels, à savoir la mise en marché, la promotion, les prix concurrentiels et la fiabilité des services, tout en continuant d’offrir de bons emplois, notamment à bon nombre de personnes qui n’avaient jamais travaillé par le passé. En renforçant le volet affaires de son entreprise sociale, Inner City Renovations a pu non seulement survivre, mais aussi prospérer. Son revenu annuel s’élève maintenant à 4 millions de dollars; en outre, l’entreprise a plus de 30 personnes à son emploi – la plupart d’entre elles bénéficiaient, auparavant, de l’aide sociale. Son modèle s’est avéré efficace pour son entreprise, pour des travailleurs canadiens qui ont maintenant un emploi et pour l’économie locale et nationale.
Ce genre d’initiatives me rappelle qu’il faut s’inspirer des meilleures idées qui germent dans tous les secteurs pour trouver de nouvelles façons de concrétiser le changement social. Je sais que vous êtes tous au courant de ces – de ces idées, de ces principes, mais il faut que nous – il faut que nous fassions un effort pour renforcer l’importance de ces initiatives auprès du grand public. Je sais que vous êtes tous au courant, mais nous devons répandre le message et faire part des exemples de réussite à nos concitoyens canadiens.
Les meilleures idées et les meilleures initiatives ne proviennent pas toujours de groupes de réflexion stratégique ou de gouvernements. Elles émanent souvent de la famille et de la communauté, des gens dans des organismes qui sont les mieux placés pour cerner des problèmes dans leur collectivité et proposer des solutions novatrices. Le gouvernement peut travailler en collaboration avec des organismes et des investisseurs privés afin de tirer parti des meilleures idées et de centrer nos ressources limitées là où elles auront les meilleurs résultats pour nos communautés.
Pour ce faire, nous devons établir des partenariats efficaces avec le secteur financier et le secteur privé dans leur ensemble. Je crois que le tout débute fort bien, comme en témoignent le grand nombre de participants à ce forum et le vif intérêt qu’il suscite. Le gouvernement du Canada joue un rôle grandissant dans la réunion du secteur privé, le secteur des organismes de bienfaisance et des organisations à but non lucratif pour traiter d’enjeux sociaux. À titre d’exemple, en novembre dernier, nous avons lancé notre premier appel d’idées sur la finance sociale et nous avons été impressionnés par les réponses, que nous avons résumées dans un document disponible auprès de mon ministère. Il contient des propositions remarquables provenant de gens de partout au pays.
Je peux vous dire qu’il y avait des citoyens, des organismes de bienfaisance tournés vers l’avenir et des entreprises du secteur privé disposés à collaborer entre eux et avec le gouvernement pour élaborer des solutions innovatrices à des enjeux sociaux persistants. Nous mettons actuellement à l’essai des projets d’avant‑garde visant à aider les organismes communautaires à élaborer des solutions novatrices pour régler les problèmes sociaux, et à accroître l’incidence de leurs activités. De fait, nous avons déjà commencé à mettre en œuvre certains de ces beaux projets. À titre d’exemple, nous avons entrepris la mise en œuvre d’ententes de financement au rendement, aux termes desquelles les sommes en cause seront uniquement versées lorsque des résultats particuliers auront été atteints; en outre, nous cherchons des moyens d’inciter les organismes sans but lucratif à trouver de nouvelles sources de financement, et ce, de manière à compléter les fonds traditionnellement offerts par le gouvernement fédéral.
Au cours des prochaines semaines, je m’emploierai à élargir la composition du comité consultatif ministériel sur l’innovation sociale et la finance sociale. J’en ai discuté avec Wayne Chiu ce matin – j’ai consenti à ce qu’il vienne à Ottawa en compagnie d’autres chefs de file de ce secteur pour prendre part, avec moi, à une rencontre à laquelle participeront la ministre du Revenu national, le ministre de l’Industrie et divers hauts fonctionnaires, et ce, en vue de l’élaboration d’un plan de travail énonçant les mesures que nous pouvons prendre à l’échelle fédérale pour favoriser la croissance de l’entreprise sociale. Je n’en avais pas parlé à mon sous‑ministre jusqu’à maintenant, et j’espère qu’il n’en sera pas contrarié. Ainsi, je souhaite rencontrer de nouveau les chefs de file de ce secteur ainsi que tous les ministres et les hauts fonctionnaires concernés – nous pourrons alors nous pencher sur les questions suivantes : quels sont les problèmes? Y a‑t‑il des problèmes en ce qui touche l’application des lois fiscales à l’égard des organismes de bienfaisance, ou des règlements pertinents à l’égard des entreprises sans but lucratif? Le cas échéant, comment pouvons‑nous régler ces problèmes et favoriser la création et la disponibilité de capitaux pour les domaines de la finance sociale?
Je suis heureux d’être ici aujourd’hui pour lancer un projet d’alphabétisation et d’acquisition de compétences essentielles qui s’inspire des initiatives en matière d’obligations à impact social mises en œuvre au Royaume‑Uni. Ce projet pilote nous permettra de mettre à l’essai de nouvelles façons de susciter des investissements des employeurs et du secteur privé afin d’aider des Canadiens sans emploi et sous-employés à acquérir les capacités d’écriture dont ils ont besoin pour obtenir les emplois disponibles. À titre d’exemple, grâce au financement offert, l’Alberta Workforce Essential Skills Society mettra à l’essai de nouvelles mesures visant à inciter les employeurs à investir dans des activités d’alphabétisation et d’acquisition de compétences essentielles à l’intention de leurs employés, et l’Association des collèges communautaires du Canada pourra, pour sa part, mettre à l’essai des mécanismes ayant pour objet d’encourager les investisseurs à financer des activités de cette nature destinées aux Canadiens sans emploi.
À mesure qu’ils atteindront les objectifs que nous avons établis ensemble, les employeurs et les investisseurs seront remboursés en fonction des résultats atteints. Le projet pilote débutera cet automne, et nous espérons qu’il permettra d’aider quelque 1 600 travailleurs peu spécialisés ou chômeurs canadiens qui cherchent un emploi. Je suis également heureux de vous informer qu’hier, ma collègue, l’honorable Alice Wong, ministre d’État aux aînés, a annoncé que nous mettrons à l’essai des approches novatrices visant à régler le problème pressant de l’isolement social des personnes âgées.
De plus, notre gouvernement a établi un plan d’action pour la croissance du secteur de l’entreprise sociale – une question qui a été soulevée dans les trois derniers budgets fédéraux. Ce plan d’action englobe une entente avec la fondation Trico visant à cerner diverses possibilités en matière d’entreprise sociale. Lorsque de telles ententes novatrices fonctionnent, elles sont bénéfiques pour tous. Donc, mes amis, j’espère que vous retirerez de cette allocution la nette impression que le gouvernement du Canada est un partenaire très enthousiaste dans le domaine croissant et dynamique de l’entreprise sociale; nous sommes d’ailleurs bien disposés à prendre connaissance de vos idées sur la façon dont nous pouvons éliminer tout obstacle à la disponibilité de capitaux de même qu’à la création de mécanismes de financement novateurs dans les secteurs des organismes sans but lucratif et de bienfaisance.
Il existe d’autres mesures que nous pouvons prendre pour mieux faire connaître ce domaine, en faire la promotion et porter à l’attention des Canadiens et du secteur privé les grandes possibilités qui s’y rattachent. Nous sommes à votre disposition. Nous vous remercions donc pour votre engagement à l’égard du bien‑être d’autrui, qu’il s’agisse de vos concitoyens ou des gens de partout dans le monde. Nous vous remercions de sortir des sentiers battus et d’inciter la société civile à faire usage de sa créativité pour aider les personnes qui en ont le plus désespérément besoin au sein de notre société. Ainsi, nous souhaitons que les délibérations que vous poursuivrez ici se révèlent très fructueuses, et nous nous réjouissons à l’idée de cette collaboration entre vous tous, pionniers du domaine de l’entreprise sociale, et le gouvernement du Canada. Merci beaucoup et bonne journée.
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