Priorité au discours prononcé
Bonjour, tout le monde. Je suis enchanté de vous rencontrer sur le territoire du Traité no 6 – Cris, Dakota/Sioux et Salteux. Le pays des Nêhiyaw, Cris-des-Plaines et Cris des bois, pour le 4e Sommet national de la jeunesse.
Tout d’abord, je tiens à remercier les hôtes du Sommet, l’Assemblée des Premières Nations, la Nation crie de Montreal Lake et la Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan.
C’est une excellente occasion pour moi de vous rencontrer, d’en apprendre plus et d’échanger avec vous sur la vision axée sur les jeunes pour les Premières Nations du Canada. Surtout, il s’agit pour moi d’une occasion de parler de la façon dont on compte concrétiser cette vision.
Je souhaite remercier et féliciter les jeunes de partout au Canada qui sont venus ici.
Je ressens une grande volonté de changement positif de votre part ainsi que des jeunes partout au pays. La façon dont vous mettez en action cette énergie m’encourage pour l’avenir des Premières Nations et de notre pays.
Vous représentez une nouvelle génération de leaders au sein de vos collectivités et au Canada. Vous jouez déjà un rôle important dans la définition des priorités de l’avenir et l’élaboration de moyens pratiques pour les réaliser.
À titre de ministre, j’ai parcouru le pays et j’ai ainsi rencontré, en de nombreuses occasions, des élèves et des jeunes des Premières Nations. J’ai entendu à maintes reprises des gens souligner l’importance, pour les jeunes, d'avoir accès à une éducation qui assure la réussite, non seulement pour la personne elle-même, mais également pour le soutien de la famille et la contribution optimale à la collectivité. L’éducation est bien plus qu’un simple document ou un emploi. Vous la considérez comme étant fondamentale pour l’esprit national et l’identité, et je peux très bien comprendre pourquoi.
Il y a de nombreux jeunes des Premières Nations qui connaissent du succès et qui sont des modèles au sein d’entreprises et à titre d’entrepreneurs, dans le domaine des arts et dans des organismes bénévoles ainsi qu’à tous les ordres de gouvernement.
Vous êtes la preuve de l’importance de l’éducation.
Malheureusement, il faut également préciser que vous êtes une exception.
Vous connaissez les statistiques aussi bien que moi. À peine 60 % des hommes et des femmes de 20 à 24 ans qui habitent les réserves ont obtenu un diplôme d'études secondaires. Le taux de décrochage scolaire au secondaire des adolescents des Premières Nations est pratiquement cinq fois plus élevé que celui des autres élèves au Canada.
Nous convenons tous que ces statistiques sont inacceptables.
Les collectivités des Premières Nations, en Saskatchewan et partout au Canada, ont conçu des méthodes novatrices afin d'améliorer l'éducation et les résultats pour les élèves des Premières Nations. Citons l’exemple de l'école secondaire Sakewew de North Battleford, où une équipe de services de soutien cherche des moyens de garder les jeunes à l’école; il peut s’agir d’un accès aux aînés, aux garderies ou à du counselling. On a amassé une foule de renseignements, après des dizaines d’années d’étude, au sujet des pratiques exemplaires, par exemple l’utilisation des nouvelles technologies, l’augmentation de la participation des parents, des programmes qui tiennent compte de la langue et de la culture, les enseignants autochtones, etc.
On remarque de nombreux exemples de réussite. Toutefois, la situation demeure inadmissible : au-delà des statistiques, le point important concerne le gaspillage du potentiel humain et les occasions ratées. Pour le moment, environ 65 000 élèves fréquentent les écoles des réserves; ces écoles relèvent d’un éventail d’autorités, de directives et de politiques concernant les normes, les services et l’administration.
Ainsi, bon nombre d’élèves des Premières Nations qui obtiennent un diplôme d’études secondaires constateront que ce diplôme n’est pas reconnu par les collèges et les universités du Canada.
Si vous avez fréquenté une école des Premières Nations pendant un certain temps, vous connaissez bien les problèmes auxquels les élèves se butent dans un milieu qui, malgré les efforts déployés par les enseignants et les directeurs, a de la difficulté à offrir les services et une instruction de qualité qui appuient et motivent les élèves.
Vous savez à quel point les élèves sont découragés lorsque leur école de réserve ne peut pas offrir les programmes spéciaux qu’ils souhaitent ou les cours dont ils ont besoin pour aller au collège ou à l’université.
Vous connaissez sans doute le vécu d’élèves des Premières Nations qui travaillent d’arrache-pied pendant des mois et qui passent à une école hors réserve, parce que l’école de la réserve n’a pas de lien officiel avec le système scolaire provincial ou territorial.
Vous connaissez le coût pour les gens et les collectivités lorsque des élèves des Premières Nations n’ont pas accès aux connaissances et ne peuvent pas acquérir les aptitudes nécessaires pour faire carrière efficacement, contribuer aux collectivités florissantes et avoir une vie enrichissante.
Vous êtes les exceptions.
Vous avez peut-être eu un directeur exceptionnel ou un enseignant particulièrement doué et dévoué. Peut-être votre famille et votre collectivité ont-elles déployé des efforts extraordinaires pour vous aider à réussir.
Chaque élève des Premières Nations devrait disposer d'un tel soutien. Vos jeunes frères et sœurs et vos enfants méritent un meilleur sort, un bien meilleur sort.
Il est crucial que les enfants des réserves aient les mêmes possibilités que les autres Canadiens. En raison de la hausse de la population des Premières Nations qui habitent les réserves, cette question devient de plus en plus importante.
Pendant quarante ans, tous ceux qui se sont prononcés, notamment dans le document de 1972 de l’Assemblée des Premières Nations, le vérificateur général et le Panel national sur l’éducation primaire et secondaire des Premières Nations, abondent dans le même sens : le progrès, à grande échelle, exige que les Premières Nations aient la maîtrise de leur éducation et une loi qui favoriserait un système d’éducation qui offre aux élèves des Premières Nations le soutien et les services dont ils ont besoin pour de développer et connaître du succès à l’école.
Comme vous le savez, nous proposons une nouvelle approche pour l’éducation des Premières Nations qui tient compte de ces conclusions et des demandes d’action.
Un débat vif a lieu au sujet de cette approche, mais les gens sont trop souvent mal informés. Je profite de l’occasion pour vous communiquer les points forts et les avantages de cette approche, ainsi que les améliorations à apporter : c’est là que vous entrez en jeu. En premier lieu, je tiens à mentionner certaines informations qui sont simplement fausses.
Au cours de la dernière année, nous avons consulté à maintes reprises des centaines de dirigeants, d’enseignants et de parents des Premières Nations partout au pays.
Nous avons écouté minutieusement et nous avons répondu en élaborant une ébauche de proposition législative axée sur la maîtrise, par les Premières Nations, de l’éducation des Premières Nations.
Deux mythes contradictoires circulent à ce sujet : le premier prétend que le gouvernement fédéral souhaite avoir la mainmise sur l’éducation; le second avance que le gouvernement fédéral ne s’occupe plus de l’éducation dans les réserves. Ces deux mythes ne peuvent pas être vrais. En fait, aucun des deux ne l’est.
Les parents et les collectivités des Premières Nations prendront les décisions au jour le jour. Le gouvernement fédéral ne s’occupera pas de la supervision du fonctionnement des écoles des Premières Nations, sauf en cas de circonstances très inusitées.
Si de meilleures méthodes existent, en cas de moyens prévus par les Premières Nations pour assurer un filet protecteur pour les écoles et les élèves qui, dans le pire des cas, sont laissés pour compte par leur école ou les administrateurs de l’éducation, nous devrons collaborer pour mettre en place ces méthodes.
On a aussi avancé que cette proposition était un retour aux pensionnats, et je tiens à vous rassurer qu’il ne s’agit pas de l’intention du gouvernement. En qualité de ministre, je joue un rôle clé pour atténuer les séquelles laissées par les pensionnats indiens. J’ai participé aux événements nationaux de la Commission de vérité et réconciliation, notamment le dernier événement qui a eu lieu en septembre à Vancouver. J’ai ainsi rencontré des anciens élèves et des jeunes afin d'entendre leur point de vue sur la réconciliation. J’ai également observé la force, la détermination et la résilience dont ont fait preuve les anciens élèves et leur famille qui ont communiqué leurs expériences des pensionnats dans le cadre de ces événements nationaux. La volonté d’assurer la maîtrise de l’éducation par les Premières Nations fait partie de l’engagement de mettre de l’avant le concept de réconciliation et il s’agit d’une mesure concrète qui s’inscrit dans le cadre des excuses historiques que le premier ministre Stephen Harper a présentées aux anciens élèves des pensionnats, à leurs familles et à leurs collectivités en 2008. Je ne pourrais pas me présenter devant vous aujourd’hui s’il en était autrement. Nous souhaitons apprendre des expériences du passé afin que l’histoire ne se répète pas.
L'ébauche de proposition législative reconnaît la capacité et la responsabilité des Premières Nations d’éduquer leurs élèves.
Elle souligne l’importance des droits issus de traités et des droits des Premières Nations, qui sont protégés par la Constitution.
Nous croyons au principe de la maîtrise par les Premières Nations, et pas uniquement parce que celles-ci demandent ce pouvoir depuis des décennies. Nous avons observé les résultats que la maîtrise de l'éducation par les Premières Nations peut produire. L’autorité scolaire des Premières Nations établie par les collectivités mi’kmaw de la Nouvelle-Écosse n’est qu’un exemple à cet égard. Près de 90 % des jeunes de ces collectivités obtiennent désormais un diplôme d’études secondaires, un taux qui est plus élevé que le taux provincial ou des non-Autochtones.
La proposition ne nuira pas à ce type de réussites : en fait, elle s’articule autour de celles-ci.
La proposition stipule que les Premières Nations pourront intégrer leurs langues et leur culture aux programmes d’études comme elles l’entendent.
Ainsi, les Premières Nations pourraient définir des normes minimales imposées aux élèves et aux écoles, avec l'apport des parents et des collectivités.
Les Premières Nations décideraient alors si elles souhaitent administrer leurs propres écoles, se joindre à une autorité scolaire des Premières Nations ou établir une relation avec le ministère provincial de l’Éducation.
Sans contredit, cette proposition constitue un pas important pour l’éducation des Premières Nations. Les gens auront certes des doutes au sujet du fonctionnement de cette formule.
À cet égard, mentionnons l’aspect du financement.
La proposition ferait en sorte que le ministre serait tenu par la loi de verser un financement adéquat, stable et prévisible pour les élèves et les écoles.
Un autre point que j’ai entendu à maintes reprises a trait à la méthode d’inspection et de surveillance des écoles. Des options ont été suggérées, par exemple la sélection par les Premières Nations d’un représentant de la commission scolaire qui vérifierait les progrès réalisés d’après un calendrier ou des situations convenus au préalable, notamment pour les écoles qui sont à risque en raison de leur rendement passé. On a aussi suggéré de constituer un organe accrédité d’examen des résultats des écoles ou de mettre sur pied un groupe d’experts mixte ou un conseil de chefs, avec des représentants provinciaux et fédéraux, pour effectuer ces examens. Je suis ouvert à toutes les suggestions. Je veux trouver des moyens d'aller de l’avant.
La loi ne constitue pas la seule solution, mais elle est essentielle pour garantir l’accès à l’éducation primaire et secondaire. En vertu de la proposition, chaque résident des réserves disposerait d’un accès garanti à une éducation primaire et secondaire. Cela peut sembler naturel, mais comme bon nombre d’entre vous le savent, cette garantie n’existe pas aujourd’hui.
L’accès universel à une éducation de base est un principe consacré dans la pratique de l’éducation au Canada et ailleurs dans le monde. Au Canada, tous les élèves jouissent de ce privilège, mais pas ceux qui vivent dans les réserves. Il est grand temps qu’un changement s’opère.
Dans le cadre du projet de loi sur l’éducation des Premières Nations, les élèves et les écoles des Premières Nations disposeraient des mêmes services que tous les autres élèves et écoles du Canada. Il s’agit de l'instruction, l’équipement, le transport, l’administration, l'entretien, des services que la plupart des gens au pays tiennent pour acquis, mais qui sont trop souvent inexistants dans vos écoles.
Les élèves des Premières Nations souhaitent et méritent de pouvoir être parmi les meilleurs au monde. D’après les renseignements recueillis lors des consultations, l’avant-projet de loi comprend désormais une option qui vous permettra d’être reconnus sur la scène internationale grâce au diplôme du baccalauréat international. Si vous craignez que le gouvernement fédéral tente de remettre l’éducation des Premières Nations entre les mains des provinces pour qu’elles établissent un programme provincial, soyez rassurés : ce n'est pas le cas.
Enfin, je tiens à vous assurer que le processus de consultation n’est pas terminé. Il n’y a aucune date limite.
Nous n’en sommes qu’à la première ébauche.
Il y a quelques semaines, j’ai envoyé cette première ébauche au chef de chacune des collectivités des Premières Nations du Canada. Je leur ai demandé de la lire, de la présenter à leur conseil et à leurs collectivités, puis de me faire part de leurs commentaires.
Nous avons besoin de votre apport direct. Je vous invite à lire la proposition.
Parlez-en avec vos amis et collègues; discutez-en avec les chefs de vos collectivités et avec les organisations régionales des Premières Nations. Nous parrainons des séances de discussion au sein des collectivités partout au pays. Je vous incite à vous informer au sujet de ces séances.
Utilisez les réseaux sociaux et consultez le site Web du Ministère pour formuler des commentaires.
Dites-nous ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas et les améliorations à apporter.
Nous sommes à l’écoute : communiquez avec nous.
Vos commentaires sont essentiels.
Les jeunes, les parents, les enseignants, les commissions scolaires, les collectivités et les gouvernements doivent se réunir et trouver une façon de collaborer.
Le Canada, en tant que pays, a laissé pour compte des générations d’élèves des Premières Nations, car il n’a pas veillé à ce qu’un système d’éducation soit en place pour les aider à réussir. Ce scénario ne se reproduira pas.
Merci beaucoup.