Montréal (Québec)
Le 6 novembre 2013
L'allocution définitive fait foi
Bonjour.
J'aimerais tout d'abord remercier Parachute et la Croix-Rouge canadienne d'être les hôtes de la Conférence canadienne sur la prévention des traumatismes et la promotion de la sécurité. Vous mettez ainsi en lumière une question de santé d'importance croissante.
Parachute, la Croix-Rouge canadienne et leurs nombreux partenaires ont joué un rôle essentiel dans la réduction du nombre de blessures intentionnelles et non intentionnelles au Canada au cours des quelques dernières années.
Je tiens à féliciter sincèrement Louise Logan, John Dalzell, Pam Fuseli et le Dr Charles Tater de Parachute.
Cette organisation existe aujourd'hui parce que 4 organismes de bienfaisance distincts se sont réunis pour parler d'une seule voix dans un but : susciter un changement de culture en vue de prévenir des blessures et de sauver des vies.
De même que Leslie Dunning, de la Croix-Rouge canadienne, qui est ici pour faire de la sensibilisation, pour mettre la prévention de la violence au cœur du dialogue et pour réclamer des changements.
Le travail que vous accomplissez touche les vies d'innombrables Canadiens qui ont tous un point commun : un désir de vivre pleinement et en santé.
Ce n'est toutefois malheureusement pas toujours le cas.
Les blessures intentionnelles et non intentionnelles sont beaucoup plus communes que les gens ne le croient. Elles sont souvent considérées comme des « accidents », mais la vérité est que la plupart des blessures sont à la fois prévisibles et évitables.
Aujourd'hui, j'aimerais faire écho aux remarques du Dr Francescutti, président de l'Association médicale canadienne, dont le nom est synonyme de santé publique et de sécurité et dont la mission est de favoriser la prévention des blessures au Canada.
Lui et moi sommes tous deux d'accord que nous devons changer de paradigme par rapport à la façon dont nous réfléchissons collectivement à cette question. C'est pourquoi aujourd'hui je mets au défi tous les Canadiens de faire partie de la conversation qui met la prévention des blessures au premier plan.
BLESSURES NON INTENTIONNELLES
Je lance ce défi parce que les blessures évitables sont la principale cause de décès des Canadiens âgés de 1 à 44 ans. Il peut arriver à n'importe qui, n'importe quand de se blesser, mais les enfants, les jeunes, les aînés, les Autochtones et les personnes de faible statut socio-économique sont généralement plus à risque que les autres.
Les blessures non intentionnelles comprennent notamment les commotions cérébrales, les blessures dues aux véhicules motorisés, les noyades, les brûlures, les chutes et les empoisonnements. Les comportements à risque, comme de texter au volant ou de conduire avec les facultés affaiblies par l'alcool ou la drogue, sont aussi un facteur.
L'éventail de blessures possibles est si vaste qu'il est difficile d'imaginer un dénominateur commun. Mais un point qu'elles semblent toutes avoir en commun est qu'elles sont pour la plupart évitables.
Avant de continuer, j'aimerais rappeler aux participants que les blessures évitables sont aussi une préoccupation du point de vue de l'équité en santé. Des statistiques montrent que les groupes que j'ai mentionnés plus tôt ont un fardeau des blessures plus élevé que les autres Canadiens.
Mais les statistiques sont bien sûr des éléments probants objectifs. La dure réalité est qu'une blessure ou un décès évitable peut être dévastateur. Pour une personne âgée, une chute peut avoir des conséquences profondes sur sa vie.
Elle peut entraîner une perte d'autonomie, une dépression, un déclin rapide et même la mort.
Comme beaucoup d'entre vous, j'ai des parents vieillissants. À mesure qu'ils prennent de l'âge, j'ai le devoir de garder à l'esprit leurs limites physiques et les mesures qui peuvent être prises pour sécuriser leur vie quotidienne. C'est une responsabilité que je prends au sérieux et que je suis prête à aborder de front.
Je ne peux pas trop insister sur l'importance de cette question. Beaucoup de personnes qui survivent à une blessure devront vivre avec des incapacités permanentes ou à long terme. Le lourd fardeau émotionnel imposé aux familles et aux amis de ces personnes est difficile à imaginer et impossible à chiffrer.
Les familles et la société ne sont pas les seules qui payent pour le coût élevé des blessures évitables. Il s'agit aussi d'un fardeau inutile pour notre système de soins de santé qui entraîne de lourdes pertes économiques.
Selon des statistiques de 2009, les coûts directs et indirects des blessures intentionnelles et non intentionnelles au Canada étaient estimés à près de 20 milliards de dollars.
À titre de ministre de la Santé, je suis fière du fait que notre système de santé est là pour les Canadiens quand et où ils en ont besoin.
Tous les jours, des médecins, des infirmières et d'autres professionnels de la santé gèrent en première ligne les conséquences de blessures comme des fractures, des brûlures, des empoisonnements, des traumatismes mentaux et des incapacités de longue durée. Mais les blessures non intentionnelles sont un fardeau excessif pour notre système de soins de santé.
Il y a cependant de bonnes nouvelles.
Au fil des ans, nous avons appris qu'en travaillant ensemble et en mobilisant nos ressources, nous pouvons réduire le nombre de blessures non intentionnelles et transformer concrètement les vies des Canadiens.
La prévention est la clé.
Et la clé de la prévention, ce sont la recherche, les éléments probants, l'éducation et l'action.
Nous qui sommes ici réunis avons tous un rôle à jouer par rapport à cette question complexe. Aucun groupe ne peut la régler seul.
MESURES FÉDÉRALES
D'un point de vue fédéral, nous nous efforçons de jouer notre rôle pour prévenir les blessures et favoriser la santé partout au Canada.
Il y a trois semaines aujourd'hui, le gouverneur général du Canada a prononcé le discours du Trône, qui présente les grandes lignes du programme de notre gouvernement pour l'avenir.
Je suis fière de signaler que dans le cadre de notre engagement à protéger les familles canadiennes, nous collaborerons avec les organisations de prévention des blessures pour réduire le taux de blessures au pays.
Notre Initiative de prévention des blessures Actif et en sécurité en est un exemple. Ces travaux visaient à prévenir les commotions cérébrales, les noyades, les fractures et d'autres blessures graves subies par des enfants et des jeunes lors d'activités à participation élevée comme le hockey, la natation, les sports de neige et le cyclisme.
Cette initiative a fourni de la formation, a accru la sensibilisation et a élaboré des lignes directrices et des trousses d'outils à l'intention des parents, des enseignants, des entraîneurs et des jeunes pour qu'un plus grand nombre d'enfants et de jeunes puissent faire de l'activité physique en toute sécurité.
L'Initiative des collectivités-amies des aînés est une autre initiative dont nous sommes plutôt fiers. Par ces travaux, nous contribuons à ce que les Canadiens puissent vieillir et prospérer dans des collectivités plus adaptées, plus sûres et plus saines. Depuis le début de ces travaux, plus de 850 collectivités canadiennes travaillent activement à adapter leur milieu au vieillissement.
Ces deux exemples montrent comment notre gouvernement essaie de modifier la pensée des gens par rapport à l'adoption d'un mode de vie actif tout en prenant les mesures adéquates pour atténuer les blessures en grande partie évitables.
Laissez-moi vous présenter un exemple personnel. Tous les ans, je fais une importante randonnée dans les Rocheuses avec Mme Harper. J'attends ce moment toute l'année, mais je n'entreprends pas une telle excursion sans de bons préparatifs.
Pour moi, la sécurité vient au premier plan. C'est une question de préparation et de niveaux de risque adéquats. Dans chacune des activités physiques que je pratique, je m'efforce d'intégrer des mesures qui me protègent contre les blessures. C'est la pensée que nous essayons d'inculquer à tous.
En plus des initiatives que je viens de mentionner, notre gouvernement effectue aussi de la surveillance importante et finance de la recherche pour cerner les risques, les tendances et les motifs afin de rendre les efforts de prévention des blessures encore plus efficaces.
Cette semaine seulement, j'ai annoncé le financement de 19 projets de recherche portant sur des programmes de prévention, de diagnostic et de traitement des commotions cérébrales axés sur les jeunes.
Ce travail aide des programmes communautaires à faire de la sensibilisation et de l'éducation à propos de la prévention des blessures auprès des parents et des jeunes enfants en mettant précisément l'accent sur les populations à risque.
Pour ce qui est des mesures de sécurité des produits de consommation en général, notre gouvernement travaille étroitement avec l'industrie, les groupes de détaillants et les associations de consommateurs pour créer de meilleurs règlements et normes de sécurité pour les produits que les Canadiens utilisent tous les jours.
Quand la nouvelle Loi canadienne sur la sécurité des produits de consommation est entrée en vigueur en juin 2011, elle nous a donné le pouvoir de retirer les produits dangereux des rayons des magasins. À titre d'exemple, il y a quelques mois, il est devenu apparent que certains produits contenant de petits aimants puissants étaient dangereux pour les enfants.
Si plus d'un aimant est avalé en un court laps de temps, les conséquences peuvent être très graves, voire fatales. En vertu de la nouvelle Loi canadienne sur la sécurité des produits de consommation, nous avons pris des mesures pour retirer ces produits du marché.
Pour moi, cela souligne l'engagement que nous avons pris de protéger la santé et la sécurité des Canadiens, et surtout des enfants canadiens.
BLESSURES INTENTIONNELLES
Nous avons parlé des blessures non intentionnelles et de certains de travaux réalisés pour accroître la sensibilisation à cette question, mais j'aimerais maintenant mettre l'accent sur les blessures intentionnelles.
Quand je parle de blessures intentionnelles, je parle de choses comme la violence familiale, le suicide et l'automutilation.
Le thème de la Conférence de cette année, Des connaissances à l'action : prévenons les blessures et la violence, a pour moi une résonance particulière.
J'ai travaillé durant la plus grande partie de ma vie à mettre fin à la violence familiale, en particulier de la violence envers les femmes. Avant d'entreprendre ma carrière politique, j'ai travaillé avec un groupe militant pour la condition féminine, un centre de crise pour les agressions sexuelles et la violence sexuelle à Victoria et le refuge des femmes d'Edmonton.
L'Agence de la santé publique du Canada a un mandat clair dans le domaine de la violence familiale et est responsable de l'Initiative fédérale en matière de violence familiale, qui lie le travail de 15 ministères fédéraux pour aider les collectivités de partout au pays à prévenir la violence familiale et à intervenir en cas de violence familiale.
La violence familiale inclut aussi la maltraitance des aînés, la violence et la négligence envers les enfants, la violence sexuelle envers les enfants et la violence conjugale. Comme vous pouvez vous l'imaginer, c'est lourd de conséquences pour notre société.
L'an dernier, un rapport de Justice Canada a montré que la violence conjugale coûte à elle seule au moins 7,4 milliards de dollars par année. De ce total, les coûts liés aux soins de santé pour les soins médicaux et les services psychologiques seraient d'environ 6 milliards de dollars.
Nous reconnaissons les répercussions graves qu'a la violence sur les personnes, les familles et les collectivités. Et c'est pourquoi nous travaillons avec les provinces et les territoires, et avec des organisations de tous les secteurs, pour contribuer à mettre fin à la violence familiale dans ce pays.
C'est aussi pourquoi nous investissons dans des programmes et dans la recherche pour découvrir ce qui fonctionne afin de briser le cycle de la violence.
Comme je l'ai déjà dit, les blessures intentionnelles incluent le suicide et l'automutilation. Le suicide est l'une des principales causes de décès des Canadiens âgés de 10 à 34 ans. En 2009, c'était près de 3 900 vies. En termes plus concrets, en moyenne 10 Canadiens meurent par suicide tous les jours.
La question qu'il faut se poser est : combien de ces tragédies sont évitables?
MESURES FÉDÉRALES
Comme gouvernement, nous connaissons les effets dévastateurs du suicide chez les familles et les collectivités canadiennes. Nos efforts pour contrer cet important problème de santé publique incluent de faire la promotion du bien-être mental comme élément essentiel de la prévention du suicide.
Notre contribution à la prévention du suicide inclut aussi d'investir en recherche et en programmes destinés aux enfants, aux jeunes et aux familles. Et nous menons de vastes consultations pour contribuer à l'élaboration d'un cadre fédéral de prévention du suicide qui favorise la collaboration, fait la promotion des pratiques exemplaires et accroît les connaissances, la sensibilisation et l'éducation.
Par l'entremise de Santé Canada, nous avons aussi créé la Stratégie nationale de prévention du suicide chez les jeunes Autochtones pour combattre les taux élevés de suicide chez les jeunes Autochtones. La Stratégie appuie environ 150 projets communautaires de prévention du suicide au sein de communautaires inuites et des Premières Nations de partout au pays.
Rien dans la vie n'est facile, ni facile à résoudre, surtout quand il s'agit de sujets complexes comme la violence et le suicide. Tous les ordres de gouvernement ont un rôle à jouer lorsqu'il s'agit de garder les Canadiens en santé et en sécurité. Mais les gouvernements n'ont pas toutes les cartes en main. Tout le monde doit faire partie de la solution.
En travaillant ensemble, en ayant des conversations ouvertes et honnêtes et en réduisant la stigmatisation rattachée à ces questions, nous pourrons, j'en suis certaine, réaliser d'importants progrès pour mettre fin à la violence familiale et réduire le nombre de blessures intentionnelles dans ce pays.
CONCLUSION
Avant de terminer, j'aimerais une fois de plus insister sur l'importance du travail relatif à la prévention des blessures et sur la nécessité que tous les Canadiens se joignent à la conversation et fassent partie de la solution.
Il est essentiel que nous apportions tous notre contribution, parce que, comme je l'ai mentionné au départ, l'échec est coûteux. Les blessures ne sont pas un phénomène isolé. Elles touchent des familles, des amis et des collectivités. Elles sont un accroc au tissu social.
Vous le savez.
Et je le sais.
Ensemble, nous devons nous assurer que tous les Canadiens comprennent que des familles en santé et en sécurité font des collectivités en santé et en sécurité. Prévenir les blessures est l'une des façons de nous y prendre. Mettre fin à la violence familiale et travailler à la prévention du suicide en est une autre.
J'aimerais une fois de plus remercier Parachute et la Croix-Rouge canadienne d'être les hôtes de la Conférence et de mettre en lumière l'importance de la prévention des blessures et de la promotion de la sécurité. J'ai hâte de connaître les résultats de vos discussions au cours des semaines et des mois à venir.
Merci.