DATE :
Le 17 octobre 2013, 15 h 30
ENDROIT :
1er étage - Plenary Room, Sheraton Suites, Calgary Eau Claire, 255, Barclay Parade Southwest, CALGARY (Alberta)
SUJET : L'hon. Jason Kenney, ministre de l'Emploi et du Développement social et ministre du Multiculturalisme, présente le discours principal à l'occasion de la Skilled Migration National Conference.
L'hon. Jason Kenney: Merci beaucoup, pour nos visiteurs de l'extérieur, bienvenue à Calgary, et pour ceux d'entre vous qui habitent à Calgary, je suis content d'être de retour chez moi. Je ne sais pas trop comment, mais j'ai eu la permission de m'absenter du Parlement pour cette première journée de la session, et il me fait grand plaisir de me trouver en votre compagnie. Je suis content aussi d'apprendre que vous servirez de la poutine ce soir (rires) à l'échange-rencontre. Stephen, d'Irlande, ne sait pas de quoi il s'agit. Vous devrez lui faire connaître ce que la cuisine canadienne a de mieux à offrir ce soir.
Je tiens également à vous remercier d'être ici aujourd'hui, et j'aimerais vous expliquer sommairement la genèse de cette conférence. Je sais que beaucoup de conférences diverses se tiennent un peu partout au pays à propos de questions touchant la formation pour le marché du travail et l'immigration, et à titre d'employeur ou de représentant d'une organisation, vous vous demandez probablement quelles sont celles auxquelles il est important de participer.
Il y a un an, j'accompagnais les délégués de Calgary Economic Development et des douzaines d'employeurs canadiens à la Working Abroad Expo, à Dublin, de nombreux employeurs canadiens ayant évidemment désigné l'Irlande, avec sa population très instruite et son taux de chômage élevé, comme un bassin de recrutement d'éventuels immigrants et travailleurs à inviter au Canada.
J'ai vécu une expérience fascinante. À l'ouverture des portes le matin, vers 8 h 30 ou 9 h, il y avait déjà une file de 8 000 ou 9 000 personnes qui attendaient pour rencontrer des employeurs, principalement du Canada, à la foire de l'emploi. J'aimerais vous signaler un fait intéressant.
L'organisation de Stephen qui présente cette foire de l'emploi l'avait appelée au départ Working Down Under Expo, un événement axé sur les employeurs et les possibilités d'emploi de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, et il y avait alors d'énormes files de gens venus pour rencontrer des employeurs de ces pays, mais au fil du temps, des employeurs canadiens se sont ajoutés, en fait au point de déloger les Australiens et les Néo-Zélandais, à un point tel que je crois que l'an dernier, au moins les trois quarts des exposants étaient des employeurs canadiens.
Vous devez réaliser que l'Australie et la Nouvelle-Zélande présentent un grand attrait pour beaucoup de gens en Grande-Bretagne et en Irlande, grâce à leurs similarités culturelles et leur excellent climat, et le Canada ne suscitait pas le même niveau d'intérêt. La situation a cependant commencé à changer à mesure que les gens ont mieux connu les débouchés économiques que nous offrons et les nombreux autres avantages que nous possédons.
Ainsi, j'ai remarqué le kiosque d'un exposant de l'Alberta, une administration régionale de la santé au Canada, qui tentait d'attirer ici des infirmières qualifiées. Il y avait une file d'une quarantaine de personnes devant ce kiosque. Juste à côté, un État australien, la Nouvelle-Galles du Sud, avait un kiosque similaire, devant lequel se trouvaient seulement deux personnes. Je dois vous avouer que j'étais très content de la situation.
Là où je veux en venir, c'est que ce matin-là, j'ai parlé à des gens dans la file qui cherchaient des possibilités d'emploi un peu partout dans le monde, et je dirais qu'au moins les deux tiers m'ont affirmé qu'ils étaient intéressés à venir au Canada. Un grand nombre d'entre eux m'ont aussi précisé qu'ils étaient plus particulièrement intéressés à venir à Calgary, parce qu'ils avaient entendu dire que le marché de l'emploi y était vigoureux.
Ceci m'a ouvert les yeux sur les possibilités qui existent à l'étranger, mais m'a aussi fait réaliser qu'il y a tout un travail à accomplir dans la réforme de l'architecture des politiques au pays pour mettre en lien les employeurs, les organisations d'affaires, les syndicats bien entendu, les organismes provinciaux d'agrément des professions et des métiers réglementés, les gouvernements provinciaux dans leur administration du Programme des candidats des provinces, évidemment Citoyenneté et Immigration, mon nouveau ministère, Emploi et Développement social, et tous les autres intervenants, notamment le système d'éducation et les organisations d'aide à l'établissement des immigrants.
J'ai réalisé qu'il y a trop d'organisations qui fonctionnent isolément dans notre pays, et alors que nous tentons de relever le défi émergent des pénuries de compétences, il nous faut beaucoup plus de collaboration. Nous devons communiquer beaucoup plus, en fait au niveau le plus détaillé, pour résoudre les problèmes abordés par Bruce dans son mot d'ouverture.
J'ai discuté de la question avec Stephen, dont l'organisation, SGMC, a mis sur pied Newcomers Canada, et il m'a expliqué une partie du travail fantastique qu'ils accomplissent en Australie, entre autres pour mettre en contact des gens qui ont déjà immigré là-bas avec des employeurs à la recherche de travailleurs qualifiés, et de ce qu'ils font en Europe et ailleurs dans le monde afin de recruter et de préqualifier d'éventuels immigrants, au lieu de se contenter de présenter un salon général de l'emploi, ce qui peut être utile, mais eux effectuent une sélection concrète de gens qui possèdent des compétences pertinentes pour de possibles emplois à l'étranger.
C'est alors que j'ai commencé à réaliser que nous pourrions faire beaucoup plus, par exemple pour aider le grand nombre d'immigrants chômeurs au Canada à combler les pénuries que connaissent beaucoup d'entre vous, les employeurs. C'est de là que provient mon idée.
C'est aussi, comme vous le savez, parce que nous sommes à l'aube de ce que j'appelle une méta-réforme du système canadien d'immigration, de nombreux changements conçus pour passer de l'ancien système d'immigration lent, passif et rigide au système rapide, souple et proactif de l'avenir. Ce nouveau système, ce nouveau modèle de déclaration d'intérêt dont mon collègue, Chris Alexander, traitera plus en détail demain, ouvre la voie à d'énormes possibilités pour les entreprises canadiennes de devenir des partenaires à part entière de notre système d'immigration, dans la sélection de gens possédant des compétences pertinentes pour les inviter à venir au Canada à titre de résidents permanents, dans un cheminement vers la citoyenneté.
Mais pour que ce système de déclaration d'intérêt fonctionne, nous avons besoin de mobiliser les employeurs dans sa conception lorsque qu'Immigration Canada y apportera les dernières touches l'an prochain, dans la définition concrète du bassin de déclaration d'intérêt, nous aurons besoin de la contribution d'organisations d'aide à l'établissement des immigrants, d'organisations d'employeurs, de groupes comme les associations de développement économique, les chambres de commerce et des employeurs individuels, pour nous dire comment nous devrions concevoir ce système afin d'éviter les lourdeurs administratives et de le rendre pertinent pour vos besoins particuliers.
J'ai donc pensé qu'il serait utile également de faire appel à un forum comme celui-ci pour commencer à réunir toutes ces organisations, afin d'obtenir des commentaires utiles et d'amorcer une véritable discussion de fond entre les ministères et fonctionnaires qui conçoivent ces nouveaux systèmes et les employeurs qui, espérons-le, pourront les utiliser efficacement.
Évidemment, cette initiative s'inscrit dans un contexte plus vaste. Ce contexte, dont Bruce a traité, vient du fait, comme le mentionnait le discours du Trône d'hier, prononcé par le gouverneur général Johnston, que le Canada possède l'une des populations actives les plus instruites au monde, mais qu'il y a trop de gens sans emploi, et trop d'emplois sans candidats pour les occuper.
Je perçois ce problème comme mon objectif premier à titre de nouveau ministre de l'Emploi, ce paradoxe de trop d'emplois qui ne sont pas comblés dans une économie où il y a trop de gens sans emploi. Bruce a mentionné certaines des estimations de futures pénuries de compétences dans notre économie, et je sais que plusieurs des groupes représentés ici ont réalisé leurs propres études sur la question.
Vous savez, par exemple, que la Chambre de commerce affirme que la pénurie de compétences fait partie des dix principaux obstacles à la compétitivité au Canada. Leur enquête a indiqué que le tiers des propriétaires de petites et moyennes entreprises mentionnaient des pénuries de compétences comme obstacle à la croissance. Des spécialistes de la construction indiquent que le secteur aura besoin de 319 000 nouveaux travailleurs d'ici 2020. Dans l'industrie minière, on estime qu'il faudra 145 000 travailleurs de plus au cours de la prochaine décennie, surtout des travailleurs qualifiés.
Le secteur pétrolier devra trouver 9 500 travailleurs d'ici 2015, et entre 50 000 et 130 000 d'ici 2020. Dans le secteur de la chaîne d'approvisionnement, on prévoit une pénurie de 357 000 travailleurs d'ici 2020.
Hier encore, je rencontrais des représentants de l'Association canadienne de la technologie de l'information, qui situaient à seulement 2 % le taux de chômage dans le secteur des technologies de l'information et des communications, et qui estimaient, à partir de deux études fiables, que leur secteur à haute valeur ajoutée avec des emplois bien rémunérés connaîtrait une pénurie de 160 000 travailleurs d'ici 2016.
Les estimations se multiplient et, bien entendu, ce phénomène s'explique en partie par les conséquences du changement démographique. Nous parlons depuis des décennies de la bombe à retardement démographique que représente l'arrivée à la retraite de la génération du baby-boom, et nous commençons à en ressentir les effets.
Dans un contexte économique relativement vigoureux, évidemment la croissance de l'économie ne se fait pas au rythme que nous aimerions tous voir, et il y a trop de Canadiens au chômage; j'y reviendrai dans un moment, mais la vérité, c'est que dans le contexte des grandes économies développées du monde, le Canada tire très bien son épingle du jeu. La zone euro connaît toujours une croissance négative, le Japon peine à ne pas tomber en croissance négative, les États-Unis affrontent leur crise des finances publiques et d'autres incertitudes, mais ici au Canada, nous connaissons une croissance soutenue, avec la création nette de 1,1 million de nouveaux emplois depuis la fin du dernier ralentissement mondial, en grande majorité des postes à temps plein bien rémunérés dans le secteur privé.
Nous avons donc une économie en croissance, un marché du travail en croissance, plus de Canadiens au travail que jamais auparavant dans notre histoire économique, dans un contexte démographique où la population active commence à diminuer. Pourtant, c'est là le paradoxe, nous comptons 1,3 million de Canadiens au chômage, avec un taux de chômage de 13 % chez les jeunes. La bonne nouvelle, c'est que le taux de chômage des jeunes est en fait moins élevé que son niveau traditionnel à ce point du cycle économique, et considérablement moins élevé que dans la plupart des autres pays développés, mais à 13 %, il demeure beaucoup trop élevé. Dans certaines régions, il est ridiculement élevé. À Toronto, le taux de chômage des jeunes est de l'ordre de 20 %.
Évidemment aussi, nous avons un taux de chômage inacceptable chez les Canadiens autochtones. Des dizaines de milliers de Canadiens handicapés voudraient avoir la possibilité de se joindre à une population active productive. De plus en plus, des gens qui ont atteint un âge auquel, pensions-nous, ils ne voudraient plus continuer à travailler sont intéressés à rester sur le marché du travail passé l'âge traditionnel de la retraite.
Évidemment, nous comptons aussi dans plusieurs régions, notamment nos communautés manufacturières établies de longue date, de nombreux travailleurs manufacturiers plus âgés au chômage qui se feraient un plaisir d'occuper un emploi rémunérateur s'ils possédaient les compétences pertinentes. Et nous avons aussi certaines régions dont le taux de chômage se maintient obstinément au-dessus des 10 %.
Nous avons donc ce paradoxe qui échappe à ma compréhension, je rencontre le PDG de l'un de nos plus importants fabricants de pièces d'automobile dans le sud de l'Ontario, qui emploie des dizaines de milliers de personnes, et qui me dit qu'il recherche désespérément des machinistes et d'autres gens aux compétences très spécialisées en Europe parce qu'il y a une pénurie critique de ces compétences au Canada. Et je lui dis, allons, vous fonctionnez à Cambridge, à Kitchener–Waterloo, à St. Catharines, vous fonctionnez dans des collectivités qui ont perdu au cours des six dernières années plus de 300 000 emplois manufacturiers traditionnels.
Pourquoi n'arrivez-vous pas à trouver ces gens et à les former? La semaine dernière, j'étais à Chatham en Ontario, je rencontrais des enseignants, des employeurs, des représentants syndicaux et d'autres personnes, et il y a deux ou trois ans, cette communauté de 45 000 personnes a perdu 2 000 emplois lorsqu'une usine de camionnage a fermé ses portes et déplacé ses opérations aux États-Unis. Deux mille emplois manufacturiers bien rémunérés disparus, et pourtant je rencontre des gens, des propriétaires d'entreprise qui me parlent de pénuries de compétences particulières dans le secteur manufacturier. Il y a quelque chose qui ne va vraiment pas.
La semaine dernière, j'ai également visité Fredericton au Nouveau-Brunswick, et j'ai rencontré des propriétaires et exploitants d'usines de transformation du poisson du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard, ainsi que les ministres des Pêches de ces deux provinces. De quoi avons-nous parlé? Ils voulaient m'alerter de toute urgence au problème des pénuries de main-d'œuvre dans leur collectivité, pour faire travailler des gens dans les usines de transformation du poisson.
Et toutes les collectivités où se trouvent leurs usines affichent un taux de chômage de plus de 10 %, et ce, depuis 15, 20 ans, ou plus longtemps encore. Comment comprendre une telle situation? Vous savez, un taux de chômage réel de 12, 15, 17 % dans des collectivités où il y a des emplois. Et ils me disent aussi qu'ils paient 16, 18, parfois jusqu'à 20 dollars l'heure, avec des avantages, pour ce type de travail, et pourtant ces mêmes collectivités ont des chômeurs.
Plus étrange encore, ces collectivités comptent des gens qui vivent traditionnellement de l'assurance-emploi, et pourtant, les exploitants d'usines de transformation du poisson me disent qu'ils devront fermer leurs portes ou transférer leur travail au Maine s'ils n'arrivent pas à obtenir des travailleurs étrangers par l'intermédiaire du Programme des travailleurs étrangers temporaires.
Il y a donc toutes sortes d'aberrations et de mystères dans notre marché du travail. Il ne fonctionne pas comme un marché du travail devrait fonctionner dans une économie moderne et productive. Dans notre rôle de décideurs, de gouvernements, de chefs d'entreprise, nous pouvons continuer d'ignorer plus ou moins ces problèmes et nous contenter de simplement faire venir des gens, par exemple au moyen du Programme des travailleurs étrangers temporaires, sans nous attaquer au problème de la rigidité et du manque de productivité et de mobilité dans notre marché du travail intérieur, mais je crois que ce serait à nos risques et périls.
J'en arrive à mon véritable propos aujourd'hui, oui, notre nouveau système d'immigration ouvre des possibilités, mais aussi que pouvons-nous faire pour nos concitoyens, les Canadiens actuellement au chômage, pour les faire revenir à un emploi productif sur le marché du travail. Il s'agit d'un énorme défi national, que nous ne pouvons plus nous permettre de négliger.
Notre gouvernement travaille à ce problème en appliquant tous les leviers stratégiques à notre disposition. Par exemple, en réalisant qu'il y a des pénuries particulièrement marquées dans les métiers qualifiés, notamment en construction, euh, avant d'aborder le sujet, je dois commenter un autre aspect plus général.
Bruce nous a donc raconté ce qu'il en est à propos de graves pénuries de compétences et de main-d'œuvre. Pourtant, chaque fois que je rencontre un économiste universitaire, il ou elle me dit qu'il n'y a pas de pénurie de main-d'œuvre ou de compétences au Canada, que c'est une invention des entreprises qui cherchent une excuse pour garder les salaires à un bas niveau, et que selon l'Indice de l'offre d'emploi de Statistique Canada, c'est-à-dire la façon dont Statistique Canada mesure le nombre de postes ouverts pour l'emploi dans l'économie, que l'Indice est inférieur à son niveau normal à ce stade du cycle économique, que le rapport entre l'Indice de l'offre d'emploi et le nombre de Canadiens au chômage est en fait plutôt bas pour cette période du cycle, et qu'à l'échelle nationale globale, les niveaux de salaire et de rémunération ont à peine suivi l'inflation ces dernières années.
Et ils m'expliquent comment c'est possible, je veux dire des économistes ici à l'Université de Calgary, certains des économistes les plus éminents du secteur privé au pays, qui ont publié sur la question, et ce qu'ils maintiennent, c'est que l'épouvantail d'une pénurie de compétences et de main-d'œuvre ne peut pas être réel, car sinon, nous connaîtrions des hausses beaucoup plus substantielles des salaires et de la rémunération. C'est ainsi que se mesure la réaction du marché à des pénuries de main-d'œuvre.
Bien entendu, certains syndicats reprennent sans cesse ces mêmes arguments, selon moi pour des raisons qui leur sont propres. Et le public finit par ne plus s'y retrouver, il ne comprend pas. Les gens abordent intuitivement la situation, 7 % de chômage, 1,3 million de Canadiens au chômage, comment peut-il y avoir des pénuries de compétences ou de main-d'œuvre?
En toute franchise, l'un des problèmes est de nature technique, c'est-à-dire que nous n'avons pas au pays de données adéquates sur le marché du travail, je dois le reconnaître. Je travaille donc avec mon ministère et d'autres intéressés pour tenter de corriger cette lacune, en produisant de l'information sur le marché du travail plus solide et plus précise, par secteur et par région. Car je crois que l'une des choses que nous pouvons retenir de la présentation de Bruce, c'est que le portrait global national ne correspond pas à la réalité dans certaines régions et dans certaines industries. C'est l'une des choses à garder à l'esprit. Et comme je vous le dis, nous travaillons à améliorer le système d'information sur le marché du travail.
Mais en toute honnêteté, je crois qu'il y a un écart fondamental entre ce que nous mesurons avec les anciens outils et la réalité pratique de tous les jours dans le marché du travail. J'éprouve de la frustration parce que je me heurte à un mur d'incompréhension chez beaucoup de groupes d'intérêts, la plupart des syndicats, de nombreux économistes universitaires et la plupart des Canadiens qui ne comprennent pas intuitivement la réalité des pénuries actuelles et futures de compétences et de main-d'œuvre. Je suis bloqué par ce mur.
Par contre, depuis sept ans, j'ai parlé avec littéralement des milliers d'employeurs canadiens, petites, moyennes et grandes entreprises, de St. John’s, Terre-Neuve, à Tofino, Colombie-Britannique, et l'écrasante majorité de ces employeurs m'ont dit que leur plus grand défi dans l'économie actuelle est la pénurie de compétences.
Comment expliquer ce paradoxe? Je ne suis pas certain de pouvoir le faire. Là aussi, il semble y avoir des lacunes dans les données, qu'il nous faut corriger. Mais l'une des choses que je désire encourager, de votre part, les employeurs et les organisations sectorielles et d'affaires, c'est de tenter beaucoup mieux de nous aider à expliquer ces réalités aux Canadiens.
Soit dit en passant, je crois que ce genre d'information peut aussi avoir des effets bénéfiques, par exemple en incitant les jeunes Canadiens à faire les bons choix de carrière et de profession.
L'un des engagements que nous avons pris dans le dernier budget, et j'y travaille maintenant à mon ministère, était de produire un programme d'information pertinent et intéressant pour les jeunes Canadiens, présenté par exemple sur la plateforme des médias sociaux, pour leur expliquer les aboutissements possibles dans différentes carrières et professions, leur expliquer, par exemple, qu'ils peuvent gagner trois fois plus comme soudeur que quelqu'un qui a un baccalauréat en sciences politiques.
Alors, s'ils décident de continuer et d'étudier pour un bac en sciences politiques, et Dieu sait qu'il n'en manque pas, je travaille à Ottawa, mais s'ils veulent continuer et décrocher ce bac, tant mieux pour eux. Mais au moins, ils devraient savoir qu'il ne s'agit plus d'une voie garantissant un emploi bien payé, ou un emploi stable pour l'avenir.
Nous devons donc compter sur les secteurs industriels et, vraiment, sur les syndicats, en particulier les syndicats du secteur privé qui comprennent la réalité. J'ai discuté avec des syndicats du bâtiment et des métiers, je me suis même assis avec Ken Georgetti, président du Congrès du travail du Canada, il y a deux semaines. Je crois que nous avons été tous deux un peu troublés de découvrir que nous nous entendions sur la plupart des sujets (rires). Il comprend la réalité de ces pénuries dans nombre de secteurs et de régions, et la nécessité de s'y attaquer. C'est ce point général de haut niveau que je voulais souligner.
En ce moment, nous faisons ce que nous pouvons avec les leviers stratégiques à notre disposition pour nous attaquer à ce que j'appelle les difficultés de notre marché du travail intérieur, le défi d'accroître la mobilité, la participation et la productivité de la main-d'œuvre, en particulier chez des groupes historiquement sous-représentés dans notre population active. Comme on l'indiquait hier dans le discours du Trône, notre gouvernement prendra de nouvelles mesures pour veiller à ce que les groupes traditionnellement sous-représentés au sein de la population active, notamment les personnes handicapées, les jeunes et les Canadiens autochtones, trouvent la formation professionnelle dont ils ont besoin.
Nous avons plusieurs moyens pour y arriver. Prenons, par exemple, la Subvention incitative aux apprentis, une subvention comptant imposable de 1 000 dollars pour les apprentis qui ont terminé le premier ou le deuxième degré de leur programme d'apprentissage d'un métier désigné du Sceau rouge, jusqu'à concurrence de 2 000 dollars. Ce programme existe depuis 2006.
Ensuite, en 2009, nous avons créé la Subvention à l'achèvement de la formation d'apprenti, en reconnaissance du fait qu'il y a une multitude de personnes inscrites à des programmes d'apprentissage qui ne se rendent pas jusqu'au bout. Nous connaissons une véritable crise d'achèvement de la formation d'apprenti et c'est pourquoi nous avons créé, en 2009, cette subvention comptant imposable de 2 000 dollars pour les apprentis admissibles qui mènent à bien leur formation d'apprenti et obtiennent leur certification de compagnon pour un métier du Sceau rouge.
Et maintenant, comme le laissait comprendre le discours du Trône d'hier, nous examinons de nouvelles mesures incitatives pour l'achèvement de la formation d'apprenti. Nous consacrons des milliards de dollars à des programmes de perfectionnement des compétences et de formation professionnelle. En fait, nous investissons 2,5 milliards de dollars seulement dans les Ententes sur le développement du marché du travail, et nous agissons maintenant pour nous assurer de dépenser ces montants plus efficacement.
Ainsi, dans le plus récent budget, nous proposions la Subvention canadienne pour l'emploi, une formule par laquelle les employeurs, les provinces et le gouvernement fédéral participeraient de concert à couvrir les frais d'une formation aboutissant à un emploi garanti. Auparavant, une grande partie de la formation aboutissait à ce que j'appellerais une stimulation de l'activité en soi, les gouvernements finançant des organisations sans but lucratif ou des instituts professionnels donnant une formation précise à une catégorie particulière de gens éloignés du marché du travail, des gens qui n'ont pas été admissibles à l'assurance-emploi pendant les six dernières années.
Beaucoup de ces programmes impliquent d'attirer des gens qui sont des bénéficiaires chroniques de l'aide sociale, pour leur enseigner des connaissances pratiques élémentaires, par exemple comment s'habiller pour une entrevue, penser à régler son réveil pour être prêt le matin, comment rédiger un CV, toutes des choses utiles, mais bien franchement, pas tellement productives, et n'aidant pas à régler l'urgent problème national des pénuries de compétences.
Par conséquent, ce que nous disons, c'est que nous avons écouté les entreprises, qui nous ont dit qu'elles connaissaient mieux les besoins que ce que peuvent réaliser de lourds programmes gouvernementaux passifs. Qui dans le marché du travail est en mesure de décrocher un emploi réel avec une formation supplémentaire précise? Ce que nous proposons avec la subvention pour l'emploi, c'est que les entreprises, les employeurs, proposent des candidats à des programmes de formation précis à l'issue desquels ces candidats auraient un emploi garanti.
Maintenant, nous tentons de convenir de modalités avec les provinces. Je vais rencontrer mes homologues et leur proposer toutes sortes d'accommodements dans les proportions et ce qui constitue une formation admissible, comment nous allons payer pour tout cela. Je vous dirai simplement qu'à un niveau élevé, nous tentons de traduire ces fonds publics de formation en véritable création d'emplois, plutôt qu'une formation donnée pour le principe de la chose.
Et, bien entendu, nous dépensons, au fédéral et avec les gouvernements provinciaux, je tiens à souligner la présence ici de plusieurs sous-ministres provinciaux, nous dépensons collectivement des milliards de dollars en perfectionnement des compétences et en formation professionnelle pour les Canadiens autochtones, pour les jeunes avec la Stratégie emploi jeunesse, pour les chômeurs plus âgés, et ainsi de suite.
Donc il se dépense beaucoup d'argent. En passant, un autre aspect très important de la question, l'assurance-emploi. Notre gouvernement a beaucoup été critiqué dans certaines régions du pays pour certaines améliorations importantes que nous avons apportées au régime d'assurance-emploi.
L'assurance-emploi devrait correspondre exactement à son appellation, un programme d'assurance pour les gens qui n'arrivent pas à trouver localement un emploi qui correspond à leur niveau de compétence. L'assurance-emploi ne devrait pas payer des gens pour ne pas travailler dans une collectivité où il y a des emplois à leur niveau de compétence. C'est un peu ridicule, je ne devrais même pas avoir à déclarer cette évidence, mais il semble que les attentes soient quelque peu déformées à l'égard de ce programme. C'est pourquoi l'an dernier, excusez-moi, plus tôt cette année, nous avons lancé une initiative appelée Jumeler les Canadiens et les Canadiennes aux emplois disponibles, qui énonce plus clairement l'obligation implicite de longue date dans le régime d'assurance-emploi, soit que pour obtenir des prestations une personne doit démontrer qu'elle a cherché activement du travail à son niveau de compétence dans sa région.
Nous ne demandons à personne de déménager à l'autre bout du pays, nous ne demandons pas à des professeurs d'université au chômage d'aller cueillir des tomates, bon Dieu. Nous disons aux gens, par exemple ceux de St. Stephen au Nouveau-Brunswick qui travaillaient à l'usine de chocolat pour ensuite recevoir des prestations d'assurance-emploi, que si un emploi devient disponible à l'usine de chocolat, ils doivent accepter cet emploi au lieu de continuer de retirer des prestations.
Cette position a soulevé une grande controverse et notre gouvernement en a payé un certain prix politique, mais c'était la chose à faire. Il est encore trop tôt pour juger des résultats à partir des données cumulatives, mais je peux vous dire de façon anecdotique que justement hier soir, à l'occasion d'une réunion à Ottawa, des employeurs du Québec m'ont déclaré que dans leurs régions avec un taux de chômage habituellement élevé, ils voient maintenant plus de gens postuler un emploi et travailler dans leur collectivité en conséquence directe de notre initiative, et d'autres employeurs du Canada atlantique et d'ailleurs au pays m'ont dit la même chose.
C'est donc important, parce que chaque pas franchi contribue à accroître la participation à la population active et la productivité.
Il s'agit de certaines des choses que nous accomplissons, mais il reste beaucoup plus à faire en la matière. Nous devons agir, mais en toute franchise, beaucoup d'éléments échappent à la portée du gouvernement fédéral. Ainsi, beaucoup de provinces, l'Alberta n'en fait pas partie, mais plusieurs autres provinces réglementent très rigoureusement le nombre d'apprentis qui peuvent travailler sur un chantier par rapport au nombre de compagnons détenteurs d'un certificat.
Dans certaines provinces, j'ai appris que ce rapport pouvait atteindre quatre ou cinq compagnons par apprenti. Cette pratique était peut-être explicable dans les années 1970, quand certains syndicats tentaient de limiter le nombre de nouveaux arrivants dans le secteur. C'était peut-être sensé dans les années 1970, mais actuellement, alors que nous convenons tous que nous connaissons une grave pénurie de gens de métier en construction, pourquoi devrions-nous limiter le nombre d'apprentis que peut accueillir le système, lorsque d'autres provinces ont démontré qu'il n'est pas nécessaire d'appliquer de telles proportions pour assurer la sécurité d'un chantier?
Donc, le mois prochain, lorsque je rencontrerai le Forum des ministres du marché du travail, malheureusement la première fois qu'il se réunit depuis quatre ans, je demanderai aux provinces de se pencher sérieusement sur les nombreux obstacles réglementaires qu'elles ont créés, parfois une accumulation d'anciennes règles remontant à trois ou quatre décennies, dans le but de supprimer les obstacles inutiles à la formation des Canadiens pour créer la main-d'œuvre de l'avenir, par exemple et en particulier dans les métiers et l'apprentissage.
Nous devons évidemment aussi aborder l'enjeu plus vaste des dépenses dans notre système d'éducation. Saviez-vous que l'Allemagne, avec le plus fort marché du travail en Europe et 7.5 % de chômage chez les jeunes, compte moitié moins de jeunes fréquentant l'université que le Canada? Le taux d'inscription aux études postsecondaires au Canada est le double de celui de l'Allemagne, mais notre taux de chômage des jeunes est presque trois fois plus élevé.
Y a-t-il une corrélation directe? Je ne sais pas. Mais je crois qu'il y a énormément de données qui laissent croire que les gouvernements ont subventionné des types d'études postsecondaires qui n'ont pas nécessairement de lien avec le marché du travail. Et pour aller plus directement au point, nous savons tous que depuis 30 ou 40 ans, les bureaucraties de l'enseignement, les commissions scolaires et les syndicats d'enseignants ont tous fini par réduire énormément la taille de notre système de formation professionnelle au secondaire.
Ainsi, les syndicats d'enseignants exigent que toute personne qui enseigne dans une école détienne un certificat d'études en enseignement. Bonne nouvelle pour le syndicat, mauvaise nouvelle pour le mécanicien qui pourrait enseigner une classe, et c'est pourquoi il y a beaucoup moins de cours et d'écoles secondaires de formation professionnelle. Je n'irai pas par quatre chemins, je crois que les décideurs, les politiciens, les bureaucrates et d'autres intervenants, qui ont eux-mêmes effectué des études postsecondaires, ont peut-être un préjugé implicite contre cette forme d'études lorsqu'il faut répartir des ressources publiques limitées en éducation.
Je crois donc qu'un changement de paradigme dans l'éducation s'impose au pays, du début du secondaire jusqu'aux études postsecondaires. Je désire inviter mes homologues provinciaux à m'accompagner en Allemagne pour étudier de près leur double système de formation, même s'il n'est pas totalement pertinent pour le Canada, du fait des nombreuses différences structurales entre les deux pays et les deux économies.
Nous devrions nous demander, comment faites-vous pour que tout le système d'éducation, les syndicats, les employeurs, les petites, moyennes et grandes entreprises, les gouvernements d'État et le gouvernement fédéral, comment faites-vous pour travailler de concert dans un même sens afin de vous assurer que l'éducation et la formation soient concrètement pertinentes pour le marché du travail? Comment font-ils pour avoir un taux de chômage de 7.5 % chez les jeunes, alors que nos jeunes sont affectés par un taux de chômage de 15 %, dans une économie comportant des pénuries de compétences et de main-d'œuvre importantes et croissantes?
Ne devrions-nous pas sortir de nos vieilles ornières et commencer à nous demander quels sont les changements fondamentaux qui sont nécessaires? Ne devrions-nous pas remettre en question certaines vaches sacrées, certains éléments de rigidité qui se sont imposés par l'habitude dans le système de formation et d'éducation de notre pays? Je crois que oui.
Maintenant, beaucoup de ces éléments échappent, je devrais toujours dire évidemment, [en français dans l'original] et je dois le dire en français qu’évidemment, le gouvernement du Canada respecte entièrement les champs des compétences des provinces, particulièrement dans le domaine de l’éducation. Point.
Je devais le dire en français, qu’évidemment, le gouvernement du Canada respecte entièrement les champs des compétences des provinces, particulièrement dans le domaine de l’éducation, et que nous n'avons pas l'intention d'intervenir dans ces champs. Mais, savez-vous? S'il y a une chose que le gouvernement fédéral est censé faire en vertu de notre constitution, c'est de maintenir le concept de l'union économique. Dans cet ordre d'idées, comment pouvoir justifier de nos jours qu'un médecin puisse déménager de la Bulgarie en Irlande et reprendre sa pratique le lendemain, alors que c'est plus difficile de faire la même chose entre la Saskatchewan et l'Alberta?
Comment peut-on expliquer que les 28 États membres de l'Union européenne, plusieurs ayant vécu des centenaires de conflits entre eux, avec des langues différentes, des régimes juridiques différents, arrivent à avoir une réciprocité presque complète de leurs marchés du travail, chose que nous n'avons pas encore pu accomplir ici au Canada. Par conséquent, le mois prochain, quand je rencontrerai mes homologues ministres responsables du marché du travail, je leur dirai que nous ne pouvons pas nous contenter de seulement renouveler nos engagements envers l'accord sur la mobilité de la main-d'œuvre, nous devons poser des gestes concrets. Nous avons besoin d'éliminer ces obstacles.
Et lorsque nous éliminerons les obstacles, nous devrons donner une suite concrète à l'engagement que les provinces ont pris auprès du Premier ministre en 2009, soit simplifier le processus de reconnaissance des titres de compétences étrangers. Nous devons délaisser le protectionnisme, les barrières qui existent depuis beaucoup trop longtemps.
Demain, le Premier ministre se rend à Bruxelles. La rumeur veut qu'il puisse signer l'accord commercial le plus important de l'histoire économique du Canada depuis l'ALENA. Je ne serais pas surpris qu'un tel accord comprenne certains engagements à accroître la mobilité de la main-d'œuvre. Pourquoi pouvons-nous arriver à nous entendre avec l'Europe à ce sujet, mais que nous n'y arrivons pas à l'intérieur du Canada?
Je viens de mentionner la reconnaissance des titres de compétences étrangers, ce qui me donne l'occasion de traiter des changements que nous avons apportés; je m'excuse de m'être étendu trop longuement sur le marché du travail intérieur, il s'agit d'une conférence sur l'immigration, mais tous ces thèmes sont reliés. J'établirai ces liens en concluant sur l'immigration, avec des thèmes que mon collègue, Chris Alexander, traitera plus en détail demain.
Je suis très enthousiaste à propos des changements fondamentaux que nous avons effectués, et j'espère que vous l'êtes aussi. Vous savez, je crois que beaucoup de gens ne comprennent pas vraiment toutes les répercussions du nouveau régime d'immigration que nous avons développé ces dernières années.
En premier lieu, une répartition géographique radicalement améliorée des demandeurs principaux dans l'ensemble du Canada. Auparavant, ils arrivaient à Toronto, Montréal et Vancouver dans une proportion de 80 %. Cette proportion a diminué autour de 60 %, alors que nous avons triplé l'immigration vers les Prairies, doublé vers le Canada atlantique et augmenté significativement à destination du Nord. En grande partie grâce à notre énorme expansion du Programme des candidats des provinces, nous avons maintenant un régime d'immigration qui attire des immigrants là où se trouvent bon nombre des meilleures perspectives d'emploi. Environ la moitié des demandeurs principaux de la filière du Programme des candidats des provinces ont déjà un emploi qui les attend à leur arrivée au Canada, ou ont déjà un emploi parce qu'ils étaient venus ici au départ à titre de travailleurs étrangers temporaires détenteurs d'un permis de travail. Ce sont de bonnes nouvelles.
Lorsque notre gouvernement est arrivé au pouvoir en 2006, je crois que le Canada avait accepté environ seulement 4 000 travailleurs étrangers temporaires, excusez-moi, candidats des provinces, et cette année, nous en admettrons plus de 40 000. Le nombre d'immigrants choisis par les provinces a décuplé.
Mes excuses à l'Ontario, je crois que vous êtes représentés ici, mais lorsque cette croissance s'est amorcée, pour une raison quelconque, l'Ontario n'était pas intéressée à se joindre au Programme des candidats des provinces, mais nous sommes conscients du besoin de veiller à ce que certains des avantages du Programme profitent également à l'Ontario, et je sais que Chris Alexander abordera la question.
Mais ces programmes ont pris de l'expansion, je vais être honnête avec vous, nous avons ici plusieurs sous-ministres provinciaux et beaucoup de praticiens qui travaillent au Programme des candidats. Nous devons nous assurer que ces programmes atteignent leur objectif, régler concrètement des pénuries de compétences et de main-d'œuvre.
Vous savez, le principe même de toutes nos réformes de l'immigration repose sur le fait qu'il était illogique d'admettre un quart de million de personnes par année pour maintenir l'immigration à son plus haut niveau absolu de notre histoire, de maintenir le plus haut niveau d'immigration par habitant du monde développé, pour ensuite confronter trop de ces immigrants au chômage ou au sous-emploi dans une économie dont l'une des principales difficultés tient aux pénuries de main-d'œuvre et de compétences.
C'était insensé, vous connaissez les chiffres. Le taux de chômage chez les immigrants récents, ici depuis 10 ans ou moins, est de 13 %, presque le double de la moyenne nationale. Le taux de chômage des immigrants avec un diplôme universitaire et des immigrants récents avec un diplôme collégial est quatre fois plus élevé que celui des titulaires de diplôme universitaire nés au Canada.
Vous avez probablement entendu cette blague, quel est le meilleur endroit à Toronto pour avoir une crise cardiaque? Sur la banquette arrière d'un taxi, parce que le chauffeur est un cardiologue. Cette blague cache trop d'histoires vécues.
Alors que faisait notre ancien système d'immigration, à part faire attendre les gens sept, huit, neuf ans pour une réponse à leur demande de résidence permanente? À part d'envoyer à peu près tout le monde dans les grandes métropoles au lien de les répartir parmi les régions du pays qui ont le plus besoin d'eux? En plus de ces échecs, il s'agissait d'un système passif. Il définissait un seuil de capital humain et si vous arriviez à un niveau supérieur au seuil, même de très peu, même si votre éducation n'avait aucune pertinence selon les normes canadiennes, même si vos titres de compétence professionnelle n'étaient pas reconnus par un organisme canadien de régie des professions, nous vous donnions la résidence permanente. Bonne chance et débrouillez-vous.
Il y a eu trop de tragédies humaines, trop de gens qui ont coulé à pic ou qui arrivaient à peine à surnager, trop de gens qui retournaient dans leur pays d'origine parce qu'ils se sentaient floués, des gens qui avaient quitté les plus hauts paliers économiques de leur pays d'origine pour se retrouver ici en situation de chômage ou de sous-emploi. Cette situation ne peut pas persister, en particulier dans une économie qui connaît des pénuries de compétences.
Dans un monde où un nombre à peu près sans limites de personnes voudraient venir ici, nous pouvons effectivement être sélectifs, calibrer notre système, admettre des gens qui possèdent non seulement un niveau plus élevé de capital humain abstrait, mais aussi une éducation et une expérience professionnelle définies précisément, et des qualifications d'une pertinence immédiate pour le marché du travail canadien. Comme je le dis toujours, l'objectif de nos réformes de l'immigration est de faire venir des ingénieurs ici pour qu'ils puissent travailler comme ingénieur, et non pas comme veilleur de nuit.
Il est important que le Programme des candidats des provinces se concentre aussi sur cet objectif. C'est pourquoi, l'an dernier, nous avons dit aux provinces que nous voulons nous assurer qu'elles maximisent leur utilisation du programme, que le nombre limité de candidats qu'elles peuvent proposer pour le statut de résident permanent soit dans toute la mesure du possible des gens qui ont déjà un bon emploi, ou qui ont reçu de bonnes offres d'emploi, et à l'autre bout de l'échelle, que les gens possèdent à tout le moins une maîtrise minimale du français ou de l'anglais pour qu'ils puissent se retrouver ailleurs dans le marché du travail au Canada s'ils devaient perdre leur poste, qu'ils possèdent un certain degré de mobilité horizontale.
Et je tiens à vous encourager, les provinces représentées ici et ceux qui participent à ce programme, je tiens vraiment à vous encourager. Vous pouvez être tentés d'éviter d'avoir recours à votre nombre limité de candidatures en vertu du programme, en réaction aux pressions de certains groupes d'intérêts, qu'il s'agisse de certaines collectivités ou de secteurs particuliers de l'industrie, mais il faut réaliser que l'attribution de places pour des candidats ne continuera pas d'afficher une croissance de 1 000 %. Il faut réaliser que nous atteignons vraiment la limite supérieure des admissions que l'on peut attribuer à ce programme dans le contexte de nos limites générales à l'immigration, et il faut tirer le maximum possible de ces candidatures.
La Catégorie de l'expérience canadienne créée par notre gouvernement. Bon Dieu, pourquoi est-ce que ce n'était pas déjà une caractéristique permanente de notre système d'immigration? Maintenant, finalement, ces brillants jeunes étudiants étrangers titulaires de diplômes d'universités et de collèges canadiens reconnus par les employeurs canadiens, qui maîtrisent le français ou l'anglais, qui sont jeunes, et qui, grâce aux autorisations d'emploi ouvertes, possèdent déjà une bonne expérience professionnelle au Canada sont invités à rester au Canada sans devoir partir et à obtenir leur résidence permanente relativement rapidement, alors que dans l'ancien système dysfonctionnel, nous leur disions de quitter le pays et, s'ils désiraient revenir, de prendre leur place au bout d'une file d'attente de sept ans.
La Catégorie de l'expérience canadienne est évidemment une excellente option. Je rappelle aux provinces qui éprouvent des difficultés avec les pressions touchant le Programme des candidats des provinces que la Catégorie de l'expérience canadienne constitue une excellente option pour ceux qui ont un emploi dans des professions spécialisées au Canada, que nous avons ramené la période minimale pour l'obtention de la résidence permanente de 24 à 12 mois.
En passant Stephen, notre ami irlandais ici, pourra vous dire qu'il existe un énorme bassin de gens qui n'arrivent pas ici à titre de travailleurs étrangers temporaires ordinaires à partir d'avis concernant l'impact sur le marché du travail, rattachés à un employeur particulier, mais qui arrivent plutôt par l'intermédiaire de nos importants programmes de mobilité des jeunes. Chaque année, nous accueillons quelque 60 000 jeunes au niveau d'instruction élevé, principalement de pays développés comme l'Irlande, la Grande-Bretagne, la France, etc. Nous les accueillons au Canada et ils ont des autorisations d'emploi ouvertes, certains pour 12 mois, d'autres pour 24 mois.
Et certains de ces jeunes se retrouvent à mon pub préféré de Calgary, le James Joyce, et certains se retrouvent derrière le bar à verser de la Guinness en fût, merci beaucoup. Vous leur parlez et vous découvrez que certains sont des architectes, ou des ingénieurs. Quand vous pensez recrutement, cherchez dans ce bassin.
Je crois que nous comptons ici en tout peut-être autour de 100 000 participants aux programmes de mobilité des jeunes, qui parlent français et anglais, presque tous très instruits, certains possédant des niveaux de compétence très élevés, que nous pourrions accueillir dans le cadre de la Catégorie de l'expérience canadienne.
Le nouveau Programme des travailleurs qualifiés (fédéral), un niveau élevé de maîtrise linguistique, et bien entendu un programme qui fonctionne maintenant rapidement, soit dit en passant. Les délais d'attente étaient de sept ans, et ils ont maintenant été ramenés à deux ans. D'ici à ce que nous ouvrions l'accès et avec le système de déclaration d'intérêt ensuite, nous espérons baisser le délai à un an. L'aspect le plus important est l'exigence dans le nouveau Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) révisé imposant aux demandeurs de produire une évaluation de leurs études et diplômes par un tiers désigné crédible.
Ces éléments vont se traduire par une amélioration radicale du futur bassin des immigrants de la classe économique sélectionnés au fédéral, car nous abandonnerons l'analyse quantitative de leurs études postsecondaires, franchement plutôt idiote. Nous effectuerons maintenant une analyse qualitative de la pertinence de leurs études pour le marché du travail canadien. Pourquoi avons-nous attribué autant de points aux gens avec un diplôme de Harvard qu'à ceux détenant un diplôme des plus louches établissements qui accordent des diplômes à n'importe qui, aux États-Unis ou ailleurs dans le monde? C'était insensé.
Maintenant, les gens qui arriveront par l'intermédiaire du Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) posséderont des diplômes qui, selon nous, seront reconnus par les employeurs canadiens.
Les réformes au programme de réunification des familles et à nos programmes des réfugiés et des cas d'ordre humanitaire constituent d'importants éléments suivis de notre système d'immigration, et il ne faut pas oublier que ces groupes constituent un bassin de main-d'œuvre à votre disposition. Ce que nous tentons d'accomplir avec nos réformes dans ce domaine, c'est d'accroître légèrement le pourcentage d'immigrants qui sont des immigrants économiques principaux sélectionnés en fonction de leur capital humain.
Mais nous tentons aussi d'accueillir, par exemple, des réfugiés, dans un monde qui n'en manque malheureusement pas, je crois que nous pouvons peut-être nous permettre de cibler pour l'établissement au Canada ceux d'entre eux qui sont un peu plus adaptables, qui peut-être ne finiront pas en dépression et en chômage permanent, plutôt ceux qui possèdent au moins des aptitudes aux actes élémentaires de la vie quotidienne, peut-être une littératie de base, une certaine capacité d'intégration. Je sais que certaines de nos organisations d'aide à l'établissement des immigrants travaillent avec ces groupes de gens.
Autre chose encore. Je sais que beaucoup d'entre vous recherchez des gens très instruits, vous savez, des gens de métier et des ingénieurs pétroliers, mais beaucoup d'industries, la semaine dernière j'étais dans le sud de l'Alberta, à Medecine Hat, où des exploitants de serres et des exploitants agricoles recherchent désespérément une main-d'œuvre faiblement qualifiée, les usines de transformation du poisson dans l'Atlantique canadien. Vous saviez que l'usine de transformation du bœuf à Brooks, JBS, auparavant Lakeside, comporte un effectif de quelque 2 300 travailleurs, et que seulement 10 % d'entre eux sont des travailleurs étrangers temporaires?
Je tiens à le répéter, seulement 10 % sont ici avec des permis de travail obtenus à l'étranger. Cette entreprise a eu l'idée brillante de recruter systématiquement, je ne connais pas le pourcentage exact, mais je suis certain que la grande majorité de leur effectif est arrivée ici avec un statut de réfugié réétabli. Est-ce que j'ai raison (inaudible)?
Beaucoup, beaucoup de réfugiés réétablis de l'Afrique de l'Est pourrait choisir entre l'option de passer leur journée assis dans un logement subventionné à Toronto, au chômage, ou choisir de gagner quelque chose comme 16, 18 ou 20 dollars l'heure. J'espère que je n'augmente pas vos salaires à JBS (rires)? J'espère que oui en fait, mais ils peuvent gagner un bon salaire dans une charmante collectivité rurale de l'Alberta à laquelle ils peuvent s'intégrer, et leurs enfants deviendront évidemment présidents des étudiants à l'université.
C'est tout à fait possible, et nous tentons de nous assurer que les réfugiés, qui arrivent par exemple dans la catégorie des familles, possèdent également plus de compétences économiques.
Ensuite le bassin des déclarations d'intérêt. Je m'excuse de parler si longtemps, mais il s'agit d'un énorme dossier. C'est vraiment l'issue que je souhaite à cette conférence, que vous réalisiez comment vous pouvez participer à part entière à ce système que ce soit à titre d'employeur, d'organisation d'aide à l'établissement, de gouvernement provincial ou d'autre intervenant. Nous tentons de tirer des leçons des meilleures expériences en Australie et en Nouvelle-Zélande, et de systèmes similaires.
Je vais laisser Chris Alexander vous entretenir du reste, mais le défi concret se présente ainsi. Comment pouvez-vous, à titre d'employeur, au lieu de compter sur le Programme des travailleurs étrangers temporaires, aussi prendre en compte ce programme de résidence permanente que nous implantons et qui, je l'espère, s'inscrira en complément du Programme des candidats des provinces, pour créer un bassin de talents internationaux répondant rapidement aux besoins des employeurs et du marché, permettant de faire venir des gens qu'un emploi attend déjà à leur arrivée.
Autre chose, les critiques disent constamment qu'il nous faut plus de politiques fondées sur des faits. Tout ce que je vous ai dit est fondé sur des faits. Les données indiquent invariablement que les immigrants qui arrivent avec un emploi qui les attend gagnent deux fois plus que les autres. C'est un fait qui dans ce cas rejoint aussi le bon sens.
Finalement, je sais que beaucoup d'entre vous désirent que je traite du Programme des travailleurs étrangers temporaires, ou plutôt que beaucoup pourraient songer à me lancer quelque chose par la tête. Je vous dirai simplement que nous avons besoin d'une bien meilleure collaboration pour améliorer la mobilité et la productivité, ainsi que la participation des Canadiens qui sont au chômage, en particulier les membres de groupes sous-représentés dans la population active, comme les Autochtones. C'est l'objectif qui doit primer.
Je ne veux pas non plus que des employeurs viennent plus tard se plaindre, à moi ou au gouvernement, qu'ils ont besoin d'un accès plus rapide et plus facile au Programme des travailleurs étrangers temporaires, à moins de pouvoir tout d'abord m'expliquer ce que vous faites, comme JBS, pour recruter des Canadiens chômeurs ou sous-employés, y compris de nombreux nouveaux arrivants au pays.
Je réalise que les récentes modifications au Programme des travailleurs étrangers temporaires ont suscité une grande frustration chez beaucoup d'employeurs. Je suis conscient de cette frustration, en particulier à l'égard des délais actuels de traitement des avis concernant l'impact sur le marché du travail. Je suis à l'écoute du public, je sais ce que vous ressentez. Ce qui nous ramène au point de départ. Dans cette province nous parlons du besoin de ce que l'on appelle un permis social, pour une mise en valeur responsable des ressources.
Nous avons aussi besoin d'un permis social, d'une forme de consensus politique, sur des dossiers comme le Programme des travailleurs étrangers temporaires, car les Canadiens ne comprennent tout simplement pas. Ils ne comprennent pas pourquoi leur fils, leur fille, leur neveu ou leur nièce n'arrive pas à se trouver un emploi, alors que vous tentez de faire venir quelqu'un de l'étranger.
Par conséquent, nous tentons, par nos réformes visant les travailleurs étrangers temporaires, de trouver un équilibre sensé, pour nous assurer que le Programme est un dernier recours, et non la première solution, et de nous assurer qu'à titre d'employeur, vous prenez toutes les mesures raisonnables possibles pour former, recruter activement et maintenir en poste des Canadiens. Je suis conscient des difficultés, je sais que dans certains secteurs, certaines régions, les gens nécessaires ne sont tout simplement pas disponibles. Je connais le problème du maraudage, en particulier pour les PME. Nous comprenons ces difficultés.
C'est pourquoi nous nous attaquons à la deuxième ronde des réformes, dans laquelle nous envisagerons la possibilité d'un processus distinct, limité, ciblé et accéléré pour les avis concernant l'impact sur le marché du travail. Stephen, maintenant que j'ai pris tout le temps réservé à mon allocution, j'espère que nous pouvons prendre un peu plus de temps pour des questions et des commentaires, car je veux connaître vos idées, ici ou par écrit. Je vais travailler avec Chris Alexander et les responsables au cours des prochains mois pour formuler une proposition au Cabinet sur la prochaine ronde de réformes au Programme des travailleurs étrangers temporaires.
Comme vous le savez, depuis l'arrivée au pouvoir de notre gouvernement, l'Alberta Federation of Labour vous le rappellera chaque jour, le nombre de travailleurs étrangers temporaires obtenant un permis de travail est passé de 120 000 à plus de 200 000 par année. Nous estimons que le nombre total de ces travailleurs au Canada a atteint les 330 000. Je crois tout simplement que nous ne pouvons pas poursuivre cette accélération.
L'une de nos réformes plus tôt cette année était d'imposer le plan de transition. Je réalise que c'est contrariant pour beaucoup d'employeurs, mais c'est une contrariété utile, en quelque sorte d'obliger vos directeurs des ressources humaines à vraiment réfléchir à leurs options et à nous dire ce que vous pourriez faire, réfléchir créativement, parler à des entreprises comme JBS, échanger des pratiques exemplaires à l'occasion de conférences comme celle-ci, comment agir pour accroître la proportion de travailleurs qui sont déjà ici au Canada.
Et si vous pouvez nous démontrer qu'il n'y a réellement pas de Canadiens disponibles, ou qu'il s'agit de compétences vraiment spécialisées qui ne sont pas généralement disponibles au pays, nous mettrons alors à votre disposition les permis de travail et les avis concernant l'impact sur le marché du travail. Et je reconnais que nous devons le faire plus efficacement. Je sais qu'un délai de cinq ou six mois est inacceptable; nous avons pris en compte les critiques constructives de votre part et nous y donnerons suite.
J'aimerais conclure en disant que malgré la complexité de tous ces défis, nous devrions être des plus optimistes. Vous savez, ce sont des problèmes que beaucoup nous envient. Gérer le défi de la croissance, avoir des postes à combler, ce sont des défis beaucoup plus positifs que ceux que connaissent la plupart des pays du monde occidental, les pays développés comme les sous-développés.
En ce moment-même en Europe méridionale, au Portugal, en Italie, en Grèce, le taux de chômage des jeunes se situe entre 40 et 55 %. C'est très difficile pour eux, c'est peut-être une possibilité pour nous, mais ce qu'il faut retenir, c'est qu'en perspective, nos difficultés et nos problèmes actuels découlent de facteurs très positifs. Fondamentalement, ce que nous devons faire, c'est agir de concert dans la même direction, les enseignants, les syndicats, les employeurs, les provinces, le gouvernement fédéral, les organismes de réglementation, les organisations d'aide à l'établissement des immigrants et tous les praticiens sur le terrain.
Vous avez notre engagement à agir en ce sens et à prendre en compte vos questions. Merci beaucoup.
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