DATE/DATE :
Le 7 novembre 2013, 12 h 30
LOCATION/ENDROIT :
Salle 718, édifice Sud, Palais des congrès de la communauté urbaine de Toronto, 222, boulevard Bremner, Toronto (Ontario)
SUBJECT/SUJET :
Le ministre de l’Emploi et du Développement social et ministre du Multiculturalisme, l’honorable Jason Kenney, présente le discours principal à l’occasion du Sommet national des intervenants en enseignement postsecondaire et formation professionnelle.
L’hon. Jason Kenney : Et bien, merci beaucoup et bon après-midi, tout le monde. Bon après-midi, tout le monde. Je constate la présence de quelques membres des médias. Je suis surpris. Je pensais que toute l’action se passait à l’hôtel de ville. Je vais faire mon possible pour vous distraire, en parlant de notre marché du travail et des pénuries de main-d’œuvre qualifiée.
Mais avant que je commence avec mon discours en ce qui concerne le sujet de votre congrès, de votre conférence, j’aimerais tout d’abord parler d’un projet de loi qui vient d’être déposé auprès de l’Assemblée nationale du Québec, en tant que ministre du Multiculturalisme.
Donc, avant de vous faire part de mes commentaires relativement au thème de votre conférence, je voulais m’adresser à vous en ma qualité de ministre du Multiculturalisme du Canada pour vous parler d’un projet de loi qui vient d’être déposé à l’Assemblée nationale du Québec et dont le nom est si long que je ne vais même pas vous le lire. La Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que l’égalité entre les femmes et les hommes en encadrant les demandes d’accommodement.
Mesdames et Messieurs, je voulais juste vous dire, à titre de ministre du Multiculturalisme du Canada, que le Canada est une réussite pour… qu’il est considéré comme un modèle par le monde entier en raison de son approche réussie du pluralisme, parce qu’il est uni dans sa diversité et parce que nous sommes une société accueillante. Oui, notre société possède certaines valeurs normatives, coutumes, cultures et institutions, telles que l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté religieuse et la résolution pacifique, non-violente des différends. Et nous attendons des nouveaux arrivants qu’ils fournissent des efforts pour réussir leur intégration à la société canadienne tout en reconnaissant notre obligation à titre de société hôte, de nous montrer accueillants et d’assurer l’égalité des chances.
C’est pourquoi quand j’étais ministre de l’Immigration, nous avons, par exemple, mis l’accent sur le fait que lorsque les personnes prêtent le serment de citoyenneté, elles le fassent publiquement. Il s’agit d’une déclaration publique de leur loyauté publique envers leurs concitoyens, leur pays et leur Souveraine, et c’est pourquoi nous avons décidé qu’elles devaient montrer leur visage lorsqu’elles interagissent avec l’État. Cela ne devrait pas être considéré comme une obligation déraisonnable.
Soyons toutefois clairs. La liberté religieuse est un principe universel et nous devons la protéger et la défendre, ici, au Canada. Un Canadien dont la religion exige de lui qu’il porte un hidjab, un turban, une kippa ou une croix, n’en est pas moins un Canadien. Ces personnes sont tout aussi canadiennes et disposent du même droit à participer pleinement à la vie publique de notre société.
C’est pourquoi le contenu du projet de loi déposé aujourd’hui devant l’Assemblée nationale m’inquiète. Il semble qu’il ne dispose pas du soutien de la majorité des membres de l’Assemblée nationale du Québec et pourrait ne pas être adopté.
Je peux toutefois vous informer que nous surveillerons de près l’évolution de ce projet. En effet, si cette loi, qui dans sa formulation actuelle vise à exclure certains Canadiens de la participation à la vie publique, est adoptée, nous l’analyserons en profondeur, et si nous déterminons qu’elle contrevient à notre Constitution et à la liberté religieuse protégée par celle-ci, nous la contesterons. Nous défendrons… nous défendrons vigoureusement le droit canadien fondamental à la liberté de religion et d’association contre tout effort visant à empiéter sur ces droits constitutionnels fondamentaux. (Applaudissements.)
Comme je l’ai déjà dit, le gouvernement du Canada a le devoir de s’assurer que toutes les personnes qui vivent dans notre pays, qui partagent nos valeurs, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur race, quelle que soit leur religion, se sentent chez elles dans ce pays et aient les mêmes chances d’être des Canadiens fiers qui contribuent pleinement à notre société. Et personne ne devrait jamais être forcé de choisir entre sa foi et un emploi dans le secteur public.
Je vais donc à présent parler du thème dont vous discutez aujourd’hui et commencer par féliciter le Conference Board du Canada d’avoir organisé ce Sommet national des intervenants en enseignement postsecondaire et formation professionnelle. Vous abordez ce qui est à mon avis le plus grand défi économique de notre pays. C’est un défi dont moi et mes pairs de 13 provinces et territoires parlerons demain lors d’une réunion avec le Forum des ministres du marché du travail.
Je leur demanderai de prendre des mesures collectives en vue de mieux aligner l’enseignement postsecondaire avec notre marché du travail, de réformer le système d’apprentissage, de faire progresser la reconnaissance des diplômes étrangers et d’accroître la mobilité professionnelle au Canada tout en trouvant d’autres… et d’améliorer l’intégration des nouveaux Canadiens à notre main-d’œuvre.
Mon principal objectif à titre de ministre de l’Emploi est d’éliminer le paradoxe auquel font face trop de Canadiens sans emploi dans une économie où de nombreux postes sont vacants. Il s’agit d’une période charnière pour notre pays. Nous devons être fiers que le Canada soit sorti plus fort et vigoureux de la crise économique qui a frappé pratiquement tous les autres pays développés dans le monde. Notre récession a été plus courte et moins profonde que dans les autres pays du G-7 et que dans la plupart des pays développés. Nous avons aussi connu depuis le plus grand essor du marché du travail avec la création de près de 1,1 million de nouveaux emplois nets dans des métiers bien rémunérés.
Et l’avenir semble prometteur. Il y a exactement trois semaines, nous avons signé une entente de principe afin de conclure un accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne qui, selon les estimations, fera croître notre produit national brut de 14 milliards de dollars à court terme grâce à la création d’au moins 80 000 nouveaux emplois nets, ce qui augmentera la moyenne… de revenu… le revenu moyen des foyers canadiens d’environ 1 000 $.
Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Cet accord amènera les produits canadiens à un consommateur… à un marché de consommation développé d’un demi-milliard de personnes et avec notre accès préférentiel au marché américain, cela signifie que seul le Canada… seuls les exportateurs canadiens auront accès à un marché de plus de 800 millions de personnes pour commercialiser leurs biens et services. Cela portera à 43 le nombre de pays auxquels le Canada pourra accéder pratiquement sans droit de douane.
L’avenir est donc prometteur pour ce qui est de la diversification de nos marchés d’exportation et bien sûr, nous avons l’énorme avantage d’être l’une des populations les mieux éduquées du monde et d’avoir à notre disposition des ressources naturelles extraordinaires. D’ailleurs, ici au Canada, des centaines de projets en matière de ressources évalués à 650 milliards de dollars pourraient voir le jour au cours des dix prochaines années uniquement. Ces projets vont de l’hydroélectricité à l’extraction minière en passant par les sables pétrolifères et le gaz naturel liquéfié.
Mais à l’heure actuelle, nous ne sommes pas préparés pour saisir les possibilités qui se présentent à nous en raison du paradoxe auquel font face trop de Canadiens sans emploi dans une économie ou de nombreux postes sont vacants.
Vous connaissez désormais le défi. Tout d’abord, soyons clairs. Le débat est nuancé, et je suis certain que vous analyserez cette nuance en profondeur au cours de cette conférence. D’un côté, les renseignements agrégés relatifs au marché de l’emploi, les données extraites des sondages de Statistique Canada indiquent qu’il n’existe pas réellement de pénurie de main-d’œuvre ou de travailleurs qualifiés au Canada. Le prix de la main-d’œuvre indique que dans l’ensemble, nous avons à peine suivi le taux d’inflation de notre économie, ce qui ne suggère pas l’existence d’une pénurie de compétences ou de main-d’œuvre. Je le reconnais. C’est une réalité.
Il est également vrai que les employeurs canadiens investissent moins, beaucoup moins que la moyenne des employeurs du monde développé dans le perfectionnement professionnel et la formation, alors que nos gouvernements investissent beaucoup plus que la moyenne dans ces domaines essentiels. Et pourtant, tous les employeurs que j’ai rencontrés dans tout le pays, tous les conseils sectoriels, presque tous les organismes industriels et commerciaux me disent que le seul… que le seul ou l’un des principaux, sinon le principal défi auquel ils font face aujourd’hui est la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Nombre d’entre eux disent qu’il s’agit d’une crise.
L’Ontario Employers Skill Survey que vous, le Conference Board, avez réalisé estimait que la Province perd jusqu’à 24,3 milliards de dollars en activité économique et 3,7 milliards de dollars en recettes fiscales provinciales par an pour l’unique raison que les employeurs ne trouvent pas les personnes dont ils ont besoin pour se développer.
Et au Québec, selon les données de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, 290 000 postes sont restés vacants alors que le taux de chômage s’établissait, paradoxalement, à 8,2 %.
Et la… d’après l’Association des collèges communautaires du Canada qui est, j’en suis sûr, représentée ici aujourd’hui, dans les dix prochaines années, le marché du travail canadien nécessitera environ 1,5 million de travailleurs en raison de notre croissance économique et, bien sûr, d’importants changements démographiques.
Cela ne devrait pas être. Vous savez, l’une des choses qui me dérangent dans le débat au sujet de la pénurie de main-d’œuvre, c’est que ce n’est pas réellement un débat. Ce sont des monologues parallèles. D’un côté, il y a certains groupes d’intérêts et certains économistes et commentateurs, des figures politiques qui disent que non, il n’y a pas vraiment de pénurie de main-d’œuvre ou de travailleurs qualifiés, que ce n’est qu’un mythe créé par les entreprises pour justifier le fait qu’elles sous-payent leurs employés. Et de l’autre, vous avez tous les employeurs qui disent que non, qu’il y a… soit un problème important pour nous aujourd’hui ou un énorme problème auquel nous ferons face dans l’avenir. Ils ne peuvent pas tous avoir raison. Et la réalité est que nous devons créer – et j’espère que des forums tels que celui-ci peuvent permettre cela –nous devons établir un véritable dialogue national éclairé et mobilisé à ce sujet, car peu importe que vous fassiez partie d’un syndicat ou que vous soyez un employeur d’une entreprise de petite taille ou de taille moyenne, une grande société minière ou un économiste universitaire. Nous devons tous nous réunir – les provinces, le gouvernement fédéral, les syndicats et les employeurs – pour résoudre ce problème. Nous ne pouvons pas faire d’erreur. Et c’est le message que je voulais vous transmettre aujourd’hui. L’enjeu est trop important.
Le secteur de la construction canadien dit nécessiter 319 000 nouveaux travailleurs avant la fin de la décennie. Le secteur minier dit en nécessiter 145 000 d’ici 2020. Le secteur pétrolier estime qu’il aura besoin de 130 000 travailleurs d’ici la fin de la décennie. Le secteur de la chaîne d’approvisionnement estime qu’il lui manquera 357 000 travailleurs entre aujourd’hui et 2020. Compétences Canada nous informe que nous aurons besoin d’un million de travailleurs spécialisés d’ici 2020. Et la Chambre de commerce du Canada a cité la pénurie de main-d’œuvre qualifiée comme l’un des dix principaux obstacles à la compétitivité du Canada. Son sondage indiquait qu’un tiers des propriétaires d’entreprises de petite taille et de taille moyenne citaient la pénurie de travailleurs qualifiés comme un obstacle actuel à leur croissance.
Encore une fois, les renseignements agrégés sur le marché du travail sont inadéquats. Ils ne nous offrent pas une représentation complète, nuancée et exacte de la situation de notre économie. J’admets, à titre de ministre responsable des renseignements sur le marché du travail à l’échelon fédéral, que nous devons mieux faire notre travail.
Don Drummond et un certain nombre d’autres Canadiens de grand renom ont préparé un excellent rapport pour mon ministère en 2009 et je peux vous dire que mon ministère, qui a récemment été nommé Emploi et Développement social Canada, fait tout ce qu’il peut pour appliquer dans la mesure du possible ces recommandations. Mais je m’adresserai demain aux provinces, une discussion continue avec le secteur privé sur la façon dont nous pouvons tous nous réunir avec à notre disposition des renseignements plus nombreux et plus exacts sur le marché du travail, afin de déterminer ce qui se passe réellement.
Je suis aussi heureux d’annoncer que… c’est pour cela que je suis ici pour vous annoncer que notre gouvernement soutiendra le nouveau Centre for Skills and Post-Secondary Education du Conference Board du Canada. Le Centre examinera les défis liés aux compétences spécialisées et à l’enseignement au Canada, formulera des recommandations sur l’amélioration du financement de l’enseignement postsecondaire et la reconnaissance des diplômes. Il nous fournira également plus de renseignements sur la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement.
Il s’agit donc d’un appel à l’action adressé aux dirigeants d’entreprises et aux établissements d’enseignements, universités, collèges, collèges d’enseignement professionnel et programmes des métiers spécialisés, mais aussi à tous les ordres de gouvernement. Le statu quo ne suffit pas.
Le thème de cette conférence convient tout particulièrement à la situation. Nous devons cultiver les talents pour rendre notre pays compétitif. L’enseignement postsecondaire est essentiel pour assurer la croissance économique et la prospérité future du Canada.
Le taux d’inscription aux études postsecondaires au Canada n’a jamais été aussi élevé et l’enseignement dans les collèges et universités est plus accessible que jamais. Je sais que certains de mes amis de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants ne sont pas de mon avis, mais la réalité est que la dette étudiante n’a pas augmenté. Elle est en fait plutôt faible comparé aux normes historiques.
Depuis la formation du gouvernement, il y a sept ans, près de deux millions de Canadiens ont bénéficié – je vais énumérer certains des investissements du gouvernement fédéral dans l’éducation postsecondaire. Plus de trois millions d’enfants ont bénéficié de la Subvention canadienne pour l'épargne-études et un demi-million d’enfants ont reçu le Bon d’études canadien. En fait, le gouvernement fédéral investit plus de dix millions de dollars par an dans le soutien des étudiants et le financement de la recherche et de l’infrastructure et dans les transferts aux provinces au titre de l’enseignement postsecondaire. La plus grande partie de ces fonds vont directement aux étudiants. Au cours des douze derniers mois, près de 450 000 étudiants ont reçu des prêts aux étudiants canadiens administrés par mon ministère.
En plus des prêts, il existe des bourses d’études canadiennes. En 2011, plus de 330 000 étudiants ont reçu une aide financière du Programme de prêts sous la forme de bourses non remboursables, ce qui équivaut au total à 650 millions de dollars. Ces bourses sont attribuées aux étudiants à faible revenu et à revenu moyen, aux étudiants handicapés et aux étudiants ayant des personnes à charge, et les aident à payer leurs études postsecondaires.
En 2011, le Canada a été classé premier des pays de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, pour ce qui est du nombre global d’inscriptions aux études postsecondaires, avec plus de 50 % des adultes âgés de 25 à 64 ans ayant réalisé des études universitaires ou collégiales de longue durée, ce qui est largement supérieur à la moyenne de l’OCDE, qui est de 30 %. Nous devons toutefois nous demander si l’investissement colossal du Canada dans l’enseignement postsecondaire obtient des résultats adéquats.
De nombreuses personnes pensent que nous n’utilisons pas au mieux notre capital humain. Un rapport récent des Marchés mondiaux CIBC indique que de nombreux étudiants ne rentabilisent pas leur investissement universitaire parce qu’ils ne se dirigent pas dans les bons champs d’études. En ce moment, nous avons trop de diplômés des collèges et universités sans emploi, malgré les signes de pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans de nombreux secteurs de l’économie. Et malgré le fait qu’il soit évident que le champ d’études choisi par un étudiant a un rapport direct avec le succès de l’emploi, les étudiants ont été attirés par les certificats et diplômes. Ils n’ont pas, plutôt… été attirés par les certificats et diplômes qui offrent de plus en plus les meilleures perspectives en matière de revenu et, souvent, de satisfaction au travail.
Et c’est l’un des paradoxes auxquels nous faisons face. C’est l’une des raisons pour lesquelles notre gouvernement prévoit de fournir plus de renseignements sur les perspectives d’emploi et les avantages, par exemple, des métiers spécialisés, de la science, de la technologie, du génie et des mathématiques, afin de promouvoir l’éducation dans ces domaines en forte demande. Nous devons évidemment faire davantage d’efforts pour encourager tout particulièrement les jeunes femmes à s’engager dans une carrière dans ces disciplines de base.
Les étudiants doivent disposer des renseignements pertinents pour prendre des décisions éclairées. Ils doivent être au fait des signaux transmis par le marché du travail. Vous savez, je me souviens d’une note d’information que j’ai récemment reçue et qui suggérait que le salaire d’une personne qui termine un programme de compagnon soudeur pouvait être trois fois plus élevé que celui d’une personne qui obtient un bac en sciences politiques, et Dieu sait que nous avons assez de ces personnes dans cette discipline à Ottawa.
Les données sur le marché indiquent que nous avons suffisamment de psychologues, de sociologues et de bacheliers en arts libéraux.
Il existe de nombreuses possibilités pour les personnes qui savent construire, réparer ou entretenir. Nous avons besoin d’électriciens, de plombiers, de soudeurs, de tuyauteurs et d’ingénieurs. Et peut-être plus important encore, nous devons commencer à revaloriser ces métiers techniques.
À ce sujet, je vous parle aujourd’hui… Je plaide coupable… J’ai étudié les sciences humaines avec une majeure en philosophie. Et je défends d’ailleurs fermement les sciences humaines personnellement. J’aimerais que tous les jeunes puissent bénéficier d’un programme en arts libéraux de qualité, solide et vaste. Mais nous devons au moins communiquer les renseignements aux jeunes pour qu’ils puissent prendre des décisions éclairées. Et je pense que nous ne faisons pas bien notre travail sur ce plan.
Les gouvernements provinciaux doivent réaliser que les choix qui ont été faits dans les années 70 et 80 pour réduire l’enseignement professionnel ont eu une incidence importante. Il y a quarante ans, la plupart des écoles canadiennes disposaient de formations professionnelles. Elles étaient… et aujourd’hui, ces possibilités sont très rares.
Des recherches réalisées à l’Université York dans les années 90 ont conclu que le nombre de cours de technologie suivi par les élèves du secondaire en Ontario avait baissé de près de moitié, passant de près d’un demi-million en 1973 à 250 000 en 1996. Je n’ai pas vu de statistiques plus récentes, mais je pense que ce chiffre continue de baisser.
Et le nombre de diplômes d’études professionnels accordés au Québec a reculé, passant de 17 000 en 1976 à 5 000 en 1992. Ce recul est significatif et nous en ressentons actuellement les effets.
Donc, examinons… Je pense que l’une des choses que nous devons faire est exercer… vous savez, nous sommes canadiens et l’une de nos caractéristiques nationales est sensée être l’humilité. Soyons donc humbles devant nos erreurs. Prenons du recul et observons d’autres systèmes, d’autres pays font un bien meilleur travail pour préparer les jeunes au marché du travail.
Regardons par exemple ce que fait l’Allemagne. J’ai entendu qu’un invité allemand de renom s’exprimera au cours de votre conférence. Je vais recommander demain à mes pairs des provinces d’entamer une mission conjointe visant à étudier le système de formation dual allemand Mittelstandt et peut-être aussi le système d’apprentissage du Royaume-Uni, qui a connu d’importantes améliorations au cours de ces dernières années.
Parce que je suis certain que vous connaissez les chiffres. Moitié moins de jeunes Allemands font des études dans les établissements académiques universitaires qu’au Canada et le taux de chômage des jeunes en Allemagne est pourtant de 7,5 % contre 13 % au Canada. Existe-t-il un lien direct? La réponse à cette question est évidemment complexe, mais ce que je sais, c’est que la part des jeunes qui occupent des emplois bien payés est bien plus élevée en Allemagne qu’au Canada, et cela est dû en grande partie au système de formation dual pleinement intégré qui s’adresse aux élèves du secondaire de premier cycle grâce à… grâce à une collaboration entre les employeurs, les syndicats, les éducateurs, l’État et les gouvernements fédéraux, qui fournissent une approche intégrée qui les encourage à acquérir une expérience de travail pratique au moyen de programmes coopératifs et d’apprentissage.
Et vous savez que nous devons combattre l’idée selon laquelle ces filières aboutissent à des emplois sans possibilité d’évolution. Nombre des jeunes Allemands qui intègrent des programmes coopératifs ou d’apprentissage à l’adolescence finissent par devenir des compagnons dans leurs métiers et par gagner de très bons salaires. Nombre d’entre eux suivent plus tard une formation postsecondaire formelle pour perfectionner leurs compétences et devenir des professionnels. Les métiers spécialisés ne sont pas la fin du… du perfectionnement du capital humain d’une personne. Dans de nombreux cas, ils peuvent être considérés comme son commencement. Et je pense, encore une fois, que nous devons communiquer ce message de façon positive aux jeunes Canadiens.
Nous devons également revaloriser les… et je vous dis cela à titre de défenseur des sciences humaines, nous devons revaloriser les disciplines de base. Au cours des dix dernières années, l’inscription à l’université au Canada est montée en flèche, passant de 850 000 étudiants en 2001 à 1,2 million l’année dernière, soit une augmentation de 380 000 étudiants. Toutefois, dans les domaines de la science, de la technologie, du génie et des mathématiques, l’inscription n’a augmenté que de 50 000 étudiants au cours de la même période. Au cours des dix dernières années, le nombre de femmes qui se sont inscrites à l’université au Canada a augmenté de 220 000, mais seules 15 000 d’entre elles se sont inscrites dans ces domaines de base. Ces filières représentaient auparavant 24 % des inscriptions au Canada, mais cette part a diminué et est désormais de 20 %.
Alors que les étudiants tournent le dos à la science, à la technologie, au génie et aux mathématiques, l’emploi dans ces secteurs croît à un taux de 2,5 % par an, soit le double de la croissance globale de l’emploi au Canada.
Le Système de projection des professions au Canada affirme que plus de 1,1 million d’emplois seront créés dans les domaines de la science, de la technologie, du génie et des mathématiques dans la décennie à venir. Ce problème est au cœur de la réforme que nous devons réaliser. Trop d’étudiants tournent le dos aux domaines dans lesquels ils ont les meilleures chances d’obtenir un bon emploi. Et cela est particulièrement important étant donné que les femmes représentent 60 % des étudiants inscrits dans nos universités. Nous devons d’urgence faire un meilleur travail pour les attirer vers les domaines de base et je pense que ce processus doit commencer au secondaire. Et les femmes, les jeunes femmes, ne sont pas moins sensibles aux signaux du marché. Elles doivent également savoir que les possibilités en fait de rémunération et de qualité de vie qu’offrent les professions techniques sont aussi bonnes que dans les sciences sociales.
Et les chiffres sont assez décourageants. Un nombre insuffisant de jeunes Canadiens s’engagent dans les carrières des métiers spécialisés. Seulement 32 % des étudiants du secondaire déclarent qu'ils envisageraient une carrière dans un métier spécialisé, ce qui signifie évidemment qu’un nombre encore plus réduit s’y engagent réellement. Mais même lorsque les élèves du secondaire souhaitent s’engager dans une carrière dans un métier spécialisé, ils ne savent souvent pas vers qui se tourner. Les exigences liées à l’entrée dans ces métiers ont beaucoup changé en raison de l’évolution technologique. On s’attend à ce que les mécaniciens automobiles d’aujourd’hui sachent utiliser des systèmes d’évaluation informatisés sophistiqués, et les électriciens en construction, par exemple, doivent comprendre les systèmes de gestion de l’énergie et les bâtiments dits intelligents. Combien d’élèves souhaitant devenir des électriciens pourraient deviner qu’ils devront acquérir un tel niveau d’expérience en science informatique? Nous devons donc nous assurer que les élèves savent exactement quelle formation est exigée pour quelle carrière lorsqu’ils doivent prendre ces importantes décisions.
Je vais à présent aborder brièvement la nécessité d’une réforme fondamentale de notre système d’apprentissage parce que, encore une fois, nous mobilisons les jeunes, ils sont intéressés, mais comment peuvent-ils non seulement s’inscrire à un programme d’apprentissage, mais également le terminer, car il y a des centaines de milliers de personnes inscrites dans des programmes d’apprentissage, mais moins de la moitié de celles-ci les termine.
C’est un domaine dans lequel les provinces contrôlent la plupart des leviers et elles doivent faire un meilleur travail à ce sujet. Il existe des incohérences importantes entre les 13 différents systèmes d’apprentissage du Canada, et les employeurs qui souhaitent embaucher des apprentis font face au problème du nombre élevé d’apprentis par compagnon qui est selon moi le vestige du protectionnisme du travail des années 70 qui ne rend pas compte de la réalité démographique d’aujourd’hui.
Nous pouvons et devons faire plus pour éliminer les obstacles inutiles de notre système d’apprentissage, en particulier alors que les maîtres et compagnons plus âgés amorcent une vague de retraites. Je parlais ce matin avec un employé de la compagnie d’électricité d’Ottawa qui m’a montré un… sur un graphique, la part énorme de sa main d’œuvre d’électriciens qui est sur le point de partir à la retraite dans les deux ou trois prochaines années, et ils ne seront plus là pour enseigner aux électriciens de l’avenir à titre de compagnon.
Et j’ai été très précis, d’ailleurs, au sujet de l’un des défis auxquels nous sommes confrontés, qui est le manque de mobilité des apprentis et de la main-d’œuvre en général à l’intérieur du Canada. Il est ridicule que quelqu’un qui a commencé un programme d’apprentissage en Ontario et qui décide de déménager au Manitoba ne puisse pas transférer ses heures de travail. Ils doivent tout recommencer. Et comment est-il possible que les provinces aient signé une entente sur la mobilité des travailleurs entre les provinces et la reconnaissance réciproque des diplômes il y a vingt ans dans le cadre de l’Accord sur le commerce intérieur, mais qu’il existe toujours des restrictions ridicules relatives à la mobilité de la main-d’œuvre au Canada. Nous sommes censés être une union économique. Oui, nous reconnaissons la compétence des provinces, leur responsabilité en matière d’éducation, mais nous reconnaissons également que nous devrions… C’est vraiment ridicule au 21e siècle que nous ayons des provinces, honnêtement, y compris celle-ci, qui établissent aujourd’hui de nouveaux obstacles pour empêcher la mobilité à l’intérieur du Canada.
Prenons de nouveau du recul. Examinons le fait que dans les 24 états membres de l’Union européenne… pardon, les 27 états membres de l’Union européenne qui compte 24 langues et dont de nombreux pays ont connu entre eux des guerres et des conflits, il est possible pour un dentiste portugais de déménager en Pologne et de pratiquer en principe le jour suivant. Un soudeur roumain peut aller en Irlande et être accrédité en principe le jour suivant, mais cela n’est pas possible entre l’Ontario et le Québec. C’est absurde et ce genre de restrictions doit être éliminé. Nous devons assurer la pleine mobilité des travailleurs afin que les Canadiens puissent se rendre où sont les emplois et réaliser leur potentiel. (Applaudissements.)
Et je vous promets que j’ai bientôt terminé… et nous devons faire un bien meilleur travail pour aider les nouveaux Canadiens, les nouveaux arrivants à réaliser leur potentiel au sein de notre marché du travail. Vous savez… comme vous le savez, j’ai été le ministre de l’Immigration qui suis resté le plus longtemps en poste au cours de notre histoire et je… Je suis ému quand je pense au nombre de personnes que j’ai rencontrées et qui se sont effondrées devant moi et qui m’ont raconté leur histoire, qu’ils avaient quitté leur pays d’origine, pris un risque énorme pour venir au Canada parce qu’ils croyaient à la promesse de ce pays qu’ils pourraient réaliser leur potentiel et apporter davantage à leur famille et leurs enfants, et qui ont trouvé… et qui, lorsqu’ils sont arrivés ici, ont été enfermés dans un cycle d’emplois de survie alors que leurs compétences s’atrophiaient et qu’ils se sentaient honteux devant leur propre famille – en rentrant chez eux, ils avaient deux ou trois emplois à salaire minimum juste pour nourrir leur famille.
C’est réellement injuste. Ce n’est tout simplement pas correct. C’est contraire à l’éthique pour nous d’inviter des professionnels hautement qualifiés du monde entier en leur disant que nous avons besoin d’immigrés parce que notre population vieillit, et qu’ils se retrouvent devant des obstacles infranchissables pour faire reconnaître leur expérience professionnelle et leurs diplômes ici au Canada. Il y a de nombreuses raisons à cela et il existe toujours, à mon avis, dans certaines professions licenciées, une attitude de protectionnisme du travail et des obstacles inutiles.
Nous travaillons sur cette question avec les provinces. Mon… notre gouvernement a investi 50 millions de dollars dans le Cadre pancanadien de reconnaissance des titres de compétence étrangers afin de faire en sorte que les organismes de réglementation professionnels établissent une approche nationale simplifiée de la reconnaissance des titres de compétence étrangers, que nous espérons pouvoir utiliser à l’avenir pour prendre nos décisions quant à la sélection des immigrants, dans ce système d’immigration nouveau et en évolution rapide. Et pourtant, le défi demeure.
Nous, le gouvernement fédéral, devons faire un bien meilleur travail pour sélectionner les personnes qui possèdent bel et bien les compétences conformes aux normes canadiennes et cela est un domaine dans lequel nous avons commis des erreurs dans le passé. Nous faisons un bien meilleur travail grâce à notre système d’immigration réformé pour sélectionner les personnes qui peuvent travailler à leur niveau de compétence lorsqu’elles arrivent au Canada. Est-ce trop demander que les ingénieurs que nous invitons ici aient une chance réelle de travailler en tant qu’ingénieurs et non comme chauffeur de taxi? Cela ne devrait pas l’être. Et nous devons faire davantage dans ce sens.
Il y a beaucoup de travail à faire pour arranger les choses, mais c’est absolument essentiel pour notre avenir. Encore une fois, meilleure situation financière au sein du G‑7. Notre budget fédéral sera équilibré en 2015. Impôts fédéraux les plus bas en 40 ans. Seul pays au monde à avoir un accès sans droit de douane aux marchés des États-Unis et de l’Union européenne. Diversification des marchés commerciaux et d’exportation. Énormes ressources naturelles et centaines de milliards de dollars d’investissements en capitaux à venir. Population la mieux éduquée du monde. L’un des systèmes d’immigration qui fonctionnent le mieux et qui s’améliore grâce à ces réformes. De quoi pourrions-nous nous plaindre?
Les choses roulent pour nous. (Applaudissements.) Et peu importe quelle… où vous vous situez sur le spectre politique, que vous soyez main-d’œuvre ou entreprise, universitaire ou pratique, nous avons une occasion en or. Nous devons juste régler ce problème. Nous devons nous assurer que nos jeunes acquièrent les compétences nécessaires pour saisir les possibilités que nous offre l’avenir.
Je remercie le Conference Board et vous tous pour votre engagement par rapport à cette question. Merci beaucoup (applaudissements).