Ottawa, le 5 décembre 2013
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L'article qui suit, publié dans l'édition du 4 décembre du National Post, est une collaboration spéciale de l'honorable Kevin Sorenson, ministre d'État (Finances).
Pouvez-vous vous permettre une réduction de salaire? Pis encore, pouvez-vous vous permettre de perdre votre emploi? – En fait, les familles et l’économie canadienne ne peuvent pas se permettre une augmentation spectaculaire du Régime de pensions du Canada (RPC) qui signifierait moins d’argent pour les employés et obligerait les employeurs à supprimer des postes et à réduire les heures de travail et les salaires. En tant que gouvernement prudent et responsable, nous partageons les craintes des petites entreprises, des employés, de bon nombre de groupes de réflexion indépendants et de bien des provinces au sujet d’une hausse des coûts en période de reprise fragile à l’échelle mondiale.
Lorsque la crise s’est abattue sur l’économie mondiale, notre gouvernement a su faire en sorte que le Canada traverse la pire récession que le monde ait connue en une génération. Grâce à des choix économiques judicieux, le Canada s’en tire relativement bien, là où d’autres ont échoué. Nous ne saurions toutefois être complaisants. Le Canada est confronté à des risques économiques mondiaux indépendants de sa volonté. Par exemple, la demande sur la scène mondiale a fléchi et les prix de certaines exportations canadiennes — plus particulièrement ceux des ressources — sont en baisse. La crise de la dette en Europe continue de miner la confiance des consommateurs et des entreprises. Plus près de nous, une lente reprise aux États-Unis et l’incertitude qui caractérise la viabilité de la situation financière de ce pays mettent également l’économie canadienne à risque.
Une proposition récente d’une province pourrait entraîner l’abolition de 17 000 à 50 000 emplois. D’autres propositions ayant pour but d’augmenter les impôts sur la masse salariale liés au RPC, quoique plus modestes, nuiraient également à l’économie déjà fragile du Canada. Les avantages que pourraient générer ces propositions d’ici des années, voire des décennies, doivent être étudiés et analysés par rapport à leurs répercussions économiques négatives immédiates sur les familles, les entreprises et les collectivités.
Nous sommes tous à la recherche d’un régime de retraite plus vigoureux. Toutefois, nous ne devons pas apporter des changements susceptibles d’avoir des effets négatifs sur notre économie déjà fragile. Une majoration à l’heure actuelle pourrait engendrer des pertes d’emplois, une réduction du nombre d’heures de travail ou la chute des salaires. Dans un sondage récent de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, 65 % des entreprises ont déclaré qu’elles gèleraient ou réduiraient les salaires si les coûts du RPC étaient majorés, 48 % ont affirmé qu’elles réduiraient les investissements dans leurs activités et 42 % ont mentionné qu’elles réduiraient le nombre d’employés. Compte tenu de la fragilité de l’économie mondiale, il s’agit d’un coût extrêmement élevé.
Notre gouvernement propose plutôt un plan prudent et responsable. Nous ne précipiterons pas une augmentation qui comporte de graves conséquences pour l’économie. Nous continuerons d’analyser tous les facteurs qui pourraient nous aider à mieux comprendre les possibilités et les risques d’un élargissement du RPC. Il s’agit d’un dossier complexe aux conséquences réelles pour les Canadiens. Nous devons d’abord très bien comprendre le contexte économique dans lequel l’élargissement serait appliqué. En plus des risques auxquels s’exposent les familles et les créateurs d’emplois, nous estimons que toutes les administrations – fédérale et provinciales – doivent d’abord assainir leurs finances.
Nous savons également que certains ménages risquent de ne pas épargner suffisamment pour la retraite. C’est pourquoi nous voulons faire en sorte qu’il soit plus facile pour les particuliers d’épargner pour leur propre retraite. Par exemple, notre gouvernement a instauré le compte d’épargne libre d’impôt afin d’accorder aux Canadiens d’autres possibilités d’épargne fiscalement avantageuses pouvant atteindre 5 500 $ par année. La pire chose à faire, c’est de décourager les Canadiens de faire des investissements privés. Le simple déplacement d’avoirs d’un mécanisme d’épargne à un autre ne garantira pas une meilleure retraite.
De plus, même si le RPC demeure un volet important du système de retraite, une grave lacune a été détectée dans l’épargne du secteur privé. Ainsi, notre gouvernement a mis en place le régime de pension agréé collectif pour ceux qui en ont le plus besoin – la tranche de 60 % de Canadiens qui n’a pas accès à un régime de pension agréé. Nous encourageons les provinces à adopter sans tarder cette option viable et peu coûteuse. C’est une honte que plus de 60 % des Ontariens qui ne disposent pas d’un régime de retraite de leur employeur ne puissent pas avoir accès à un régime de pension agréé collectif.
Notre gouvernement s’engage à mettre en valeur le système de revenu de retraite du Canada, un système reconnu dans le monde entier comme un modèle qui parvient à fournir des niveaux élevés de revenu de remplacement à l’ensemble des retraités. Toutefois, il est prudent d’envisager les options en tenant compte d’une importante incertitude économique à l’échelle mondiale. Étant donné la fragilité de la reprise économique, nous ne croyons pas qu’il convienne en ce moment d’augmenter les coûts pour les travailleurs et les employeurs, car ces mesures anéantiraient les efforts que nous déployons pour favoriser la création d’emplois et la croissance économique.