DATE :
23 janvier 2014 – 11 h
ENDROIT :
Salle de conférence Est – 4e étage, Chambre de commerce de la région de Toronto, 77, rue Adelaïde Ouest, Toronto (Ontario)
SUJET :
Le ministre d’Emploi et Développement social et ministre du Multiculturalisme, Jason Kenney, prononcera un discours sur le déséquilibre des compétences au Canada et ce que cela représente pour l’avenir du Canada devant la Chambre de commerce de la région de Toronto.
L’hon. Jason Kenney : Et bien, merci beaucoup Brian. C’est très rassurant de savoir que je suis le meilleur ministre d’Emploi et Développement social que nous avons actuellement. En fait, le meilleur de toute l’histoire, parce que ce poste existe pour la première fois. Mais je vous remercie pour cette aimable présentation et je remercie mes amis de Cardus d’avoir préparé cette discussion vraiment passionnante sur la nouvelle révolution industrielle du Canada.
Cardus est une merveilleuse organisation qui explore à fond les questions importantes pour notre société et notre économie et qui s’adresse à la fois au syndicat et aux secteurs des affaires avec un cadre intellectuel bien étayé pour aborder ces questions. Je veux remercier et saluer Cardus et tous leurs partisans pour le type de travail qu’ils font, par exemple au moyen de cette conférence, ainsi que les organisations partenaires qui sont présentes aujourd’hui : la Progressive Contractors Association of Canada, l’Alliance nationale des relations de travail dans le secteur de la construction, la Christian Labour Association of Canada et le Provincial Building and Construction Trades Council. Depuis ma nomination récente au ministère de l’Emploi et du Développement social, je suis très heureux de travailler avec toutes ces organisations ainsi qu’avec toutes les organisations qui essaient de trouver des solutions concrètes à certains des défis énormes, quoique bénéfiques, auxquels nous sommes tous confrontés comme Canadiens.
Je suis ici aujourd’hui pour parler du dynamisme de notre économie, des défis que nous devons relever pour assurer notre prospérité à long terme et de quelques-unes des solutions envisagées pour y arriver. Vous le savez, c’est un moment décisif pour notre pays. Nous devrions tous être fiers du fait que nous avons traversé le ralentissement économique mondial mieux que pratiquement tout autre pays industrialisé. Lorsque nous regardons les forces fondamentales de notre économie, elles sont assez phénoménales.
Durant mes déplacements aux quatre coins du monde, on me parle régulièrement de nos forces. De même, les délégations étrangères que j’accueille me demandent comment il se fait que de tous les pays du G8, c’est le Canada qui a vécu la récession la plus courte et la plus faible et qui a connu l’une des reprises les plus vigoureuses. Comme vous le savez, environ 1,1 million nouveaux emplois nets ont été créés depuis le ralentissement mondial – 90 % d’entre eux sont des emplois à temps plein et 80 % se situent dans les industries et les professions où les salaires sont élevés –, mais surtout, nos structures fondamentales sont fructueuses. Notre inflation est faible, nos taux d’intérêt sont bas, nous occupons l’une des situations financières les plus solides parmi les principaux pays industrialisés du monde, l’impôt fédéral est à son plus bas niveau depuis le milieu des années 1960, nous avons le plus faible ratio de la dette fédérale au PIB du G7. Nous sommes à deux doigts d’équilibrer le budget fédéral, ce qui est essentiel, car cela envoie le message important sur les marchés mondiaux, aux investisseurs étrangers et aux Canadiens que nous comptons sérieusement vivre selon nos moyens, de façon durable. La croissance de notre marché du travail a été positive et, même s’il y a encore, bien sûr, trop de Canadiens sans emploi, les perspectives de croissance demeurent très stimulantes, et ce, en partie en raison de l’expansion élevée de nos marchés d’exportation.
Vous savez tous mieux que quiconque comment le Canada a trop misé sur les États‑Unis comme principal marché d’exportation. Il n’y a pas si longtemps, 80 % des ventes hors de nos frontières étaient destinées à nos voisins du Sud, ce qui nous rendait extrêmement vulnérables aux fluctuations de leur économie. Et bien, ce chiffre est en baisse, et je prédis qu’il continuera à baisser à mesure que nous élargirons délibérément nos marchés d’exportation grâce à des accords de libre-échange qui augmentent l’accès libre de droits de douane des consommateurs partout dans le monde.
J’arrive tout juste d’Israël, comme Brian l’a mentionné, où nous avons annoncé que nous avions amorcé des négociations pour élargir et renforcer l’Accord de libre-échange Canada-Israël. Ce n’est qu’un petit exemple. C’est la nation d’innovation du monde, la capitale des démarrages d’entreprise, des brevets et des prix Nobel en science, avec beaucoup de complémentarités et de liens avec le Canada. C’est une économie relativement petite, mais sa force d’innovation par habitant est nettement supérieure. Ce n’est qu’un des 43 exemples d’accords commerciaux que nous avons conclus ou élargis au cours des 6 dernières années.
Et plus important encore, il y a évidemment l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, qui nous donnera essentiellement l’accès libre de droits de douane à un marché établi de 500 millions de personnes. Ajoutez-y les 300 millions de personnes auxquelles nous avons accès grâce à l’Accord de libre‑échange nord-américain, et ce, aux États-Unis seulement, sans oublier, bien sûr, le Mexique. Nous parlons donc d’environ 800 millions de personnes dans les pays les plus développés au monde auxquels nous aurons un accès préférentiel. Une fois que l’accord économique et commercial global – l’AECG – sera conclu, nous serons le seul pays – le seul pays au monde –, qui sera un carrefour menant à un accès pratiquement libre de droits de douane à l’Union européenne et aux États-Unis, ce qui fait certainement du Canada un endroit favorable aux investissements.
Nous estimons qu’une fois conclu, l’AECG entraînera à lui seul la création à court terme de quelque 80 000 nouveaux emplois nets au Canada et une hausse très substantielle de notre PIB. Cela aboutira concrètement à une augmentation du niveau de vie de 1 000 $ pour la famille canadienne moyenne.
Donc, c’est le portrait idéal. Toutefois, avec cette conférence, nous nous penchons sur l’immense potentiel devant nous avec des possibilités commerciales grandioses, en particulier d’un bout à l’autre du Nord canadien, du Labrador jusqu’au Yukon, et partout entre les deux. D’ailleurs, ici au Canada, des centaines de projets en matière de ressources évalués à 650 milliards de dollars pourraient voir le jour au cours des dix prochaines années uniquement. Ces projets portent, entre autres, sur l’hydroélectricité, l’extraction minière, les sables pétrolifères et le gaz naturel liquéfié.
En 2012, Cardus a publié un article dont le titre soulevait la question suivante : Un pays de bûcherons et de porteurs d’eau ou bien un pays où coulent à flots le lait et le miel? Et bien, par le passé, un grand nombre de personnes – notamment Harold Innis, le célèbre historien canadien et historien du travail –, ont critiqué l’économie canadienne en affirmant qu’elle ne fait rien de plus que représenter les bûcherons et les porteurs d’eau. Et je vous fais remarquer qu’en raison de cette pensée, de nombreux commentateurs économiques ont ridiculisé cette vieille conception de l’économie canadienne en proposant, au cours des dernières années, que la politique gouvernementale s’en remette entièrement aux technologies de l’information et de la communication et aux industries connexes pour ses perspectives d’avenir. Mais ce que les critiques ne comprennent pas, quelque chose que vous et les industries auxquelles vous participez comprenez, est que la révolution des marchandises sur laquelle nous sommes assis dans la plus grande partie du Nord canadien est alimentée par la recherche et le développement, la science et la technologie, l’application de l’incroyable ingéniosité humaine ainsi que par le plus récent type de technologie pour extraire ces ressources d’une façon de plus en plus respectueuse de l’environnement et efficace du point de vue économique.
Donc, il ne s’agit pas d’une conception rudimentaire du 19e siècle pour exploiter les ressources. Je n’oublierai jamais un incident survenu lors de la dernière campagne électorale ici à Toronto. Je participais à un débat télévisé à l’échelle nationale et j’ai remarqué que mes collègues des autres partis parlaient beaucoup de la façon de bien dépenser, mais pas du tout de la façon de créer et j’ai dit : « [traduction] Attendez un instant, comment pensez-vous financer toutes ces augmentations proposées dans les programmes de retraite et les transferts pour les soins de santé et tout le reste, toute votre liste d’épicerie de dépenses privilégiées, sans développer notre économie pour créer cette richesse? Et comment allons-nous y parvenir si nous n’exploitons pas les énormes ressources naturelles que nous possédons au Canada? Par exemple, personne ici n’a parlé des centaines de milliards de dollars des futurs revenus gouvernementaux – recettes publiques – que nous pourrions tirer du seul secteur de l’énergie. » Et un de mes collègues, j’ai oublié de quel parti, a dit : « [traduction] Mais vous ne pouvez pas bâtir une économie seulement en faisant un trou dans le sol et en aspirant du pétrole brut. »
Et bien, ce commentaire caractérise malheureusement trop souvent un point de vue en vogue. Comment les personnes qui se portent candidates à une charge publique, les personnes qui prétendent avoir des notions de base sur la façon dont fonctionne notre économie, peuvent-elles afficher un tel dédain pour une industrie qui emploie des centaines de milliers de personnes et qui pourrait représenter des centaines de milliards de dollars de richesse partagée pour les Canadiens? Comment peuvent-elles ne pas comprendre que l’application actuelle de la technologie dans le secteur de l’énergie, que ce soit la fracturation hydraulique, l’exploitation du bitume in situ ou toute autre technologie connexe, le gaz naturel liquéfié, etc., représente sans aucun doute le plus grand investissement dans la recherche et le développement, les sciences et les technologies exactes et dans le capital humain de toute l’industrie au Canada?
C’est étonnant. Nous optons pour les réservoirs, par exemple, de pétrole brut classique dans le bassin conventionnel dans l’Ouest canadien qui a depuis longtemps été abandonné parce qu’il est inaccessible, et nous revenons au forage horizontal et à d’autres technologies de pointe pour extraire des ressources évaluées à des milliards de dollars, qui ont été laissées de côté par le passé parce que la technologie ne permettait pas d’y avoir accès.
Ce dont on parle dans cette nouvelle révolution industrielle, dans l’exploitation de nos produits de base respectueuse de l’environnement, en fait, c’est de la haute technologie. Il s’agit de la science, de l’application de la recherche et du développement, et nous ne devons pas l’oublier.
Pour en revenir à l’article de Cardus : Est-ce que nous parlons des bûcherons et des porteurs d’eau ou d’un pays où coulent le lait et le miel? Je dois vous dire qu’en parlant de porteurs d’eau, cela me fait penser qu’il y a à peine 24 heures, je me tenais sur le Plateau du Golan, en Israël, et je regardais la frontière syrienne. J’étais témoin qu’à une centaine de mètres devant moi, se déroulait la guerre civile en Syrie avec des tirs de vraies balles. Je voyais le mont Hermon, la plus haute montagne dans cette région du Moyen-Orient, qui était situé à deux kilomètres de ma position, et je me suis rappelé que l’une des principales raisons stratégiques pour lesquelles trois guerres ont sévi dans cette région en 1956, en 1967 et en 1973 était que la Syrie et ses alliés voulaient priver Israël du mont Hermon et des eaux souterraines qui s’en écoulent.
Donc, lorsque nous, les Canadiens, parlons de nous-mêmes avec dédain comme porteurs d’eau, nous ne devrions pas oublier à quel point nous sommes privilégiés d’avoir ces ressources, que nous tenons trop rapidement pour acquises. Nous devons donc en être reconnaissants, et je sais que le document de travail qui oriente ce débat, que Russ Kuykendall a rédigé, je crois, fait valoir de façon très efficace que nous avons de nombreuses raisons d’être reconnaissants, comme pays où métaphoriquement, coulent le lait et le miel.
Il y a quelques mois, j’ai prononcé un discours à Calgary au Forum jeunesse du Conseil mondial du pétrole. Beaucoup de personnes dans l’ensemble du Canada créent des emplois et des revenus pour le public à un niveau record. Je leur ai dit que le gouvernement du Canada comprend et apprécie mieux que quiconque l’importance de leur industrie pour le Canada, et pas seulement les sables bitumineux. Les gisements de gaz naturel en Colombie-Britannique, les gisements de pétrole dans le sud de la Saskatchewan, la ceinture de feu dans le Nord de l’Ontario, les projets hydroélectriques au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador, les réserves gazières au large des côtes du Canada et les dépôts de minéraux dans le Nord que nous commençons seulement à découvrir. Il y a beaucoup de lait et de miel.
Comme la présente conférence permet de la constater cette semaine, en plus des centaines de milliers de travailleurs employés directement par ces projets de ressources, de nombreux autres sont employés indirectement. L’infrastructure requise pour extraire ces ressources, les transformer et les expédier sur les marchés crée un boom de la construction au Canada. En mai 2013, les permis de construire canadiens représentaient 7,3 milliards de dollars en activité de construction et l’investissement en machinerie dans nos secteurs des ressources remplace les investissements en machinerie dans nos secteurs automobiles.
Les faits parlent d’eux-mêmes. Entre 2002 et 2011, le stock brut de capital de machinerie et d’équipement au Canada est passé de 19 milliards à 52 milliards de dollars. Je tiens à répéter qu’au cours d’une décennie, nous avons vu le stock brut de capital de machinerie et d’équipement au Canada augmenter de 19 milliards à 52 milliards de dollars. Donc, j’aimerais que les entreprises investissent encore plus. Nous ne pouvons pas dire que les entreprises canadiennes n’investissent pas. Nous aimons croire que ces investissements étaient en partie motivés par la déduction pour amortissement accéléré mise en œuvre par notre gouvernement, en 2008, je crois.
Nous soutenons l’industrie et les Canadiens qu’elle emploie avec le plus vaste plan d’infrastructure de l’histoire canadienne, le Plan Chantiers Canada. La discussion et les détails seront communiqués sous peu. Le document de travail qui oriente votre conférence cette fin de semaine décrit en détail les investissements en emploi et l’activité économique que le Canada est sur le point de commencer à réaliser. Mais notre pays doit tirer avantage de ces possibilités. Nous devons nous assurer d’avoir la main-d’œuvre qualifiée nécessaire pour doter les postes de l’avenir et, à l’heure actuelle, nous ne relevons pas adéquatement ce défi.
L’été dernier, le premier ministre m’a confié le mandat de ministre de l’Emploi. Maintenant, soyons clairs, certains d’entre vous m’ont déjà entendu en parler, mais il vaut la peine que je le répète, il y a des renseignements contradictoires sur le marché du travail du Canada, à savoir si oui ou non il y a des pénuries de compétences ou de main-d’œuvre. D’une part, selon les sondages menés par Statistique Canada, l’information générale sur le marché du travail laisse croire qu’il n’y a pas de pénurie des compétences à l’échelle nationale et que les lacunes sont très localisées; d’autre part, les employeurs du pays me brossent un tableau bien différent. Pratiquement chaque employeur et certainement toutes les associations d’industries et de nombreux syndicats que j’ai rencontrés m’ont dit que le plus gros défi qu’ils doivent maintenant relever et qu’ils devront certainement relever à l’avenir est la pénurie des compétences.
Laissez-moi vous donner quelques exemples. Le secteur de la construction dit avoir besoin de 319 000 nouveaux travailleurs d’ici 2020. L’industrie minière dit avoir besoin de 145 000 nouveaux travailleurs au cours de la prochaine décennie. Le secteur pétrolier a non seulement besoin de 130 000 travailleurs d’ici 2020, mais dans le secteur de la chaîne d’approvisionnement, il prévoit une pénurie de 357 000 travailleurs d’ici la fin de la décennie. Selon le Conference Board du Canada, la province de l’Ontario à elle seule perd 24 milliards de dollars en activités économiques parce que les employeurs n’arrivent pas à trouver les personnes qui ont les compétences dont ils ont besoin, et la Chambre de commerce du Canada désigne les pénuries de compétences comme l’un des 10 principaux obstacles à la compétitivité. Par ailleurs, son étude révèle qu’un tiers des propriétaires de PME ont mentionné que les pénuries de compétences comptent parmi les facteurs qui limitent leur croissance. Le Conseil canadien des chefs d’entreprise a lancé un important programme pour cette année et l’année prochaine afin de se concentrer sur ces problèmes. Ce n’est qu’un résumé de haut niveau du type de commentaires que nous recevons des organisations qui travaillent sur le terrain et, on me dit, des métiers de la construction et des syndicats qui s’y rattachent.
Aujourd’hui, au Canada, nous comptons 200 000 emplois vacants, mais, parallèlement, nous avons 1,4 million de Canadiens sans emploi, ce qui est beaucoup trop. Donc, notre défi consiste à résoudre ce paradoxe d’un trop grand nombre d’emplois futurs sans travailleurs préparés pour les occuper, dans une économie où, du moins actuellement, il y a trop de Canadiens sans emploi. Et je considère que mon rôle, dans les limites des compétences fédérales, est de résoudre ce paradoxe avec tous les partenaires, les syndicats, les employeurs, les associations d’industries, les provinces et bien sûr, avec l’ensemble de la société civile.
J’aimerais maintenant vous parler un peu des solutions qui pourraient améliorer la situation, selon moi. Excusez-moi, encore un dernier point sur les pénuries de compétences prévues, et soit dit en passant, comme beaucoup d’entre vous le savent, à des endroits comme la Saskatchewan et l’Alberta et dans diverses industries même ici en Ontario, il ne s’agit pas des futures pénuries, mais de la grave pénurie que les gens vivent dès maintenant. J’étais à Regina le mois dernier et j’ai dit à la Chambre de commerce que j’étais disponible pour une table ronde avec les employeurs. Ils ont lancé un appel, et en seulement quelques heures, si ma mémoire est bonne, plus d’une centaine de leurs membres voulaient me rencontrer. Nous avons donc réservé quatre tables rondes une après l’autre – grandes entreprises, petites entreprises, multinationales, entreprises familiales, secteur des produits, des services, agriculture, pour n’en nommer que quelques-uns – et chaque groupe en est venu à la même conclusion, soit qu’ils font face à de grandes difficultés dans leurs activités en raison des compétences et en fait, des pénuries générales de main-d’œuvre.
Donc, je refuse d’accepter le scénario de certains selon lequel les défis que de nombreux employeurs doivent relever à l’égard des compétences ne sont qu’une conspiration montée de toutes pièces par des entreprises voraces pour justifier une économie à faibles salaires et pour défendre l’accès à une main-d’œuvre étrangère bon marché. Je crois que c’est trop cynique, même pour ceux qui font valoir cet argument. Je crois que nous avons besoin d’un discours national éclairé, d’un dialogue national réfléchi plutôt que de monologues parallèles sur ce problème. J’espère tenir un débat national à ce sujet plus tard cette année et j’invite tous les principaux intervenants à faire connaître leurs différents points de vue sur les réalités de notre marché du travail actuel.
Et laissez-moi terminer cette partie en réitérant que nous avons besoin d’améliorations fondamentales dans notre système de renseignements sur le marché du travail, parce que les données démographiques nous disent que les baby-boomers commencent à prendre leur retraite. La main-d’œuvre canadienne est sur le point de diminuer pour la première fois de son histoire, parce que les baby-boomers commencent à prendre leur retraite, ce qui se fera particulièrement sentir dans certains métiers, par exemple, les métiers spécialisés, que notre système d’éducation a laissés de côté depuis très longtemps.
Permettez-moi de me pencher sur ce problème. Le gouvernement fédéral investit des milliards de dollars chaque année au moyen de transferts aux provinces pour l’éducation postsecondaire. Et, bien sûr, les provinces elles-mêmes collectivement dépensent des dizaines de milliards de dollars dans ce domaine, mais est-ce que l’énorme investissement du Canada dans l’éducation donne les meilleurs résultats pour notre marché du travail? Il semble que les étudiants se dirigent nécessairement vers les domaines où ils peuvent obtenir les emplois les mieux payés. Je crois que nous devons aider les jeunes Canadiens à obtenir l’information pertinente sur le marché du travail, et c’est ce que nous avons l’intention de faire. Au gouvernement fédéral, nous travaillons à fournir de l’information conviviale aux jeunes pour qu’ils puissent prendre des décisions intelligentes, éclairées concernant leurs futures carrières. Par exemple, je crois qu’il est important que les jeunes sachent que devenir un compagnon d’apprentissage, un plombier ou un électricien qui possède une carte de qualification est beaucoup plus susceptible de leur procurer un meilleur revenu au cours de leur vie qu’aller à l’université pour obtenir un baccalauréat en science politique. Nous avons déjà un surplus de ces diplômés à Ottawa.
Soyons clairs, l’éducation postsecondaire a toujours une importance capitale et les données appuient la notion selon laquelle généralement, les personnes qui reçoivent ce type d’éducation postsecondaire réussissent bien. Mais nous savons tous que depuis très longtemps, trois ou quatre décennies, les gouvernements provinciaux et les conseils scolaires ont marginalisé la formation professionnelle et l’enseignement technique. De nombreuses raisons l’expliquent, mais la réalité est que nous n’avons plus réellement d’ateliers dans nos écoles secondaires, et nous avons envoyé toutes sortes de signaux aux jeunes leur disant qu’ils ne peuvent réaliser leur potentiel s’ils travaillent avec leurs mains plutôt que d’obtenir un diplôme. Dans les années 1990, l’Université York a observé que le nombre de cours de technologie suivis par les étudiants du secondaire en Ontario seulement est passé de 480 000 en 1973 à 257 000 en 1996. Il existe beaucoup d’autres preuves à l’appui.
L’Allemagne, pour prendre un exemple, a adopté une approche différente, comme vous le savez, une approche, oui, basée sur leur histoire de guildes et d’un très solide système d’apprentissage robuste. Mais la vérité est celle-ci, les jeunes Allemands sont moitié moins susceptibles d’aller à l’université que les jeunes Canadiens. Or, ils sont deux fois plus susceptibles de trouver un emploi que les jeunes Canadiens, avec un taux de chômage chez les jeunes qui correspond à la moitié de celui du Canada. Les Allemands ont un très robuste système de formation, comme vous le savez, qui incite les jeunes qui commencent l’école secondaire à envisager un plus vaste éventail de métiers, et, cela, en raison d’un partenariat étroit entre les syndicats, les employeurs et les gouvernements, à l’échelle locale et nationale, et en raison du sens de responsabilité sociale des employeurs, en particulier dans la classe moyenne allemande, qui les pousse à investir dans le perfectionnement des compétences et la main-d’œuvre de l’avenir. Concrètement, ils prennent un jeune de 15 ans ou 16 ans à l’école secondaire et lui offrent un stage payé, établissent une relation de mentorat avec lui, et ce jeune apprend les bonnes habitudes de travail, il commence à perfectionner ses compétences techniques et il est rapidement accepté dans un programme d’apprentissage complet, très souvent au moment où il termine l’école secondaire. Et pendant ses études secondaires, le système scolaire soutient les compétences dont il a besoin pour travailler.
Il en résulte donc un bien meilleur lien entre les compétences et les emplois disponibles, et, soyons clairs, n’acceptons pas cette fausse dichotomie à savoir que c’est un choix entre la formation technique et les études universitaires, parce qu’en Allemagne, de nombreux jeunes passent par le processus d’apprentissage junior pour devenir éventuellement des compagnons d’apprentissage et, une fois qu’ils ont maîtrisé leurs compétences, beaucoup suivront des études universitaires, peut-être pour devenir ingénieurs dans divers domaines. Le fait est qu’ils ont au moins acquis des compétences sur lesquelles ils peuvent compter. À tout le moins, ils acquièrent une solide expérience de travail au départ, ce qui les aide dans leurs perspectives à long terme. Ils peuvent entreprendre une formation universitaire plus tard s’ils le souhaitent.
Maintenant, le deuxième point dont je veux parler en ce qui concerne les solutions est le meilleur travail que nous devons faire dans notre approche de l’apprentissage. Actuellement, il existe 13 systèmes d’apprentissage différents au pays, et, bien sûr, nos marchés du travail sont contrôlés par les provinces. Les exigences relatives à la formation et à la reconnaissance professionnelles varient d’une province à l’autre, parfois même considérablement. Ces incompatibilités signifient que les apprentis qui souhaitent changer de province pour continuer ou terminer leur formation sont souvent incapables de le faire aussi facilement.
C’est un problème que nous avons largement résolu pour au moins 55 métiers Sceau rouge, c’est bien ça? Pour les compagnons d’apprentissage qui ont une carte de qualification, mais pour ceux qui ne l’ont pas encore, il y a des obstacles à la mobilité pour les apprentis. Naturellement, les ratios de compagnons-apprentis varient entre les provinces et les différents métiers, mais, plus le ratio requis est élevé, plus il est difficile pour les apprentis d’accéder à un lieu de travail. La mosaïque actuelle de systèmes d’apprentissage dissuade les gens de se diriger vers les métiers à un moment où les industries comme les vôtres ont besoin de ces compétences plus que jamais. Et il y a une autre dimension dont je viens de prendre connaissance, le point de vue selon lequel de nombreux emplois n’exigent pas nécessairement le statut de compagnon d’apprentissage avec carte de qualification pour s’engager pleinement dans un métier spécialisé, et je crois que nous devons tous être conscients du protectionnisme inutile dans le marché du travail.
Vous savez, je viens de lire un livre fascinant sur l’économie européenne médiévale et sur les raisons pour lesquelles certaines régions, comme les Pays-Bas, ont prospéré à un certain moment, puis les villes italiennes et l’Angleterre à un autre moment. L’un des facteurs courants qui ont contribué à tuer la vitalité économique dans l’Europe médiévale était la coopération des guildes avec les administrations locales et les autorités qui ont imposé des restrictions incroyablement sévères sur les gens qui pouvaient travailler, les métiers à développer et les fonctions particulières à exercer. Elles ont simplement resserré la mobilité des travailleurs et la souplesse dont les employeurs avaient besoin. Des industries entières ont dû fermer leurs portes à ce moment-là, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles la fabrication médiévale est passée des villes italiennes au nord de l’Europe.
Nous devons tirer des leçons de l’histoire économique et ne pas répéter ces erreurs dans notre économie moderne. Les provinces comme l’Ontario et le Québec, où on constate un ratio de compagnons-apprentis très élevé, ont, je crois, un urgent besoin de ces leçons pour réduire ces ratios, et toutes les provinces doivent collaborer pour harmoniser l’apprentissage des citoyens au Canada.
La semaine dernière, j’étais au Nouveau-Brunswick où j’annonçais le soutien fédéral d’une initiative visant à harmoniser les exigences relatives à la formation pour dix métiers dans les quatre provinces atlantiques – un bon exemple des mesures pratiques que nous pouvons prendre – et je sais que des travaux semblables sont en cours pour harmoniser les exigences dans l’Ouest canadien avec le New West Partnership des trois provinces le plus à l’ouest. Nous devons nous concentrer sur cet objectif pour l’ensemble du Canada.
Un autre moyen de remédier à nos pénuries de compétences est de faire venir davantage de gens de l’étranger, par notre système d’immigration, qui ont les compétences nécessaires à notre économie, et nous y parvenons grâce aux grandes réformes ambitieuses de l’immigration que nous avons mises en œuvre. Pourtant, il y a des centaines de milliers de personnes qui ont déjà immigré au Canada et dont les compétences ne sont pas reconnues en raison de la rigidité de la reconnaissance des titres de compétences pour les professions et les métiers. Nous essayons de jouer un rôle moteur dans ce dossier en investissant 50 millions de dollars avec les provinces dans le Cadre pancanadien d’évaluation et de reconnaissance des qualifications professionnelles acquises à l’étranger afin de créer un lieu où nous pouvons au moins répondre dans un délai d’un an aux candidats à l’obtention d’une autorisation d’exercer pour ne pas les laisser en attente pendant des années, embourbés dans des emplois mal rémunérés et leur laisser perdre leurs compétences.
Encore une fois, j’invite les organismes et les associations d’attribution des permis d’exercice à ne pas abaisser leurs normes, mais à élaborer des procédures rapides qui tiennent compte des compétences, peut-être plus qu’une simple évaluation sur papier des titres de compétences d’une personne. Je crois que c’est extrêmement important si nous voulons permettre à ces personnes de réaliser leur potentiel au Canada et de contribuer à notre productivité.
Nous prenons des mesures concrètes dans ce domaine. Par exemple, nous avons lancé le soutien fédéral aux microprêts pour les professionnels formés à l’étranger afin qu’ils puissent payer les études supplémentaires dont ils pourraient avoir besoin ou pour leurs examens de certification et leur permettre d’obtenir les titres de compétences dont ils ont besoin pour réaliser pleinement leur potentiel.
Et, enfin, j’aimerais parler des réformes que nous avons proposées dans le cadre de formation du marché de main d’œuvre parce que comme vous le savez, les gouvernements canadiens dépensent – excusez-moi, des dizaines de milliards de dollars sur la formation de la main-d’œuvre, mais nous ne voyons pas nécessairement les résultats dont on a besoin. Par exemple au Canada, les gouvernements dépensent plus que n’importe quel autre pays au niveau des subventions de l’État dans la formation de main-d’œuvre, mais le secteur privé dépense moins que presque aucun autre pays dans l’OCDE (ph.) dans la formation de main-d’œuvre.
Nous avons donc un défi à relever en ce qui concerne le perfectionnement des compétences. Les gouvernements du Canada dépensent plus pour le perfectionnement des compétences et la formation professionnelle que pratiquement tout autre pays développé de l’OCDE, pourtant le secteur privé est au bas de l’échelle dans les investissements pour le perfectionnement des compétences.
Le Conference Board a observé que, pendant que le gouvernement faisait des investissements importants dans la formation, les entreprises canadiennes ont dépensé environ 35 % de moins dans la formation en cours d’emploi que nos homologues aux États-Unis. C’est pourquoi nous avons eu l’idée de la Subvention canadienne pour l’emploi. Elle a suscité beaucoup plus d’attention que je ne l’avais prévu pour être honnête. Je ne l’oublierai jamais, Ralph Klein avait l’habitude de dire que les journalistes politiques sont des promoteurs de lutte. Ils s’intéressent plus aux conflits parfois qu’à la question de fond.
Permettez-moi de vous parler un peu de cette question. Nous devons encourager les employeurs à investir davantage dans le perfectionnement des compétences et la formation professionnelle. Il est très logique d’essayer de créer un lien entre la formation qui existe et les vrais emplois plutôt que des emplois théoriques. Il faut éviter la formation qui ne mène à rien en faveur de la formation qui mène à des emplois concrets, garantis. C’est le but de la Subvention pour l’emploi. Il existe un très vaste éventail de programmes de formation et de perfectionnement des compétences. Comme vous le savez, seulement au gouvernement fédéral, par exemple, nous dépensons des centaines de millions des dollars, des milliards de dollars par année à des programmes de formation ciblés pour les Autochtones canadiens, les jeunes Canadiens, les Canadiens handicapés et les travailleurs âgés qui doivent se recycler. Nous donnons deux milliards de dollars aux provinces par le truchement d’ententes sur le développement du marché du travail pour les personnes qui reçoivent des prestations de l’assurance-emploi, en plus du fonds de 500 millions de dollars de l’entente sur le marché du travail que nous transférons aux provinces. Certaines d’entre elles ont de bons programmes, je n’en doute pas, et nous ne voulons pas brouiller les cartes, mais certaines formations semblent données dans le seul but d’obtenir une subvention.
L’idée derrière la Subvention pour l’emploi n’est pas très compliquée. Elle est vraiment très simple. Un employeur devrait pouvoir cibler les personnes à qui ils garantiront un emploi à la fin de leur formation grâce à une formation enrichie. L’employeur devra contribuer largement à cette formation. Donc, si le secteur privé investit davantage dans la formation, il y a un emploi garanti au bout du compte et l’argent des contribuables devient plus rentable. Je crois que le jeu en vaut la chandelle, du moins à un niveau modeste, et nous discutons avec les provinces de l’augmentation de l’investissement du secteur privé dans la formation et des emplois garantis à la fin de la formation, mais nous n’avons pas fait preuve de beaucoup de souplesse et de créativité au départ, et j’espère que nous pourrons parvenir à une entente.
Donc, pour conclure, mes amis, nous devrions tous être reconnaissants d’être enviés par tant d’autres pays du monde, et c’est le sujet de cette conférence. En ce qui concerne la nouvelle révolution industrielle, les Canadiens doivent en prendre conscience. Soyons honnêtes, la plus grande partie de notre population, les gens urbanisés qui vivent dans le sud du Canada ne sont pas vraiment conscients de l’énorme potentiel qui existe dans le développement des ressources et des produits, l’exploitation minière et les industries connexes, surtout dans le nord du Canada. Nous avons presque deux solitudes : le Canada urbain et le reste de notre économie. Nous devons tous nous efforcer de mieux éduquer tous les Canadiens, y compris ceux qui vivent dans nos grandes villes et les nouveaux Canadiens, au sujet de l’énorme potentiel qui est à leur portée.
J’ai lu un récit intéressant dans le Globe and Mail aujourd’hui à propos de l’énorme communauté philippine, dynamique et croissante au Yukon. Je me rappelle qu’il y a quelques mois, l’administrateur général de Statistique Canada nous informait des données du recensement sur la diversité, alors en attente. Il a dit : « [traduction] Nous croyons qu’il y a une aberration dans les données, parce que nous observons que la communauté philippine dans certains lieux éloignés de l’Ouest et du Nord du Canada a augmenté d’environ 2 000 % ou 4 000 %. » J’ai répondu : « [traduction] Ce n’est pas une aberration, j’y suis allé. C’est tout à fait vrai. Vous avez des gens qui quittent Manille pour Whitehorse afin de commencer une nouvelle vie productive. » Pourquoi choisissent-ils ces endroits? C’est parce que ces économies régionales prospèrent dans de nombreuses régions du nord du Canada, grâce à la nouvelle révolution industrielle.
Les Canadiens doivent prendre conscience des débouchés qui existent à ces endroits. Je crois que c’est le point central de la conférence. Nous vous souhaitons bonne chance. Je suis impatient de travailler en partenariat avec vous tous et de veiller à faire tout ce que nous pouvons ensemble pour bénéficier du potentiel de notre avenir. Merci beaucoup.
(Applaudissements)
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