Bonjour,
Puisqu’il s’agit de ma dernière Assemblée publique annuelle, j’aimerais d’abord saisir cette occasion pour remercier le président, le vice-président et les autres membres du conseil d’administration de leur exceptionnelle contribution au Conseil pendant mon mandat. Comme vice-président, Simon Brault s’est illustré comme le rocher de Gibraltar pendant 10 intenses années. Il est le seul membre restant du comité de sélection qui avait proposé ma nomination au gouvernement il y a huit ans. Pendant tout ce temps, Simon a été d’un grand soutien tant pour le Conseil que pour moi-même, et je souhaite souligner publiquement à quel point son apport original a influencé la capacité du Conseil à se tourner vers l’avenir.
M. Rotman a été le président du conseil d’administration pendant les trois quarts de mon mandat au Conseil, et lui ainsi que les autres membres du conseil d’administration se sont assurés d’instaurer des normes d’excellence inégalées en matière de gouvernance. Il existe une raison pour laquelle le nom de Joseph Rotman est devenu une marque en soi, ici au Canada, et, sous son leadership, le conseil d’administration excelle. J’adresse à vous tous mes plus sincères remerciements.
Il y a deux semaines, j’ai assisté à une réunion de cinq jours avec mes homologues des conseils des arts et des ministères de la culture de partout dans le monde. Il s’agissait du VIe Sommet mondial des arts et de la culture et celui-ci s’est tenu à Santiago, au Chili. Pour ceux qui l’ignorent, ces sommets mondiaux ont une signification toute spéciale pour nous au Conseil, puisque le premier sommet s’est déroulé ici, à Ottawa, en décembre 2000, sous le leadership de l’une de mes prédécesseurs, Shirley Thomson, et de la ministre du Patrimoine canadien de l’époque, Sheila Copps.
À cause de cela, les participants du Sommet se sont habitués à considérer le Canada comme un chef de file et, au Sommet de cette année, j’ai été particulièrement frappé par les commentaires positifs que l’on m’a faits concernant les plus récentes réalisations du Conseil. Lors d’une séance intitulée Les nouveaux défis du soutien aux arts et à la culture, j’ai fait une présentation sommaire de cinq thèmes importants :
- Une définition beaucoup plus large de ce qu’englobe l’art;
- La montée de la pratique des arts autochtones dans une vaste gamme de disciplines;
- Une évolution de la discussion sur « l’accès » : du besoin accru de produits à la capacité du public de s’engager avec les produits en question
- Un mouvement vers une prise de décisions plus systémique, plus écologique;
- Une transition dans la proposition de valeur : de la prestation de services aux artistes au bénéfice de la société dans son ensemble.
Cette séance a fait salle comble et, à la fin, j’ai reçu une avalanche d’invitations à approfondir le dialogue avec des organismes de soutien aux arts d’Europe, d’Afrique, d’Asie, d’Australie et des Amériques.
J’en ai conclu que le travail accompli par le Conseil ces dernières années pour implanter les changements, dont j’ai parlé à l’Assemblée publique annuelle l’an dernier, a porté ses fruits. Les efforts déployés par le Conseil pour rester pertinent dans un environnement social, économique et technologique en évolution rapide sont une réussite non seulement au Canada, mais également à l’échelle mondiale.
Les changements entrepris par le Conseil ont été le sujet de la plupart de nos communications de la dernière année, et je ne reviendrai pas sur ce sujet aujourd’hui. Le texte intégral de la présentation au Sommet mondial est disponible sur le site web du Conseil. J’en recommande la lecture à toute personne intéressée à en savoir davantage sur les plus récentes réflexions du Conseil.
Par ailleurs, un survol des récentes réalisations du Conseil est présenté dans le Rapport annuel 2012-2013, publié en octobre dernier et affiché sur notre site web. Vous pourrez y lire comment le Conseil a attribué quelque 150 millions de dollars en subventions et en paiements à des artistes et à des organismes artistiques dans l’ensemble du pays; comment nous avons tiré parti des partenariats avec d’autres intervenants du milieu; et comment nous avons fait progresser nos priorités telles que l’accès au marché international et la conversation sur l’engagement du public dont Simon Brault vient de faire une remarquable synthèse. Vous trouverez d’ailleurs plus de détails dans un document complémentaire au Rapport, qui est également affiché sur notre site web, et qui analyse les investissements du Conseil selon les régions géographiques et les formes d’art.
Le plus difficile à décrire, c’est la somme de travail qui sous-tend ces réalisations, soit les milliers d’heures-personnes investies en réunion avec nos intervenants et consacrées à revoir et à refondre les programmes, à évaluer leur impact, à renforcer les communications, à mettre à jour les politiques et à renouveler des systèmes de toutes sortes. À l’occasion, les réalisations de ce type sont honorées publiquement comme cela a été le cas l’an dernier, alors que le Conseil a reçu un Prix de gouvernance pour ses relations auprès des intervenants et un prix de design international pour son nouveau site web. Mais, en général, ce travail n’est pratiquement visible que pour ceux de l’interne.
Enfin, à une exception près, et elle est de taille : le récent déménagement du Conseil dans ses nouveaux bureaux. Nous considérons le déménagement comme une importante étape vers l’avenir pour l’organisme et, puisque ce changement est plus concret que beaucoup d’autres, vous m’excuserez si je le décris un peu plus en détail.
Ceux d’entre vous qui sont présents aujourd’hui savent que l’entrée principale de nos nouveaux bureaux du 150, rue Elgin se situe entre deux édifices classés patrimoniaux : une résidence du Second Empire, construite en 1875, par James Alexander Grant, un ancien parlementaire, et une église de style néogothique, construite en 1878, par la première Église baptiste d’Ottawa. Au premier coup d’œil, la combinaison d’édifices patrimoniaux et d’architecture moderne renforce le dynamisme sous-jacent de toute pratique artistique dont les bases relèvent du passé tout en se tournant vers l’avenir. L’entrée du nouvel immeuble arbore le logo du Conseil, et, en pénétrant dans le foyer principal, vous découvrez une immense œuvre vidéo interactive de Rafael Lozano-Hemmer, artiste de renommée internationale. Cette œuvre occupe un mur de trois étages jouxtant le jardin d’hiver. Plus loin, vous pénétrez dans une galerie d’exposition de 3 000 pieds carrés où s’élève un escalier tournant semi-circulaire menant directement aux salles de réunions du deuxième étage du Conseil.
C’est au deuxième étage que se déroule l’Assemblée publique annuelle, premier événement public tenu dans nouveaux bureaux. Si vous continuez à monter, vous découvrirez deux autres étages et demi d’espaces de travail collaboratif généreusement éclairés et ouverts, qui sont dynamisés par la présence d’œuvres d’art contemporain canadien, sélectionnées à même les 17 000 œuvres de la collection de la Banque d’œuvres d’art du Conseil.
Ce nouvel espace, si supérieur à nos anciens locaux, est plus représentatif de notre façon de travailler et de nos valeurs. Il est si accueillant, tant pour les artistes que pour le grand public, qu’à un certain moment, je me suis inquiété et demandé si nous n’avions pas fait une erreur de calcul. Comment était-il possible d’augmenter notre empreinte civique tout en réduisant notre empreinte de carbone? Comment expliquer l’impression de vastitude créée par le nouvel espace, alors que nous occuperions moins de pieds carrés? Et qui me croirait quand je dirais que tout cela coûte moins cher que de renouveler notre ancien bail?
J’adresse ici un immense merci à notre président. Lorsque je l’ai rencontré pour lui expliquer la nature illogique de la situation, sa réaction a été immédiate :
« Il n’y a rien d’illogique à tout cela, m’a-t-il dit. C’est de cette façon que fonctionne l’immobilier. Le propriétaire de l’édifice, Morguard, détient un bien qui n’a pas de réelle valeur tant qu’il n’est pas productif. Pour que cela se fasse, il a besoin de partenaires, et le principal partenaire dans le lancement du chantier d’un immeuble, c’est le « locataire pilier ». Dans notre cas, le locataire pilier est le Conseil des arts, et il n’y a rien d’étonnant à ce que les deux parties estiment avoir quelque chose à tirer de ce partenariat. »
L’explication de notre président ne pouvait pas mieux résumer l’expérience que j’ai vécue. Morguard a été un excellent partenaire de travail. Il s’est montré prêt à accommoder notre longue liste d’exigences et il a adhéré à de nombreuses valeurs du Conseil dans le positionnement du projet, notamment restaurer minutieusement la maison Grant, développer de l’image de marque du Performance Court, munir le mur vidéo de 30 pieds de hauteur de la dernière technologie de pointe, donner gratuitement au Conseil l’espace de la galerie d’exposition du rez-de-chaussée, accepter d’installer un canot de bouleau fait à la main dans le foyer principal, pour souligner la présence de l’édifice en territoire algonquin… et cela n’est qu’une partie de la liste.
Ce qui importe le plus pour moi, en fait, c’est que l’échange est devenu une métaphore pour illustrer un objectif plus grand auquel aspire le Conseil, soit aider à fonder un partenariat entre le secteur des arts et la nation elle-même. Le Canada est comme tout autre promoteur. Il repose sur un actif, le peuple canadien, pour lequel il a des visées plus élevées. Afin de réaliser cela, il a besoin de partenaires, et c’est là que le secteur des arts entre en jeu. Ce dernier est parfaitement positionné pour jouer le rôle de locataire pilier pour la nation. Bien sûr, il a besoin de bien d’autres partenaires, mais les arts se situent au cœur de ce type d’entreprise créative et d’engagement citoyen que tous les autres secteurs recherchent. Nous sommes ceux et celles qui peuvent aider les plus grandes entreprises à se développer cette image de marque, à déployer de nouvelles énergies et à faire progresser un programme d’envergure nationale.
C’est la vision que je nourris pour l’avenir alors que je me prépare à quitter le Conseil des arts après huit années comme directeur et chef de la direction. Chaque génération de leadership est confrontée à ses propres enjeux. Pendant mes mandats, nous avons augmenté les crédits parlementaires du Conseil de 20 %; démontré la valeur de l’organisme au moyen d’examens spéciaux et stratégiques; et maintenu les niveaux de financement en période de difficultés financières. Nous avons renforcé la capacité interne et les relations externes et pavé la voie à ce qui sera, selon moi, la prochaine grande étape.
Le Conseil a mis trois ans pour négocier et implanter le partenariat qui a permis de concevoir ses nouveaux bureaux. Dans trois ans, en 2017, auront lieu le 150e anniversaire du Canada et le 60e du Conseil. Tout comme notre président, je souhaite sincèrement que nous commencions à positionner les arts comme locataire pilier du développement de l’actif que nous appelons le Canada.