Merci pour cette présentation très généreuse. Bonjour tout le monde.
Je suis enchanté d’être parmi vous en ce lieu spécial, au cœur du centre-ville de Toronto, et de bénéficier de cette plateforme unique, car le Canadian Club est l’un de ces endroits que nous devons apprécier, presque plus que tout autre. J’ignore combien d’entre vous ont étudié l’histoire du Canadian Club récemment, mais n’eût été l’engagement d’organisations comme celle-ci envers le débat public, nous n’aurions littéralement pas de citoyenneté canadienne, nous ne serions pas aussi fiers de notre pays, et nous n’aurions pas les droits et responsabilités que nous connaissons en tant que Canadiens, lesquels sont uniques au monde.
Le mouvement a pris forme, je crois, à Hamilton, et a pris une grande ampleur ici à Toronto. À titre de ministres fédéraux, nous devons parler au nom du pays entier. Et nous devons respecter ces valeurs d’engagement à l’égard du pays encore plus que toute autre organisation. Veuillez donc vous joindre à moi pour remercier le Canadian Club d’avoir la chance de tenir cette discussion aujourd’hui.
Je suis également très heureux d’être accompagné de certains de nos principaux partenaires. Toutes les personnes présentes ici sont, en quelque sorte, des partenaires du ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration, car ce que nous accomplissons touche un grand nombre d’aspects de la vie canadienne et implique un grand nombre de Canadiens. Presque tous les résidents de ce pays contribuent d’une façon ou d’une autre à la promotion de notre citoyenneté et à faire de nos programmes d’immigration un franc succès.
C’est certainement le cas pour Maytree, merci Ratna d’être ici. C’est certainement le cas de nos universités et de nos employeurs, qui sont représentés en grand nombre aujourd’hui; les secteurs qui font rouler l’économie de Toronto, l’économie canadienne; le secteur financier, le secteur minier; tellement d’autres secteurs de services qui sont reconnus dans le monde entier. Mais l’Institut de la citoyenneté canadienne occupe une place spéciale dans nos cœurs.
Nous sommes fiers de vous appuyer, Gillian, mais aussi très heureux de la contribution que vous êtes en mesure de nous apporter : grâce à vos recherches, une meilleure compréhension de la signification de la citoyenneté pour les nouveaux arrivants et les Canadiens de tous horizons. Nous vous sommes également reconnaissants de votre travail visant à améliorer la valeur de la citoyenneté canadienne, en laquelle nous croyons si profondément, pour faire découvrir notre pays aux nouveaux arrivants en leur remettant un laissez-passer culturel qui leur permet souvent d’en apprendre davantage sur nos musées et trésors culturels que bon nombre de Canadiens nés ici.
Mais nous souhaitons que ce soit le cas, et nous sommes passionnés par ce que vous faites afin de porter la valeur de la citoyenneté canadienne vers de nouveaux sommets. Merci de ce partenariat et de votre présence ici aujourd’hui.
Je suis particulièrement honoré d’avoir la chance de vous parler des femmes dans les politiques d’immigration, car il s’agit d’une question qui, à mon avis, reflète nos préoccupations en tant que pays où se produisent des actes de violence envers les femmes, notre volonté de faire beaucoup plus que ce que nous avons fait, et de tenter de montrer l’exemple au reste du monde par nos réactions à ce terrible phénomène, qui est bien plus présent dans nos communautés et nos familles que la plupart d’entre nous veulent bien l’admettre ou le savoir, et certainement plus présent que nous pouvons le mesurer, pour une multitude de raisons.
Je suis fier de faire partie d’une équipe à Ottawa, formée de membres de tous les partis et dirigée par la ministre de la Condition féminine, l’honorable Kellie Leitch, qui prend des mesures vigoureuses pour veiller à ce que ces questions ne soient pas simplement reléguées en marge de nos discussions, mais qu’elles soient plutôt au cœur de celles-ci. C’est pourquoi je me présente devant vous aujourd’hui pour la première fois en tant que ministre, afin d’aborder un sujet important, soit les femmes et le système d’immigration, mais plus particulièrement la violence envers les femmes.
Je serai heureux de répondre à vos questions. C’est très agréable de me retrouver à Toronto. C’est ma ville natale, là où j’ai grandi, et je suis ravi d’être accompagné non seulement par mon épouse, Hedvig, et ma fille, Selma, mais également par ma mère, Andrea. Ma cousine Martha est également ici. Bien entendu, j’ai toujours aimé cette ville et notre pays, et je dois dire que lorsque je suis revenu ici en 2009, plus âgé et ayant acquis une certaine sagesse, après avoir passé des années à l’étranger en tant que diplomate, ce fut avec une nouvelle appréciation pour cette ville et la place qu’elle occupe au sein de notre pays.
À n’en pas douter, Toronto est un excellent exemple de la raison pour laquelle le Canada est un pays qui connaît un succès incomparable aujourd’hui. Je suis fier de profiter de cette tribune un jour après que notre ville a célébré son 180e anniversaire. Toronto en 1834 – est-ce que quelqu’un se souvient de la manière dont la ville était délimitée? La rue Queen était la limite nord, donc la rue Bathurst était la limite ouest, il y avait le Parlement à l’est et, bien entendu, les rives du lac au sud. Elles étaient différentes de ce que nous connaissons, bien plus près de l’endroit où nous sommes aujourd’hui.
Voilà donc à quoi ressemblait Toronto, mais c’était une petite ville. Elle comptait environ de neuf mille à neuf mille cinq cent habitants, mais déjà, elle se présentait sous son meilleur jour et célébrait sa diversité. Et souvenez-vous des cinq premiers arrondissements formant la ville de Toronto – St. Andrew, St. David, St. George, St. Patrick et St. Lawrence, l’un des saints patrons du Canada. Et, vous savez, ces noms représentent tous des saints vénérés dans les Îles britanniques, des personnes venant des Îles britanniques, mais il était plus difficile de les rassembler à cette époque que cela peut paraître aujourd’hui.
Toronto savait dès le départ que la célébration de la diversité représentait la voie à suivre. Depuis toujours, on retrouve ici des membres des Premières nations, des Autochtones et des Canadiens-Français. Il y avait une importante communauté noire en 1834. Certains esclaves affranchis qui ont commencé à arriver par le chemin de fer clandestin, des loyalistes arrivés plus tôt, surtout par la Nouvelle-Écosse, et il y a ceux qui ont mené de brillantes carrières ici, comme Albert Jackson, le premier homme noir à se joindre au service des postes de Toronto, et que sir John A. Macdonald a aidé en 1882.
Il y a aussi eu William Peyton Hubbards, plus tard au XIXe siècle, le premier conseiller municipal de race noire de toutes les villes du Canada, et l’un des tout premiers en Amérique du Nord, qui a par la suite accédé au poste d’adjoint du maire de cette ville au début du XXe siècle. C’est notre Toronto, et c’est ainsi depuis 180 ans.
Mais regardez ce que notre ville est devenue aujourd’hui, Mesdames et Messieurs. Sa population est passée de 9 500 à 2,6 millions dans la ville de Toronto, et à plus de six millions dans la région du Grand Toronto, que je suis fier d’appeler mon chez-moi, en tant que représentant d’Ajax–Pickering. La diversité de notre population a été une source extraordinaire de force pour le bien-être social, culturel et économique de Toronto depuis les tout débuts, et pas seulement de nos jours. C’est un atout unique, car il n’y a aucune autre ville comparable dans le monde aujourd’hui qui possède ce niveau de diversité, et qui s’est développée aussi rapidement grâce à l’immigration que Toronto et la région du Grand Toronto.
À cet égard, nous sommes une heureuse exception à la norme internationale, et cette norme existe malheureusement dans trop de régions du monde, comme j’ai pu le constater au cours de ma carrière en tant que diplomate. La plupart des régions dans le monde n’ont pas connu le succès que nous avons à Toronto, où nous avons bâti une communauté pluraliste et pacifique au sein d’une grande nation où chacun a sa place, peu importe ses antécédents, son pays de naissance ou ses origines.
Je ne veux rien enlever à Dubaï et Singapour, villes où l’on retrouve une grande diversité. Personne ne peut contester qu’il s’agit de villes dynamiques, ayant réalisé d’importants progrès en termes de niveau de vie au cours des dix dernières années, dans des économies émergentes. Mais n’ayons pas peur de dire que notre modèle est spécial, que le succès que nous connaissons est inhabituel et que nous avons une bonne qualité de vie; je suis témoin, en tant que ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, de la popularité de notre ville, et le nombre de personnes qui souhaitent s’y établir est certainement inégalé dans notre histoire. Notre ville et notre pays sont des modèles mondiaux de collaboration entre différents groupes sur le plan de la vie, du travail et de la création.
Et bien sûr, le contraste ne pourrait pas être plus marqué en un jour comme aujourd’hui, où nombre d’entre nous pensent à l’Ukraine et au fait qu’un État européen, membre permanent du Conseil de sécurité, a été téméraire et suffisamment malavisé pour envoyer ses troupes de l’autre côté de la frontière, et que le président de cet État nie ce fait, en niant parfois qu’il s’agit réellement de troupes russes et d’autres fois, en l’admettant, pour occuper une république autonome, qui fait partie d’un État souverain voisin.
C’est du jamais vu, au moins depuis 1968, en Europe. Et s’il s’agissait d’une tentative d’annexion, si le référendum, dont nous rejetterons les résultats tout comme la plupart des autres pays du monde, mais qui pourrait tout de même avoir lieu dans 12 jours, était une tentative visant à entraîner la cession de la Crimée par l’Ukraine pour l’annexer à un autre pays, il s’agirait de la première annexion avec appui militaire d’une partie de l’Europe depuis les années 1930 et 1940, Mesdames et Messieurs.
Ainsi, les parallèles qui peuvent être faits donnent véritablement des frissons dans le dos. La violation du droit international est claire aux yeux de tous. Et l’importance de pays comme le nôtre, où règne la paix à l’intérieur des frontières depuis 200 années, une réalisation non négligeable, non, qui n’est pas reproduite dans de nombreuses régions du monde, l’importance de se battre pour le principe et de raconter l’histoire telle qu’elle est, et de faire en sorte qu’il y ait des conséquences morales, politiques, économiques et autres, pour ceux qui brisent les règles sur la scène internationale, n’a jamais été aussi grande.
Étant donné que nous vivons cette expérience formidable qu’est Toronto, qu’est le Canada, avec la vitalité de l’immigration qui l’appuie, nous avons donc de réelles responsabilités, et Son Altesse l’Aga Khan nous a rappelé certaines d’entre elles la semaine dernière, pendant un événement au Massey Hall. C’était une excellente occasion pour l’ensemble de notre collectivité de rendre hommage aux grands humanitaires et champions du pluralisme dans le monde d’aujourd’hui, et à l’une des seules six personnes à avoir été désignées comme citoyens canadiens d’honneur. Combien de personnes étaient là pour l’Aga Khan, ou l’ont vu à la télévision? Bon nombre d’entre vous.
Quand l’Aga Khan cherchait un pays pour établir le siège social de son Centre mondial du pluralisme, il s’est rapidement rendu compte que, grâce à ses grandes réussites en tant que nation inclusive, le Canada était le pays qui convenait le mieux. Il nous a fait de nombreux compliments au cours des années. Entre autres, la reconnaissance du fait, que selon moi nous sentons tous en tant que Canadiens, que pour assurer le succès d’une démocratie, il faut bien plus que la démocratie. Il ne faut pas que des votes, un corps de représentants, des représentants élus et des politiciens; il faut tous les éléments à l’appui, tous ces petits pelotons de citoyens engagés qui travaillent dans l’intérêt de la société en général.
L’Aga Khan a parlé de trois fondements essentiels au succès d’une société civile, en rendant vraiment hommage au Canada en tant que l’une des sociétés civiles qui remportent le plus de succès dans le monde d’aujourd’hui. Engagement envers le pluralisme, la méritocratie, la récompense littéralement des meilleurs, de l’excellence et du talent dans tous les domaines, et une éthique cosmopolite. Nous devons être fiers de vivre aussi pleinement notre engagement envers ces valeurs à Toronto.
L’un des éléments clés de la réussite, de la prospérité et de l’harmonie sociale de notre pays réside dans le fait que nous sommes des citoyens canadiens unis, pas nécessairement par nos origines communes, mais plutôt par une promesse de responsabilité mutuelle et un engagement partagé à l’égard de nos valeurs et de notre tradition enracinées dans notre histoire.
Cette idée de responsabilité mutuelle anime en très grande partie ce que nous faisons, et très certainement mon travail en tant que ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration du Canada, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’éléments axés sur la citoyenneté. Elle nous guide dans nos efforts visant à transformer le système d’immigration du Canada, afin que nos politiques et programmes concordent le mieux possible avec les besoins sociaux actuels et ceux de l’économie et du marché du travail. Toutefois, il s’agit également de notre pierre de touche et notre inspiration lorsque nous présentons de nouvelles lois, comme la Loi renforçant la citoyenneté canadienne, déposée au Parlement par notre gouvernement il y a quelques semaines.
Il s’agit des premières réformes complètes apportées à la Loi sur la citoyenneté depuis plus d’une génération, soit depuis 1977. Celles-ci amélioreront le processus dans le cadre duquel les nouveaux arrivants deviennent des citoyens canadiens et veilleront à ce que ce dernier témoigne de la grande importance que les Canadiens accordent à leur citoyenneté aujourd’hui.
Nous croyons tous que le fait d’être Canadien signifie quelque chose, que sa valeur n’a jamais été aussi élevée; toutefois, nous devons protéger la valeur de cette citoyenneté. C’est ce que les nouveaux arrivants plus particulièrement veulent que nous fassions, ceux et celles qui ont tant travaillé et tant sacrifié pour venir à l’autre bout du monde pour commencer une nouvelle vie, pour s’adapter à l’hiver et à tout ce que ce pays mettra sur leur chemin.
Le projet de loi apporte des changements importants qui renforceront la valeur de la citoyenneté, augmenteront l’intégrité en général et rendront aux personnes en service les honneurs qui leur sont dus. Ces changements garantiront l’adoption par les nouveaux Canadiens de nos valeurs, nos traditions et notre mode de vie, des choses dont nous sommes très fiers en tant que Canadiens. Il rendra possible une mesure aussi simple que le passage de l’obligation de résidence de trois des quatre dernières années à quatre des six dernières années, un nombre flexible, mais qui sera combiné à la prise par chaque nouveau citoyen d’un engagement à être effectivement présent au pays.
Il y a eu un certain nombre de personnes qui ont cherché à obtenir la citoyenneté, et qui l’ont obtenue, mais auxquelles des consultants de diverses régions du monde ont dit qu’elles n’avaient pas réellement besoin de vivre ici pour devenir des citoyens. Nous menons toujours des enquêtes à cet égard visant des milliers de cas, mais nous savons tous que, pour connaître le Canada, rien ne peut remplacer la présence réelle, effective, au pays.
Auparavant, l’obligation était de cinq années, puis elle est passée à trois ans. Ensuite, certaines personnes ont fait une utilisation abusive du système en obtenant la citoyenneté littéralement sans avoir passé une année au pays. Ce n’est acceptable pour aucun d’entre nous. Ce n’est pas protéger la valeur de la citoyenneté canadienne. Les nouvelles règles, ainsi que les mesures d’intégrité que nous aurons établies feront en sorte que la connexion, ce sentiment d’appartenance, de lien, soit réelle.
Et notre croyance en la grande force du pluralisme canadien nous guide également, étant donné que nous veillons à ce que toute personne qui interagit avec notre système d’immigration soit traitée de manière équitable. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour les aider à s’intégrer avec succès comme citoyens de notre pays. Nous avons triplé le soutien offert aux organismes d’établissement depuis 2006, et surtout ici, à Toronto et dans la région du Grand Toronto, mais également dans des régions du pays qui accueillent un nombre d’immigrants beaucoup plus élevé que jamais auparavant, et dans certains cas, depuis 150 ans.
Et nous le ferons, en fournissant un soutien quel que soit leur pays d’origine, leur origine ethnique, leur situation économique ou, élément le plus pertinent quant au sujet que je voudrais aborder au cours du temps qu’il me reste, leur sexe.
Demain, c’est bien sûr la Journée internationale de la femme. Nous vivons donc un moment très particulier entre l’anniversaire de la ville de Toronto et la Journée internationale de la femme. Je suis très conscient du fait que c’est à Copenhague qu’on a parlé pour la première fois de la Journée internationale de la femme. Hedvig, mon épouse, est une fière Danoise. Et je dois toujours lui rappeler que c’est lors du second international du Parti communiste, n'est-ce pas Hedvig, qu’il en a été question, mais cela a pris de l’ampleur depuis et c’est maintenant une journée célébrée partout dans le monde sous les auspices de l’ONU, qui offre l’occasion formidable de parler de ce que les femmes immigrantes et les nouvelles arrivantes apportent au Canada.
Les femmes au Canada font de notre pays un meilleur endroit où vivre, et nous montrent la voie à suivre en tant que pays depuis les tout débuts. Pourquoi tant de références historiques dans mon discours? Eh bien en partie parce que Nellie McClung, cette grande pionnière du mouvement des femmes de la première moitié du XXe siècle, a déclaré au Canada : « Il faut connaître le passé pour comprendre le présent et faire face au futur. »
L’histoire du Canada regorge d’histoires de femmes immigrantes fortes et remarquables qui ont participé à notre réussite, et nous devons faire davantage pour nous rappeler leur persévérance, leurs sacrifices et leur rôle dans l’édification de nos institutions, que nous tenons aujourd'hui pour acquises.
Prenez Mary Ann Shadd Cary, née aux États-Unis, qui a immigré à Windsor, en Ontario, en 1851. Elle a ouvert une école pour les enfants noirs et a été la première femme noire d’Amérique du Nord à créer un journal hebdomadaire. Lorsqu’elle est retournée aux États-Unis par la suite, elle est non seulement devenue l’une des deux premières avocates noires des États-Unis, elle a aussi été la première femme noire à voter lors d’une élection fédérale aux États-Unis.
Avec le bon départ qu’elle a pris et la formidable possibilité qu’elle a eue de réussir au Canada, elle a surmonté tous les obstacles et est devenue l’une des personnes les plus accomplies de l’histoire de notre pays, et un personnage important de l’histoire de nos voisins.
On peut également penser à Irene Parlby, remarquable immigrante et l’une des « Célèbres cinq ». Elle est arrivée du Royaume-Uni, a été députée de Lacombe en Alberta pendant 14 ans, à compter de 1921, et est ensuite devenue la première femme ministre du Cabinet en Alberta. Elle a lutté pour les pleins droits politiques des femmes au Canada et a été l’un des moteurs de l’affaire « personne ». Comme nous le savons tous, elle a fini par remporter sa dure et constante bataille, offrant à toutes les femmes une considérable victoire pour la liberté et la possibilité de s’engager dans la politique.
Songez à quel point ce passé n’est pas si lointain – c’était dans les années 1920 – et à quel point certains de nos plus grands accomplissements en lien avec la vie politique et nos institutions démocratiques sont fragiles et récents.
Pour avoir des exemples d’immigrantes formidables de nos jours, il suffit de regarder autour de nous dans cette salle, il n'est pas nécessaire de reculer loin dans le passé. Chaque personne dans cette salle connaît une immigrante ou une nouvelle arrivante qui a changé la vie des gens de sa communauté, de son pays, et peut-être même contribué à quelque chose qui a eu des répercussions au niveau mondial. Je songe aux nombreuses Canadiennes d’origine afghane qui nous ont, Hedvig et moi, soutenus lorsque nous sommes revenus d’Afghanistan et que les liens avec la culture afghane nous ont manqué, ainsi que la langue de l’Afghanistan, qui nous manque tellement. Elles ouvrent véritablement la voie.
Le Canada est connu comme un pays qui offre d’immenses possibilités tant aux immigrants qu’aux femmes. C’est pourquoi notre thème pour la Journée internationale de la femme est Force des femmes, Force du Canada, et j’ajouterais que la force de l’immigration est essentielle pour les deux. En ma qualité de ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, cela trouve un écho en moi. J’ai pu constater par moi-même que les immigrantes et les nouvelles arrivantes surmontent tout obstacle qui se présente sur leur chemin pour atteindre leurs objectifs et répondre à leurs aspirations.
N’oublions pas nos deux précédentes gouverneures générales – dont l’une est manifestement la fondatrice de l’organisme qui organise l’événement d’aujourd'hui – qui sont toutes deux arrivées au Canada à titre de réfugiées – non pas seulement à titre d’immigrantes, mais à titre de réfugiées. La famille d’Adrienne Clarkson a fui lors de l’invasion du territoire de Hong Kong par les Japonais en 1942, et la famille de Michaëlle Jean a fui son Haïti natal et le régime de François Papa Doc Duvalier, dont l’héritage jette encore une ombre sur le pays.
Les deux femmes ont surmonté de dures réalités, fait un dangereux périple pour venir s’établir au Canada et ont fini par occuper la fonction la plus élevée qui soit au pays.
Oui, chers amis, tout cela pour finalement succéder à Samuel de Champlain. En effet, tout est possible pour les immigrantes et les nouvelles arrivantes. Nous sommes déterminés à éliminer les obstacles auxquels elles sont confrontées et à leur offrir le soutien dont elles ont besoin. Malheureusement, les immigrantes et les nouvelles arrivantes sont parfois confrontées à des problèmes tels que l’isolement et la violence. C’est pourquoi nous souhaitons renforcer la protection des femmes vulnérables dans le système d’immigration du Canada et appuyer leurs droits aussi solidement que possible.
Nous continuerons de dénoncer et de combattre la violence contre les femmes et les filles, qui touche chaque année des dizaines de milliers de Canadiennes, notamment ce que nous considérons comme des pratiques culturelles barbares, la polygamie, qui demeure un crime au Canada, le mariage forcé, contre lequel mon collègue, le ministre des Affaires étrangères, a pris de solides mesures aux Nations Unies et au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, et la mutilation génitale féminine, qui demeure une réalité pour un trop grand nombre de Canadiennes.
Les effets sur les victimes sont dévastateurs, lourds de conséquences. Ils ont des répercussions sur les enfants, les foyers et les communautés. En fait, le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration de la Chambre des communes mène actuellement une étude sur ce sujet même qu’est la protection des femmes dans notre système d’immigration. Des témoins de partout au pays viennent témoigner de ce qui se passe au Canada à cet égard et de la façon dont nous pouvons continuer d’améliorer notre système d’immigration pour que cessent la violence et les autres abus dans les foyers et les communautés de tout le pays.
Et vous êtes tous les bienvenus, si cela vous intéresse, à vous présenter devant ce Comité si vous êtes prêt à faire le voyage jusqu’à Ottawa, ou encore à vous y joindre par Skype ou par liaison vidéo.
En vue de cette étude, j’ai passé beaucoup de temps à rencontrer des représentants d’organisations qui offrent des services aux immigrantes et des victimes de mauvais traitements, ainsi qu’à participer à des discussions en table ronde, et ce, partout au pays. Tous ceux qui ont pris la parole lors de ces tables rondes ont parlé de la violence conjugale, de sa prévalence et du fait qu’elle n’est pas signalée, des mariages forcés et des séquelles sur la famille élargie, des abus qui continuent de nuire à certaines parties du processus d’immigration et des difficultés qu’éprouvent les femmes à s’intégrer à leur communauté, difficultés souvent causées par les hommes.
Ces personnes ont indiqué de nombreuses façons grâce auxquelles notre gouvernement peut continuer à appuyer la réussite des immigrantes et des femmes nouvellement arrivées, stratégies que, je suis heureux de l’assurer, nous mettrons en œuvre dans un avenir rapproché.
Le Canada est un pays où tout est possible, un pays où les immigrantes ont profité de ce fait et accompli de grandes choses. Et autant il est possible de parler des réalisations et des victoires des immigrantes et des femmes nouvellement arrivées, autant il existe des tragédies. Il n’est pas nécessaire d’être un expert dans le domaine pour être au fait de la gravité et de l’omniprésence de ces problèmes. Il suffit d’écouter les nouvelles.
L’été dernier par exemple, dans ma circonscription d’Ajax-Pickering, dans la ville d’Ajax, pas très loin d’où nous nous trouvons aujourd’hui, à 50 kilomètres à l’est, une femme nommée Nasira Fazli a été sauvagement poignardée à mort par son époux. Elle avait été parrainée pour venir au Canada, et elle l’avait parrainé pour qu’il vienne au Canada un peu plus tôt. Il était arrivé de Kandahar, n’avait pas beaucoup d’expérience du monde extérieur, était assurément incapable de s’adapter au Canada et à une épouse qui gagne un revenu, qui est indépendante, qui se déplace seule dans la ville et dans le pays. Il a commis un meurtre.
L’époux de cette femme a été accusé de meurtre au deuxième degré. Elle a laissé dans le deuil son fils de 17 mois. Nasira était une citoyenne canadienne d’origine afghane. Son époux était un ressortissant afghan. Nous supposons que leur mariage avait été arrangé en Afghanistan. Elle l’avait parrainé, je le répète, une ou deux semaines avant l’attaque. Elle avait pris tous les couteaux de la maison et les avait mis dans le coffre de sa voiture, sachant ce qui risquait de lui arriver.
Fait encore plus poignant de cette tragédie, elle vivait à deux pâtés de maisons de la Horizon House, le centre d’Ajax qui s’occupe des victimes de violence conjugale dont bon nombre sont des femmes nouvellement arrivées. La sœur de Nasira a déclaré à un journaliste qu’il y avait eu des signes avant-coureurs, mais que Nasira n’avait rien dit aux autorités parce qu’elle ne voulait pas compromettre les chances de son époux de devenir résident permanent.
Malheureusement, nous avons tous entendu d’autres histoires semblables survenues partout au Canada. Ces histoires nous touchent fortement, elles nous rappellent nos responsabilités de veiller à maintenir et à renforcer les protections pour les immigrantes vulnérables, de nous assurer de communiquer à toutes les personnes qui viennent au pays quelles sont nos attentes légales relativement au traitement des femmes et quels sont les recours et le soutien offerts dans cette ville et dans le pays dans les situations d’urgence ou même des situations plus courantes.
Pour ce faire, nous avons pris, pour commencer, nous avons pris récemment un certain nombre de mesures pour régler le problème de la violence familiale. Grâce à notre Règlement, il est plus difficile pour les personnes reconnues coupables de crimes causant des blessures corporelles à des membres de leur famille de parrainer un membre de la catégorie du regroupement familial afin qu’il vienne au Canada.
La violence familiale n’est pas tolérée au Canada et les personnes qui ne respectent pas la loi canadienne et commettent un grave crime, un crime grave indépendamment de qui était la victime, ne devraient pas bénéficier du privilège de parrainage.
En 2008, la Cour fédérale a relevé une lacune dans nos dispositions réglementaires. Un homme reconnu coupable d’avoir tué l’épouse de son frère a pu parrainer sa propre épouse parce que sa belle-sœur ne correspondait pas à la définition de parent ou de membre de la famille énoncée dans les dispositions réglementaires. Les modifications réglementaires maintenant en vigueur ont permis de combler cette lacune et contribuent à protéger les personnes parrainées contre la violence familiale.
Nous avons également mis en œuvre de nouvelles mesures au cours des dernières années pour dissuader, pour les étrangers qui contractent un mariage de complaisance dans le but d’obtenir le statut de résident permanent au Canada. Ces mesures comprennent notamment le statut de résident permanent conditionnel pour une période de deux ans pour certains époux parrainés et, bien entendu, elles s’appuient sur tout le travail accompli au Canada relativement à nos programmes d’immigration ainsi que partout dans le monde pour veiller à ce que les mariages forcés soient de moins en moins un phénomène, certainement pas un phénomène au Canada si nous pouvons y parvenir, et de moins en moins une préoccupation à l’échelle mondiale.
Nous sommes très conscients des préoccupations quant à la possibilité que le statut conditionnel augmente la vulnérabilité des épouses parrainées qui vivent des problèmes de violence conjugale, et qui pourraient hésiter à demander de l’aide de peur de nuire à leur statut au Canada. C’est pourquoi nous avons prévu qu’une personne puisse être dispensée de cette mesure sur preuve qu’elle a subi de la violence physique, sexuelle ou psychologique ou de l’exploitation financière, ou encore de la négligence comme l’omission de fournir les choses nécessaires à l’existence.
Ainsi, nous empêchons les Canadiennes et les Canadiens d’être victimes de mariages de complaisance tout en veillant à ce que les femmes ne se trouvent jamais dans des situations dangereuses à cause de dispositions réglementaires régissant le système d’immigration.
Nous avons également amélioré les lignes directrices et la formation que nous offrons à nos agents de première ligne pour les aider à traiter les demandes de dispense pour violence ou négligence et à gérer les renseignements délicats relatifs à ces situations. Rien ne peut remplacer ce genre de formation pour les gens sur le terrain, à l’ASFC, au Canada qui ne sont pas des experts de la violence conjugale ou souvent de l’exécution de la loi, et qui, en posant les mauvaises questions dans le mauvais contexte, ne peuvent que rendre les femmes plus vulnérables.
L’importance de ces mesures préventives ne fait aucun doute. Le système n’est pas infaillible. Dans les faits, après leur arrivée, les immigrantes sont tout aussi susceptibles que les femmes nées au Canada d’être victimes de violence.
Donc, dans le cadre de notre programme d’établissement, nous finançons un éventail d’organismes qui offrent des services aux immigrantes en situation de vulnérabilité et aux membres de leur famille. Nous voulons que les immigrantes s’intègrent rapidement, mais nous ne voulons pas que ces enjeux soient négligés; il faut mettre fin au silence et à l’isolement que vivent trop d’immigrantes.
C’est pourquoi nos services d’établissement sont flexibles et ne cessent d’évoluer en fonction des résultats obtenus et des défis du XXIe siècle. Pendant qu’elles sont encore à l’étranger, les nouvelles arrivantes ont accès à des programmes qui les aident à comprendre les droits et les responsabilités qu’elles auront au Canada, et à obtenir de l’information détaillée sur le marché du travail pour être en mesure de prendre des décisions éclairées à leur arrivée. Une fois qu’elles sont au Canada, les femmes ont aussi accès à une gamme de mesures de soutien à l’emploi qui les aident à perfectionner leurs compétences pour s’intégrer à la population active et obtenir de l’avancement professionnel.
Enfin, tout comme le guide d’étude sur la citoyenneté canadienne Découvrir le Canada, la dernière version du guide de l’établissement Bienvenue au Canada indique aux nouveaux arrivants ce qui n’est pas accepté au Canada. Nous leur disons très clairement que toute forme de violence à l’endroit des femmes est totalement inacceptable.
Pour la première fois, on peut lire dans le guide Bienvenue au Canada que nous ne tolérerons en aucun cas au Canada les pratiques barbares comme la mutilation génitale des femmes, les crimes d’honneur et les mariages forcés. Je demeure personnellement inquiet que notre programme à l’intention des époux permette toujours le parrainage de jeunes femmes et de jeunes hommes âgés de 16 à 18 ans. Je ne suis pas convaincu qu’il s’agit d’une décision très sage au XXIe siècle, compte tenu des problèmes de dépendance, d’isolement et, oui, de violence que nous constatons dans ce programme. Rien, selon moi, ne justifie aujourd’hui qu’on mette un mineur dans une telle situation. Il se pourrait donc que nous nous penchions sur cet enjeu dans un proche avenir.
Je suis un peu entré dans les détails avec vous aujourd’hui au sujet de ce que nous faisons pour protéger les immigrantes vulnérables, mais c’est un problème grave qui mérite que nous nous y attardions.
Je terminerai donc mon discours en mentionnant que les femmes, comme les hommes, utilisent de nombreuses voies différentes pour venir au Canada. Notre pays continue d’accueillir chaque année 261 000 immigrants, dont environ 63 % sont des immigrants économiques, et le reste des immigrants du regroupement familial et des catégories humanitaires. Le HCR nous considère toujours comme le pays le plus généreux du monde en proportion de la population. Le dixième des réfugiés réinstallés dans le monde le sont au Canada.
Mais la bonne nouvelle est qu’en 2012, le nombre de femmes accueillies au Canada en tant qu’immigrantes économiques a été plus de deux fois supérieur au nombre de femmes arrivées grâce à notre catégorie du regroupement familial. Cette situation contraste vivement avec ce qui se produisait il y a dix ou vingt ans. La plupart de ces femmes sont arrivées comme épouses ou personnes à charge d’un demandeur principal, mais un nombre considérable d’entre elles étaient elles-mêmes des demandeures principales, y compris 15 500 travailleuses qualifiées. Et oui, nous accueillons au Canada de plus en plus de couples où les deux époux sont demandeurs principaux, où les époux sont tous les deux des immigrants économiques.
Par comparaison, un peu plus de 23 400 femmes sont arrivées au Canada en 2012 à titre d’épouses ou de conjointes parrainées. C’est pourquoi, en cette veille de la Journée internationale de la femme, je crois que nous devons célébrer la grande influence positive qu’a le système d’immigration du Canada pour les immigrantes. Il leur permet de réussir en leur donnant accès à des possibilités de s’instruire, de travailler et de participer à l’économie, des possibilités qui sont souvent limitées ou inexistantes dans leurs pays d’origine.
Et bien entendu, il leur donne la possibilité de devenir des citoyennes de notre merveilleux pays, de saisir les occasions qui s’offrent aux filles et aux femmes au Canada. Les femmes ont montré qu’elles peuvent maîtriser tout domaine sur lequel elles jettent leur dévolu, qu’elles peuvent atteindre tout objectif qu’elles se fixent, et je vous assure tous que les immigrantes au Canada contribueront autant que toute autre force à façonner notre avenir.
Alors accrochez-vous bien! Ce message doit continuer de résonner dans notre société, dans nos salles de classe, dans nos lieux de culte et à nos tablées. Alors même que nous célébrons nos succès, nous ne pouvons les tenir pour acquis; nous devons poursuivre notre combat contre la violence dans notre société tout entière, mais en particulier contre la violence à l’égard des femmes.
Aujourd’hui, nous pensons tous aux femmes autochtones disparues et assassinées. Notre gouvernement continue de s’attaquer à cette catégorie négligée d’affaires non réglées, de meurtres irrésolus depuis beaucoup trop longtemps. Nous avons réuni des parlementaires, nous avons réuni des décideurs, nous avons rassemblé des études, mobilisé nos ressources.
Nous avons regroupé 30 nouvelles initiatives pour la justice, qui touchent toutes d’une façon ou d’une autre cet enjeu. Et tout récemment, dans notre dernier budget, nous avons lancé une initiative pour établir un lien entre l’ADN des personnes non identifiées et les dossiers des personnes disparues, qui ont une telle importance pour les familles et les victimes elles-mêmes, pour nous assurer que cette question, comme ce devrait être le cas pour toutes les affaires de violence contre des femmes, ne soit pas négligée, qu’elle bénéficie de toute l’expertise, toutes les connaissances et tout le professionnalisme que le Canada peut mettre à l’œuvre.
Travaillons ensemble à faire en sorte que la prochaine génération de filles et femmes canadiennes soit celle qui ait le moins à craindre et qui s’épanouisse le plus, et ainsi de suite pour les générations suivantes. Nous pouvons y parvenir ensemble lorsque nous faisons de ces enjeux des priorités dans nos collectivités et à chaque ordre de gouvernement. Mais il faut d’abord et avant tout que chaque femme et fille croie en ses possibilités dans ce grand pays qui est le nôtre.
Je vous souhaite tous une excellente Journée internationale de la femme.