Notes pour une allocution
de
l’honorable Joe Oliver
ministre des Ressources naturelles
Les perspectives pour le pétrole brut et le GNL canadiens
33e Conférence annuelle
IHS-CERAWeek 2014
Houston, Texas
4 mars 2014
L’allocution prononcée fait foi
Merci beaucoup, Jackie [Jackie Forrest, directrice principale, IHS CERA]. Merci à vous tous pour votre chaleureux accueil texan et, encore une fois, merci de m’avoir invité à participer à cette rencontre annuelle qui réunit des personnalités du monde entier.
Mes amis, énergie et prospérité vont de pair.
Si nous ne disposons pas d’une énergie abondante et à prix abordable, nous sommes limités. Plus d’un milliard de personnes dans le monde sont privées d’électricité. Plus d’un milliard d’autres connaissent l’insécurité énergétique. Nous savons qu’aucun pays ne peut échapper à la pauvreté s’il n’a pas accès à une énergie à prix abordable.
L’énergie est le moteur de la croissance économique. La circulation automobile, la fabrication de nos biens de consommation, l’emploi, la production alimentaire — tout est régi par l’énergie. Exploitée de façon responsable, comme c’est le cas aux États-Unis et au Canada, l’énergie est source de prospérité.
Le discours politique à l’échelle mondiale fait de plus en plus de place à l’énergie. La demande d’énergie augmentera de 35 % d’ici à 2035. Mais bien sûr, ce fait masque un changement profond de la situation énergétique.
En ce siècle, l’économie mondiale sera définie par les économies émergentes, qui représenteront 90 % de la demande d’ici 2035. La classe moyenne mondiale pourrait passer de moins de deux milliards de gens qu’elle était en 2009 à cinq milliards en 2030. Et c’est dans les pays hors OCDE que s’enregistrera 90 % ce mouvement.
En 2030, la Chine consommera près de 70 % plus d’énergie que les États-Unis. L’Inde, à partir de 2020, sera le plus important facteur de croissance de la demande mondiale de pétrole. L’Indonésie, le Brésil, le Moyen-Orient suivront de près pour le rythme de leur consommation d’énergie.
Il est donc clair que nous assistons à une transformation radicale de la demande d’énergie dans le monde. Qui plus est, l’approvisionnement énergétique à l’échelle mondiale est lui-même en voie d’une grande transformation. Les États-Unis en sont les premiers acteurs.
À l’ère des nouveaux combustibles, les États-Unis et le Canada sont submergés de richesses énergétiques sans précédent, que peu auraient pu imaginer il y a dix ans à peine.
Grâce à des gisements de pétrole autrefois inaccessibles, par exemple le Marcellus et le Barnett, on prévoit que la production de gaz naturel aux États-Unis atteindra presque 800 milliards de mètres cubes d’ici 2018, 17 % de plus que le total de l’an dernier.
Le Canada lui aussi augmentera vraisemblablement sa production de gaz naturel. Nous disposons de 1 300 billions de pieds cubes — suffisamment pour nous approvisionner pendant 200 ans au rythme de production actuel. Le problème, c’est que le gaz naturel canadien ne peut se vendre qu’en Amérique du Nord. Pour en obtenir le prix mondial et ne plus dépendre entièrement d’un marché américain qui nous échappe, il nous faut liquéfier notre gaz et l’expédier vers de nouveaux marchés étrangers.
Onze projets suivent le processus d’approbation réglementaire. Réunis, ils représentent une capacité d’exportation annuelle de 165 millions de tonnes de GNL.
Le Canada, puisqu’il voit reculer ses exportations à destination des États-Unis, son seul client, doit trouver de nouveaux débouchés. Cela est essentiel dans le cas du GNL puisque ce même client s’achemine rapidement vers l’autosuffisance en gaz naturel et deviendra bientôt un concurrent.
Côté pétrolier, la formation de Bakken au Montana et au Dakota du Nord provoque à elle seule une forte poussée de la production pétrolière américaine.
Or, les États-Unis, s’ils s’apprêtent à devenir le plus gros producteur pétrolier au monde dès 2016, devront néanmoins continuer à importer du pétrole à raison — et c’est là une estimation parmi d’autres — de plus de sept millions de barils par jour, jusqu’en 2035 au moins. Le Canada ne peut pas présumer qu’il sera seul à leur fournir ce pétrole, et c’est pourquoi il doit diversifier ses marchés. C’est précisément ce que nous sommes en train de faire.
Nos réserves pétrolières prouvées se montent à 173 milliards de barils et se classent au troisième rang dans le monde. Avec les avancées technologiques, nos sables bitumineux pourraient produire 300 milliards de barils et plus.
Nous aurions ainsi les plus importantes réserves au monde, plus que l’Arabie Saoudite, plus que le Venezuela, plus que tout autre pays.
Les projets pipeliniers vers le sud, l’ouest et l’est peuvent, sous réserve d’examen réglementaire et d’approbation, aider le Canada à atteindre l’objectif qu’il s’est fixé, celui d’approvisionner la planète en énergie de façon responsable.
Parmi ces projets, mentionnons l’achèvement attendu de l’oléoduc Keystone XL aux États-Unis, mentionnons aussi l’oléoduc Northern Gateway d’Enbridge, l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan vers la côte du Pacifique et l’oléoduc Énergie Est de TransCanada, qui transporterait 1,1 million de barils par jour vers notre côte atlantique.
Le transport de nos ressources énergétiques vers les côtes pour accéder aux nouveaux marchés qui les réclament constitue un impératif stratégique. C’est la raison pour laquelle nous avons simplifié le processus réglementaire d’examen des grands projets.
Aujourd’hui, les investisseurs peuvent considérer le Canada et s’attendre à un processus d’examen prévisible et exécuté en temps opportun.
Mon gouvernement, par ailleurs, a fait en sorte que le Canada soit l’un des pays les plus attrayants pour l’investissement.
La responsabilité exercée sur le plan fiscal et l’effort résolu de réduction de la dette ont placé le Canada dans une position éminemment favorable pour surmonter la récession mondiale.
Nous avons bâti un solide secteur financier : six années de suite, le Forum économique mondial a classé notre régime bancaire au premier rang dans le monde pour la solidité.
L’agence Bloomberg nous a récemment placés au deuxième rang des pays favorables à l’entreprise. La firme KPMG a constaté de son côté que le total des coûts de revient des entreprises au Canada est le moins élevé de tous les pays du G7 — il est de plus de 40 % inférieur aux coûts de revient des entreprises aux États-Unis.
Il faut aussi mentionner que nous sommes en voie d’équilibrer le budget fédéral pour 2015. Un budget équilibré nous donne une marge de manœuvre suffisante pour adopter de nouvelles mesures de réduction fiscale. Nous pouvons ainsi maintenir l’avantage que nous procure un climat propice aux affaires, avantage qui a été au cœur de la croissance de l’emploi après la récession.
Une part substantielle de la croissance de l’emploi est attribuable au secteur de l’énergie et, dans cette part, les sables bitumineux occupent une place prépondérante. Alors, voici quelques faits.
On prévoit que les sables bitumineux apporteront 2,1 billions de dollars à l’économie canadienne au cours des 25 prochaines années — 8,4 milliards annuellement — et généreront au-delà de 500 000 emplois. Déjà, 185 milliards de dollars y ont été investis par les grandes sociétés internationales de l’énergie.
Les Canadiens s’attendent cependant à une mise en valeur responsable de nos ressources — ce qui signifie que nous devons avoir un régime de protection de l’environnement de premier ordre et faire de véritables efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Nous avons un système ouvert pour la comptabilisation des émissions de carbone attribuables à notre production de pétrole brut. Les sables bitumineux représentent 0,1 % des émissions mondiales de GES, autrement dit un millième. On voit donc que les militants de la lutte contre les changements climatiques opposés aux sables bitumineux se sont trompés de cible : la production d’électricité des centrales au charbon aux États-Unis cause 33 fois plus de GES que nos sables bitumineux. En Chine, les émissions de CO2 attribuables à l’emploi du charbon sont à peu près 125 fois plus élevées que l’ensemble des émissions attribuables aujourd’hui aux sables bitumineux. Je signale à ce sujet que la réglementation canadienne interdit la construction de centrales au charbon faisant appel aux procédés classiques et exige la fermeture progressive de celles qui existent encore.
Même si ces émissions de GES sont, toutes proportions gardées, minimes, nous avons l’obligation en tant que citoyens du monde de faire notre part pour protéger l’environnement. Et c’est ce que nous faisons.
L’industrie a relevé le défi. Elle mène des recherches, et ses innovations technologiques réduisent considérablement les impacts environnementaux du secteur.
Ses émissions par baril ont diminué de 26 % entre 1990 et 2011. Et la quantité d’eau utilisée pour l’extraction a diminué de 7,4 %, et ce, même si la production a augmenté de 65 % de 2002 à 2011.
Grâce au forage horizontal et au recours accru à la production in situ, l’industrie recycle aujourd’hui plus de 90 % de l’eau qu’elle utilise.
Les innovations technologiques améliorent la gestion des bassins de résidus, pour accélérer la revégétalisation des terrains et leur mise en valeur.
Des percées comme la centrifugeuse de 1,9 milliard de dollars de Syncrude et un nouveau procédé non thermique d’extraction du bitume appelé SHORE permettent à l’industrie de réduire ses résidus en deçà des exigences — voire d’éliminer complètement les bassins de résidus.
Tout cela est grâce à la COSIA, une alliance de 13 entreprises canadiennes du secteur des sables bitumineux. À ce jour, ces entreprises ont mis en commun plus de 560 innovations d’une valeur de 900 millions de dollars.
C’est une alliance qui n’a son pareil nulle part ailleurs. Ses membres dirigent 185 projets conjoints, qui visent souvent à transformer des énergies non traditionnelles en énergies traditionnelles.
Ce n’est pas une hyperbole. Le bitume dilué que produit la Compagnie Pétrolière Impériale à son usine de Kearl aura à peu près les mêmes émissions de GES sur le cycle de vie que nombre de pétroles bruts raffinés aux États-Unis. Pour réduire sa consommation d’énergie, la société a adopté un procédé de traitement des mousses qui lui évite de recourir à une unité de valorisation et elle a installé des systèmes de cogénération qui permettent des économies d’énergie.
Shell Quest, premier projet canadien de stockage du CO2 en formation saline, réduira d’un tiers les émissions de son unité de valorisation des sables bitumineux de Scotford à compter de 2015–2016.
Notre gouvernement affiche un bilan éloquent au chapitre de la protection de l’environnement. Des mesures prises dans le cadre de notre plan de Développement responsable des ressources ont renforcé la protection de l’environnement et amélioré les consultations menées auprès des peuples autochtones lors de l’examen et de l’élaboration des projets.
Nous avons augmenté le nombre d’inspections d’oléoducs et de gazoducs réalisées par l’Office national de l’énergie et nous avons doublé le nombre de vérifications approfondies des oléoducs et des gazoducs afin de déceler les problèmes de sécurité potentiels. Voilà qui nous aidera à prévenir les incidents, même si notre bilan de sécurité est excellent : plus de 99,999 % du pétrole transporté par pipelines est livré sans incident.
Nous avons instauré de nouvelles exigences strictes pour le transport de nos produits énergétiques, que ce soit par le chemin de fer, les pipelines ou les navires. Nous voulons garantir que, peu importe le moyen utilisé, le transport de l’énergie se fasse de manière sûre et responsable, conformément à des normes de haut niveau.
Des recherches sont en cours pour améliorer le régime de sécurité applicable aux navires-citernes. Et de nouvelles dispositions législatives accroissent la responsabilité financière des exploitants à l’égard de leurs pratiques environnementales. En cas d’accident, c’est le pollueur qui va payer la note.
Il reste encore du travail à faire, et nous collaborons étroitement avec nos homologues aux États-Unis pour que ces progrès se poursuivent.
Le secrétaire à l’Énergie, M. Moniz, et moi-même discutons d’une alliance stratégique pour renforcer la sécurité énergétique, améliorer la protection de l’environnement et procurer de nouveaux avantages économiques des deux côtés de la frontière.
Mes fonctionnaires, à Ressources naturelles Canada, travaillent en étroite collaboration avec le département américain de l’Énergie pour évaluer les possibilités d’exploitation responsable des hydrocarbures non classiques, bâtir une infrastructure énergétique sûre et moderne, explorer les réseaux intelligents, accroître l’efficacité énergétique et promouvoir un leadership mondial.
Vous vous doutez bien que je ne peux pas passer sous silence un projet qui pourrait contribuer notablement à notre objectif commun d’autosuffisance — et j’ai nommé Keystone XL.
Les avantages de Keystone pour l’Amérique sont considérables au point de vue de l’emploi, de la croissance économique, des recettes publiques et de la sécurité nationale. Et les questions environnementales ont été réglées, définitivement
De tous les projets pipeliniers présentés aux États-Unis, voire dans le monde, l’oléoduc Keystone XL est celui qui a fait l’objet des analyses les plus poussées — cinq études scientifiques indépendantes exhaustives que le département d’État américain a utilisées pour produire de volumineux énoncés des incidences environnementales.
Le rapport final rendu public en janvier confirme nos dires : Keystone XL n’aura pas d’effet net important sur l’environnement, et c’est la condition qu’a posée le président pour déterminer l’intérêt national.
Le rapport conclut aussi que Keystone permettra de remplacer du pétrole vénézuélien par du pétrole canadien. Le Venezuela n’a pas de règlement sur les émissions et a menacé à cinq reprises de ne plus livrer de pétrole aux États-Unis. Cela explique pourquoi 74 % des Américains approuvent le projet.
Le rapport du département d’État montre aussi que, peu importe s’il est approuvé ou rejeté, Keystone n’aura aucun effet sur l’exploitation des sables bitumineux ou la demande de pétrole ici aux États-Unis. Avis, donc, aux activistes qui s’opposent à toute exploitation des combustibles fossiles.
Comme l’écrivait Daniel Yergin dans le Financial Times en novembre dernier : « Les É.-U. n’arrêteront pas de sitôt d’importer du pétrole... et ce pétrole viendra de plus en plus de l’Occident, notamment du Canada, qui fournit déjà près de 30 % des importations de pétrole du pays. »
Bref, le pétrole continuera de faire partie du panier énergétique mondial pendant encore longtemps. Vu l’essor de l’offre énergétique locale sur le continent, le vieux rêve de l’autosuffisance énergétique de l’Amérique du Nord pourrait se réaliser, ce qui aurait des implications géopolitiques avantageuses.
Bien sûr, pour réaliser ce rêve nous avons besoins de projets énergétiques continentaux comme Keystone, des projets porteurs d’emplois, d’approvisionnements abordables et de sécurité énergétique.
Les sables bitumineux canadiens contribuent déjà au mieux-être des Américains. Le brut qu’on en tire permet d’exporter chaque année aux États-Unis un million de barils qui soutiennent 54 000 emplois dans ce pays.
Selon les estimations présentées dans le dernier énoncé des incidences environnementales du département d’État, Keystone XL contribuerait à assurer des emplois à 42 000 Américains et produirait des revenus de deux milliards de dollars pour les familles américaines.
Et sans cet oléoduc, il faudra recourir à d’autres moyens de transport, notamment au chemin de fer, ce qui selon le département d’État entraînera une augmentation des émissions de gaz à effet de serre de l’ordre de 28 à 42 %. Donc, la construction de Keystone XL permettrait une réduction des émissions qui équivaudrait à retirer plus de 270 000 voitures des routes.
Les faits et la science plaident fortement en faveur de Keystone XL. Nous espérons qu’une fois l’examen de l’Agence terminé, le président dira oui à la création d’emploi, à la croissance économique, à la sécurité énergétique et à un environnement plus sain.
Mesdames et Messieurs, le Canada est en voie de devenir une des superpuissances énergétiques du XXIe siècle — un fournisseur mondial de première importance pour les décennies à venir.
Plus de 650 milliards de dollars en nouveaux investissements sont attendus au cours des dix prochaines années dans le secteur des ressources naturelles. Peu de pays dans le monde mènent autant de projets de cette envergure et à un tel rythme.
Le Canada est bien placé pour devenir un grand exportateur de pétrole et de gaz naturel, des ressources que nous comptons exploiter de manière responsable au profit de nos citoyens et pour répondre aux besoins d’énergie de notre monde en croissance.
Le Canada s’impose donc comme une destination attrayante pour les investisseurs : un pays qui offre à la fois l’énergie dont le monde a besoin, la stabilité souhaitée par les investisseurs et les occasions que les gens d’affaires avisés recherchent.
Je vous remercie.