Au cours de la Seconde Guerre mondiale, plus de cent seize mille hommes et femmes des forces aériennes du Commonwealth britannique sont morts au champ d'honneur. Plus de dix-sept mille d'entre eux étaient des membres de l'Aviation royale du Canada ou des Canadiens qui servaient dans la Royal Air Force. Presqu'un tiers des morts n'ont pas de sépulture connue.
Le sergent de section John Joseph Carey était mitrailleur avant à bord du bombardier Halifax BB214 de la Royal Air Force, qui menait des opérations contre l’Allemagne. L’appareil a pris son envol de la station Elsham Wolds de la RAF en fin de soirée du 28 août 1942, mais aucune autre communication n’a été captée. Le bombardier a été abattu par un avion ennemi et s’est écrasé dans le Laacher See, un lac situé au sud de Bonn, en Allemagne.
L’équipage du Halifax BB214 était composé de sept aviateurs : le sous-lieutenant d’aviation V.M. Morrison et le sergent de section J.J. Carey, de l’Aviation royale du Canada; les sergents H.G. Dryhurst, J.W. Platt et J.L. MacLachlan, de la Royal Air Force; le sergent A.A. Roberts, de la Royal Australian Air Force; et le sergent B.E. Hughes, de la Royal New Zealand Air Force. Trois des sept membres de l’équipage, soit les sergents Dryhurst, Roberts, et Hughes ont survécu à l’écrasement, mais ont été faits prisonniers de guerre. Des quatre aviateurs ayant perdu la vie lors de l’écrasement, seul les ossements du sergent MacLachlan et du lieutenant d’aviation Morrison ont pu être récupérés et inhumés en 1947. Les ossements du sergent Platt (de la Royal Air Force) et du sergent de section Carey n’ont pas été retrouvés.
Bien que de multiples efforts aient déjà été déployés pour récupérer les ossements des deux aviateurs disparus (notamment en 1948, en 1980, et en 1994), le danger lié à la présence de munitions explosives non explosées était – et est toujours – considérable.
Les ossements ont été découverts par une équipe de plongeurs allemands spécialisés en neutralisation d’explosifs qui évaluaient la stabilité du fret de l’avion, en 2008. Plusieurs années plus tard, un scientifique de l’université de Bonn a procédé à des tests génétiques visant à comparer les ossements à l’ADN d’un descendent direct du sergent Platt. Les tests n’ont pas été concluants.
En décembre 2013, un donneur génétique apparenté au sergent de section Carey a été localisé. Le ministère de la Défense nationale (MDN) a procédé à des tests génétiques en coordination avec l’université de Bonn. Les résultats reçus en février 2014 indiquent que les ossements sont ceux du sergent de section Carey.
Le sergent de section Carey sera inhumé le 9 juillet 2014, au cimetière de guerre de Rheinberg. Plus de 3325 soldats du Commonwealth ayant servi durant la Seconde Guerre mondial sont inhumés au cimetière de guerre de Rheinberg, dont 517 Canadiens. Assisteront à la cérémonie les nièces du sergent de section Carey Sheila Carey (Ottawa, Ont.), Maureen Pegg (et son mari Sidney Pegg) Perth, Ont.), ainsi que son neveu David Carey (Calgary, Alb.), de même que des représentants du gouvernement du Canada et des Forces armées canadiennes (FAC).
Le gouvernement du Canada, le MDN et les FAC se font un devoir de rendre hommage à ceux qui ont consenti le sacrifice ultime en veillant à ce qu’ils reposent dans une sépulture connue, lorsque c’est possible.
Un peu plus de 25 000 militaires de l’Armée de terre, de la Force aérienne et de la Marine du Canada sont morts durant les Première et Seconde Guerres mondiales et durant la guerre de Corée sans que leur corps ne soit inhumé dans une sépulture connue ou entretenue. Chaque année, certains de ceux qui ont été portés disparus sont découverts, et il incombe au MDN et aux FAC de les identifier en utilisant différentes méthodes historiques et scientifiques. La Direction – Histoire et patrimoine procède à l’identification des soldats, marins et aviateurs inconnus quand des ossements que l’on croit appartenir à un militaire canadien sont découverts. Lorsqu’il est possible de récupérer et d’identifier ces ossements, le MDN et les FAC déploient tous les efforts nécessaires pour offrir aux militaires tombés au combat le respect et la dignité qu’ils méritent.
L’identification est le résultat d’une série de recherches historiques et de tests biologiques qui permettront éventuellement de déterminer qui est le militaire le plus susceptible d’être celui à qui appartiennent les ossements trouvés.
La première étape du processus d’identification consiste à consulter les dossiers du personnel militaire, les registres de sépultures, les journaux de guerre, les cartes et les historiques de régiments en vue de créer le profil historique de la personne inconnue. Les identifications basées uniquement sur des faits historiques sont rares, cependant, et le MDN cherche habituellement à obtenir une preuve biologique pour appuyer les autres documents.
Les spécialistes de l’anthropologie physique étudient les ossements pour déterminer le nombre de personnes, leur âge, leur taille, l’état de santé de leurs dents leur état de santé général et, si possible, pour obtenir des indices sur ce qui aurait pu causer leur décès. Le profil ainsi obtenu peut aussi contribuer à réduire le nombre de possibilités. On procède ensuite à des tests génétiques, par lesquels on peut arriver à identifier les ossements ou, à tout le moins, à réduire davantage le nombre de possibilités.
Afin de procéder à des tests génétiques sur les ossements de victimes de guerre, il faut extraire les informations génétiques des os ou des dents pour les comparer aux données fournies par les descendants des disparus.
Malheureusement, même si l’ADN facilite le processus d’identification, son utilisation peut être limitée par le manque de donneurs et par la difficulté à extraire de l’ADN viable d’ossements plus anciens. Récemment, le MDN a fait appel aux services d’un laboratoire, qui a utilisé la technologie des isotopes stables pour tenter de déterminer l’origine des individus dans les cas où l’identification par ADN n’est pas viable. En utilisant les propriétés régionales de certains éléments pour faire le suivi des déplacements d’une personne, les isotopes stables peuvent permettre de déterminer où cette personne a été élevée (environ jusqu’à l’âge de 21 ans), et où elle a vécu pendant les dix ou quinze dernières années de sa vie. Ce type de test permet au MDN de réduire le nombre de possibilités en fonction des lieux où les individus ont été élevés et ont vécu avant de s’enrôler.
Il ne fait aucun doute que les nouvelles technologies et la facilité avec laquelle on peut accéder aux documents historiques permettront d’identifier avec plus de précision les soldats, marins et aviateurs canadiens inconnus, hommes et femmes.
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