Le 28 juillet 2014 - Tokyo, Japon
Sous réserve de modifications
Je vous remercie de cette aimable présentation.
Je remercie le Keidanren de m’avoir invité à me joindre à vous et de m’accueillir cet après-midi dans son impressionnant siège social.
C’est véritablement un honneur pour moi de m’adresser à un auditoire aussi distingué, et surtout de me trouver ici avec certains des acteurs clés qui érigent des ponts entre le Japon et le Canada.
J’en suis maintenant à ma cinquième visite au Japon, et je suis très heureux d’être de retour à Tokyo. Bien souvent, lors de tels voyages diplomatiques dans différents pays, on arrive dans un aéroport, on se rend à l’hôtel, on participe à une réunion dans un centre de congrès et l’on voit peu d’autres choses.
Je suis certain que vos voyages d’affaires ressemblent parfois à cela. J’ai toutefois tenu à trouver un peu de temps pour m’imprégner de certains paysages et pour découvrir les sons et les saveurs de cette ville de réputation mondiale.
Plus je découvre votre pays, plus je suis impressionné par l’équilibre inspirant que vous avez établi entre le traditionnel et le moderne.
Cette force unique est le miroir d’une culture qui fait grand cas de la sagesse des événements passés, tout en appréciant les occasions qu’offre l’avenir.
Ce sont là des valeurs complémentaires que le Canada partage avec le Japon, et elles se reflètent dans les relations que nous entretenons depuis plus d’un siècle.
Cette année, nos deux pays soulignent plusieurs jalons importants :
- il y a 125 ans, le gouvernement japonais a inauguré sa première mission au Canada, en l’occurrence, le consulat général du Japon à Vancouver;
- il y a 110 ans, le gouvernement canadien a ouvert son premier bureau commercial au Japon, à Yokohama;
- et cette année, 85 années se seront écoulées depuis l’établissement de relations diplomatiques entre le Canada et le Japon.
J’ai récemment appris que le Canada a aussi été le premier pays étranger que le prince héritier Akihito a visité en 1953, alors qu’il était âgé de 19 ans.
Nos nations se sont réunies de bien des façons.
Au début des années 1950, le premier ministre Louis St-Laurent et le premier ministre japonais de l’époque, Shigeru Yoshida, se sont rendu visite, ce qui a servi de tremplin à l’établissement de nouvelles relations entre le Canada et le Japon.
À l’époque, le Canada a été l’un des rares pays à vouloir réintégrer le Japon au sein de la communauté internationale après la signature du Traité de San Francisco en 1952.
Le paysage mondial a changé de bien des façons depuis lors.
Nos peuples et nos économies sont plus étroitement liés que jamais.
Nos valeurs communes ont évolué, mais elles demeurent indéfectibles.
Vos peines ont été les nôtres.
Lorsque le monde s’est arrêté de tourner, restant sous le choc et dans la douleur après le tremblement de terre et le tsunami tragiques qui ont frappé en 2011, nos citoyens ont montré le meilleur d’eux-mêmes.
Des Canadiens de tous les coins du pays ont amassé des millions pour aider les Japonais à traverser cette horrible épreuve.
Plusieurs mois plus tard, des étudiants japonais se sont présentés sur notre côte ouest pour aider à nettoyer les débris qui s’étaient échoués sur nos rivages.
Et un homme de Victoria a retourné à son propriétaire légitime, à Yamamoto, une motocyclette Harley-Davidson, après que celle-ci eut été remise en état par l’équipe dévouée de Harley-Davidson.
Je me rappelle encore très nettement à quoi ressemblaient l’usine de Fukushima et ses environs plusieurs mois après la catastrophe, alors que je survolais les lieux en hélicoptère.
Trois ans plus tard, le Canada continue de soutenir le rétablissement des régions touchées, notamment par l’entremise du Projet de reconstruction Canada-Tohoku, qui contribue à remettre sur pied des installations publiques au moyen de produits du bois canadiens.
Bien que d’aucuns considèrent ces efforts comme symboliques, je suis d’avis que la vérité est tout autre.
La vérité, c’est que malgré la distance considérable qui sépare nos pays — 5 000 milles en fait — nous faisons face à des réalités semblables en tant que nations du Pacifique :
- La réalité de nos menaces communes.
- La réalité de notre avenir économique.
- La réalité des incertitudes auxquelles se heurtent nos populations.
C’est pourquoi, en ces temps incertains, il vaut beaucoup mieux faire face à nos défis communs en tant qu’amis et partenaires, plutôt que comme adversaires.
Au Canada, nous savons que le rôle du Japon en tant que démocratie stable dans la région de l’Asie-Pacifique est essentiel à notre propre avenir économique.
Depuis des décennies, les gouvernements canadiens qui se sont succédé ont entretenu avec le Japon des relations qu’ils jugeaient prioritaires.
Le Japon se classe au quatrième rang des marchés d’exportation du Canada.
À lui seul, le Japon est notre plus important partenaire en Asie sur le plan des investissements bilatéraux, lesquels ont atteint 21 milliards de dollars l’an dernier.
Plus de 300 entreprises japonaises sont représentées au Canada, y compris les quelque 50 membres de ce comité qui investissent dans notre pays ou qui y vendent des biens et des services.
Nous croyons que les entreprises et les investisseurs japonais peuvent trouver au Canada un contexte très accueillant et lucratif.
Forbes et Bloomberg ont tous deux désigné le Canada comme le meilleur pays du G-20 où faire des affaires.
Le Forum économique mondial a maintes fois déclaré que le système bancaire canadien était le plus sain du monde.
Notre taux d’imposition global sur les nouveaux investissements commerciaux est l’un des plus bas des pays du G-7.
Aux pires moments de la récession, mais aussi bien avant et après la récession, notre gouvernement a fait de l’emploi et de la prospérité économique son objectif primordial.
Nous avons cherché à supprimer les obstacles et à percer de nouveaux marchés.
À établir de nouvelles relations et à raviver les anciennes.
Nous agissons de la sorte, car nous savons que notre prospérité repose sur bien plus que des emplois. Elle repose sur notre sécurité et sur nos moyens de défense communs.
Elle repose sur la dignité de notre peuple. Et elle repose sur les libertés de celui-ci.
Une bonne partie des troubles qui agitent le monde est attribuable à l’incertitude économique ainsi qu’au népotisme et à la corruption omniprésents. Cette corruption freine le progrès, ruine des gens sur le plan moral et matériel, et fait fuir les gens d’affaires et les investisseurs.
Par conséquent, nous ne pouvons nous permettre de sous-estimer l’importance de notre coopération économique.
L’inaction ne saurait mener au succès.
Ce n’est certainement pas l’inaction qui nous a menés jusqu’ici.
Ce qui nous amenés où nous en sommes, ce sont les ponts et les liens que nous avons continué de construire grâce au dur labeur de nos deux pays.
Nos milieux d’affaires se rapprochent aussi d’une manière plus concrète.
Les négociations visant à donner aux transporteurs aériens canadiens un accès de jour à l’aéroport Haneda de Tokyo ont porté leurs fruits.
Dès ce mois-ci, les gens d’affaires japonais et canadiens pourront profiter de vols directs entre Haneda et Toronto à bord d’un tout nouveau Dreamliner.
En fait, Air Canada inaugurera ce nouvel appareil précisément sur cette liaison aérienne.
Nos industries continuent de tirer profit de ces correspondances.
Une industrie qui suscite beaucoup d’intérêt de part et d’autre est celle de l’énergie.
Dans un contexte où les risques relatifs à l’approvisionnement en énergie représentent une question d’intérêt mondial, le monde se tourne vers le Canada en tant que partenaire riche en ressources, stable et fiable.
En particulier, je sais que le Japon mise fortement sur le gaz naturel liquéfié, ou GNL. Vendredi, j’ai eu l’occasion de voir un de vos impressionnants terminaux de GNL.
Le Canada est le quatrième exportateur de gaz naturel au monde, et nous possédons des réserves pour plus de 200 ans au rythme actuel de production.
Dans l’ensemble, le Canada prévoit mettre en œuvre plus de 600 grands projets axés sur les ressources naturelles au cours des 10 prochaines années. Pour réaliser ces projets, il faudra des investissements de plus de 650 milliards de dollars.
La majorité de ces investissements iront au secteur de l’énergie. Et je suis heureux que des entreprises du Japon, comme Mitsubishi, JAPEX, Inpex, Idemitsu et Totoya Tsusho, pour n’en nommer que quelques-unes, participent directement à ces projets stimulants.
Manifestement, il se passe actuellement beaucoup de choses dont nous pouvons être fiers et qui ont de quoi nous rendre optimistes.
Mesdames et Messieurs, permettez-moi de vous parler en toute franchise.
Si vous connaissez un peu la politique canadienne, vous savez que l’on ne m’a jamais reproché d’être trop subtil.
Toutefois, il est parfois important de parler franchement des questions importantes — afin qu’il ne subsiste aucune ambiguïté.
Bien que je sois ravi de la trajectoire que prend notre relation, je crois qu’il y a des occasions qui sautent aux yeux.
Nous pouvons faire bien plus encore.
Lors de ma dernière visite, je me suis joint au premier ministre Stephen Harper pour lancer les négociations entourant l’Accord de partenariat économique entre le Canada et le Japon.
Selon une étude conjointe réalisée en 2012, cet accord pourrait générer des milliards de dollars en croissance progressive du PIB et des exportations, créant des emplois et de la prospérité pour nos deux nations.
En fait, cette étude a démontré qu’un accord de partenariat économique bilatéral pourrait accroître d’au plus 40 p. cent les exportations du Japon au Canada.
Je suis ravi de constater que les négociations vont bon train — en fait, la sixième série de négociations se tient cette semaine même au Canada.
Le Canada est prêt.
Nous sommes prêts à accélérer le rythme au vu des nombreux avantages qui découleraient d’un accord ambitieux et complet.
Un accord de partenariat économique aidera à libérer le plein potentiel de nos relations économiques en permettant à nos entreprises de faire des affaires ensemble plus facilement et à moindre coût.
Il donnera aux entreprises un cadre d’investissement plus solide, mieux protégé et plus stable.
Il nous permettra de renforcer de part et d’autre les possibilités en matière de commerce et d’investissement dans plusieurs domaines d’intérêt commun, y compris les ressources naturelles, les produits agricoles et agroalimentaires et les biens manufacturés des secteurs des produits chimiques et de l’automobile ainsi que du secteur forestier.
Un tel accord procurerait aux importateurs et aux consommateurs l’accès à un plus grand choix d’intrants et de produits canadiens de grande qualité à des prix concurrentiels, et permettrait d’accroître la sécurité énergétique et alimentaire au Japon.
Le Canada a également, ici, une solide réputation en tant que fournisseur fiable de produits alimentaires salubres. Les aliments canadiens font partie du quotidien des Japonais.
L’an dernier, le Japon a importé plus de quatre milliards de dollars de produits agricoles et agroalimentaires canadiens de toutes sortes.
Pour les exportateurs japonais, un accord de partenariat économique serait synonyme d’un meilleur accès au marché canadien.
Il favoriserait des règles du jeu plus équitables en présence d’autres pays asiatiques tels que la Corée du Sud, qui vient de conclure un accord de libre-échange avec le Canada.
Cependant, un accord dépasserait de beaucoup le cadre des importations et des exportations.
Il contribuerait à la création d’emplois et à une augmentation du PIB.
Mesdames et Messieurs, nous savons tous que les avantages de cet accord seraient considérables.
Reposant tous deux sur une économie de marché, le Canada et le Japon doivent travailler de concert pour libéraliser le commerce et saisir chacune des occasions qui leur sont offertes.
Les négociations du Partenariat transpacifique sont une autre occasion à saisir, à portée de main.
Nous sommes depuis longtemps d’avis que le Partenariat transpacifique et l’accord de partenariat économique sont des initiatives qui se renforcent mutuellement.
Nous pouvons et nous devons les envisager en parallèle. Les incitatifs sont beaucoup trop considérables, et la prospérité future de nos populations est beaucoup trop importante.
Mesdames et Messieurs, vous avez été patients jusqu’ici, et j’aimerais conclure en vous disant simplement qu’à l’heure où nos gouvernements s’affairent à conclure ces accords et à en préparer d’autres, nous savons que cela n’est qu’un début.
Mais nous ne pouvons faire cavalier seul.
Nous avons besoin d’un leadership comme celui que nous voyons ici aujourd’hui, le leadership sur lequel s’est érigé le Keidanren.
Nous avons besoin de votre aide, et de celle de gens comme vous.
Les capitaines de notre économie.
Les gens qui investissent dans notre avenir.
Le moment est venu d’aller de l’avant, car nos populations ont tout à y gagner.
Un jeune Japonais a mis le cap sur le Canada en 1877. Il s’appelait Manzo Nagano. Immortalisé lorsqu’on a donné son nom à une montagne située au nord de l’île de Vancouver, il a été le premier lien entre nos deux pays, le premier immigrant japonais inscrit.
Il incarne pleinement le caractère du peuple japonais : respectable et travailleur.
Menuisier dans sa ville natale de Nagasaki, pêcheur au Canada.
Il a travaillé fort pour éventuellement exploiter une scierie, un restaurant, puis un hôtel. Il a toutefois fait fortune en exportant au Japon du saumon mariné.
Des dizaines de milliers de personnes ont fait la même traversée au cours des 137 années qui ont suivi l’arrivée de Manzo sur nos côtes.
Les efforts et les victoires de nos deux nations depuis l’époque de Manzo ont été formidables.
L’histoire que nous partageons nous a fort heureusement menés jusqu’ici.
Le Japon peut voir le Canada comme un allié de confiance, un partenaire franc et un ami de toujours.
Arigato. Je vous remercie de votre temps et de votre attention.