Série des conférenciers éminents de la Chambre de commerce de Halifax
Merci beaucoup de cette aimable présentation. Je dois vous dire que je suis très heureux d'être avec vous aujourd'hui pour discuter d'un sujet qui revêt une grande importance pour les Néo-Écossais et pour tous les Canadiens.
En 2011, nous avons demandé aux Canadiens de nous confier un mandat majoritaire, afin de nous permettre de travailler de façon très spécifique au renforcement de l'économie canadienne et à l'amélioration de la qualité de vie au pays.
Les Canadiens nous ont confié ce mandat, et depuis nous agissons en conséquence.
Nous n'avons pas perdu de vue notre objectif, ce grand projet qui consiste à édifier une économie canadienne prospère.
Malgré l'incertitude qui continue de planer sur les marchés mondiaux, l'économie du Canada est forte et stable. Son rendement est aussi l'un des meilleurs au sein des pays membres du G-7.
Grâce à son environnement fiscal attrayant et à ses finances publiques saines, le Canada est un terreau propice aux investisseurs internationaux.
Le Canada est un bel exemple à l'échelle mondiale de ce qu'est une économie fiscale concurrentielle.
En 2012, nous avons de nouveau abaissé les taxes et les impôts, ce qui a ramené le taux général fédéral d'imposition du revenu des sociétés à 15 % — pour un taux fédéral combiné de 26 % à l'échelle du pays —, ce qui est nettement inférieur aux taux comparables de la plupart des pays du G-7 et plus de 13 points de pourcentage inférieur à celui des États-Unis.
Pour dire vrai, notre gouvernement a allégé le fardeau fiscal sous toutes ses formes : tant la taxe de vente et l'impôt sur le revenu que l'impôt des petites entreprises et l'impôt sur le revenu de placements. Le fardeau fiscal au Canada a atteint son plus bas niveau en 55 ans.
Il y a à peine trois semaines, le directeur parlementaire du budget du Canada a fait savoir aux Canadiens que, depuis 2005, les allégements du fardeau fiscal que nous avons mis en place représentent des économies de quelque 30 milliards de dollars pour les familles canadiennes.
Ainsi, nous avons réduit les taxes et les impôts des familles, nous avons contribué à accroître la compétitivité de notre pays et nous avons contrôlé les dépenses publiques. Et, comme vous l'avez sans doute lu, nous sommes en bonne voie d'atteindre l'équilibre budgétaire l'an prochain.
Si nous en sommes là, c'est que nous avons établi des budgets responsables, que nous avons su contrôler les dépenses de programmes et que nous avons stimulé l'essor de l'économie canadienne. De tous les pays du G-7, seuls les États-Unis nous devancent au chapitre de la croissance en cours de la récession. Toutes les agences de notation ont reconduit la cote de crédit AAA du Canada et, pour la sixième année consécutive, le Forum économique mondial a déclaré que le système bancaire canadien était le plus solide au monde. Cette semaine, KPMG a publié un rapport selon lequel le Canada possède le régime fiscal le plus concurrentiel au monde pour les entreprises. Notre pays se classe au deuxième rang des pays du G-7 quant aux faibles coûts d'exploitation des entreprises, qui sont inférieurs de cinq points de pourcentage à ceux des États-Unis.
Bref, les investisseurs se sentent en confiance au Canada. Notre pays offre un système financier stable, des conditions de crédit favorables et des coûts en capital bien inférieurs aux moyennes historiques. Selon le magazine Forbes, le Canada est le meilleur pays du G-20 où faire des affaires. Le PDG de Cisco Systems, Inc. a récemment vanté le Canada comme étant le pays où il est le plus facile de faire des affaires. Le mois dernier, Hillary Clinton a souligné le fait que les revenus de la classe moyenne au Canada sont maintenant plus élevés qu'aux États-Unis, et que les Canadiens travaillent moins d'heures pour plus d'argent, vivent en moyenne plus longtemps et sont confrontés à moins d'inégalités de revenus. Et elle a raison.
En tant que nation, nous sommes libre-échangistes. Nous croyons que la création d'emplois au Canada passe par les débouchés mondiaux. De tout temps, le Canada a été une nation commerçante, et il ne cessera de l'être, depuis la Compagnie de la Baie d'Hudson, en passant par l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis et l'ALENA et jusqu'au récent accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne.
Au pays, environ un emploi sur cinq repose sur les exportations. C'est pourquoi notre gouvernement poursuit un ambitieux programme de libre-échange depuis 2006. En effet, lorsque Stephen Harper a été nommé premier ministre du Canada, le Canada avait des accords de libre-échange avec à peine cinq pays. Aujourd'hui, le Canada compte à son actif des accords de libre-échange avec 43 pays, dont l'historique accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, qui créera un marché de 500 millions nouveaux clients européens pour les biens et services canadiens.
Ici, à Halifax, vous profiterez grandement de la croissance massive des échanges commerciaux canadiens qui transiteront par la ville vers l'Europe. Les débouchés économiques pour la Nouvelle-Écosse et Halifax sont immenses en vertu de l'accord conclu.
Nous avons aussi récemment conclu l'Accord de libre-échange Canada-Corée. Il s'agit du premier accord du genre du Canada dans la région de l'Asie-Pacifique, un marché de 50 millions de personnes dans un espace géographique de la taille du Nouveau-Brunswick. Nous avons, à cet effet, déposé une législation devant le Parlement la semaine dernière et nous espérons qu'elle entrera en vigueur d'ici la fin de l'année.
De plus, nous négocions des accords de libre-échange avec d'autres marchés clés comme le Japon, et nous avons mis en place de nouveaux accords de transport aérien d'une plus grande portée avec près de 80 pays partout au monde. Les ententes « ciel ouvert » et les accords d'investissements étrangers et de protection permettent au Canada de rester connecté au reste de la planète, et ce, à un rythme jamais vu auparavant au pays.
Ici en Amérique du Nord, dans notre propre cour, dans le cadre du budget de cette année, nous avons renouvelé notre appui financier en vue de la construction d'un deuxième pont entre Windsor et Detroit, le plus important poste frontalier au monde sur le plan économique. De concert avec le président Obama et l'administration américaine, nous avons aussi étendu la portée du plan d'action « Par-delà la frontière ».
Lorsqu'on parle de commerce, je crois qu'il n'est pas exagéré de dire que, dans l'histoire du pays, c'est le premier ministre Harper et notre gouvernement qui ont fait preuve du plus grand dynamisme en regard des accords de libre-échange. Et cela a donné d'excellents résultats. L'économie canadienne s'en est retrouvée renforcée grâce à la diminution des taxes et des impôts, à l'engagement de dépenses responsables, à la réalisation d'investissements efficaces dans les infrastructures et à l'augmentation du nombre d'accords de libre-échange.
Selon les données de Statistique Canada publiées il y a deux semaines, il s'est créé au Canada plus de 1,1 million d'emplois depuis la récession. Nous avons récupéré tous les emplois que nous avions perdus pendant la récession, et cette croissance du nombre d'emplois a été sentie dans toutes les régions du pays. De plus, nous avons mieux performé que tout autre pays du G-7 au chapitre de la création d'emplois au cours de la reprise. Mieux encore : 87 % de ces nouveaux emplois sont à temps plein, 71 % sont à haute rémunération et 80 % sont dans le secteur privé.
Pourquoi faisons-nous tout cela? Ultimement, pour laisser notre pays dans un meilleur état que celui dans lequel nous l'avons trouvé.
C'est la raison de ma présence ici aujourd'hui. Je veux vous parler des prochaines étapes qui nous permettront d'édifier un pays plus solide, de faire avancer notre nation et de faire croître notre économie.
Selon moi, il faut au Canada éliminer les barrières commerciales entre les provinces et les territoires, et créer une zone de libre-échange au Canada.
À mon avis, la première tâche de tout gouvernement consiste à bâtir une nation unifiée au moyen de politiques et de projets qui édifient l'économie et renforcent le pays.
Il est indéniable que notre ambitieux plan d'expansion du commerce international fonctionne.
Nous voyons des résultats tangibles sur la scène internationale.
Cependant, le commerce intérieur ne s'est pas développé au même rythme que nos ententes de commerce international.
Lorsque l'Accord sur le commerce intérieur du Canada a été signé en 1994, le Canada avait des accords de libre-échange avec deux pays, le Mexique et les États-Unis.
Maintenant, nous en avons avec 43 pays partout sur la planète.
Et la triste réalité est qu'à l'heure actuelle, les Canadiens offrent plus d'avantages commerciaux aux investisseurs étrangers qu'à leurs propres concitoyens.
Nous avons au Canada beaucoup trop d'obstacles au commerce intérieur, à la mobilité de la main-d'œuvre et à la croissance.
Ces obstacles nous coûtent des emplois, limitent la croissance de nos entreprises, privent les consommateurs d'un plus grand choix et nuisent à l'économie canadienne.
Les obstacles au commerce sont partout, mais certains sont plus particulièrement irritants.
Par exemple, essayez de conduire un camion d'un bout à l'autre du pays. Selon l'Association de camionnage de l'Ontario, un camion partant du centre-ville de Windsor en direction du centre-ville de Miami devra traverser exactement 17 intersections munies de feux de circulation. Or, 16 de ces feux de circulation se trouvent à Windsor. Pire encore, nombre de provinces ont des règles différentes régissant le poids et les dimensions des camions, les pneus, la hauteur, l'espacement, etc.
Le Canada est le deuxième plus grand pays au monde en étendue, et le 37e sur le plan de la densité, mais nous n'avons toujours pas réussi à harmoniser nos normes en matière d'infrastructure de transports.
À quoi mène tout cela? Cela fait en sorte que nos entreprises préfèrent brasser des affaires dans l'axe nord-sud plutôt que d'est en ouest. Certaines firmes peuvent grandir, et le font, mais, dans l'ensemble, c'est toute l'économie canadienne qui en souffre. Cela nuit à notre connectivité. Et les occasions d'emplois au pays s'en trouvent diminuées lorsque les entreprises profitent davantage de partenariats liés au sud avec les États-Unis plutôt qu'avec les autres provinces canadiennes.
Le commerce du vin au pays offre un autre exemple typique, dont on parle souvent dans ma province natale. Certaines provinces interdisent aux entreprises vinicoles d'expédier leurs produits directement à un consommateur à l'extérieur de la province où elles sont établies. Et pourquoi? À cause d'un système de mesures protectionnistes qui est en place dans chaque province et qui prive les consommateurs d'un plus grand choix, empêche les Canadiens d'acheter des vins primés de classe mondiale et nuit à notre économie.
Prenez, par exemple, la brasserie Beau's All Natural de Vankleek Hill, en Ontario. Cette brasserie ontarienne qui a gagné des prix n'a pas le droit de vendre ses produits au Québec, à une distance de 20 km. On lui interdit de vendre ses produits au Québec, mais l'entreprise peut les vendre librement et sans aucune entrave aux États-Unis.
C'est pourquoi la brasserie prend de l'expansion dans l'État de New York, où elle va créer des emplois dans plusieurs domaines associés : fabrication, camionnage, vente au détail et embouteillage. Tous ces emplois s'en iront dans l'État de New York. Les consommateurs canadiens ne peuvent avoir accès à un produit canadien vendu librement en Ontario et dans l'État de New York, mais pas en Nouvelle-Écosse.
Lorsque le comédien canadien Tom Green a participé à l'émission de Jimmy Fallon il y a environ un mois, il a apporté de la bière de Beau's. Jimmy Fallon a depuis déclaré qu'il s'agissait maintenant d'une de ses bières favorites et qu'il s'assurerait d'en avoir toujours dans le salon vert pour ses invités. Ce qui revient à dire que Jimmy Fallon aura accès à la bière de Beau's avant les Canadiens qui vivent à l'extérieur de l'Ontario.
Un autre exemple nous vient de l'Association des transformateurs laitiers du Canada. J'ai rencontré des représentants de l'Association récemment à Ottawa. Saviez-vous que chaque province a des normes différentes pour les petits contenants de crème à café que nous utilisons tous les jours? Chaque province a ses propres règlements sur la taille, les dimensions, le poids et même l'adhésif pour les sceller.
C'est pourquoi les transformateurs laitiers partout au pays doivent d'abord décider dans quelle province ils vont opérer afin de ne pas avoir à dédoubler les coûts d'emballage de leur crème dans chaque province et territoire. Quelles conséquences cela a-t-il pour la ferme laitière? Les producteurs développent leur produit et se retrouvent coincés soit dans une économie locale, régionale ou provinciale, et ils ne peuvent croître au-delà de ces limites géographiques. Ils ne peuvent croître à grande échelle; ils ne peuvent connaître une réussite pancanadienne; ils ne peuvent développer leur expertise en logistique. Ils n'ont pas la possibilité d'opérer efficacement partout au Canada, de développer leur chaîne d'approvisionnement au pays, pour ensuite se lancer sur les marchés mondiaux et devenir des chefs de file planétaires.
Les obstacles au commerce freinent la croissance des entreprises au Canada. Et pourquoi? Dans le cas du commerce du vin, c'est parce que les gouvernements contrôlent la façon dont les alcools forts et les vins sont distribués dans les provinces. Et pourquoi soutenons-nous ce modèle? Parce que les gouvernements obtiennent une part du gâteau. C'est une question de taxes et de revenus versés directement aux gouvernements, qui peuvent ainsi en exercer le contrôle.
En fin de compte, ce sont les entreprises canadiennes qui en paient le prix. Les vignobles canadiens en souffrent. Nous perdons des emplois et des débouchés. Les entreprises ne peuvent prendre de l'expansion. Cela a d'énormes conséquences sur la capacité du Canada d'aller de l'avant.
Le Canada doit se doter d'une politique rigoureuse pour éliminer les barrières au commerce intérieur.
Les entreprises étrangères qui exercent leurs activités au Canada ne devraient pas avoir un avantage systémique sur les entreprises canadiennes qui exercent leurs activités au Canada.
L'heure est venue de faire quelque chose.
L'ensemble des provinces et des territoires du Canada ont, pour la première fois en 20 ans, exprimé le désir de conclure un nouvel accord sur le commerce intérieur au Canada.
En tant que ministre de l'Industrie du Canada, je fais de la modernisation de l'Accord sur le commerce intérieur l'une de mes priorités.
Ce problème ne peut perdurer.
Et le moment est trop propice pour que nous le laissions passer.
Nous allons consulter les entreprises.
Nous déterminerons les irritants qui peuvent être résolus dans l'immédiat afin d'obtenir des résultats tangibles.
Nous désirons moderniser les mécanismes de règlements des différends qui soutiennent l'Accord sur le commerce intérieur, et mettre à jour les principes de gouvernance de notre comité.
Nous voici arrivés en 2014, à la veille de notre 150e anniversaire, que le Canada célébrera en 2017. Je vous demande votre collaboration, en tant que Chambre de commerce et, individuellement, à titre de gens d'affaires, dans la prise de conscience du très évident échec du statu quo et je vous invite à vous joindre à moi pour amener tous les gouvernements du pays à aller de l'avant.
La conjoncture est idéale pour faire avancer ce dossier. Il y a un mois, j'ai rencontré à Montréal mon homologue du Québec, le ministre Jacques Daoust qui m'a dit : « Ministre Moore, je sais que vous cherchez à établir un nouvel accord de libre-échange au sein du Canada. Je veux que vous sachiez que je suis Québécois et fédéraliste. Je suis Québécois, mais je suis Canadien avant tout. »
Nous voulons que plus de Canadiens pensent ainsi. Comme le disait Preston Manning : « Il y a deux sortes de politiciens : ceux qui veulent être quelque chose et ceux qui veulent faire quelque chose. » Au Québec, le ministre Daoust est quelqu'un qui veut faire quelque chose.
Alors, voici où nous en sommes aujourd'hui. Nous sommes en harmonie d'un bout à l'autre du pays — gouvernements libéraux et conservateurs et qui prônent la liberté d'entreprise partout au pays, des gens ouverts au libre-échange, ici en Nouvelle-Écosse et aussi au Québec. La province de l'Ontario est aussi prête à négocier et à poser des gestes concrets et importants.
Il y aura, en août, une réunion de tous les ministres responsables du commerce intérieur. J'essaie de donner un élan à ce dossier et de faire bouger les choses. Je tente d'amener les gens à comprendre les conséquences économiques du statu quo, qui est d'une grande stupidité, et à réaliser à quel point il est impératif, pour le bien-être de notre économie, d'éliminer ces obstacles au commerce.
C'est la raison de ma présence ici. C'est ce qui motive ma tournée. Je vais rencontrer mon homologue provincial de la Nouvelle-Écosse aujourd'hui. Je ferai la même présentation demain à Regina. Je leur dirai à quel point il est impératif de passer à l'action et ce que cela représente pour la Saskatchewan. J'irai ensuite en Colombie-Britannique, pour rappeler à ses résidants ce que cela signifie pour eux.
Partout au pays, des gouvernements sont ouverts d'esprit et ouverts aux progrès, ils ont ce dossier à cœur et veulent réaliser des choses concrètes et importantes. Cela crée des possibilités. Le gouvernement fédéral dispose aussi d'outils lui permettant d'aller de l'avant de son côté et d'abolir les barrières au commerce. Nous allons mettre en place ces outils en temps voulu. Il est primordial que toutes les provinces travaillent avec nous et que cette union économique couvre l'ensemble du pays.
En travaillant ensemble, nous pourrons atteindre des résultats remarquables pour le Canada.
Je vous remercie de m'avoir accordé un peu de votre temps.