Winnipeg (Manitoba)
Le 9 juillet 2014
Peter Menzies, vice-président des Télécommunications
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes
Priorité à l'allocution
Merci.
Il y a un peu plus d'un an, à cette époque, je me suis rendu à Calgary.
Ce que j'ai vu, c’est une ville accablée par une inondation. Le bureau du CRTC a été évacué et n’a pas ré-ouvert pendant trois semaines. Le centre-ville était à l’abandon.
Donc, je tiens à exprimer mes pensées à l’endroit de tout le monde de cette province et de la Saskatchewan qui a été touché par cette inondation. Chacun de nous devrait être reconnaissant envers tous les premiers intervenants, le personnel militaire et tout simplement à ses voisins qui prêtent main forte. Leur travail est dur, épuisant et souvent déchirant.
Et je tiens tout particulièrement à souligner l'importance au cours des épisodes critiques comme celles-ci, d'un système local de radiodiffusion et des télécommunications efficace et efficient. La capacité qu’a le public d'accéder à des informations exactes et à jour ainsi que de communiquer les uns avec les autres dans des moments comme ceux-ci est cruciale. Je suis très confiant que les radiodiffuseurs et les entreprises de télécommunications dans les zones touchées, se sont héroïquement assurés que leurs services restent intacts, comme ils l'ont fait en Alberta l'an dernier.
Et, ainsi, sur le sujet en question.
Les interprètes visuels jouent un rôle essentiel dans la promotion des langues des signes et s’assurent que les personnes sourdes jouissent des mêmes privilèges que les personnes entendantes, aident les personnes sourdes à prendre leur place dans la société en tant que citoyens égaux en droits.
Mes collègues et moi au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes avons une grande admiration pour votre travail. Il est essentiel pour nous en tant qu’organisme de réglementation de s’ assurer que les Canadiens ont accès à des services de communication de qualité et abordables.
Nous sommes conscients d’envisager une définition beaucoup plus large de l'accessibilité que celle se référant exclusivement à des questions d’emplacement et de coûts. Pour que les systèmes de radiodiffusion et des télécommunications canadiens soient réellement inclusifs et accessibles, ils doivent tenir compte des besoins des Canadiens sourds, malentendants ou ayant un trouble de la parole. Cela garantit que les droits et les aspirations de ces Canadiens, d'accéder aux services des télécommunications, sont pris en compte.
Comme vous le savez, le CRTC a annoncé en avril que le service de relais vidéo (SRV) sera disponible en sol canadien aux utilisateurs de la langue des signes québécoise (LSQ) et de la langue des signes américaines (ASL). Dès son lancement, le service permettra aux personnes sourdes, malentendantes ou ayant un trouble de la parole de communiquer avec les autres Canadiens en utilisant ce qui est souvent leur langue première, et vice versa.
Je veux aborder aujourd’hui les détails de la décision, y compris les raisons pour lesquelles il s’agit d’une solution unique faite-pour-le-Canada et ce que vous devez faire pour vous préparer. Pour commencer, voyons comment nous en sommes arrivés là.
Accessibilité et SRV
En 2009, le CRTC a publié une décision qui annonçait un certain nombre de nouvelles exigences en vue d’améliorer l’accès aux services de radiodiffusion et des télécommunications pour les quatre millions ou plus de Canadiens ayant un handicap.
À cette époque, on nous a aussi demandé d’examiner la possibilité de mettre en œuvre un SRV. Mais lorsque nous avons effectué notre examen, nous avons constaté que nous n’avions pas suffisamment de données pour justifier son développement. De plus, nous ne trouvions aucune méthode de prestation de service raisonnable pour l’ensemble des Canadiens. La technologie n'était tout simplement pas assez avancée. Nous nous sommes donc engagés à revoir la faisabilité à une date ultérieure et nous avons invité les fournisseurs de services de télécommunications à offrir leurs propres services SRV s'ils estimaient que c’était approprié.
Deux événements importants se sont produits par la suite. Bell Canada a mené une vaste étude de faisabilité du SRV qui rendait des estimations détaillées du nombre prévu d’utilisateurs et des besoins de financement. Pour sa part, Telus a mené son propre essai d’un SRV pendant 18 mois à Vancouver et à Calgary et a recueilli des données sur le nombre d’appels, leur durée et les tendances d’utilisation.
Les deux entreprises ont déposé leurs constatations au CRTC et, combiné avec les observations formulées par le grand public, nous étions convaincus que le temps était venu de lancer un processus de consultation et de tenir une audience publique sur la faisabilité d’un service de relais vidéo au Canada.
L’audience a représenté pour nous un effort sans précédent. Pendant quatre jours au mois d’octobre dernier, pour la première fois, une audience du CRTC s’est déroulée en quatre langues : le français, l’anglais, la LSQ et l’ASL. Les membres du personnel qui ont aidé à coordonner cette audience ont été reconnus par leurs collègues gouvernementaux pour leurs idées novatrices et leur travail exceptionnel.
Néanmoins, les vrais héros de l’audience publique ont été les interprètes visuels. C’était impressionnant de voir la traduction entre l’anglais et le français et vice versa, en même temps que l’interprétation visuelle en langue appropriée. Je suis sûr que le travail des interprètes n'a pas été facilité par l’utilisation d’un jargon réglementaire. Cela semblait mentalement et physiquement épuisant.
Décision concernant le SRV
À la fin de l’audience, notre orientation était claire : mettre en place un service de relais vidéo. Presque sans exception, les citoyens et les groupes de consommateurs nous ont dit comment le SRV élimine les obstacles que les utilisateurs d’une langue des signes rencontrent pour accéder aux services de télécommunications de base. On nous a indiqué que le SRV est une méthode de communication plus naturelle et efficace comparé aux anciennes technologies, comme le service de relais téléphonique, et ne dépend pas de la maîtrise du français ou de l’anglais de la part d'un utilisateur de langue des signes.
Depuis notre premier examen du SRV en 2009, la croissance et la pénétration de la technologie à large bande a aidé les Canadiens qui sont sourds, malentendants ou ayant un trouble de la parole à communiquer, par exemple au moyen d’applications vidéo en ligne comme Skype ou iChat. Cette technologie nous offre maintenant une plateforme pour la mise en œuvre d’un SRV.
Signalons que le CRTC a établi un objectif pour les services Internet à large bande : d’ici 2015, les Canadiens devraient avoir accès à des vitesses d’au moins cinq mégabits par seconde pour les téléchargements et d’un mégabit par seconde pour les téléversements.
Nous planifions de revoir ces objectifs de vitesses cibles des services à large bande, dans la cadre d’un plus vaste examen de nos politiques relatives aux services de télécommunications de base. Cette politique définit un seuil minimal de service que les compagnies de téléphone titulaires dans les zones réglementées doivent fournir aux Canadiens. En gros, nous voulons savoir quels sont les services dont les Canadiens ont besoin pour être en mesure de participer pleinement à l’économie numérique. Autrement dit : quels sont précisément les services de base les plus essentiels au 21e siècle?
Nous savons toutefois que l’accès aux services n’entraîne pas nécessairement leur adoption. Des services à large bande pourraient bientôt être disponibles pour tous les Canadiens, mais des prix trop élevés pourraient empêcher les résidents des régions les plus éloignées de l'adoption de la technologie. À cette fin, le CRTC a récemment lancé une enquête sur les services par satellite utilisés pour fournir des services de télécommunications dans les collectivités éloignées et du Grand Nord.
La conseillère Candice Molnar, qui représente la Saskatchewan et le Manitoba, dirige l’enquête. Elle examinera la disponibilité et l’abordabilité de ces technologies et présentera son rapport et ses conclusions au Conseil cet automne.
Une solution adaptée à la réalité canadienne
Au cours de l’audience concernant le SRV, mes collègues et moi avons entendu beaucoup de suggestions au sujet de la manière de mettre en œuvre un SRV. Nous avons choisi les meilleurs éléments des propositions afin de créer une solution unique adaptée à la réalité canadienne. Voici ce que cela veut dire.
Le Canada est un pays ayant une population relativement faible, inégalement dispersée sur une grande superficie. Les Canadiens parlent une ou les deux langues officielles. Ils communiquent en utilisant les deux langues officielles ainsi que des langues des signes. Notre solution de SRV doit donc tenir compte du besoin d’offrir ce service particulier dans l’ensemble du pays.
Pour réaliser cette tâche importante, nous avons créé le rôle d’un administrateur indépendant, qui sera responsable de superviser la mise en œuvre et la prestation du SRV partout au pays. D’ici le 25 juillet, nous attendons des propositions sur le mandat et la structure de l’administrateur.
Une fois établi, l’administrateur utilisera un processus de demande de propositions afin de sélectionner le fournisseur qui offrira le service de relais vidéo. L’administrateur s’assurera que le fournisseur satisfait aux objectifs fixés quant aux heures d’opération, à la qualité du service et aux normes technologiques. Il est important de garder à l'esprit que le SRV ne sera vraisemblablement pas offert 24 heures sur 24, du moins au début, mais qu’il sera offert sept jours par semaine.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
En premier lieu : tout simplement se préparer. Le SRV s’en vient. Vous et vos collègues devrez recruter et former du personnel en conséquence pour répondre à la demande accrue prévue d’interprètes en langue des signes. Compte tenu du temps requis pour former des interprètes, vous devrez commencer bientôt. Si l’on se fie à l’essai de Telus, la demande d’interprètes pour offrir le SRV aurait des conséquences involontaires sur la disponibilité d’interprètes dans d’autres domaines.
Deuxièmement, vous devez être des agents de changement. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour nous assurer que le SRV sera offert aux Canadiens d’ici l’automne 2015, mais nous avons besoin de votre pleine participation. Lorsque le CRTC publiera sa décision relative à l’administrateur, vous devrez être prêt à passer à l'étape suivante.
Par exemple, lorsque vous êtes approché pour obtenir des conseils, soyez ouverts et francs. L’administrateur du SRV aura sans doute des questions sur des sujets complexes liés aux appels SRV, par exemple en matière de respect de la vie privée et de confidentialité. Bien que l’administrateur consultera des documents clés comme le code de déontologie et les lignes directrices relatives au comportement professionnel de votre association, il peut avoir besoin de renseignements supplémentaires.
Troisièmement, ne laisser personne derrière. Le SRV sera sans doute une source importante d’emplois pour les interprètes en langue des signes dans l’ensemble du pays. C’est magnifique, mais lorsque vous envisagez votre rôle avec ce nouveau service, s'il vous plaît ne perdez pas de vue l’importance de continuer à offrir des services aux Canadiens dans d’autres aspects de leur vie quotidienne, que ce soit à l’école, dans le cabinet d’un médecin ou à l’épicerie.
Conclusion
Pour les Canadiens qui sont sourds, malentendants ou ayant un trouble de la parole, le SRV représente un progrès important. Il apportera un nouveau niveau de facilité à des interactions quotidiennes, qu’il s’agisse de choses simples comme souhaiter bonne fête des mères et la tenue d’une rencontre parent-enseignant ou des interactions plus complexes avec un avocat ou un comptable.
Et tandis que certains d'entre nous peuvent parler de l’importance de permettre aux personnes sourdes d’avoir accès au monde des personnes entendantes, le bénéfice réel du SRV réside en sa capacité à faire profiter aux personnes entendantes, de la connaissance, des expériences et de la sagesse des Canadiens qui sont sourds.
Merci.