Banff (Alberta)
Le 12 juin 2014
Tom Pentefountas, Vice-président de la radiodiffusion
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes
Priorité à l'allocution
Bonjour.
Avant de commencer, je tiens à saluer mes collègues du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes qui sont ici aujourd’hui : Candice Molnar, conseillère régionale du Manitoba et de la Saskatchewan; Steve Simpson, conseiller régional de la Colombie-Britannique et du Yukon; et Michael Craig, gestionnaire, Demandes de télévision de langue anglaise.
Nous sommes tout particulièrement heureux d’être ici pour célébrer votre 80e anniversaire.
Pensons-y un peu. La Western Association of Broadcasters a vu le jour en plein cœur de la grande dépression.
Pendant que l’économie mondiale s’écroulait, les provinces des Prairies étaient touchées par des catastrophes aux proportions bibliques : sécheresses, tempêtes de grêle et invasions de sauterelles.
Ces bouleversements ont dévasté les cultures et causé des misères incroyables aux cultivateurs, à leur famille et à leurs collectivités.
C’est avec courage, détermination et créativité que les Canadiens des Prairies ont persévéré pendant ces années difficiles. C’est ainsi qu’ils ont donné naissance aux grands mouvements coopératifs des Prairies, lesquels ont façonné de nombreuses initiatives stratégiques publiques canadiennes, notamment dans le domaine des soins de santé canadiens.
Cela témoigne de votre capacité à surmonter l’adversité et de votre enracinement profond dans vos collectivités qui vous aideront à relever les défis à venir.
Au nom de tout le personnel du CRTC, félicitations pour ces huit décennies de succès et de dévouement. Je tiens tout particulièrement à souligner les services que vous offrez aux Canadiens, parce qu’il s’agit là de votre fonction première.
Secteur de la radio
Comme vous le savez, le CRTC procède actuellement à un examen ciblé de sa politique sur la radio commerciale. Bien que nous ne voyions pas la nécessité d’effectuer une révision majeure de la politique, il pourrait être utile de modifier certains éléments de la politique.
Le processus d’examen se poursuit et, par conséquent, il m’est impossible de vous en dire davantage pour le moment. Je tiens toutefois à remercier ceux et celles qui ont participé à l’examen. Nous examinons attentivement tous les commentaires que nous avons reçus et nous prévoyons rendre une décision à l’automne.
Les Canadiens utilisent encore la radio pour écouter une bonne partie de leur musique. D’après le rapport de la société Nielsen, 61 % des Canadiens écoutent la radio traditionnelle terrestre pour découvrir de la musique. Ils y font 42 % de leurs découvertes musicales. Il s’agit de la source la plus importante parmi toutes les autres, y compris YouTube, iTunes et les médias sociaux.
Ces derniers services offrent du contenu pour les téléphones cellulaires et les tablettes. Les adeptes les plus enthousiastes des médias numériques sont les jeunes. Or, c’est précisément chez les jeunes Canadiens que l’écoute de la radio est en baisse.
Lorsque l’on regarde les cinq principaux marchés métropolitains au Canada, les personnes âgées de 18 à 24 ans syntonisent moins la radio, dans une proportion de 30 %, que la population générale de 12 ans et plus. Le groupe des 12 à 17 ans, quant à lui, affiche un taux d’écoute inférieur de 50 %.
Les habitudes adoptées par les gens alors qu’ils sont jeunes ont tendance à persister, sans compter que les nouvelles technologies deviendront de plus en plus omniprésentes.
Cette situation survient tout juste au moment où le terrain de bataille investit le haut lieu de la radio : l’automobile et son système de divertissement Web.
Nonobstant ces défis et d’autres encore, la radio demeure pertinente pour le développement des goûts musicaux, l’évolution de l’opinion publique et la construction d’une identité régionale.
Nous savons tous qu’il existe de nouveaux services : Rdio, Slacker, Songza et Play Music de Google, pour ne nommer que ceux-là. Et maintenant que la Commission du droit d’auteur a rendu sa décision à l’égard des redevances pour les services de diffusion en continu, ce n’est qu’une question de temps avant qu’Apple, Pandora et Spotify pénètrent le marché canadien.
Plus inquiétant encore est le fait que bon nombre de ces sociétés vont sans doute continuer de grossir au moyen de fusions et d’acquisitions. Il est clair que Songza est actuellement en pourparlers avec Google, et d’autres sociétés seront acquises sous peu par un très gros joueur. Apple déboursera trois milliards de dollars pour mettre la main sur Beats, sans compter que Spotify et Pandora sont respectivement évalués à 4 et à 5 milliards de dollars.
Il est tout naturel de se sentir comme David devant Goliath. Ce combat a peut-être eu lieu bien avant ma naissance, mais il me semble que David s’en est plutôt bien tiré. Et j’ai le sentiment que vous tirerez également votre épingle du jeu, précisément en raison de votre profond enracinement auquel j’ai fait allusion plus tôt.
Ces nouveaux joueurs de la scène numérique ne peuvent rivaliser avec cet enracinement. Vous pouvez assurément tirer profit de votre statut d’antériorité, en le combinant au côté novateur de votre rôle de conservateur de la musique, et tout particulièrement en vous intégrant profondément à la trame sociale et culturelle de vos collectivités respectives.
Les radiodiffuseurs ont de la difficulté à s’adapter au nouvel environnement numérique. Mais ces défis ne sont pas insurmontables. Je crois que votre arme absolue se trouve dans votre marque que l’on reconnaît facilement. Je reviendrai sur cette idée dans un moment.
Secteur de la télévision
Les télédiffuseurs sont confrontés à des défis similaires. Les Canadiens ayant une connexion Internet ont maintenant accès à un vaste choix de contenu.
De quelle façon pouvons-nous nous assurer que le système de télévision répond aux besoins des Canadiens, aujourd’hui et demain?
Contrairement à ce que nous avons fait dans le cadre de consultations précédentes du CRTC, nous avons choisi, cette fois, de commencer par poser la question directement aux Canadiens. En octobre dernier, nous avons lancé l’initiative intitulée Parlons télé : Une conversation avec les Canadiens.
Nous en sommes maintenant à la troisième phase de cette conversation. Le mois dernier, nous avons proposé d’apporter un certain nombre de changements au système de télévision à la lumière de ce que les Canadiens nous ont dit.
Nos propositions ont trois objectifs :
- favoriser une sélection d’émissions souple et variée;
- encourager la création de contenu captivant et diversifié par des Canadiens; et
- permettre aux Canadiens de faire des choix éclairés.
De même, nous envisageons l’intégration d’un forfait de base épuré, la mise en place d’un code de déontologie pour les fournisseurs de services de télévision ainsi que l’établissement d’un service d’ombudsman.
Nous examinons également l’utilité d’un système de mesure de l’auditoire à l’aide de données obtenues par voie de retour, un système conçu de manière à protéger la vie privée des téléspectateurs.
Nous recueillons les points de vue jusqu’au 25 juin, après quoi une audience publique débutera le 8 septembre.
Image de marque
L’examen de la radio et le contenu de Parlons télé illustrent bien comment le CRTC veille à ce que sa réglementation évolue au même rythme que les changements rapides des technologies et des comportements du consommateur.
Pour faire face à ces mêmes changements, l’un des éléments les plus importants de votre stratégie devra sans conteste être la valorisation de votre marque.
Comment créer une dynamique qui porte le public à penser instinctivement à vous lorsqu’il est question de radiodiffusion?
Pour ma part, quand je pense à des moteurs de recherche, le premier qui me vient en tête est Google.
Quand je pense aux médias sociaux, Facebook me vient spontanément à l’esprit.
Lorsqu’il est question de logiciels, c’est à Microsoft que je pense.
Et lorsqu’il est question d’appareils mobiles, je pense tout de suite à la grande marque qu’est Apple et à Steve Jobs.
Nous entendons souvent aujourd’hui que toute chose est une marchandise : la musique, les divertissements visuels, les nouvelles, la météo, l’information routière. On peut les obtenir n’importe où. La clé est de savoir comment amener votre public potentiel à vouloir se les procurer auprès de vous. D’où proviennent ces liens qui vous unissent avec votre public? Comment lui démontrer que vous n’êtes pas uniquement un service de diffusion de contenu?
Même la notion de musique en tant que marchandise peut être remise en question. Il s’agit d’une marchandise seulement si vous la considérez et la traitez comme telle. Comme je l’ai mentionné précédemment, rien n’empêche les exploitants de stations de radio de demeurer des gardiens des goûts musicaux et de battre les acteurs numériques sur leur propre terrain.
Les stations de radio ont particulièrement bien réussi à amener les Canadiens à se tourner vers elles pour obtenir du contenu grâce à leur dimension locale importante et à leur engagement inconditionnel envers les collectivités qu’elles desservent. Quelles leçons les télédiffuseurs peuvent-ils tirer des stations de radio?
Il y a beaucoup de similitudes entre ces deux médias. Que vous travailliez dans une station de radio ou une station de télévision, votre principal atout est votre marque digne de confiance et votre rôle de fiers gardiens du contenu.
Mais le contenu ne vous appartient pas. Ce qui vous appartient, c’est l’image de marque que vous avez créée dans le marché et les liens que vous avez établis avec votre auditoire. C’est l’attachement que les auditeurs et les téléspectateurs éprouvent à l’égard de vos stations.
Je me demande souvent ce que Marshall McLuhan dirait à propos de l’environnement médiatique d’aujourd’hui. Insisterait-il sur le fait que le message c’est le médium?
Certains ont constaté que le message est devenu une marchandise accessible à l’échelle mondiale. Le radiodiffuseur le sait. Il fut un temps où les stations de radio disposaient de grandes salles de nouvelles traditionnelles. Mais dans ce nouveau millénaire, la fonction traditionnelle de l’information a été reléguée à l’arrière-plan, et n’est plus qu’une fonction de commentaire et de débat. Cette situation a été favorisée par les personnalités en ondes qui s’évertuent à se démarquer dans le marché. Avec la venue des services de nouvelles mondiaux, il s’agit là d’une progression naturelle.
En définitive, vous devez miser sur la loyauté de vos auditeurs et de vos téléspectateurs. Une fois que vous avez capté leur attention, ils deviennent vôtres! Ils vous suivront partout, peu importe la plateforme, peu importe l’application. Google ne peut rivaliser avec ça.
Votre marque est votre avantage concurrentiel. C’est à vous de miser sur sa valorisation si vous souhaitez vous protéger contre les nouvelles technologies et les nouveaux rivaux.
À vous de jouer. Qui êtes-vous? Quelle est votre image de marque? De quelle façon les radiodiffuseurs peuvent-ils utiliser leur marque pour bâtir des liens plus solides avec leur public actuel et potentiel?
Je vous souhaite beaucoup de succès dans les projets que vous menez ou que vous envisagez, et ce, pour les 80 prochaines années.
Merci beaucoup.