Le 3 août 2014 - Singapour
Sous réserve de modifications
Bonjour, et merci de cette aimable présentation. Je suis ravi d’être ici à l’IIES [Institut international d’études stratégiques] devant un auditoire aussi distingué.
J’aimerais vous remercier tous d’avoir décidé d’amorcer votre semaine sans doute très occupée en m’écoutant vous raconter à quel point mon pays est formidable et ce que je sais de l’Asie.
Ce type de discours ne vous est-il pas familier? Je ne peux vous promettre que je ne parlerai pas de cela, mais je souhaitais saisir cette occasion pour véritablement réfléchir à la direction que j’envisage pour cette région, et au rôle que le Canada peut jouer et jouera sur ce parcours.
Le moment s’y prête. Je suis moi-même à mi-parcours : une visite de deux à trois semaines de l’Asie de l’Est et du Sud-Est.
Je mentionnerai souvent l’Asie dans ce discours, mais je fais principalement référence à la région de l’Asie-Pacifique, compte tenu de l’objectif de mon voyage.
Un voyage de cette envergure me donne l’occasion de rendre visite simultanément à quelques partenaires importants — en plus de Singapour, je me suis rendu à Beijing et à Tokyo, et j’irai à Jakarta, Hong Kong et Guangzhou.
Mais j’ai également eu le temps de rencontrer certains des partenaires plus récents et moins traditionnels.
J’ai tout d’abord été le premier parmi les ministres des Affaires étrangères du Canada à me rendre en Mongolie et j’ai effectué la toute première visite ministérielle dans le jeune pays du Timor-Leste. Et je terminerai en participant à un dialogue avec l’ANASE [Association des nations de l’Asie du Sud-Est] dans le cadre de ma deuxième visite en Birmanie.
Sérieusement, j’apprends principalement en discutant avec les gens. Pendant ces voyages, j’ai écouté d’autres ministres des Affaires étrangères, des chefs d’entreprise, des dirigeants communautaires, des experts en matière de sécurité, des activistes et des expatriés, et j’ai appris d’eux.
De ces discussions, il m’apparaît clair que le Canada et les nations asiatiques ont plus d’intérêts communs — et de besoins collectifs — que jamais auparavant.
Et voilà quel est mon message aujourd’hui.
Le Canada occupe une place de choix en Asie-Pacifique. Nous avons de solides intérêts communs.
Mais dans un monde de plus en plus instable, nous avons également un besoin collectif, et non simplement un souhait : celui de travailler ensemble.
Le Canada en tant que nation du Pacifique
Permettez-moi tout d’abord de dire que je suis optimiste quant à l’avenir du Canada et de l’Asie. Non seulement en raison de certaines politiques et priorités, mais par nature.
Ceux qui connaissent le Canada savent que nous sommes, sans équivoque, une nation du Pacifique.
L’Asie était, et demeure, un élément important du développement de notre nation. Nous avons accueilli de grandes vagues de réfugiés de la Corée, du Vietnam, du Laos et du Cambodge déplacés par la guerre.
Tandis que Hong Kong rétablissait la gouvernance du continent, un grand nombre de résidents ont élu domicile au Canada. Plus récemment, nous avons accueilli un grand nombre d’immigrants de l’Inde, du Pakistan, du Sri Lanka et des Philippines.
Et nous restons ouverts à l’immigration en provenance de l’Asie.
Quelque 60 p. 100 de tous les nouveaux immigrants au Canada viennent de l’Asie. Le nombre est encore plus élevé pour les étudiants étrangers, à près de 70 p. 100. Et c’est la région qui connaît la croissance la plus rapide en ce qui concerne le nombre de touristes.
Notre démographie asiatique-canadienne est au cœur de notre identité. Ces citoyens font partie intégrante du tissu de notre société. Et ils représentent une de nos plus grandes forces alors que nous nous engageons à approfondir nos partenariats en Asie.
En fait, sur le plan démographique, l’on pourrait dire que le Canada est autant un pays asiatique que Singapour — 5 millions de Canadiens sont d’origine asiatique, soit un nombre aussi grand que la population entière de cette région.
L’on pourrait également dire que nous avons la grande ville la plus asiatique à l’extérieur de l’Asie — près de la moitié, soit 43 p. 100, de tous les résidents de Vancouver sont d’origine asiatique. Même à Toronto, notre plus grande ville, ce pourcentage est de plus d’un tiers.
Il ne s’agit pas seulement de chiffres. Ces citoyens font véritablement une différence.
La compréhension culturelle, les liens familiaux, les liens commerciaux et les compétences linguistiques des Canadiens d’origine asiatique sont les rivets et les contreforts du pont qui surplombe le Pacifique.
À toute personne qui dirait que la géographie du Canada constitue un obstacle plutôt qu’un pont à des relations plus étroites avec l’Asie, je préciserais que Shanghai est située plus près de la côte de la Colombie-Britannique que de Sydney.
Un vol de Vancouver à Beijing est aussi plus court qu’un vol de Sydney. Il en va de même pour Tokyo, et Séoul.
Liens modernes avec l’Asie et Singapour
Pour ces raisons et bien d’autres, le Canada a déjà une présence forte — et grandissante — en Asie. De nos jours, le réseau diplomatique du Canada en Asie est plus solide que dans toute autre région, et il continue de croître.
Dans les jours à venir, j’ouvrirai notre nouvelle ambassade à Yangon, et l’expansion se poursuivra ailleurs.
Notre premier commissaire chargé du commerce à l’étranger a été envoyé dans la région il y a plus de 100 ans. Certaines de nos grandes sociétés ont des racines en Asie depuis plus d’un siècle.
Je suis très conscient que l’Asie se situe en plein cœur de l’humanité depuis une bonne partie de l’existence de celle-ci. L’Asie est un chef de file dans les domaines du commerce, de la gouvernance, des sciences, de la littérature et des arts.
Lorsque mon horaire me le permet, je me fais un devoir de visiter au moins un site culturel ou historique par séjour, et j’ai développé une réelle appréciation pour les arts asiatiques en particulier.
La semaine dernière, à Beijing, j’ai visité certains des musées de la Cité interdite, admirant des objets en céramique vieux de plusieurs siècles — et pourtant relativement modernes dans le contexte de sa civilisation ancienne.
Mais ce qui a changé au cours du XXIe siècle, comparativement au XVIe et aux siècles précédents, c’est que nous ne sommes plus une planète de régions largement déconnectées.
Nous formons maintenant une société mondiale interreliée et interdépendante. Un unique marché panrégional qui jamais ne dort. Un marché de biens et de services, mais aussi d’information et d’idées.
Le monde des grands voiliers, des cours féodales, des frontières éloignées et de l’occasionnelle armée en maraude a cédé sa place à des communications instantanées, à des marques universelles et à des multinationales.
Dans ce monde hyperconnecté, une Asie prospère est synonyme d’un monde plus prospère. Ce qui se produit en Asie se répercute maintenant en un instant partout dans le monde.
Ainsi, non seulement la prospérité de l’Asie nous concerne-t-elle, c’est également le cas de la paix et de la sécurité qui y règnent, et de sa gouvernance.
Compte tenu de l’économie ouverte et de la dépendance commerciale du Canada — qui sont parmi les plus fortes dans le G-7, avec quelque 60 p. 100 de PIB et un emploi sur cinq lié aux exportations — ce n’est pas une mince affaire pour les Canadiens.
Nous avons appris que les pays ne prospèrent pas par accident.
Ceux qui tirent profit des occasions mondiales le font au moyen de politiques saines, d’un leadership politique, de stratégies internationales et de populations informées.
Les structures commerciales traditionnelles du Canada ont tout naturellement inclus les États-Unis et l’Europe. Nous savons maintenant que nous devons diversifier nos relations économiques.
Et nous savons que les relations commerciales sont fonction d’un engagement en matière de politiques et de sécurité.
Nous pouvons considérer notre amitié avec Singapour comme le point repère pour ce niveau d’engagement. Nous célébrerons, en 2015, 50 années de relations diplomatiques entre nos deux nations.
Singapour est le lieu de résidence de milliers de Canadiens. Un aimant pour plus de 2 milliards de dollars en investissements directs du Canada. Et un allié clé en matière de sécurité régionale.
Le Canada aussi est, pour Singapour, une passerelle clé vers l’Amérique du Nord. Bon nombre des dirigeants économiques et gouvernementaux de Singapour y ont étudié. Et Singapour investit davantage au Canada que toute autre nation de l’Asie du Sud-Est.
C’est avec plaisir que je rencontrerai mon homologue plus tard aujourd’hui pour discuter des mesures à prendre pour poursuivre sur cette lancée.
Faire commerce avec une Asie en mutation
Je crois que ce que le Canada a à offrir correspond tout à fait aux besoins en constant changement des nouvelles sociétés d’Asie.
Avec la hausse des revenus, les populations d’Asie veulent des produits alimentaires salubres, de qualité et diversifiés.
Les marchés d’exportation deviennent peu à peu des marchés de consommation.
Les populations veulent un environnement plus sain, notamment pour ce qui est de la qualité de l’air et de l’eau et des méthodes de production d’énergie.
Les familles veulent avoir l’occasion de mieux s’instruire pour prospérer dans des sociétés concurrentielles. Elles veulent aussi des services d’assurance fiables.
Pour moderniser l’économie, il faut un approvisionnement constant en matières brutes de qualité.
Le Canada est un chef de file mondial à tous ces égards.
Nous avons des entreprises de renommée internationale qui désirent améliorer leurs partenariats dans la région. Nous avons aussi de petites entreprises qui innovent, qui croissent rapidement et qui sont prêtes à se lancer.
De la même façon, alors que les sociétés d’Asie veulent accroître leur présence à l’échelle internationale, nous ouvrons nos portes aux investissements directs d’Asie dans tous ces secteurs et tous les autres. Vous constaterez par l’occasion que nous avons de manière objective l’une des économies les plus favorables du monde en ce qui concerne les entreprises.
Nos échanges accrus avec la Chine, grâce à l’ANASE, et avec d’autres grands marchés d’Asie en sont une preuve. La Chine est devenue notre deuxième partenaire commercial en importance après les États-Unis.
Mon collègue et ministre du Commerce international, Ed Fast, vient d’annoncer quatre nouveaux bureaux commerciaux là-bas, ce qui augmente notre réseau de bureaux commerciaux et diplomatiques à 15 et notre équipe de délégués commerciaux à 100.
Le Canada participe bien entendu aux négociations du Partenariat transpacifique. En parallèle, nous venons d’achever les négociations pour un accord libre-échange avec la Corée et en sommes à négocier d’autres accords similaires, notamment avec le Japon et l’Inde.
Nous avons l’avantage d’être un pont non seulement entre l’Asie et l’Amérique du Nord grâce à l’ALENA, mais aussi entre l’Europe et l’Amérique du Nord en vertu de notre entente de principe pour un imposant accord économique et commercial global Canada-Union européenne.
Mais nous savons tout de même aussi que la situation de l’Asie n’est pas aussi simple.
Nous sommes conscients que la modernisation et le développement sont inégaux dans la région. Certains pays traînent de la patte. Et les progrès accomplis demeurent fragiles dans d’autres cas.
Le Canada augmente son soutien au développement dans plusieurs pays pour que le retard soit comblé. L’aide du Canada en Asie date maintenant de plus de 60 ans, les contributions atteignant actuellement 1 milliard de dollars par année.
Instabilité mondiale
Je pense que nous avons montré les raisons en faveur de l’accroissement du commerce et du développement au Canada et en Asie : notre proximité géographique, historique, démographique et économique.
Mais je crois qu’une telle relation dépend tout autant de facteurs externes que de facteurs internes.
Au cours des prochaines années, il sera difficile pour l’Asie de garder l’équilibre dans un monde de plus en plus instable.
Je ne parlerai pas de tout ce qu’on observe dans le monde et des crises que connaît très bien un public bien avisé comme vous, mais je pense que c’est devenu aujourd’hui un incontournable.
Lors de notre rencontre la semaine dernière, mon homologue chinois a dit qu’il croyait que le monde était dorénavant systématiquement instable, une citation qui provenait de notre ancien homologue britannique William Hague.
Un nombre incalculable de lignes dans les journaux et de pixels sur le Web ont été accordés à la montée de l’économie des pays d’Asie et la dépendance accrue du monde envers eux.
Mais ce qu’on ne dit pas assez selon moi, c’est qu’il en résulte une dépendance, et même une vulnérabilité, croissante pour ces mêmes pays d’Asie.
J’ai commencé mon discours en parlant du temps que j’ai passé en Asie du Sud-Est au cours des dernières années. Je dois admettre qu’il y a une autre région pour laquelle on peut compter autant de billets d’avion à mon nom : le Moyen-Orient.
Il s’agit d’une région prioritaire pour des raisons évidentes. Dans un monde aussi interrelié, l’instabilité qui règne à des endroits tels que l’Iraq et la Syrie trouble directement la stabilité d’endroits tels que l’Indonésie et Singapour.
Par exemple, lorsque l’EIIS [État islamique d’Iraq et de Syrie] a commencé à faire des siennes en Iraq, le prix du pétrole a bondi et le prix des actions en Asie a chuté. Donc, les pays d’Asie ont des besoins économiques qui changent au fil de leur transformation, tout comme, selon moi, leurs besoins diplomatiques.
Les économies qui prennent de l’expansion à l’échelle internationale voient aussi leurs responsabilités augmenter au-delà de leurs frontières nationales et régionales.
C’est déjà le cas jusqu’à un certain point. Lors de mes rencontres bilatérales la semaine dernière en Chine et au Japon, nous avons passé autant de temps à parler des conflits internationaux comme l’Ukraine et Gaza que des conflits bilatéraux.
Le Canada est un pays ouvert sur le monde prêt à faire commerce avec tous les pays. Nous sommes sensibles depuis longtemps déjà aux conflits internationaux.
Mais si c’est une partie du problème, il faut aussi dire que nous sommes une bonne partie de la solution aussi.
À mon avis, il y a trois secteurs stratégiques pour lesquels le Canada peut apporter une importante contribution à la stabilité de l’Asie : la gouvernance, la sécurité énergétique et la coopération en sécurité.
Gouvernance stable et démocratique
Je vais commencer par la gouvernance et le développement de la démocratie.
Le mot « stabilité » a été par le passé un mot utilisé à outrance par les autocrates qui voulaient justifier leur manière de diriger.
Mais nous savons que la stabilité qui en ressort n’est que superficielle et qu’elle s’évaporera à moyen ou long terme. Un ami à moi, le commentateur de politique étrangère Ian Bremmer, le décrit très bien dans son concept de courbe J : les pays les plus stables sont ceux qui sont les plus ouverts et démocratiques.
Je dois dire qu’après l’avènement presque inévitable de la démocratie au cours des dernières décennies du siècle dernier, il reste une impression de stagnation pour les 10 années qui viennent de passer.
Heureusement, l’Asie regorge de belles histoires d’instauration de la démocratie au cours des 30 dernières années. Il y a la Corée. Le Japon. L’Indonésie. La Mongolie.
Je suis optimiste quant à l’avenir de l’Indonésie après les élections historiques du mois dernier.
Ce n’est pas encore connu du public, mais je rencontrerai ce soir le nouveau président élu Joko Widodo. Je suis très impatient de le rencontrer.
Les récentes élections en Inde ont aussi été tout un événement de par leur ampleur et leur complexité.
Mais tout n’est clairement pas rose dans la région. Il reste des endroits où la démocratie perd du terrain et où les réformes stagnent.
On n’a qu’à penser aux restrictions imposées par le Vietnam à ses blogueurs. Ou au coup d’État en Thaïlande. Ou encore l’oppression du Sri Lanka envers sa minorité tamoule. La belle société civile pakistanaise est en proie aux extrémistes, parfois avec l’aide de personnes au sein même de l’appareil public.
Et, le pire de tout, le désir de la Corée du Nord de demeurer dans sa noirceur démocratique et idéologique.
Je n’utilise pas le mot « noirceur » pour rien : si on regarde une image satellite de la région la nuit, il y a une masse sombre de la forme de la Corée du Nord juste à côté des lumières qui éclairent la Corée du Sud et les autres voisins.
Il nous faut bien entendu comprendre que la démocratisation d’une société ne se fait pas du jour au lendemain. Pour instaurer la démocratie, il faut que tout le monde y mette du sien, jeunes et moins jeunes, riches et pauvres.
Il faut aussi mobiliser la société dans son ensemble, les autorités publiques comme la société civile.
S’ils ne procèdent pas ainsi, les pays, et même la région où ils se trouvent, s’exposent à un isolement.
Les sociétés qui ne réussissent pas à instaurer une véritable démocratie axée sur la transparence, la responsabilité et la liberté d’expression favorisent l’instabilité et contribuent aux risques de conflits.
Il suffit de regarder la Russie pour s’en convaincre.
Le déclin de la démocratie dans la Fédération de Russie au cours des dernières années a contribué à éloigner son chef de la réalité et à isoler ce dernier de son peuple même.
Le résultat est peu reluisant : une politique étrangère agressive, des interventions irréfléchies, des justifications boiteuses et une économie à la dérive.
L’annexion illégale de la Crimée par la Russie est un retour à ce qui se faisait au XIXe siècle. De plus, les dangereuses mesures de provocation du pays dans l’est de l’Ukraine ont entraîné la catastrophe tant déplorée du vol MH17 de Malaysian Airlines.
Les pays qui continuent de prospérer au XXIe ne sont pas les pays d’un seul homme qui mise sur le secret. Ils suivent des procédures propres à la démocratie, ils comptent des institutions indépendantes, ils font appel à la primauté du droit et ils ont des gouvernements responsables qui représentent leur peuple.
La démocratie, ce n’est pas que des élections. La démocratie prend du temps, à la fois chez les autorités publiques et chez les citoyens. C’est un chemin et non une destination.
Le Canada s’engage à collaborer avec ses amis et partenaires d’Asie pour que la région continue de progresser vers la démocratie. Les citoyens d’Asie et du monde entier en tireront des bienfaits.
Sécurité énergétique
Le deuxième secteur stratégique dont j’aimerais parler est la sécurité énergétique.
L’AIE [Agence internationale de l’énergie] prévoit que la plus grande part de la croissance dans la demande d’énergie proviendra d’Asie, la Chine et l’Inde représentant à elles seules la moitié de l’augmentation.
Dans un contexte où on s’inquiète des risques inhérents à l’approvisionnement en énergie, le monde se tourne vers le Canada à titre de partenaire stable, fiable et riche en ressources.
Nous avons la chance de posséder assez de ressources pour devenir une superpuissance énergétique.
Le Canada possède la troisième réserve prouvée de pétrole au monde. Nous sommes déjà le cinquième producteur de pétrole brut et le cinquième producteur de gaz naturel au monde. Nous sommes aussi le deuxième producteur et exportateur d’uranium. Nous avons également de vastes ressources énergétiques propres et renouvelables.
C’est sans compter notre économie, notre société et notre démocratie stables.
L’approvisionnement régulier en énergie est essentiel à une croissance économique soutenue dans la région, surtout à un moment où les ressources utilisées actuellement proviennent de marchés instables comme le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et la Russie.
Les États-Unis, la principale destination des exportations canadiennes de pétrole et de gaz naturel pour le moment, ont pu accroître leur autonomie énergétique.
Il y a donc un avantage naturel et mutuel d’améliorer les partenariats énergétiques entre le Canada et l’Asie.
L’Asie a besoin de plus d’énergie. D’énergie fiable. Le Canada est un fournisseur tout indiqué.
Mais nous avons du pain sur la planche. Le Canada s’engage à accroître ses infrastructures pour que les ressources énergétiques puissent être acheminées à un port de mer.
Le secteur de l’énergie a le potentiel de transformer les relations entre le Canada et l’Asie. Il est de la responsabilité de tous d’en faire une réalité. Il est dans notre intérêt collectif de le faire.
Coopération en matière de sécurité
Soulignons en troisième lieu la nécessité de collaborer en matière de sécurité, un sujet qui n’est pas sans lien avec la sécurité énergétique.
En Asie, le nombre de problèmes et de pièges sur le plan de la sécurité se multiplie. Et ils deviennent de plus en plus dangereux et imprévisibles.
Il est désormais généralement admis que les institutions de la région doivent en faire plus pour prévenir et gérer ces tensions, et pour y réagir.
Désormais, la prospérité du monde dépend de la stabilité de l’Asie tout autant que de l’existence de gouvernements pacifiques et responsables en Europe ou en Amérique du Nord.
Les routes maritimes les plus fréquentées du monde sont situées en Asie. Les deux tiers du trafic de conteneurs viennent d’ici. Il est difficile d’exagérer l’importance des mers d’Asie pour la prospérité mondiale.
Le Canada s’inquiète naturellement beaucoup de la montée des tensions à la suite de différends concernant les frontières maritimes.
Nous ne prenons pas parti dans les différends touchant les frontières maritimes. Nous avons d’ailleurs nos propres différends en la matière et nous les réglons de manière pacifique.
Nous invitons toutefois les pays en cause de la région à éviter la provocation, à s’engager à trouver des solutions pacifiques ainsi qu’à renforcer les institutions et les normes qui peuvent favoriser la stabilité de la région.
Les enjeux sont trop importants. Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer.
Le Canada est prêt à contribuer aux efforts destinés à renforcer la paix, la sécurité et la stabilité en Asie. Et il est bien placé pour le faire.
Nous avons contribué à la fondation d’institutions régionales comme l’APEC et le Forum régional de l’ANASE.
Traditionnellement, le Canada travaille depuis longtemps à la sécurité en Asie.
Il a servi en Inde, en Birmanie et à Hong Kong pendant la Seconde Guerre mondiale. Et il a participé à plus de 60 missions dans la région depuis 1947, y compris pendant la guerre de Corée, et plus récemment en Afghanistan.
Nous avons appuyé nos alliés et nos amis en Asie. Et nous n’allons pas nous désintéresser de la sécurité en Asie, ni maintenant ni à l’avenir.
Je crois que le Canada peut continuer de faire une différence dans les domaines de la défense et de la sécurité qui comptent le plus dans cette région et pour lesquels il peut véritablement constituer une valeur ajoutée. Je ne parle pas seulement de sécurité maritime, mais aussi de cybersécurité, de médecine militaire et du développement des capacités antiterroristes.
L’ANASE est un instrument clé de notre appui. Il s’agit d’une institution vitale dans la région et nous tenons à souligner son travail avec la Chine en vue d’établir un code de conduite pour la mer de Chine méridionale. Nous encourageons fortement tous les pays de la région à adopter ce code.
Lors de mon passage demain à Jakarta, je rencontrerai le secrétaire général de l’ANASE, Le Luong Minh.
Et je peux annoncer aujourd’hui que le Canada s’engage à verser un financement additionnel — qui s’ajoute au montant de 30 millions de dollars que j’ai annoncé l’an dernier à Brunéi — pour renforcer la coopération en matière de sécurité au sein de l’ANASE. Ce financement servira à contrer les menaces non traditionnelles à la sécurité comme la traite de personnes et la radicalisation.
Le Canada croit également que le Sommet de l’Asie de l’Est peut évoluer et devenir une organisation capable de jouer un rôle plus important pour relever les défis complexes — tant économiques, socioculturels que de sécurité — que l’Asie et le Canada affrontent ensemble.
Nous avons déjà signalé notre volonté de nous joindre au Sommet de l’Asie de l’Est dès qu’il sera prêt à augmenter le nombre de ses membres, et nous sommes heureux de l’appui enthousiaste dont le Canada jouit dans l’ensemble de la région.
Conclusion
Si nous réussissons à accroître le développement démocratique, la sécurité énergétique et la coopération en matière de sécurité, nous aurons mis en place les piliers de la stabilité dans cette région.
À titre de valeur précieuse en soi, nous devrions tous viser à créer un monde sécuritaire et stable. Mais pour atteindre cet objectif, il faut plus que favoriser un internationalisme libéral ou se conduire comme un citoyen du monde altruiste.
La sécurité et la stabilité sont tout aussi nécessaires du point de vue de l’économie. La prospérité est intimement liée à la stabilité et à la sécurité.
Il est impossible de maximiser le potentiel d’un pays lorsqu’il ne dispose pas d’un gouvernement responsable et à l’écoute, qui répond aux besoins de la population.
Il est difficile de faire circuler librement des ressources cruciales comme le GNL [gaz naturel liquéfié] lorsqu’une zone maritime clé comme la mer de Chine méridionale fait l’objet de beaucoup de tensions.
Vous ne pouvez compter sur des sources d’approvisionnement fiables au Moyen-Orient lorsque les autorités cléricales au pouvoir en Iran menacent de déclencher une course aux armes nucléaires.
Vous ne pouvez libéraliser le commerce lorsqu’il devient nécessaire d’adopter des sanctions comme celles qui ont été prises contre la Russie à cause de ses provocations en Ukraine.
Et franchement, l’industrie du transport aérien ne peut prospérer et tisser des liens entre les diverses parties du monde lorsque des avions sont abattus en plein vol.
En terminant, j’aimerais réitérer que, dans tous les domaines dont j’ai fait mention ce matin, l’engagement du Canada envers Singapour est particulièrement fort.
Et cette force découle de nos valeurs communes, de nos intérêts communs et de notre détermination mutuelle à travailler ensemble à long terme pour les promouvoir.
J’ajouterai que cette force découle aussi des liens personnels que j’ai tissés avec mon homologue de Singapour, dont les conseils ont pris une grande valeur pour moi.
Je voudrais que notre relation avec le reste de la région de l’Asie-Pacifique soit de même nature. Il est clair que le Canada souhaite traiter avec une région en paix, prospère et capable de jouer son rôle à l’échelle mondiale.
Nous avons ici des racines profondes et, comme je tentais de l’expliquer aujourd’hui, je crois fermement que le Canada et les pays de cette région peuvent bénéficier, et bénéficieront, de relations plus approfondies.
Nous avons une occasion sans précédent d’y parvenir. Mais cela ne se fera pas sans un leadership énergique et stratégique.
Saisissons dès maintenant l’occasion qui nous est offerte.
Je vous remercie.