Ottawa (Ontario) - 4 août 2014
Merci, Shelly, de cette aimable introduction.
Et merci Suzanne Sarault d’être notre maîtresse de cérémonie aujourd'hui.
Bonjour au Général Lawson, Chef d’état-major de la Défense, à l’Adjudant-chef West, aux ambassadeurs, aux membres du corps diplomatique, à mes collègues du Parlement du Canada, à Monsieur Royal Galipeau et à Monsieur Pierre Lemieux, membres des Forces armées canadiennes, aux vénérables anciens combattants, aux familles, aux distingués invités. Mesdames et messieurs.
Comme Shelly l’a dit, un siècle s’est écoulé depuis que les premiers coups de fusil se sont fait entendre au mois d’août, en Europe, alors que l’espoir de paix s’évanouissait.
Il n’était pas nécessaire que nous intervenions dans ce grand conflit de l’autre côté de l’océan.
Mais à cette époque, comme maintenant, lorsque nos amis et les valeurs que nous avons en commun sont menacés, les Canadiens ne leur tournent pas le dos.
C’est ainsi qu’en mille neuf cent quatorze, des volontaires du Canada et de Terre-Neuve, qui était alors une colonie séparée, ont répondu en prenant les armes.
A la fin de l’été de mille neuf cent quatorze, les Canadiens ont quitté les usines et les champs, les forêts et les pêcheries.
Ils ont quitté maisons et ateliers, bureaux et écoles.
Des dizaines de milliers d’hommes se sont enrôlés pour se battre.
Des hommes comme Leo Clarke, Frederick Hall et Robert Shankland, qui habitaient tous sur la rue Pine, à Winnipeg.
Des frères comme Bernard et Eric Ayre et leurs cousins Gerald et Wilfrid de St-Jean, à Terre-Neuve.
Des hommes comme George Vanier de Montréal, un jeune avocat songeant à devenir prêtre jusqu’à ce qu’il entende l’appel du devoir.
Et des femmes comme Beatrice McNair de Vancouver, l’une des deux mille cinq cents infirmières militaires qui ont servi à l’étranger.
Les premiers Canadiens sont partis pour l’Europe en octobre.
Ils étaient nombreux à penser être de retour à temps pour Noël.
Certains avaient même peur d’arriver trop tard pour participer aux efforts.
Comme nous le savons tous, ils avaient tort, terriblement tort.
Plus de six cent mille Canadiens ont servi dans le cadre d’un engagement incertain pour défendre notre pays qui comptait alors seulement huit millions d’habitants.
Dans la boue, le sang et les sacrifices qui ont marqué ces années, plus du tiers de ces Canadiens ont été blessés ou tués.
Pardonnez-moi si je ne m’attarde pas aux chiffres ni au souvenir amer de la souffrance et de la mort.
Nous avons eu cent ans pour réfléchir à cette guerre.
Beaucoup d’encre a coulé à ce sujet.
Et pourtant, les soldats ont connu la boue et la maladie.
Ils se sont battus dans de la boue assez profonde pour ensevelir un homme.
Des milliers d’hommes pouvaient mourir en une seule journée pour avancer de quelques verges seulement.
C’est une réalité qui est toujours difficile à comprendre.
Nous ne pouvons qu’imaginer le courage dont ils ont dû faire preuve, la peur qu’ils ont dû ressentir et le dévouement qu’ils devaient avoir envers leur roi, leur pays et leurs camarades pour recommencer constamment à se battre contre l’ennemi.
Arrêtons-nous plutôt à leurs réalisations.
Ces jeunes hommes de mille neuf cent quatorze étaient inexpérimentés mais déterminés.
Dans les derniers jours de la guerre ils faisaient l’admiration des alliés et les ennemis les redoutaient.
On les appelait les troupes de choc l’Empire britannique.
Il est difficile de mesurer l’héroïsme, mais si la plus grande distinction militaire nous permet de le faire, voici ce qu’il en est : des quatre-vingt dix-huit Canadiens qui ont reçu la Croix de Victoria, soixante douze l’ont reçue pendant la Première Guerre mondiale.
Trois de ces héros étaient des gars de la rue Pine : le Caporal Leo Clarke, le Sergent-major Frederick Hall, et le Lieutenant Robert Shankland.
C’est pour cette raison que la rue Pine à Winnipeg se nomme maintenant rue Valour.
Il est aussi difficile de mesurer les sacrifices.
Pourtant, le premier jour de la bataille de la Somme, plus de soixante mille membres des forces canadiennes, britanniques et du Commonwealth ont été tués, et parmi ces gens, il y avait les quatre garçons Ayre.
Un journal de St-Jean déclarait que les larmes sont le prix de la liberté.
La Première Guerre mondiale a décimé toute une génération de jeunes Canadiens.
De nombreuses villes comme celle de St-Jean.
De si nombreuses larmes.
Malgré les déplorables pertes, le Canada en tant que pays véritablement indépendant a été forgé par les feux de la Première Guerre mondiale.
Cela veut dire que lorsque les grandes nations du monde se réunissaient, nous n’avions pas notre propre place à la table.
Nous l’avons achetée et payée au champ de bataille rempli de gaz à Ypres, où John McCrae a écrit son œuvre immortelle Au champ d’honneur; à la crête de Vimy, où des hommes canadiens sous des commandants canadiens ont remporté une victoire que personne n’avait encore remportée; dans les terrains détrempés et couverts de cratères à Passchendaele, où le Lieutenant Shankland a mérité sa Croix de Victoria; dans les sombres hôpitaux de campagne couverts de sang, où Beatrice McNair sera l’une des premières femmes canadiennes à recevoir des distinctions militaires pour sa bravoure, étant donné qu’elle n’a pas abandonné son poste et qu’elle a continué à réconforter les patients malgré les constants bombardements.
Au cours de l’avancée constante des alliés pendant les cent derniers jours de la guerre, un obus ennemi a coûté au Major George Vanier une jambe.
Mais Vanier a survécu et il a continué de servir son pays, y compris en tant que premier gouverneur général canadien-français.
Sur chaque champ de bataille, les Canadiens faisaient courageusement leurs preuves.
Le Canada n’hésiterait pas à verser sang et argent pour que tout le monde puisse jouir de la liberté et de la paix.
Le Canada était alors un pays jeune, rempli d’idéaux.
Nous ne sommes plus aussi jeunes, mais notre engagement envers nos valeurs n’a jamais fléchi.
Des Canadiens sont allés en Europe il y a cent ans pour lutter contre un ancien régime impérialiste qui a déchiré la paix sur le continent, et encore en mille neuf cent trente neuf, nous sommes entrés en guerre, cette fois contre le fascisme.
C’est pourquoi nous nous sommes joints à nos alliés en Europe après la Seconde Guerre mondiale pour contrer la vague de communisme.
Et c’est pourquoi nous sommes intervenus après le onze septembre deux mille un, lorsque les défenseurs de la liberté ont attaqué les terroristes qui cherchaient à nous détruire.
Et c’est aussi pourquoi aujourd'hui nous appuyons encore des amis et alliés dont la souveraineté, l’intégrité territoriale, la liberté et l’existence sont encore en péril.
Chaque fois que les valeurs qui nous sont chères ont été menacées et où que ce soit, le Canada a été prêt à les défendre et à les préserver.
Les paroles du Premier ministre Robert Borden conservent pour nous leur signification aujourd’hui.
Il y a cent ans, ce mois-ci, il a dit devant le Parlement convoqué pour une séance extraordinaire à cause de la guerre, que le Canada était entré en guerre non pas par goût de se battre, de conquérir, d’acquérir des biens, mais pour défendre l’honneur, tenir des engagements solennels, pour défendre les principes de la liberté.
Et d’après moi rien n’a changé.
Notre Canada est encore aujourd’hui loyal envers ses amis, il ne cède pas à l’ennemi, il est honnête dans ses affaires et courageux face à ses entreprises.
Ces qualités caractérisent encore notre pays.
Aujourd’hui, nous nous sommes tous rassemblés au pied du Monument commémoratif de guerre du Canada.
Ce monument a été élevé pour commémorer les Canadiens qui ont servi et qui sont morts lors de la Première Guerre mondiale.
Ces années-là – 1914 à 1918 – sont à jamais gravées dans le granit.
Au cours du dernier siècle, nous avons ajouté d’autres inscriptions de 1939 à 1945, de 1950 à 1953, et nous ajoutons maintenant de 2001 à 2014.
Mais ces dates ne sont pas seulement gravées dans la pierre, elles sont gravées dans nos cœurs.
Elles nous rappellent ce que signifie être Canadien, comme le font aussi d’autres monuments, les monuments dans les champs de bataille, le monument commémoratif à la crête de Vimy, rangée après rangée de pierres tombales, des coins en terre étrangère, et là où reposent sous les champs de bataille des milliers de soldats sans tombe.
Ici, chez nous, nous avons des cénotaphes dans toutes les communautés, le Monument commémoratif de guerre du Canada, la Tombe du Soldat inconnu.
Il n’y a pas longtemps, au Monument commémoratif de guerre on m’a informé que les sentinelles sur la Tombe du soldat inconnu feront à partir de maintenant leur veillée solennelle du jour de la bataille de Vimy tous les ans, du mois d’avril jusqu’au jour du Souvenir, à l’automne.
Permettez-moi maintenant de conclure ainsi.
Mesdames et messieurs, ces monuments resteront.
Mais ces monuments ne sont pas des souvenirs.
Le dernier survivant des courageux hommes et femmes qui sont partis faire la guerre il y a un siècle, John Babcock, est décédé en 2010.
Aucun ne peut plus maintenant raconter les histoires témoignant de leur courage, de leur sens de l’honneur et du devoir.
Mais chaque fois que nous nous levons pour défendre les valeurs pour lesquelles ils se sont battus et tant d’entre eux sont morts, nous nous souvenons d’eux de la seule manière qui compte vraiment.
Ces valeurs nous tiennent à cœur, que nous soyons ici depuis des générations ou nouvellement arrivés à la recherche d’une vie meilleure.
Justice et liberté, démocratie et règle de droit, respect des droits de la personne et de la dignité humaine.
Pendant un siècle, ce sont les valeurs pour lesquelles nos concitoyens, dont un grand nombre sont ici présents, se sont battus.
Et c’est sur cette base que nous prendrons toujours position.
N’oublions jamais.
Merci.