New York (New York)
25 septembre 2014
Le texte prononcé fait foi
Le Premier ministre Stephen Harper a prononcé aujourd’hui le discours suivant devant l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York :
« Bonsoir.
« Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire-général, Excellences, Mesdames et Messieurs.
« C’est pour moi un honneur, et un plaisir, de m’adresser encore une fois à cette assemblée.
« Depuis plus de 70 ans, le Canada soutient les Nations Unies et ses institutions, en quête d’une paix mondiale.
« À de nombreuses occasions, des Canadiens ont risqué leur vie pour désamorcer des conflits entre des populations.
« C’est un devoir que nous acceptons et c’est un bilan dont nous sommes fiers.
« Aujourd’hui, dans de nombreuses régions du monde, des populations souffrent et les menaces qui pèsent sur la sécurité mondiale méritent une attention urgente de notre part. Je pourrais facilement consacrer tout mon temps ici à parler de n’importe laquelle d’entre elles.
« Il y a toutefois d’autres moyens de rendre service à l’humanité.
« C’est de certains de ces moyens que je veux parler ce soir.
« En effet, la paix ne se résume pas à l’absence de guerre.
« Là où la misère humaine est grande, où une pauvreté tenace règne, où le refus de la justice est systématique, il n’y a pas vraiment la paix, seulement le germe de futurs conflits.
« Bien entendu, la misère et l’injustice ne sont pas les seules racines de la guerre.
« Il suffit pour s’en rendre compte de jeter un regard sur le monde aujourd’hui.
« Nous comprenons alors comment ce qu’il y a de pire dans la nature humaine – idéologies perverties, extrémisme religieux, soif de pouvoir et pillage – peuvent enlever aux gens, à beaucoup d’endroits, leurs biens, leur espoir et même leur vie.
« C’est pourquoi le Canada a toujours été prêt à se joindre à d’autres populations civilisées et à s’élever contre les affronts faits à l’ordre international, les affronts à la dignité humaine, comme on le voit aujourd’hui en Europe de l’Est, particulièrement en Ukraine, au Moyen-Orient, en Iraq, en Syrie et ailleurs et, bien entendu, dans de nombreuses régions d’Afrique.
« Les positions du Canada sur ces questions sont bien connues, et nous continuerons d’aider, dans la mesure du possible, nos amis et nos alliés de la communauté internationale afin de faire face à ces graves problèmes.
« Mais pendant que ces situations extrêmes retiennent l’attention, d’autres problèmes, comme les pandémies, les changements climatiques et, bien entendu, les problèmes de sous-développement, persistent.
« Et nous avons la conviction qu’un effort n’est jamais vain s’il offre aux populations une alternative aux conflits, et la possibilité d’une vie meilleure pour eux et pour leurs familles.
« Les Canadiens, donc, sont en quête d’un monde où la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la règle de droit sont respectés.
« Nous les considérons justes et bons.
« Nous croyons aussi qu’il s’agit du fondement nécessaire d’un monde meilleur pour davantage de gens, nécessaire à la prospérité, prospérité qui fait naître l’espoir, espoir d’où vient naturellement la recherche de solutions pacifiques à ce qui divise les gens.
« Nous croyons effectivement que la liberté, la prospérité et la paix forment un cercle vertueux.
« Pour cette raison, la croissance du commerce entre les pays et l’acheminement d’une aide concrète au développement, pour les populations – une aide simple, pratique – voilà ce qui caractérise l’action de notre gouvernement à l’échelle mondiale.
« Le commerce est une source d’emplois, de croissance et de possibilités.
« Il fait de pays petits de grands pays.
« Le cas de mon propre pays, le Canada, en est l’illustration.
« L’histoire de notre pays repose sur le commerce, tout comme le monde d’aujourd’hui est transformé par le commerce.
« Le commerce permet à tout le monde de subvenir aux besoins de sa famille et même de rêver d’en avoir plus.
« Notre gouvernement a travaillé fort pour mettre sur pied un vaste réseau d’accords commerciaux modernes.
« Les accords commerciaux que nous avons conclus font disparaître les barrières des tarifs et de l’accise, ils agrandissent les marchés et multiplient les possibilités, tant pour les acheteurs que pour les vendeurs.
« Le Canada a maintenant établi des liens avec des pays qui possèdent aujourd’hui plus d’un quart de la population mondiale et presque la moitié de l’activité commerciale mondiale.
« Et notre réseau de libre-échange n’a pas fini de s’étendre.
« Ce n’est pas, en passant, un club exclusif pour les pays riches.
« Le Canada a déjà libéralisé ses échanges commerciaux avec des pays mieux connus pour leur détermination à réussir, que pour la taille de leur économie.
« Et, ce faisant, il leur a ouvert la voie vers des marchés du Canada et d’ailleurs.
« Nous n’avons aucune raison de nous arrêter maintenant.
« Comme l’a déclaré mon collègue du Sénégal, le Président Macky Sall : « L’aide est nécessaire au développement, mais, encore plus que de l’aide, nous avons besoin d’investissements.
« Comme il a raison.
« Mais nous avons beau commercer librement, des millions de gens auront, pendant un certain temps, besoin d’un coup de main.
« L’exemple de loin le plus important et celui qui me tient le plus à cœur est celui de la lutte mondiale dans laquelle vous êtes si nombreux à vous être engagés, l’Initiative sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants.
« Sauver la vie des mères, des nouveau-nés et des enfants doit rester une priorité mondiale.
« Autrement dit, le monde se doit de tenir les promesses qui ont été faites dans cette même salle aux mères et aux enfants en l’an 2000.
« Et des progrès remarquables ont été accomplis.
« Des vaccins peu coûteux et un effort concerté de la part de nombreux partenaires signifient qu’un plus grand nombre d’enfants sont vaccinés aujourd’hui que jamais auparavant.
« À mesure que l’importance de l’alimentation est mieux comprise, de plus en plus d’enfants survivent.
« Ainsi, grâce à des techniques simples, peu coûteuses et facilement accessibles, ce sont littéralement des millions de mères et d’enfants qui, il y a seulement quatorze ans, auraient pu mourir, mais qui, aujourd’hui, non seulement survivent, mais s’épanouissent.
« Je pense en particulier à la rencontre, en 2010, des dirigeants mondiaux à Muskoka, qui a permis de recueillir sept milliards et demi de dollars, deux milliards de dollars de la part de donateurs privés.
« Sur cette base, les Nations Unies ont lancé ce que le secrétaire général a appelé l’Initiative Chaque femme, chaque enfant, dans le but de sauver 16 millions de vies d’ici 2016.
« Un important aspect de ce travail a consisté à surveiller à la fois la réception des montants promis et la manière de les dépenser.
« L’assurance d’une reddition de comptes intégrale a permis aux bénéficiaires de planifier avec plus de certitude et a donné confiance aux donateurs.
« Avec Son Excellence le Président Kikwete de Tanzanie, que vous venez d’entendre, j’ai eu l’honneur de coprésider la Commission de l’information et de la redevabilité sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé, en lien avec cette initiative.
« Mesdames et messieurs, dans ce dossier, nous avons une vision claire et cette vision peut se concrétiser.
« Nous savons comment aider un grand nombre de ces personnes vulnérables.
« Nous avons vu ce qu’il est possible de faire.
« Nous voulons simplement allier la passion et la volonté afin de passer à l’action.
« Nous empêchons, et nous pouvons empêcher davantage, des milliers d’enfants de mourir, tous les jours, de causes facilement évitables.
« Nous pouvons empêcher des milliers de mères de mourir lors de l’accouchement, alors qu’elles survivraient avec relativement très peu d’intervention.
« Nous savons aussi avec qui nous devons travailler : dans le cadre de nouveaux partenariats, des partenariats réunissant des gouvernements, des organismes de l’ONU – l’Organisation mondiale de la santé, le Programme alimentaire mondial et l’UNICEF – avec le secteur privé. Des partenariats qui donnent des résultats concrets et qui nous hissent vers de nouveaux sommets d’excellence.
« Ici, je pense au réseau sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants au Canada, groupe qui représente une large base de la société civile canadienne, qui compte des partenaires essentiels à la mise en œuvre sur le terrain.
« Comme beaucoup d’entre vous le savent, au mois de mai dernier, à Toronto, le Canada a accueilli les plus grands acteurs mondiaux dans ce domaine.
« On nous a décrit des exemples de réussite, par exemple, l’Initiative pour les micronutriments, dans le cadre de laquelle 180 millions d’enfants ont reçu des comprimés de vitamine A ne coûtant que quelques sous, mais qui réduisent la mortalité infantile de 25 p. 100.
« On nous a parlé de l’Alliance du Vaccin, GAVI, et de la manière dont, pendant la période de trois ans comprise entre 2010 et 2013, les immunisations ont sauvé la vie de deux millions d’enfants.
« Nous avons des partenariats nous permettant d’offrir une meilleure alimentation et des partenariats pour donner de meilleures mesures, parce que les statistiques sur les faits de l’état civil sont critiques.
« On ne peut pas gérer ce qu’on ne peut pas mesurer et dans cette mission, nos progrès se mesurent en précieuses vies sauvées.
« Il faut donc que chaque enfant ait un certificat de naissance.
« Nous avons également entendu que le monde a maintenant une plus grande obligation de rendre des comptes, non seulement sur les énormes sommes d’argent promises, mais également sur la façon dont elles ont été dépensées.
« Alors notre consensus était clair.
« Nous avons constaté une réussite et nous avons un certain élan.
« Nous sommes en mesure de gagner la bataille qui nous permettra de sauver la vie des enfants et des mères.
« Pour y arriver, il nous faut deux choses maintenant : l’attention politique et un engagement financier renouvelé.
« J’invite donc fortement l’assemblée, à veiller à ce qu’après 2015, lorsque l’agenda du développement évoluera, la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants reste clairement prioritaire.
« Et qu’elle figure parmi un nombre limité de priorités.
« C’est l’attention politique qu’il nous faut.
« Puis, il faut l'engagement financier.
« Je sais que nous avons tous des priorités contradictoires.
« Mais nous avons parcouru tellement de chemin qu’arrêter maintenant serait une tragédie.
« Je dois vous dire que j’ai été très encouragé cet après-midi lors de l’activité du secrétaire général Chaque femme, chaque enfant, quand le Président Kim de la Banque mondiale a annoncé du nouveau financement pour le mécanisme de financement mondial de la Banque à l’appui de Chaque femme, chaque enfant.
« Ce mécanisme aidera les pays en développement à obtenir le financement requis pour améliorer leurs systèmes de santé.
« Il me fait plaisir d’annoncer que le Canada appuiera financièrement le mécanisme de financement mondial à l’appui de l’initiative Chaque femme, chaque enfant de la Banque mondiale.
« Nous invitons d’autres pays à faire de même, parce que, pour offrir des solutions viables afin d’empêcher la mort tragique de femmes et d’enfants, il faut augmenter les affectations budgétaires, tant de la part des donateurs que des pays en développement.
« Maintenant, mesdames et messieurs, pour terminer, permettez-moi de dire ceci.
« Beaucoup de pays et beaucoup de causes spécifiques feront l’objet de nos délibérations ici cette semaine et avec raison.
« Mais n’oublions pas non plus de faire porter notre regard au-delà des crises, vers les possibilités à long terme et les efforts qui peuvent véritablement transformer le monde.
« Il est en notre pouvoir de créer un monde meilleur que celui d’aujourd’hui pour les enfants de nos enfants.
« Et c’est ce que nous devrions faire.
« Les fondateurs des Nations Unies, dont le Canada, n’ont jamais voulu que notre monde en soit un où des terroristes pourraient se procurer les ressources nécessaires pour semer la mort et la destruction, où les travailleurs et les familles n’auraient ni emplois ni possibilités ni où les mères et les enfants ne pourraient obtenir les nécessités de la vie pour s’épanouir.
« Le monde souhaité par le Canada est celui que souhaitaient les fondateurs des Nations Unies dès le début, comme l’exprime audacieusement leur déclaration de 1942 : et je cite, un monde où on se porte à la défense de la vie, de la liberté, de l’indépendance et de la liberté de religion, où les droits humains et la justice sont préservés et où tous font front commun dans la lutte contre les forces sauvages et brutales qui cherchent à subjuguer le monde.
« Un tel monde rend possible la prospérité des démunis, la justice pour les faibles et, ce qu’il y a de plus précieux, l’espoir pour les désespérés.
« Il est possible de regarder les nombreux problèmes que connaît le monde aujourd’hui et de se décourager.
« Or, malgré tous nos échecs, pour la plus grande partie de l’humanité, il y a eu, de mon vivant, des progrès formidables.
« Je suis donc suffisamment optimiste pour penser que puisque nous pouvons créer un monde plus prospère, plus juste et prometteur, nous devrions le créer et en fait je suis persuadé que nous trouverons la volonté de le faire.
« Merci beaucoup de votre attention. »