Le Premier ministre Stephen Harper a aujourd’hui prononcé le discours suivant au sujet de la contribution du Canada, de concert avec nos alliés, à la lutte contre l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) :
« Monsieur le Président, au cours des derniers mois, la communauté internationale a exprimé presque à l’unisson son indignation et son inquiétude face à la montée du soi-disant État islamique en Irak et au Levant.
« L’EIIL a établi un califat autoproclamé qui s’étend à présent sur un vaste territoire, soit, en gros, d’Aleppo jusqu’à proximité de Bagdad, à partir duquel il compte lancer un jihad terroriste, non seulement contre la région, mais à l’échelle mondiale.
« En fait, il a spécifiquement ciblé le Canada et les Canadiens, en exhortant ses partisans à attaquer, et je cite : les Canadiens mécréants de toutes les façons possibles, et en faisant le serment de nous priver de notre sentiment de sécurité, et ce, même dans nos propres foyers.
« Il serait facile de minimiser de telles déclarations en disant qu’elles sont le fait de quelques fanatiques, si ce n’était que cette organisation terroriste joint les actes à ses paroles.
« Dans le territoire que l’EIIL a occupé, il a mené une campagne d’atrocités indescriptibles à l’endroit des personnes les plus innocentes.
« Il a torturé et décapité des enfants, il a violé des femmes et les a vendues comme esclaves, il a abattu des membres de minorités, fait des prisonniers et capturé d’innocents civils dont le seul crime est d’être différent ou de penser différemment de l’EIIL.
« En fait, vers la fin de l’été dernier, l’EIIL était sur le point de perpétrer un génocide à grande échelle dans le nord de l’Irak.
« C’est ce qui a poussé les alliés du Canada au sein de la communauté internationale, avec en tête le Président Obama, à intervenir.
« Et nous, les Canadiens, nous sommes joints à cette intervention.
« Le 5 septembre, j’ai annoncé que des membres de l’Armée canadienne, dans un rôle non lié au combat, seraient envoyés pour conseiller et aider les forces de sécurité en Irak qui combattent les terroristes.
« Nous avions déjà commencé, avec l’Aviation royale canadienne, à déplacer des hommes et du matériel donné par nos alliés vers les forces de sécurité dans le nord de l’Irak.
« Et nous avons indiqué que le Canada était prêt à en faire plus.
« Aujourd’hui, nous déposons une motion demandant à la Chambre de confirmer sa confiance en une décision du gouvernement qui consiste à nous joindre à nos alliés et partenaires – les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Australie, le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, et probablement d’autres pays – pour lancer des frappes aériennes contre l’EIIL.
« En plus de ces frappes aériennes, le gouvernement du Canada, à la demande des autorités irakiennes et à la demande d’autres alliés et partenaires, continuera à fournir son assistance dans le cadre d’autres rôles de non-combat antiterroristes.
« Nous fournirons également un avion de ravitaillement en vol et deux avions de surveillance Aurora, ainsi que les équipages et le personnel de soutien nécessaires.
« De plus, nous prolongeons la durée du déploiement, dans une mission non liée au combat, de jusqu’à 69 membres des Forces armées canadiennes chargés de conseiller et d’assister les forces de sécurité en Irak.
« Il n’y aura pas de mission de combat terrestre, ce qui est explicitement exclu dans la résolution.
« Ces contributions seront apportées pour une période pouvant atteindre six mois.
« Permettez-moi d’être clair quant aux objectifs de cette intervention.
« Nous comptons réduire considérablement les capacités de l’EIIL.
« Plus spécifiquement, sa capacité d’effectuer des mouvements militaires à grande échelle ou d’exploiter des bases à découvert.
« Cette mission arrêtera la propagation de l’État islamique dans la région et diminuera de beaucoup sa capacité de mener des attaques terroristes à l’extérieur de la région.
« Pour être clair, disons que cette intervention ne permettra pas d’éliminer cette organisation terroriste ni de garantir automatiquement qu’une autre forme de gouvernance puisse prendre sa place en Irak ou en Syrie.
« Elle permettra toutefois de donner la possibilité à d’autres de le faire.
« Mais encore une fois, pour être clair, même si nous n’éliminerons pas l’EIIL, les risques qui émanent du territoire où il opère seront considérablement diminués, au point où ils seront de même niveau que ceux qui émanent d’autres espaces non gouvernés de ce genre dans l’ensemble de la région.
« Monsieur le Président, il y a deux autres questions que j’aimerais préciser.
« Premièrement, la résolution confirme l’intention du gouvernement du Canada de mener des frappes contre l’EIIL et ses alliés.
« Cependant, nous attaquerons l’État islamique uniquement là où le Canada a l’appui du gouvernement du pays en question.
« À l’heure actuelle, cette situation se présente uniquement le cas en Irak.
« Si elle se présentait en Syrie, nous participerons à des frappes aériennes contre l’EIIL dans ce pays également.
« Le Canada, le gouvernement du Canada ne cache pas le dégoût que nous inspirent les actions du régime Assad.
« Mais ce que nous faisons, c'est participer à une opération antiterroriste contre l’État islamique et ses alliés.
« Nous ne voulons faire la guerre à aucun gouvernement dans la région.
« Deuxièmement, laissez-moi assurer les Canadiens que notre gouvernement comprend la nécessité d’éviter de s’embourber de façon prolongée dans cette partie du monde.
« Les actions que nous avons annoncées sont des actions auxquelles il serait relativement facile de mettre fin.
« En fait, nos alliés et nous agissons maintenant justement pour éviter ce qui s’apprêtait clairement à devenir un conflit plus vaste, plus long et beaucoup plus dangereux.
« Permettez-moi également de vous dire que les mesures militaires que nous mettons en place n’empêchent en rien nos actions humanitaires.
« Il n’est pas question ici de choisir entre les unes et les autres.
« Horrifiés par des souffrances humaines, nous fournissons déjà des abris d’urgence et des soins médicaux d’urgence à des milliers de civils en Irak.
« En soutenant des organisations humanitaires présentes sur le terrain ainsi qu’une assistance substantielle au gouvernement de l’Irak.
« Cela s’ajoute à l’aide financière à grande échelle que nous versons déjà à un nombre considérable de pays de la région qui ont subi les contrecoups de la catastrophe humanitaire survenue en Syrie.
« Permettez-moi aussi d’assurer les Canadiens que le gouvernement continuera de réagir aux menaces terroristes, de façon plus générale, qui sont proférées contre le Canada.
« Nous avons durci les lois dans ce pays afin de régler la question des soi-disant combattants étrangers ayant la citoyenneté canadienne.
« Nous avons élargi les motifs de révocation de passeports des gens qui participent à des activités terroristes et nous avons pris des mesures pour retirer la citoyenneté aux personnes de cette sorte ayant une double citoyenneté.
« Nous adopterons bientôt d’autres mesures qui permettront à nos services de sécurité de mieux surveiller les aspirants terroristes afin d’empêcher leur retour au Canada lorsque cela est possible ou, lorsque cela est impossible, qui doteront les services de sécurité de meilleurs outils pour accuser et poursuivre ces personnes.
« Monsieur le Président, pour en revenir à la question qui nous intéresse aujourd’hui, je demande à tous les députés d’étudier et d’appuyer la motion que j’ai présentée.
« Je fais cela, Monsieur le Président, en reconnaissant que dans une démocratie, particulièrement à l’approche d’élections, le fait d’appuyer toute action militaire que ce soit entraîne rarement un avantage politique, tandis que le fait de s’y opposer comporte peu de risque.
« Néanmoins pour assurer la sécurité régionale et mondiale et, bien sûr, la sécurité des Canadiens et des Canadiennes cette intervention est nécessaire.
« La preuve de cette nécessité, Monsieur le Président, la preuve la plus éloquente est le fait que cette mission a été lancée par le Président Obama, le dirigeant qui a retiré les troupes américaines et qui a fièrement mis fin à la guerre en Irak.
« Bien sûr, Monsieur le Président, on pourrait dire que même si la nécessité de cette mission est évidente, nous n’avons pas à l’accomplir nous-mêmes, parce que d’autres le feront.
« Mais, Monsieur le Président, tout au long de notre histoire, cela n’a jamais été la façon de faire du Canada.
« La façon de faire du Canada n’a jamais consisté à poser les gestes les plus faciles et ceux qui attirent le plus d’éloges, et de laisser les tâches difficiles aux autres.
« En fait, Monsieur le Président, chers collègues, nous ne devons pas nous faire d’illusion.
« Si le Canada veut conserver sa voix dans le monde, et il devrait le faire puisqu’un si grand nombre des difficultés auxquelles nous faisons face sont d’envergure mondiale, il ne peut pas être un poids mort, sinon il ne sera pas pris au sérieux.
« La menace que présente l’État islamique est bien réelle.
« Elle est grave.
« Elle est explicitement dirigée en partie contre notre pays.
« Si nous ne faisons rien, cette menace terroriste ira seulement en s’amplifiant, et elle s’amplifiera rapidement.
« En tant que gouvernement, nous reconnaissons que notre responsabilité absolue consiste à protéger les Canadiens et à défendre nos citoyens contre ceux qui nous feraient du mal, à nous et à nos familles.
« Nous savons aussi que notre pays, comme ses alliés, partage l’obligation, le fardeau qui incombe à toutes les populations libres, celui de s’élever contre ceux qui menacent le monde quand il est en son pouvoir de le faire.
« Et lorsque nos alliés reconnaissent et réagissent à une menace qui pourrait également nous faire du tort, nous, Canadiens, ne restons pas en marge. Nous faisons notre part.
« Lundi la Chambre débattra de la motion présentée en faveur d’une campagne de combat aérien contre l’État islamique.
« Je demande aux députés de cette Chambre de manifester leur appui envers cette mission et, bien sûr, notre appui aux courageux hommes et femmes des Forces armées canadiennes qui sont, aujourd’hui et toujours, prêts et disposés à répondre à l’appel de leur pays. »