7 nov. 2014
Par Simon Brault, OC, O.Q. directeur et chef de la direction, Conseil des arts du Canada
Publié dans le Ottawa Citizen, 6 novembre 2014
Version originale en anglais
Le 22 octobre dernier, les locaux du Conseil des arts du Canada sur la rue Elgin, à Ottawa, ont été fermés à la suite de la fusillade survenue au Monument commémoratif de guerre, qui a coûté la vie au caporal Nathan Cirillo. Comme bien des Canadiens, mon personnel et moi-même avons passé la journée rivés à nos fils Twitter, nos écrans et nos cellulaires à suivre les tristes événements se déroulant près de notre immeuble.
Dans les heures et les jours qui ont suivi, nombre de reportages et de bulletins de nouvelles, certains sérieux et instructifs, d'autres frisant le sensationnalisme, ont relaté, analysé et réexaminé les événements. À certains moments, on se sentait submergés par la quantité d'information.
Les médias sont un précieux moyen de communication qui nous aide à comprendre le monde qui nous entoure et la place que nous y occupons, mais ils ne sont pas le seul moyen. Les artistes —chanteurs, poètes, danseurs et autres créateurs — proposent d'autres formes de récits puissants et riches de sens qui nous permettent d'interpréter différemment nos expériences communes.
En période de crise, le pouvoir régénérateur et rassembleur des artistes ainsi que la capacité de ceux-ci à contester les inégalités et à réaffirmer notre foi en chacun de nous et dans nos valeurs ne font aucun doute. Ils sont d'ailleurs essentiels. Comme je l'ai écrit dans mon livre, s'il n'y a pas de culture, il n'y a pas d'avenir.
Les exemples de ce pouvoir abondent. Ainsi, à l'approche du jour du Souvenir, pensons au fameux poème « Au champ d'honneur » écrit par le lieutenant-colonel John McCray, devenu une ode nationale en l'honneur et à la mémoire des vétérans de la Première Guerre mondiale. Ce texte de moins de cent mots – la taille d'un bref billet de blogue – a ancré à jamais dans notre imaginaire collectif le souvenir de la Grande Guerre.
Des artistes autochtones contemporains nous offrent un autre exemple du pouvoir transformateur de l'art en recourant à de nouveaux moyens d'expression ainsi qu'à des technologies modernes pour nous éveiller à certaines réalités et nous amener à reconnaître certaines des plus grandes injustices de l'histoire de notre nation. Que ce soient les mixages postmodernes du groupe A Tribe Called Red, qui font revivre les traditionnels pow-wow à l'aide de sons électroniques de pointe, ou la performance de la chanteuse Tanya Tagaq pour donner un environnement sonore saisissant au film iconique Nanouk l'Esquimau, ou, encore, Going Home Star, une interprétation ambitieuse du Royal Winnipeg Ballet sur les pensionnats autochtones, une nouvelle génération d'artistes autochtones bouscule avec audace les idées reçues et nous aident à apprendre, à comprendre et à progresser tous ensemble.
Au Canada, nous avons besoin maintenant et en plus grand nombre les voix des artistes. Comme complément aux informations des médias, nous avons besoin de leurs histoires pour comprendre la réalité et pour ne pas nous perdre dans le brouhaha médiatique. Nous avons besoin de leur imagination et de leur savoir-faire, dans différents domaines, pour mieux comprendre notre monde.
Le Conseil des arts s'emploie à faire rayonner l'art canadien auprès du plus grand nombre de Canadiennes et de Canadiens afin que, dans des moments comme ceux-ci, lorsque nous avons vraiment besoin du pouvoir régénérateur de l'art, nous sachions tous où trouver une réflexion profonde sur la réalité.
En ce début de XXIe siècle, le Conseil doit adapter ses méthodes pour répondre aux changements de la société. Nous avons l'intention d'explorer les voies intéressantes qui s'offrent à nous et de mettre au point de nouveaux outils pour faire connaître encore plus de grands artistes canadiens à un nombre croissant de grands publics canadiens. Le Conseil doit lui aussi repousser ses limites et mettre tout en œuvre pour contribuer à un avenir artistique sans cesse plus audacieux et créatif. Un avenir où chacune et chacun des Canadiens pourront faire l'expérience du pouvoir qu'ont les arts de jeter une lumière sur notre condition humaine, et cela, au quotidien.
Au même rythme que « les informations ».
Simon Brault est directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada. Il prononcera le discours liminaire du Forum sur le pouvoir de l'art organisé par la Fondation Michaëlle Jean et l'Université Carleton, le 9 novembre 2014.