Le 1er décembre 2014 - Londres, Royaume-Uni
Sous réserve de modifications
Bonsoir. Je suis honoré d’être des vôtres aujourd’hui.
À l’occasion de ce qui sera, je crois, le dernier événement à se tenir entre ces murs.
Cet édifice nous a bien servi. Mais Gordon Campbell, notre haut-commissaire exceptionnel, a des visées plus grandes et meilleures.
Je suis aussi heureux de voir tant de visages connus ici ce soir.
Voilà maintenant trois années et demie que je suis ministre des Affaires étrangères, et un élément que j’avais sous-estimé, c’est l’importance des relations dans ce domaine.
J’ai donc eu de la chance d’avoir, dès le départ, un homologue ici, au Royaume-Uni, sur lequel j’ai toujours pu compter pour me prodiguer conseils et appui, et me faire rire aussi.
Bien entendu, étant donné notre longue histoire et nos valeurs communes, il faudrait une véritable catastrophe pour que les relations Canada-Royaume-Uni se retrouvent parmi les dossiers problématiques.
Le monde semble être devenu un endroit plus dangereux et instable au cours des dernières années.
William et moi avons travaillé en étroite collaboration dans de nombreux dossiers, allant des troubles en Libye à la crise en Ukraine.
Mais les affaires étrangères ne peuvent se résumer à la gestion des dossiers chauds de l’heure.
Les meilleurs dirigeants décèlent des problèmes qui peuvent paraître insolubles au premier abord, et ils mettent en tout en œuvre pour faire avancer les choses afin de les résoudre.
Lorsque William nous a rendu visite à Ottawa en 2012, je me souviens avec quelle passion il m’a présenté ses plans concernant l’Initiative du Royaume-Uni visant à prévenir les violences sexuelles.
Le viol, utilisé comme arme de guerre, et toutes les formes de violence sexuelle commises au cours de conflits représentent des crimes ignobles.
Ces crimes portent atteinte à la dignité des victimes — principalement des femmes et des jeunes filles.
Les effets de ces crimes peuvent être dévastateurs sur les plans physique, psychologique et social, des effets qui perdurent longtemps après que les armes se sont tues.
La violence sexuelle peut aussi détruire la cohésion des familles et des communautés, dans des endroits où les femmes jouent un rôle de premier plan pour assurer la résilience face aux horreurs de la guerre.
C’est pourquoi l’utilisation du viol comme arme de guerre est si dévastatrice et pourquoi nous devons faire tout notre possible pour y mettre fin, pour aider les survivantes, et pour forcer les auteurs de ces crimes à rendre compte de leurs actes.
Après cette réunion à Ottawa, William et moi nous sommes publiquement engagés à travailler ensemble à ce dossier.
Depuis, William a poursuivi son travail sans relâche, et il continue à le faire à titre de représentant spécial du premier ministre.
Le Canada a tout lieu d’être fier de l’accompagner sur cette voie.
Même si cet enjeu ne fait pas encore l’objet de négociations, on constate clairement que la volonté de la communauté internationale de s’attaquer à ce fléau gagne en ampleur.
L’an dernier, sous la présidence britannique du G-8, nous avons rendu publique, avec nos collègues, la Déclaration sur la prévention des violences sexuelles dans les conflits.
Puis, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies, nous avons émis une déclaration similaire qui a depuis été cautionnée par 155 pays, un nombre record.
De plus, en juin dernier, ici à Londres, William a organisé la tenue du formidable Sommet mondial pour l’élimination de la violence sexuelle en zones de conflits.
Ce sommet s’est avéré vraiment extraordinaire, et sans aucun doute le plus grand événement jamais tenu sur le sujet.
Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est qu’il ne s’agissait pas que de « politiciens et de platitudes », comme c’est le cas dans certains sommets.
Je suis fier de dire que le Canada y était représenté en force.
J’ai eu l’honneur de présider une séance ministérielle visant à déterminer les mesures à prendre pour améliorer la reddition de comptes.
Se sont joints à moi notre ambassadrice en Afghanistan, Mme Deborah Lyons, un agent de police canadien ainsi que deux activistes afghans qui ont parlé avec éloquence de leur travail.
Mme Lyons est la seule femme occupant un poste d’ambassadeur à Kaboul et elle accomplit un travail fantastique en ce qui concerne la participation des femmes aux quatre coins du pays.
Les efforts de sensibilisation qui sont déployés concernant le besoin de combattre la violence sexuelle dans les zones de conflits ne pouvaient être plus opportuns.
Au moment où le monde commence à se mobiliser, une nouvelle menace terrible à l’égard des femmes et des filles surgit pour mettre notre détermination à l’épreuve.
Comme nous en avons tous été des témoins horrifiés cet été, le groupe semant la mort qu’est l’EIIL a déclenché une campagne violente contre les minorités religieuses et ethniques en Iraq et en Syrie.
Le Canada et le Royaume-Uni sont tous deux intervenus pour faire échec à l’EIIL, mais aussi pour fournir une aide essentielle aux victimes des atrocités commises par ce groupe armé.
Dans le cadre de notre intervention, nous avons lancé une mission commune à Bagdad et à Erbil afin d’évaluer comment nous pouvons mieux aider les victimes et commencer à tenir les auteurs des abus et des crimes responsables de leurs actes.
Cette mission a permis de déterminer un éventail de possibilités et de partenaires à cette fin, en fournissant une aide grandement nécessaire aux survivantes de la violence sexuelle commise par les forces de l’EIIL et en renforçant les capacités locales de résister aux prochaines attaques et de prévenir celles-ci.
Je crois donc que nous avons montré notre détermination.
Mais nous sommes tous bien conscients de l’ampleur des défis qui nous attendent.
Comme plusieurs d’entre vous savent également que William a écrit un livre au sujet d’un autre William.
Il n’est pas exagéré de dire que William Wilberforce a été l’un des plus grands britanniques à avoir jamais vécu.
Il a investi toute son énergie et tout son talent dans la lutte contre l’un des plus grands défis moraux du XIXe siècle : l’esclavage.
Il existe des parallèles évidents entre l’esclavage et la violence sexuelle.
Tous deux portent atteinte à l’humanité.
Tous deux ont à voir avec la domination et la sujétion.
Tous deux ciblent et exploitent les plus vulnérables.
Le Canada s’est toujours porté à la défense des opprimés.
Comme vous l’avez vu dans la vidéo, John Diefenbaker en a été un brillant exemple, de par ses condamnations fermes de l’apartheid et du communisme soviétique.
J’espère que, dans l’avenir, lorsque nous évoquerons le passé, nous pourrons nous dire que, sous notre leadership, nous avons nous aussi porté ce flambeau.
Nous avons tous la responsabilité d’exercer ce leadership et de plaider haut et fort pour la protection des plus vulnérables.
C’est pourquoi le Canada a toujours plaidé et continue de plaider avec force pour mettre fin à la violence faite aux femmes.
Et c’est pourquoi je participe si activement à la campagne pour mettre fin aux mariages précoces et forcés.
Comme l’a dénoté Wilberforce, il n’est pas toujours facile de promouvoir des valeurs claires face à des priorités et des intérêts concurrents.
Mais à cela, il a répondu avec éloquence, comme il savait si bien le faire :
« Si être sensible aux souffrances de ses semblables, c’est être un fanatique, a-t-il dit, je suis alors l’un des fanatiques les plus incurables à courir les rues. »
C’est donc avec beaucoup de plaisir que je peux dire de vous, William Hague, que vous êtes aussi un fanatique.
Vous avez travaillé sans relâche pour faire de ce monde un endroit meilleur et plus sûr pour les femmes et les filles.
Et c’est ce que je tiens à souligner aujourd’hui.
Ce prix vient récompenser votre détermination à protéger les droits de la personne dans le monde entier.
Et il témoigne également de votre amitié évidente pour le Canada.
Mesdames et Messieurs, j’ai l’immense honneur de décerner le prix John Diefenbaker pour la défense des droits de la personne et de la liberté au très honorable William Hague, pour son travail visant à mettre fin à la violence sexuelle dans les conflits.
Veuillez vous joindre à moi pour le féliciter.