Kingston (Ontario) - 11 janvier 2015
Merci beaucoup à tous.
Merci Arthur pour ces présentations aimables et chaleureuses et merci à vous aussi. Je sais que tout le monde ici vous remercie.
Arthur a vraiment mis tout son cœur et toute son âme dans ces célébrations et mérite véritablement toute notre reconnaissance.
Mesdames et Messieurs, nous sommes réunis pour honorer notre tout premier Premier ministre, alors j’aimerais bien entendu saluer d’abord la présence, encore une fois, d’autres anciens premiers ministres : le très honorable John Turner, dix-septième Premier ministre du Canada, et la très honorable Kim Campbell, dix-neuvième Première ministre du Canada.
Bienvenue également à Son Excellence, le haut-commissaire Drake, à Madame Drake, ainsi qu’à mes collègues parlementaires d’hier et d’aujourd’hui. Je reconnais bon nombre de personnes ici aujourd’hui.
Bien entendu, je salue également la lieutenante-gouverneure Dowdeswell, le maire Paterson ainsi que tous les représentants d’autres ordres de gouvernement – gouvernement provincial, administration municipale et Premières Nations.
J’aimerais aussi saluer notre invitée spéciale – celle qui, je crois, a fait le plus long voyage pour être parmi nous aujourd’hui, et j’ai nommé la très honorable Tricia Marwick, Présidente du Parlement écossais.
Je vous souhaite la bienvenue au Canada.
Je suis heureux d’être ici, à Kingston, la première capitale de la province du Canada à l’époque précédant la Confédération, et d’être ici pour célébrer le deux centième anniversaire de naissance de notre premier Premier ministre, Sir John A. Macdonald.
Sir John Alexander Macdonald, que j’ai mentionné plus tôt, a servi fidèlement cette ville, et les habitants de Kingston lui ont rendu sa loyauté en l’élisant comme maire à treize reprises en près d’un demi-siècle – d’abord à titre de jeune échevin et, en dernier lieu, juste avant sa mort, en tant que Premier ministre.
Il est également tout indiqué que nous soulignions l’occasion dans cet édifice historique puisque, comme nous l’a fait remarquer monsieur le maire, Macdonald a commencé sa carrière politique l’année où la première pierre de cet édifice a été posée, c’est-à-dire en 1843.
Son portrait, dont nous pourrons admirer la restauration aujourd’hui, a surplombé cette pièce pendant nombre d’années et, même après sa mort, Macdonald est revenu ici, puisqu’il y a été exposé en chapelle ardente.
À cette époque, même son plus grand rival, Sir Wilfrid Laurier, a admis, et je cite :
« Il est presque impossible de concevoir que la vie politique de ce pays, que le destin de ce pays, se poursuivront sans lui. »
Mais cela s’est fait, et nous sommes réunis aujourd’hui non pas pour pleurer sa mort, mais pour célébrer sa naissance.
Parce que, sans Sir John A. Macdonald, le Canada, tel que nous le connaissons, le meilleur pays au monde, n’existerait tout simplement pas.
Un autre Premier ministre, Arthur Meighen, a déclaré ce qui suit cinquante ans après le décès de Sir John. Je cite :
« Pendant un moment, rendons-lui un hommage bien mérité, et si nous le pouvons, puisons notre inspiration, notre courage et un peu de sagesse au pied de la fontaine de l’histoire du Canada. »
Puisque l’histoire de Macdonald, c’est l’histoire du Canada.
Un brillant exemple de modestie, d’espoir et de réussite.
Comme il est né à Glasgow dans une famille d’origine modeste, personne n’aurait pu prédire les grandes réalisations qui attendaient le jeune John dans son avenir, sauf une personne, bien entendu : sa mère.
« Croyez-moi, a-t-elle dit, John sera plus qu’un homme ordinaire. »
Et elle a eu raison.
Né dans une vaillante famille arrivée depuis peu dans le Haut-Canada, il s’est servi de sa vivacité d’esprit, de ses aptitudes de visionnaire et de sa capacité de jeter des ponts et a travaillé avec acharnement pendant toute sa vie pour transformer un groupe de colonies pauvres et isolées en un jeune pays prometteur.
Et n’oubliez pas.
Rien de ce que Macdonald a accompli avec les autres Pères de la Confédération n’était certain ou inévitable.
En fait, c’était remarquable.
Et c’est vraiment une histoire que chaque génération devrait apprendre et connaître.
Par moment, j’ai cru que Macdonald avait forgé le Canada par sa seule volonté.
Macdonald a forgé des coalitions et des consensus entre des partis politiques, entre l’Ouest et l’Est, entre francophones et anglophones.
En effet, la grande amitié qui le liait à George-Étienne Cartier, dont nous avons célébré le bicentenaire l’an dernier, est l’un des grands piliers de l’histoire de notre pays.
Lorsque les colonies des Maritimes envisageaient de former leur propre union politique, Macdonald s’est invité à la conférence de Charlottetown et a convaincu tous les participants d’imaginer un projet beaucoup plus grandiose.
Le moment venu de rédiger le texte qui allait devenir la Constitution du Canada – les 72 résolutions à la base de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique – il a rédigé les deux tiers du document par lui-même.
C’est en fait ce qu’en a dit D’Arcy McGee.
Pour sa part, Macdonald, qui avait le don qu’ont les politiciens de s’attribuer les mérites en toute chose, a simplement affirmé qu’il n’avait reçu aucune aide.
Et, après le 1er juillet 1867, lorsque le Dominion du Canada a enfin été établi, il a poursuivi son travail.
Il a supervisé l’acquisition des vastes territoires de l’Ouest et du Nord du Canada, créé la Police à cheval du Nord-Ouest pour les surveiller et a fait construire un chemin de fer qui les traversait et se rendait jusqu’au Pacifique.
À la fin de ses 48 ans en politique, Sir John A. Macdonald avait déjà bâti l’essentiel du pays qui est le nôtre aujourd’hui.
Sa réalisation – la Confédération d’un océan à l’autre – est véritablement plus grande que nature.
Et pourtant – fait étonnant –, Macdonald ne s’est jamais imposé comme une figure emblématique comme l’ont été des personnages semblables dans beaucoup d’autres pays.
Comme Canadiens, nous avons voulu comprendre que même nos plus formidables citoyens sont des êtres humains qui, malgré leurs réalisations extraordinaires, ne sont pas à l’abri des fautes et des défaillances, comme tout autre être humain.
Dans le cas de Macdonald, ce qui a probablement le plus souvent fait parler, est son faible pour l’alcool et les abus qu’il en faisait.
Cela l’aidait peut-être à relâcher la pression qui accompagnait l’exécution d’un projet d’envergure comportant de si grands risques ou à se soulager du fardeau qu’il portait en raison d’une vie personnelle teintée de tragédies et d’épreuves.
Quelle qu’en fût la raison, Macdonald était pleinement conscient de son humanité et, en conséquence, il la pardonnait facilement chez les autres.
Un contemporain se souvient qu’il ait dit : « Je ne nie pas mes fautes par omissions ou par action. Mais je pense qu’il pourra être dit de moi, au bout du compte, qu’il est largement pardonnable, parce qu’il aimait profondément, parce qu’il est vrai que j’ai aimé mon pays avec passion ».
Cet amour passionné, ce véritable amour de la terre de nos aïeux, c’est notre héritage.
C’est aussi notre fardeau.
On n’a jamais fini de bâtir un pays.
Entre le moment où le projet n’était encore qu’à mi-chemin, à la mort de Macdonald, près d’un quart de siècle après la Confédération, et aujourd’hui, alors que nous arrivons très bientôt au sesquicentenaire – période pendant laquelle très peu d’autres textes constitutionnels ont survécu –, les défis et les possibilités sont devenus encore plus grands pour nous.
Lors d’un toast qu’il a porté après la conférence de Charlottetown, il y a cent cinquante ans, Macdonald a levé son verre à Cartier, Tupper, Tilley, Brown, Taché, Galt et à tous les autres, et il a déclaré ce qui suit :
« Pendant vingt longues années, je me suis démené dans la morne politique coloniale. J’ai cru qu’il n’y aurait jamais de dénouement et que rien ne serait à la mesure de mon ambition. Mais, aujourd’hui, je vois les résultats de toutes les peines que j’ai subies pour la cause de mon petit pays. »
Aujourd’hui, avec le recul, nous pouvons affirmer que Macdonald a commis un euphémisme.
Le Canada que nous aimons aujourd’hui est, à bien des égards, tellement plus grand que ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer.
Mais, à d’autres égards, notre pays est exactement la grande nation à laquelle il aspirait.
Pacifique et prospère.
Un pays imprégné de courage et de compassion, de foi et d’optimisme, sûr de lui malgré une identité complexe et qui connaît sa place dans le monde.
Alors, deux cents ans après la naissance de notre premier Premier ministre, nous devrions continuer de rêver, comme il le faisait.
Des rêves aussi résistants que la côte Atlantique, aussi majestueux que le Saint-Laurent, aussi vastes que les forêts, aussi immenses que le ciel des Prairies et aussi magnifiques que nos aurores boréales.
Et au moment où nous nous préparons fièrement aux célébrations de 2017, souvenons-nous qu’elles ont en grande partie été rendues possibles grâce à un homme ordinaire dont on attendait peu, mais qui, quand on lui en a donné l’occasion, a fait des choses extraordinaires.
Et cela, à mon avis, définit très bien notre pays, qui ne ressemble à aucun autre dans le monde.
Un pays où ce que vous avez accompli et l’endroit vers lequel vous vous dirigez sont toujours plus importants que le lieu d’où vous venez et les gens que vous connaissez.
Un pays qui, ainsi, incarne l’histoire de son fondateur.
C’est un legs que, aujourd’hui, nous nous réengageons à protéger, à préserver et à transmettre aux générations de demain.
Un Canada où tout est possible.
C’est le legs que nous a laissé Sir John. Faisons en sorte que ce soit également l’héritage que nous transmettrons aux générations futures.
Merci beaucoup.