Vancouver (Colombie-Britannique), le 11 février 2015
L’allocution prononcée fait foi.
Bonjour à tous et à toutes.
C’est avec plaisir que je suis ici aujourd’hui.
Je suis toujours impressionnée de voir un groupe tel que le vôtre rassemblé en un seul endroit.
Cela me permet de constater en personne que nous partageons une ambition et une passion commune : celle d’aider les autres à bien vivre.
À se sentir heureux, en bonne santé et en sécurité.
À prendre soin de notre entourage.
Et, en retour, à éprouver un sentiment d’appartenance et à bénéficier de la sécurité qu’apporte la vie au sein d’une communauté de soutien.
Or, malheureusement, il arrive que des obstacles se dressent sur notre chemin.
Surtout lorsque nous avançons en âge.
L’isolement social est l’un de ces obstacles.
C’est un problème à la fois généralisé et difficile à résoudre.
Et la solution s’avère à la fois simple et complexe. De fait, elle nous ramène à une réalité fondamentale de la vie : les gens ont besoin les uns des autres.
Au cours des trois dernières années, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec des personnes âgées, avec des représentants d’organismes qui s’occupent des aînés, de même qu’avec d’autres intervenants provenant des quatre coins du pays.
Tous m’ont clairement expliqué que l’isolement social est un problème qui requiert notre attention. Cela est d’autant plus vrai dans le contexte du vieillissement de notre population.
Le Canada fait face à une mutation démographique majeure.
Nous comptons actuellement plus de personnes âgées de plus de 60 ans que d’enfants de moins de 5 ans. D’ici l’an 2050, les personnes âgées seront plus nombreuses que les enfants de moins de 15 ans.
Il y a quelques jours, j’ai d’ailleurs lu des pronostics saisissants à cet égard. Le Bureau de l’actuaire en chef avançait que 5 Canadiens sur 10 aujourd’hui âgés de 20 ans ont une espérance de vie de 90 ans.
Bien sûr, c’est une bonne nouvelle. Mais dans les faits, cela signifie que le nombre de personnes âgées ira en s’accroissant au Canada. Si nous n’agissons pas dès maintenant, le problème de l’isolement social s’accentuera.
Mais que signifie au juste l’isolement social des personnes âgées?
L’isolement social désigne une situation où la quantité et la qualité des interactions sociales sont faibles.
En plus de vivre peu d’interactions sociales, une personne isolée occupe peu de place dans la société. De plus, elle n’entretient pas de relations mutuellement satisfaisantes.
Ce problème cause un manque de cohésion au sein de la société, laquelle subit la perte de l’expérience enrichissante des adultes plus âgés dans les familles, les quartiers et les municipalités.
Sur le plan personnel, l’isolement social détériore le bien-être économique, social, physique et mental des personnes âgées.
Comme nous le savons tous trop bien, au fil du temps, les personnes âgées courent le risque de perdre le contact avec les personnes importantes pour elles, comme les amis, les parents et la société en général, et ce, pour une multitude de raisons.
Pour toutes les personnes âgées, le vieillissement entraîne une longue série de transitions. Certaines transitions sont prévues, alors que d’autres ne le sont pas.
Qu’on soit jeune ou âgé, la perte d’un conjoint, la baisse du revenu ou la maladie représentent des événements majeurs qui bouleversent toute une vie.
Après une telle épreuve, la majorité d’entre nous aurait peine à gérer sa routine au quotidien.
N’est-ce pas là une cruelle ironie que de tels drames brisent nos réseaux sociaux, au moment où, plus que jamais, nous avons besoin du soutien de notre entourage?
Même la perte de la capacité de conduire cause un changement radical dans la vie d’une personne.
Lorsqu’on ne peut plus conduire, ni marcher ni prendre l’autobus pour se présenter à un rendez‑vous ou rencontrer ses amis, on perd en peu de temps tout contact avec le reste de la société.
Vivre avec la maladie, ou toute autre perte d’autonomie peut également causer un cloisonnement social.
On observe d’ailleurs des liens manifestes entre la santé et l’isolement social. Sur ce point, on observe l’incidence positive des réseaux sociaux sur la santé des personnes âgées.
À titre d’exemple, les réseaux sociaux poussent les personnes âgées à demeurer actives sur les plans physique et mental.
À l’opposé, en l’absence d’un réseau social, les personnes âgées sont plus susceptibles de souffrir de problèmes de santé.
Par ailleurs, elles sont plus portées à consommer de l’alcool, à fumer, à demeurer sédentaires et à mal s’alimenter.
Et comme si cela ne suffisait pas, le risque d’hospitalisation est de quatre à cinq fois plus élevé chez les personnes âgées isolées.
Ces conséquences sont très graves, mais malheureusement, ce n’est pas tout.
Outre les risques pour la santé physique, l’isolement social représente également une menace pour la santé mentale. On l’associe d’ailleurs à des taux plus élevés de dépression et de suicide.
En fait, le quart des personnes âgées sont aux prises avec un problème de santé mentale, comme la dépression, l’anxiété ou la démence[1].
Près de la moitié des Canadiens âgés de plus de 80 ans admettent se sentir seuls. Et malheureusement, les hommes âgés de plus de 80 ans ont un des plus hauts taux de suicide, tous groupes d’âge confondus[2].
Ajoutons que l’isolement social rend les personnes âgées plus vulnérables aux mauvais traitements, notamment à l’exploitation financière.
Comme vous pouvez le constater, l’isolement social est le dénominateur commun d’un grand nombre de problèmes nuisant au bien-être des personnes âgées.
C’est un problème que nous ne pouvons pas négliger.
S’il nous est toujours difficile de poser un diagnostic exact, nous savons néanmoins qu’en 2006, plus de 30 % des personnes âgées au Canada étaient à risque de souffrir d’isolement social.
En 2008, 19 % des Canadiens âgés de 65 ans et plus affirmaient manquer de compagnie et se sentaient exclus ou isolés des autres.
Comme je vous le disais précédemment, l’isolement social est complexe et omniprésent, mais sa prévention est possible.
C’est pourquoi nous prenons des mesures coordonnées pour s’attaquer de front à ce problème.
Dans cette optique, nous nous affairons à harmoniser les priorités du Conseil national des aînés et du programme Nouveaux Horizons pour les aînés pour lutter main dans la main contre l’isolement social des personnes âgées.
Je suis également heureuse d’annoncer que le Forum fédéral, provincial et territorial des ministres responsables des aînés a inscrit la question de l’isolement social à l’ordre de ses priorités pour l’année à venir.
L’année dernière, le Conseil national des aînés a été chargé d’évaluer les effets de l’isolement social sur les aînés canadiens et de trouver des moyens de le prévenir ou de le réduire.
Pour ce faire, le Conseil a consulté plus de 300 intervenants, dont des personnes âgées, des représentants d’organismes communautaires et des universitaires[3]. Ces consultations ont débouché sur un rapport faisant état de leurs principales constatations. Si vous n’avez pas eu l’occasion de consulter cet excellent rapport et la revue documentaire qui l’accompagne sur le sujet, je vous invite vivement à le faire.
Le rapport mettait en évidence l’importance de collaborer avec les organismes qui offrent des services et des programmes directement aux aînés.
Cette année, j’ai demandé aux membres du Conseil de poursuivre leurs travaux sur la question et d’approfondir leurs recherches sur les obstacles qui empêchent les personnes âgées et les autres citoyens d’entrer en relation les uns avec les autres.
Je leur ai également demandé de trouver des solutions pour inciter les collectivités à sortir les personnes âgées de leur isolement dans leur quartier.
Chers amis, nous voulons aider les collectivités à tisser de bonnes relations avec les personnes âgées isolées dans leur milieu.
En rapprochant les personnes âgées des autres citoyens, des groupes de bénévoles et des organisations, nous réduirons l’isolement social des personnes âgées dans leur milieu.
À l’instar du Conseil national des aînés et du programme Nouveaux Horizons pour les aînés, le Forum fédéral, provincial et territorial des ministres responsables des aînés a placé l’isolement social au premier rang de ses priorités pour l’année à venir.
Ce forum réunit des ministres, des sous‑ministres et de hauts dirigeants des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux qui travaillent en concertation à promouvoir les intérêts des Canadiens âgés.
Grâce à cette collaboration, nous travaillons ensemble à trouver des solutions novatrices pour lutter contre l’isolement social des personnes âgées, y compris celles vivant en région rurale ou éloignée.
J’attends avec impatience le moment où je pourrai présenter la progression des travaux menés par le Forum.
J’aimerais maintenant parler du programme Nouveaux Horizons pour les aînés.
La plus grande partie du programme Nouveaux Horizons pour les aînés est consacrée à des subventions communautaires pouvant s’élever jusqu’à 25 000 $. Cette année, nous financerons plus de 1 800 de ces subventions dans les collectivités à l’échelle du pays.
Cependant, une partie beaucoup plus petite du programme Nouveaux Horizons pour les aînés est consacrée à des projets de plus grande envergure et de plus longue durée. Les subventions accordées dans le cadre de ces grands projets sont parfois qualifiées de subventions « pancanadiennes », et elles sont habituellement liées par un thème général, comme les mauvais traitements envers les aînés.
L’année dernière, nous avons lancé un appel de propositions pour des projets pilotes sur la question de l’isolement social, et cela nous a beaucoup appris. Nous avons augmenté le montant maximal des accords de contribution, et lorsque les circonstances s’y sont prêtées, nous avons permis leur financement sur une deuxième ou une troisième année. Nous avons également commencé à intégrer certains des éléments de ce qu’on appelle parfois l’« innovation sociale », comme l’obtention de fonds supplémentaires et la planification de la durabilité dans le processus.
Les résultats ont été positifs, quoique déconnectés. Ce que j’entends par cela est que tous ces bons projets se sont déroulés indépendamment les uns des autres. Les responsables des projets n’ont pu tirer parti de la mise en commun des leçons qu’ils ont apprises, et leurs efforts n’ont été aucunement coordonnés. J’insiste sur le fait qu’individuellement, les projets pilotes ont été très bons, mais nous sommes cependant forcés de constater que collectivement ils ont eu un impact social limité.
Mais voilà pourquoi nous menons des projets pilotes; pour apprendre à nous améliorer.
Et aujourd’hui, je suis heureuse d’annoncer que pendant au moins les cinq prochaines années, le thème général du volet pancanadien du programme Nouveaux Horizons pour les aînés sera axé sur la diminution de l’isolement social des aînés dans leur collectivité immédiate.
J’ai aussi le plaisir d’annoncer que nous travaillerons avec la fondation de la famille J.W. McConnell dans le cadre de son initiative Innoweave. Le gouvernement et la fondation collaboreront afin d’amener les leaders influents du secteur communautaire à travailler en réseau, de mesurer les progrès par rapport aux paramètres établis, de mettre en commun les leçons apprises et de proposer des modifications au fil du processus.
La fondation de la famille J.W. McConnell et ses partenaires du programme Génération de l’innovation sociale fourniront également des conseils au gouvernement dans le contexte du processus de sélection en vue d’orienter les projets de façon à maximiser leur impact social.
Nous sommes très enthousiasmés par ce nouveau partenariat. J’espère que nous recevrons davantage de demandes liées à des projets démontrant la créativité et la souplesse que j’ai mentionnées.
Nous espérons voir des projets dont les responsables adoptent de nouvelles approches; ou trouvent de nouvelles façons d’utiliser les approches existantes.
Nous espérons voir des projets qui nous mettent au défi d’utiliser les vastes connaissances, les nombreux outils et la grande compassion que nous avons à notre disposition pour innover en vue de réaliser de grandes choses.
Le temps est venu de revoir nos idées et nos approches existantes, et d’en adopter de nouvelles.
Nous devons maintenant nous permettre d’aborder les questions de différentes façons.
Et pour être en mesure de porter un regard neuf sur certaines idées, nous devrons peut-être les aborder d’un angle très différent.
En termes absolus, cela signifie que nous devons nous ouvrir à la créativité et à la souplesse, et être prêts à chercher partout pour trouver de l’inspiration; même à l’extérieur de notre discipline.
Steve Jobs a dit : « L’innovation est ce qui distingue le leader du suiveur. »
Nous reconnaissons donc qu’en tant que leaders, l’innovation n’est pas pour nous une simple qualité constituant un atout, c’est un élément fondamental.
Je devine que vous êtes nombreux à penser que ce n’est pas un domaine où la bureaucratie est particulièrement efficace.
Et à certains égards, vous auriez raison de penser cela.
C’est pourquoi je suis heureuse que notre gouvernement joue un rôle de chef de file en réunissant des partenaires de divers secteurs.
L’innovation sociale est efficace en agençant des ressources provenant des gouvernements, des entreprises, des organismes communautaires et du milieu universitaire, en vue de générer de nouvelles idées et de nouveaux outils permettant de trouver des façons novatrices de remédier aux problèmes sociaux.
Notre objectif consiste à réunir les divers citoyens, bénévoles, organismes et gouvernements qui tentent par eux‑mêmes de régler le problème; et à favoriser l’adoption d’une approche mieux coordonnée en vue d’accroître l’efficacité collective pour lutter contre ce problème social complexe.
À titre de ministre d’État responsable des aînés, je souhaite voir tous les aînés canadiens jouir d’une grande qualité de vie, et cela n’est pas possible lorsqu’on vit malgré soi en marge de la collectivité. Nous sommes des êtres foncièrement relationnels. Nous naissons au sein d’une collectivité, et nous ne pouvons vivre sans elle.
Anciennement, les aînés vivaient avec leurs enfants d’âge adulte et jouissaient de leur compagnie au quotidien, mais cela ne fait plus partie de notre culture. Malheureusement, de plus en plus d’aînés vivent seuls, isolés du reste de la collectivité malgré le grand nombre de personnes qui habitent tout près.
Le fait est que l’isolement social des aînés du Canada n’est rien de moins qu’une tragédie qui a des conséquences réelles pour tous les citoyens, jeunes et vieux.
Mais ensemble, chers amis, nous pouvons régler le problème. Les remèdes sont la collectivité et les relations humaines. Une simple tasse de thé en bonne compagnie, une petite visite, une marche à l’extérieur ou une brève conversation peut faire toute la différence.
À l’échelle locale, dans nos collectivités, la clé consiste réellement à connaître nos voisins et à agir en bons Canadiens; en prenant le temps de discuter avec les aînés vivant seuls dans notre voisinage. Nous devons agir dès maintenant pour améliorer la qualité de vie de ces personnes.
En travaillant ensemble, avec toute la créativité et l’innovation que nous possédons collectivement, je suis convaincue que nous pouvons progresser en vue de régler ce problème complexe; nous pouvons égayer considérablement l’existence des aînés qui sont isolés sur le plan social.
Merci.