Halifax (Nouvelle-Écosse), le mercredi 22 avril 2015
Sous réserve de modifications
C’est un plaisir d’être ici pour discuter de la collaboration en milieu universitaire.
Ce sujet m’est plutôt familier.
Ici, à l’Université Dalhousie et à Halifax, vous comprenez bien l’importance de la collaboration. En tant que l’une des plus anciennes universités au pays, vous savez ce qu’il faut pour survivre et réussir.
Vous savez qu’il faut constamment se réévaluer et s’ouvrir aux nouvelles idées et possibilités.
Des experts et des intéressés se sont réunis aujourd’hui pour discuter des possibilités de collaboration entre le milieu universitaire et l’industrie. J’aimerais vous faire part de mon expérience.
Selon moi, il existe trois étapes simples pour créer un écosystème d’innovation durable :
Cerner les besoins de la communauté.
S’entourer des bonnes personnes et repérer des partenaires potentiels dans la communauté.
Travailler ensemble pour combler les besoins cernés.
Laissez-moi vous expliquer comment j’en suis venu à ces conclusions.
En tant que président de l’Université de Waterloo de 1999 à 2010, j’ai eu la chance de poursuivre l’approche innovatrice, réfléchie et axée sur la recherche de cette institution. Lorsque je suis entré en fonction, l’important était de choisir le bon moment, le bon endroit et le bon entourage. Comme le veut le dicton, la destination a moins d’importance que le parcours et la compagnie pour s’y rendre.
On n’arrive pas à la « bonne » formule rapidement ni par hasard. On y arrive en s’entourant de personnes fiables et prêtes à faire un effort concerté. Et on y arrive en acceptant le soutien de la communauté.
Bien entendu, le succès de l’université n’a ni commencé ni fini avec moi! Waterloo a accueilli son lot de personnes visionnaires et très imaginatives qui ont su repérer et saisir les possibilités. Aujourd’hui encore, le personnel et le corps professoral démontrent ces caractéristiques.
Un de ces moteurs du changement était Ira Needles, le président de B.F. Goodrich Canada dans les années 1950. Son usine de pneus était un grand joueur dans le secteur manufacturier de Kitchener-Waterloo, une force traditionnelle dans la communauté.
Mais M. Needles avait un problème : le manque de travailleurs qualifiés. Son entreprise, comme bien d’autres au Canada à l’époque, n’avait pas assez d’ingénieurs.
M. Needles a donc prononcé devant le Club Rotary de Kitchener-Waterloo un discours intitulé « RECHERCHÉS : 150 000 ingénieurs – Le plan de Waterloo ». Il avait un plan d’action, qui allait commencer là-bas, à Waterloo.
Il souhaitait créer un modèle coopératif d’enseignement postsecondaire qui combinerait des cours théoriques et de l’expérience en milieu de travail.
Quel fut le résultat? Le programme coop de l’Université de Waterloo, qui prospère aujourd’hui grâce au soutien de l’industrie.
Même si cette idée novatrice ne fut pas la première à voir le jour à Waterloo, elle fut une bénédiction pour l’université et pour la ville. Aujourd’hui, Waterloo est un carrefour d’innovation où l’on trouve un parc de recherche et technologie unique, des compagnies comme BlackBerry, ainsi que le Perimeter Institute for Theoretical Physics.
Le dernier exemple est unique, puisqu’il a propulsé la collaboration vers de nouveaux sommets. Il est né d’une collaboration étroite entre des établissements locaux d’enseignement postsecondaire, les gouvernements et le secteur de la haute technologie, qui exploite et alimente le processus.
Cet institut a pour mission d’explorer le monde qui nous entoure au niveau de la particule subatomique, où s’arrête pour l’instant notre compréhension des lois de la physique.
Stephen Hawking a même décrit Waterloo comme un éventuel chef de file mondial de la physique au 21e siècle, comme l’ont déjà été l’Allemagne et Cambridge, en Angleterre.
De toute évidence, nous avons bien fait les choses!
Ce système n’a pas été créé par une seule université ou entreprise. Il est le fruit d’une collaboration multisectorielle. Les gouvernements, les entreprises et l’université ont suivi les trois étapes que je vous ai présentées plus tôt. Ils ont cerné les besoins, trouvé les personnes et les partenaires nécessaires, et travaillé ensemble pour répondre aux besoins.
Il y a eu une quatrième étape essentielle à leur succès, qui consistait à répéter les trois premières.
Un solide écosystème d’innovation reconnaît que le savoir et les ressources doivent être échangés et qu’ils sont à la base de la pensée créative. Une fois les assises en place, on répète le processus jusqu’à ce que l’écosystème compte de multiples composantes, qui s’alimentent les unes les autres.
J’aimerais vous laisser sur une dernière pensée, un dernier conseil : ne limitez pas votre portée. L’approche collaborative que vous souhaitez établir ici, à l’Université Dalhousie, peut profiter non seulement à Halifax, mais à la province, au pays, voire au reste du monde.
Il est important de se parler, en allant au-delà des disciplines et des frontières, afin de cerner les forces et les faiblesses de nos communautés.
Je suis impatient d’échanger avec vous et de connaître vos opinions sur l’approche collaborative entre l’industrie et le milieu universitaire. Y a-t-il de meilleures façons d’innover?
Merci.