Toronto (Ontario)
Le 1 mai 2015
Tom Pentefountas, vice-président de la radiodiffusion
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes
Priorité à l'allocution
Je vous remercie de cette aimable présentation.
Je sais que nous sommes nombreux à nous battre pour obtenir votre attention. En plus d’avoir au-delà de 200 des meilleurs documentaires au monde à regarder, vous avez également accès à certains des plus importants représentants de fonds pour long métrage, représentants financiers et directeurs de programmation de la planète. Donc, je comprends que votre temps est précieux.
La feuille de route du CRTC pour l'avenir de la télévision fera en sorte que le système de télévision du Canada s’adaptera aux changements profonds qui s’opèrent dans notre univers multimédia. Ce qui est une bonne nouvelle pour les gens dans cette salle.
Ce matin, je vous parlerai principalement des décisions du Conseil qui touchent de façon plus directe les créateurs de contenu. J’espère ainsi vous rassurer à l’effet que le ciel ne vous tombera pas sur la tête.
Je souhaite aussi que mes propos vous incitent à saisir les opportunités extraordinaires qui s’offrent aux créateurs de contenu canadiens.
Les gens du secteur de la création au Canada ont toutes les raisons d’être optimistes.
Le Canada est bien positionné pour livrer concurrence – et gagner – au pays comme à l’étranger et pour faire face à l’avenir avec confiance.
Les réalisateurs de documentaires du Canada, tout particulièrement, affichent un bilan enviable en matière de création de films et d’émissions primés. À preuve, il suffit de jeter un coup d’œil aux prix Génie et Gemini que décerne annuellement l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.
Vos ventes à l’international sont solides, ce qui démontre bien l’existence d’une soif à l’étranger pour ce que vous avez à offrir. C’est d’ailleurs là que se trouve la clé de notre avenir collectif de création.
Cela dit, dans l’environnement présent en évolution rapide, il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers.
Comme tout le monde dans l’industrie du contenu, vous devez vous adapter…, vous réinventer… et être prêts à affronter la prochaine vague.
Et c’est précisément le but des annonces récentes que nous avons fait au terme de notre examen de la politique télévisuelle Parlons télé.
Aperçu
Permettez-moi de vous résumer rapidement l’objectif de Parlons télé…, les conclusions que l’instance nous a permis de tirer… et l’incidence que cet exercice pourrait avoir sur vous en tant que réalisateurs de documentaires.
Disons que vous connaissez déjà une bonne partie de l’histoire puisque vous faites partie des 60 000 personnes œuvrant dans le secteur de la création de contenu au Canada. Ces personnes qui se partagent plus de 4,1 milliards de dollars qui sont investis chaque année dans les émissions produites par des Canadiens et pour les Canadiens.
Vous savez mieux que la plupart des gens qu’une industrie de production nationale constitue un important bien public qui génère des avantages sur les plans social, culturel et économique. Certains avantages, comme l’importance de raconter et d’entendre nos propres histoires, sont intangibles. D’autres, par contre, comme le nombre de postes hautement qualifiés créés et les revenus générés, sont facilement quantifiables.
Compte tenu de l’importance de raconter aux Canadiens et au monde entier les histoires propres au Canada, le CRTC a lancé la conversation Parlons télé. Nous voulions nous assurer que le système de télévision s’ajuste avec succès aux changements profonds déjà amorcés – et à ceux qui surviendront inévitablement au cours des prochaines années.
Nous vivons dans un marché mondial interconnecté et à une époque où le contenu abonde.
Comme vous le savez sans aucun doute par expérience personnelle, cette réalité se répercute directement sur vous et votre travail.
Par exemple, même si vous avez probablement été formé pour réaliser des documentaires d’une durée de 90 minutes, il se peut que cela ne fasse plus de sens étant donné les préférences des auditoires et des diffuseurs contemporains. Ils peuvent vouloir des émissions plus courtes, ou plus longues, ou encore quelque chose d’intermédiaire.
Les jeunes de la génération du millénaire et de la génération du numérique préféreraient probablement des histoires courtes – pensez à YouTube. En revanche, les habitués de l’analogique sont heureux avec des options de visionnements traditionnels sur leur téléviseur ou au cinéma.
De leur côté, les télédiffuseurs voudraient peut-être des séries hebdomadaires plutôt que des émissions uniques. Ils aiment bien les blocs d’une heure qu’ils peuvent insérer dans leur programmation à des heures précises – pensons au récent documentaire comptant six épisodes The Jinx: The Life and Death of Robert Durst, ou encore aux séries documentaires que Vice produit pour HBO.
À cause de cette nouvelle réalité, vous devez être disposé à produire ce que les téléspectateurs et les diffuseurs veulent regarder
La taille et les budgets sont importants, bien sûr, mais les grandes idées qui attirent l’attention vers vos émissions, ça compte tout autant – sinon plus.
Voilà ce qui nous a amenés à poser la question : à quoi ressemblera la télévision d’ici quelques années?
À l’heure où les Canadiens sont de plus en plus nombreux à adopter toutes sortes de nouveaux dispositifs qui leur permettent de visionner le contenu de leur choix, au moment et à l’endroit de leur choix, sur la plateforme de leur choix.
Regardez les dernières données de l’Observateur des technologies médias. Ils révèlent que les Canadiens passent en moyenne 8,2 heures par semaine à regarder des vidéos en ligne. Plus du tiers (37 %) des anglophones affirment regarder des émissions de télévision intégrales en ligne.
Devant la métamorphose que nous avons observée dans les médias depuis l’avènement d’Internet à large bande et des réseaux sans fil, il ne fait aucun doute que les plateformes et les approches novatrices continueront de se succéder. Parallèlement, certaines plateformes et certains produits traditionnels disparaîtront au fil du temps.
Telle est la nature de l’évolution.
Comme l’a écrit Charles Darwin : « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. »
L’adaptabilité.
Dans cette optique, et après avoir entendu plus de 13 000 Canadiens qui ont participé à diverses étapes de Parlons télé, le Conseil a conclu que les anciennes solutions ne seraient plus à la hauteur.
Aujourd’hui, c’est le téléspectateur – pas le créateur de contenu ni le distributeur – qui tient les rênes. Bien que le contenu reste roi, le téléspectateur est empereur. Et aucune quantité de réglementation ne peut arrêter cela.
Voilà pourquoi le CRTC réinvente son approche à l’égard de la création du contenu.
Nous abattons les obstacles à l’innovation qui ont gêné les diffuseurs et les producteurs et ouvrons la porte aux nouvelles idées.
Nous voulons favoriser les conditions nécessaires à la création et à la promotion de contenu captivant et de grande qualité que les auditoires d’ici et à l’étranger choisiront de visionner. Puisque c’est la direction que prend le secteur de la télévision – que cela nous plaise ou non.
Étude réalisée par Hot Docs
Une étude commandée et publiée par Hot Docs en septembre dernier, intitulée Apprendre des auditoires de documentaires : une étude basée sur le marché, montre clairement la nécessité de suivre la direction du téléspectateur.
L’étude révèle que 95 % des répondants affirmaient visionner des documentaires à la maison, mais pas forcément à la télévision. Près de la moitié d’entre eux les regardaient en ligne.
Il n’y a pas lieu de s’alarmer. En fait, cela devrait être une source de célébration pour les gens de votre industrie.
La bonne nouvelle, c’est que 68 % des répondants affirmaient regarder plus de documentaires en 2014 que trois ans plus tôt.
Qui mieux est, une grande partie de ces auditoires se composent de soi-disant « super utilisateurs branchés » au profil rêvé. Ils sont jeunes, à l’aise avec la technologie, et vraisemblablement branchés à iTunes et Netflix, ou encore à des portails payants comme Vimeo on Demand.
Représentant 43 % des téléspectateurs, ces utilisateurs sont nettement plus nombreux que les 14 % de téléspectateurs traditionnels qui s’en remettent uniquement à la télévision et au cinéma pour regarder des documentaires. C’est exactement ce genre de statistiques dont votre secteur a besoin pour prendre de l’expansion.
Peut-être que la caractéristique la plus révélatrice de l’étude est qu'une partie importante de l’auditoire du documentaire – 36 % – payerait pour obtenir un accès en ligne aux documentaires.
Pris ensemble, cela démontre qu’il y a un appétit, et un marché, pour vos œuvres. Cela souligne également ce que ce festival illustre – à savoir que l’accès aux documentaires est important pour les Canadiens.
Émissions d’intérêt national
La Loi sur la radiodiffusion va dans ce sens. Elle stipule que le système canadien de radiodiffusion devrait offrir une programmation à la fois variée et aussi large que possible, et qu’il devrait également favoriser l’épanouissement de l’expression canadienne – exactement le genre d’œuvres que vous produisez.
Le Conseil exige que les diffuseurs produisent ces émissions d’intérêt national, sans quoi elles pourraient ne pas être créées. Le Conseil exige aussi que la programmation doive inclure une contribution significative du secteur de la production indépendante canadienne, des gens comme vous.
Nous avons maintenu ces exigences. Nous continuons de placer les documentaires au premier plan des émissions d’intérêt national. Nous avons aussi maintenu la condition selon laquelle au moins 75 % des dépenses au titre des émissions d’intérêt national doivent être consacrées à des émissions réalisées par des producteurs indépendants.
Bref, nous avons conservé les fondements sur lesquels vous comptez. Fondements que vous pouvez utiliser pour concurrencer au-delà de nos frontières. Le Canada devrait être considéré comme votre rampe de lancement.
Tourné vers l’avenir
Cela ne devrait pas être confondu avec l’intention de s’accrocher au statu quo, cependant.
Nous avons pris d’importantes mesures pour moderniser notre système de télévision de sorte que les téléspectateurs canadiens et les producteurs de contenu ne seront pas laissés derrière alors que nous nous dirigeons vers l’avenir.
Les outils réglementaires du passé – comme les quotas de diffusion et la protection des genres – sont de moins en moins efficaces en cette ère où le contenu abonde et c’est la mobilité sans entrave des Canadiens.
Aujourd’hui, le volume total de productions cinématographiques et télévisuelles canadiennes est 32 % supérieur à ce qu’il était en 2003.
À chaque minute de chaque journée, de chaque mois, 300 heures de vidéos sont téléversées sur YouTube. À cela s’ajoutent les 1 300 heures de télévision traditionnelle auxquelles les Canadiens ont accès chaque heure de la journée.
Par conséquent, le protectionnisme est un anachronisme qui ne fonctionne pas dans un monde sans frontières.
Maintenant, je sais très bien que l’organisme Documentaristes du Canada voulait que le Conseil impose des exigences de diffusion. Sur ce, je reviens à l’argument avancé plus tôt. On ne peut plus forcer les gens à regarder du contenu en leur dictant ce qu’ils devraient regarder, à quelle heure et sur quelle plateforme cela peut être présenté et visionné.
Les téléspectateurs votent avec leurs pouces sur leur téléphone intelligent, avec le glissement d’un doigt sur une tablette ou d’un clic de souris. Les gens choisissent ce qu’ils veulent regarder, quand et comment ils veulent le faire. Je sais qu’il s’agit d’un cliché, mais cela ne rend pas le phénomène moins vrai.
Le Conseil ne peut pas fermer hermétiquement ses frontières, pas plus qu’il ne peut prétendre vivre dans les années 1980. Agir de la sorte équivaudrait à miner et affaiblir davantage le système de télévision et à gruger les revenus qui soutiennent les productions canadiennes.
Cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas continuer à rejoindre à la fois des auditoires fidèles et nouveaux, avec du contenu captivant. Les statistiques que j’ai citées plus tôt confirment que vous réussissez déjà à cet égard.
Mais cela signifie que vous devez mieux cibler les personnes qui veulent acheter ce que vous avez à vendre.
Vous serez ravis d’apprendre que le CRTC rend cela beaucoup plus facile en donnant aux Canadiens la possibilité de choisir à la carte les chaînes qu’ils veulent regarder.
Compte tenu de la croissance de la consommation de documentaires observée ces dernières années, il semble que vos œuvres sont en forte demande. Cette situation crée des possibilités sans précédent pour répondre aux besoins et aux intérêts des Canadiens en leur offrant des émissions auxquelles ils choisiront de s’abonner.
Vous ne serez plus à la merci des distributeurs par câble et par satellite pour l’assemblage des chaînes. Vous ne serez pas limité par des règles relatives au genre non plus. Les chaînes spécialisées qui ne pouvaient pas diffuser de documentaires seront bientôt en mesure de le faire.
Le Conseil abolit les obstacles réglementaires afin d’encourager les nouveaux services de programmation, la flexibilité en matière de programmation et la concurrence sur le marché intérieur.
La diversité de la programmation qui est dictée par les forces du marché sera plus en mesure de répondre aux attentes des téléspectateurs et de tirer parti des stratégies créatives – l’essence même de la réalisation du documentaire.
Ce scénario est fait sur mesure pour les innovateurs comme vous, qui excellez en créativité.
Ententes commerciales
Bien entendu, je sais que certaines décisions du Conseil n’ont pas reçu un accueil favorable de la part de tous les réalisateurs. Je pense notamment à la décision sur les ententes commerciales.
Comme la CPMA a demandé l’autorisation d’en appeler de cet élément de notre décision, je ne peux pas en parler beaucoup aujourd’hui. Par contre, je vais revenir sur les facteurs qui nous ont amenés à prendre cette décision.
Comme vous le savez, les ententes commerciales entre les radiodiffuseurs et les producteurs précisent la question des droits numériques. En 2006, le CRTC s’est fait demander d’élaborer des lignes directrices qui décrivent des conditions de commerce. Leur but était d'assurer la stabilité et des précisions quant à certains droits numériques pour toutes les parties concernées.
Le Conseil ne précisait pas ce qui devait être contenu dans ces ententes. Il a simplement exigé que les grands groupes de propriété négocient de telles ententes avant que leurs licences soient renouvelées.
Le monde a changé radicalement depuis 2006, c’est le moins que l’on puisse dire.
Non seulement l’intérêt du téléspectateur pour vos productions a grandi depuis, mais la question des droits numériques et d’autres droits s’est précisée beaucoup. Aujourd’hui, la plupart des titulaires de licence disposent d’ententes commerciales négociées.
Le CRTC pense qu’il n’est plus nécessaire d’intervenir dans cette relation entre les radiodiffuseurs et les producteurs puisqu’ils ont les précisions et l’expérience dont ils ont besoin pour négocier les ententes futures entre eux.
Cela ne veut pas dire que nous restons à l’écart. En fait, nous donnons l’exemple.
Nous avons annoncé que nous supprimerons l’obligation voulant que le producteur ait signé une entente de diffusion avec un radiodiffuseur traditionnel pour pouvoir obtenir de l’aide en provenance de fonds indépendants. De cette façon, ils ne sont pas liés à vous et vous n’êtes pas liés à eux. Et nous avons d’ailleurs recommandé que d’autres organismes de financement suivent la même voie.
Nous avons également encouragé les gouvernements à éliminer les obstacles qui empêchent actuellement les producteurs canadiens de créer des productions en ligne.
Des investissements accrus
L’autre chose importante à reconnaître est que la déviation du protectionnisme à la promotion vient avec une plus grande dépendance sur les exigences en matière de dépenses.
Ainsi, un plus grand nombre de stations de télévision locales et de chaînes spécialisées doivent maintenant réinvestir une partie de leurs revenus dans la création de contenu fait par des Canadiens.
Nous exigerons que tous les radiodiffuseurs investissent financièrement dans les émissions faites par des Canadiens parce que nous voulons que les radiodiffuseurs et les distributeurs misent sur la qualité plutôt que sur la quantité.
Des investissements pour créer un contenu meilleur apportent plus de valeur au système de télévision. À son tour, cette valeur génère plus d’argent à réinvestir dans le contenu fait par des Canadiens. Et le cycle vertueux continue.
Projets pilotes
Le CRTC élargit la définition d’une production canadienne de manière à inclure de nouveaux projets pilotes.
Elles doivent soit avoir un budget d’au moins deux millions de dollars par heure, soit être basé sur un roman best-seller d’un auteur canadien, à condition que certains critères soient respectés.
Je sais que des préoccupations ont été exprimées au sein de votre communauté, à l’effet que ces projets pilotes semblaient viser uniquement les dramatiques et les comédies. Je vous assure que ce n’est pas le cas. En fait, c’est renforcé aux paragraphes 129 et 130 de la décision que nous avons publiée le 12 mars.
Pour être clair, nous sommes prêts à examiner tout bon projet pilote qui nous sera proposé. Vous avez le même accès aux mêmes ressources que les autres producteurs.
Si vous avez une excellente idée, rien ne vous empêche de soumettre des projets au Conseil. Toute émission qui est grandiose et qui répond à nos objectifs serait admissible dans le cadre de ces projets pilotes.
Croyez-moi, nous sommes les premiers à souscrire à l’idée que nous devons exporter l’expertise canadienne en arts au même titre que nous exportons dans le secteur des ressources naturelles ou dans le secteur industriel. Cela vaut autant pour les documentaires que les dramatiques et les comédies.
Le CRTC a présenté aux gouvernements et aux agences de nombreuses recommandations pour permettre au secteur de la production de tirer profit du marché de l’exportation.
Par exemple, nous avons recommandé que les acteurs gouvernementaux mettent au point des stratégies pour soutenir les coproductions internationales et la distribution à l’échelle internationale.
De telles mesures vont favoriser un environnement où les auditoires canadiens et mondiaux vont vouloir regarder le contenu fait par nos créateurs d’ici – non pas parce qu’il leur est imposé, mais bien parce qu’il est excellent. Et cela s'adonne à être Canadien.
Comme le souligne le festival de cette semaine, voilà un secteur où brillent les documentaristes du Canada.
Alors si vous avez un produit pour conquérir le monde – le monde est désormais à votre portée!
Mais ne vous méprenez pas, vous devrez être prêts et capables de rivaliser avec les meilleurs de la planète. En cette ère numérique sans frontières, il n’y a aucune protection à ce chapitre.
Boîtiers décodeurs
Pour tous les contrecoups perturbateurs des innovations numériques, la technologie offre aussi des solutions à certains des défis auxquels font face les producteurs de contenu.
Et l’une de ces solutions est de mesurer qui, justement, regarde vos émissions.
Il n’est pas un secret que l’univers des 500 chaînes a provoqué la fragmentation de l’auditoire. Les systèmes de mesure traditionnels sont incapables de capter ces téléspectateurs. Fini le temps de l'univers à deux canaux où vous aviez à vous lever pour changer de chaîne.
Ironiquement, les agents technologiques perturbateurs nous ont aussi fourni des solutions technologiques – dans ce cas-ci, sous la forme des données recueillies par la voie de retour du décodeur moderne. Pourquoi permettrions-nous que soient exclus les téléspectateurs dont l’écoute n’est pas mesurée lorsque ces données nous permettent justement de mesurer leur écoute et, par conséquent, de la monnayer?
Surtout lorsque ces « super utilisateurs branchés » semblent représenter un créneau grandissant de l’auditoire des documentaires.
Au CRTC, nous comprenons que la réussite future du secteur de la radiodiffusion dépendra de la capacité de l’industrie à exploiter la technologie pour adapter le contenu à la diversité des besoins et des goûts des Canadiens.
Nous reconnaissons aussi que des informations au sujet du téléspectateur seront essentielles dans cet environnement axé sur le consommateur. Nous savons que des outils comme les données recueillies par le décodeur sont la clé de la capacité du secteur à la concurrence avec les plateformes numériques qui sont riches en données.
Nous avons donc ordonné à l’industrie de mettre sur pied un groupe de travail pour qu’il explore un système de mesure à partir du boîtier décodeur au Canada.
Le groupe de travail est chargé de proposer les normes techniques, les mesures de protection de la confidentialité et une structure de gouvernance, ainsi que de déterminer comment les coûts seront partagés.
Puisqu’un tel système permettrait à tous les distributeurs et programmateurs d’avoir accès à ces données, l’industrie pourrait être mieux à même de fournir aux téléspectateurs canadiens les renseignements qu’il leur faut pour faire des choix éclairés.
Il pourrait également augmenter les revenus des créateurs d’émissions en procurant aux radiodiffuseurs de nouvelles possibilités de monétiser les téléspectateurs auparavant non mesurés. La mesure équivaut à la monétisation, qui à son tour équivaut à des revenus. Des revenus qui peuvent être canalisés dans les dépenses et les programmes d’intérêts nationaux.
Visibilité
Bien entendu, produire d’excellentes émissions et en mesurer l’écoute ne représentent que la moitié de la bataille. S’assurer que les téléspectateurs peuvent d’abord trouver ces œuvres est tout aussi important.
Pour qu’une émission canadienne réussisse, elle doit être largement disponible…, visible sur de multiples plateformes… et facile à trouver.
C’est d’ailleurs ce que confirme votre propre étude Apprendre des auditoires de documentaires : une étude basée sur le marché. L’étude révèle que 60 % des répondants affirment qu’il est important pour eux d’avoir accès aux documentaires canadiens, mais que seulement 7 % des répondants admettent pouvoir les trouver facilement. Voilà un écart de 53 %, et nous avons désespérément besoin de combler cette lacune.
L’étude a révélé aussi que les répondants regarderaient davantage de documentaires s’il existait plus d’outils pour en faire la découverte et la promotion. Cela signifie que les créateurs de contenu devront trouver de nouvelles façons de faire découvrir leur programmation par les téléspectateurs.
Le Conseil reconnaît que la visibilité du contenu sera cruciale dans le paysage médiatique de demain. À l’automne, le CRTC tiendra un Sommet de la découverte pour générer une nouvelle réflexion au sujet des outils et méthodes à utiliser pour connecter les téléspectateurs avec le contenu.
Par exemple, les algorithmes – comme ceux que les détaillants en ligne utilisent pour recommander des biens aux consommateurs – pourraient faire partie des outils utilisés pour faire le lien entre les téléspectateurs et le contenu qu’ils cherchent.
Un peu à l’instar de l’industrie qui consulte des mégadonnées pour cibler la vente de détersifs pour lessive, les entreprises comme Netflix, Crave et Shomi trouvent elles aussi des moyens novateurs pour tirer profit des goûts changeants des téléspectateurs.
Le Sommet de la découverte réunira des innovateurs et des chefs de file visionnaires des secteurs public et privé, du Canada et de l’étranger.
Des personnes qui exploitent des techniques de pointe pour financer les coûts de production dans un monde d’abondance de choix, où les médias vivent des bouleversements.
Des personnes qui comprennent que nous ne trouverons pas la voie de l’avenir dans la réglementation d’hier.
Des personnes qui reconnaissent que devant le changement, on peut y résister ou l’on peut l’épouser, mais on ne peut pas l’arrêter. Si l’on ne va pas de l’avant, on prend du retard. Il n’y a pas de place pour l’immobilisme.
Conclusion
Je suis convaincu que bon nombre d’entre vous ici se souviennent du documentaire Le confort et l'indifférence de Denys Arcand, sorti en 1982. Ce film primé met en valeur la force du documentaire pour célébrer le passé tout en l’imprégnant d’un nouveau sens qui le rend utile à la réalité du jour.
Il a exploré comment la mémoire et l’amnésie peuvent être transformés pour l’adapter au présent – comment ils sont moins dépendant des événements du passé que sur les exigences de l’ici et maintenant.
Ce message illustre mon point principal. Il confirme que nous avons toutes les raisons d’être optimistes face à l’avenir.
Il y a une abondance de ressources financières dans le système pour créer et promouvoir d’excellentes émissions. Avec 4,1 milliards de dollars par année, on peut produire beaucoup d’excellent contenu. Donc, ne gaspillons pas cette opportunité incroyable qui s’offre aujourd’hui aux créateurs.
Nous avons également les compétences nécessaires pour réaliser des émissions de grande qualité. Le Canada regorge de talents. Il suffit de regarder les films à l’affiche à ce festival.
Et votre propre étude prouve que nous avons, au pays et à l’étranger, des téléspectateurs qui sont avides de contenu nouveau et intéressant.
Le CRTC introduit des changements, de façon mesurée et responsable, pour appuyer les producteurs et les distributeurs de contenu à travers cette transition.
En bref, nous avons les ingrédients nécessaires pour que le système de télévision continue à prospérer.
Y aura-t-il des défis? Cela va sans dire. Mais les plus dynamiques et les plus novateurs réussiront. Alors, envisageons notre avenir numérique avec un sentiment de confiance renouvelée.
Il appartient maintenant à la communauté des créateurs du Canada de saisir cette opportunité et de courir avec. Soyons les conquérants du monde, et non les conquis. Les vainqueurs, pas les vaincus.
Je pense que nous avons besoin d'avoir une vision tournée vers l’extérieur. Nous devons tirer parti de l'infrastructure que nous avons au Canada pour séduire le monde avec notre vision, nos histoires, notre génie créatif.
D’après les œuvres novatrices qui sont à l’affiche à Hot Docs, je suis persuadé que les documentaristes du Canada peuvent se mesurer avec succès aux meilleurs du reste du monde et sortir gagnants.
Merci.
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