Le 14 juillet 2015 - Addis-Abeba, Éthiopie
Sous réserve de modifications
Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre de la République fédérale démocratique d’Éthiopie, leurs Excellences, Messieurs les Ministres et chers collègues, le Canada se réjouit de pouvoir prendre la parole à l’occasion de la troisième Conférence internationale sur le financement du développement.
Cette conférence et les discussions préparatoires que nous avons eues en route vers Addis-Abeba constituent des éléments essentiels de notre façon collective de repenser au monde que nous souhaitons laisser à nos enfants et petits-enfants. Nous devons décider d’une façon de structurer et de financer les efforts de développement de la prochaine génération. Nous devons établir les priorités : nous devons déterminer notre but afin d’y concentrer nos premiers efforts.
Comme il ne reste que quelques mois avant la fin de l’ère des Objectifs du Millénaire pour le développement, les enjeux de cette conférence sont cruciaux.
Le texte que nous avons devant nous, bien qu’il ne soit pas parfait, contient tous les éléments essentiels à l’obtention d’un bon résultat et de nombreux compromis délicats. Le Canada craint sérieusement que si nous revenons en arrière, l’équilibre précaire atteint soit ébranlé et que la réussite de cette conférence soit compromise. Par conséquent, j’exhorte les délégations à ne pas se soucier des différends mineurs, mais plutôt à faire de la conférence d’Addis-Abeba le succès que nos citoyens méritent et, dans cet esprit, à approuver le document tel quel.
Nous, la communauté des nations, devons maintenant montrer, par nos actions et nos contributions collectives, que nous sommes prêts à prendre de nouvelles mesures ambitieuses afin d’éliminer la pauvreté à l’échelle mondiale et afin de créer un monde juste et équitable pour tous.
Pour ce faire, nous devons repenser le rôle de l’aide publique au développement [APD].
L’APD était une pièce maîtresse de la stratégie internationale pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. Cependant, cette aide ne peut manifestement pas financer à elle seule le Programme de développement pour l’après-2015. La Banque mondiale estime que l’atteinte des nouveaux objectifs coûterait des billions de dollars par année, soit beaucoup plus que les 135 milliards de dollars qui constituent l’enveloppe de l’APD à l’heure actuelle.
Dans ce contexte, l’APD devrait viser les personnes qui en ont le plus besoin, à savoir les plus pauvres et les plus vulnérables, où qu’ils se trouvent, et être utilisée conjointement avec des sources de financement privées pour en accroître les retombées au maximum.
Il est évident que la communauté internationale doit aussi chercher de nouvelles sources de financement pour le développement et trouver des moyens de les combiner, afin d’augmenter les répercussions au maximum.
Il s’agit donc avant tout de regrouper les fonds des donateurs, des fondations et du secteur privé afin d’optimiser les investissements en matière de développement, qui permettront de créer un monde solidaire et durable.
Recourir à l’APD pour mobiliser les ressources financières privées destinées au développement afin d’obtenir des résultats en la matière est assurément plus facile à dire qu’à faire. Voilà pourquoi le Canada collabore avec le Forum économique mondial, l’Organisation de coopération et de développement économiques et d’autres partenaires de l’Initiative de refonte du financement du développement [IRFD].
À titre de président du Comité directeur de l’Initiative de refonte du financement du développement, j’ai travaillé avec les autres membres en vue de trouver des solutions novatrices aux défis que présente le financement des besoins dans le monde en matière de développement. Le Canada a notamment contribué à la création d’une nouvelle initiative intitulée Convergence, avec l’aide de ses partenaires, soit le Forum économique mondial, Dalberg et Global Development Incubator.
Cette initiative permettra d’accélérer la mise en œuvre à plus grande échelle des modèles de financement mixte. Convergence offrira une plateforme permettant de mettre en commun des connaissances, de faire du jumelage et de former des partenariats de financement mixte.
Récemment, le Canada a également fait part de son intention d’établir une initiative de financement du développement, appelée IFD. L’IFD du Canada permettra d’accorder des fonds aux organisations qui œuvrent dans des pays à revenu faible et intermédiaire et dont les activités concordent avec les priorités du Canada en matière d’aide internationale.
Des initiatives novatrices peuvent aussi être mises en place pour permettre d’atteindre des objectifs précis, comme améliorer la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants [SMNE]. Ainsi, l’année dernière, le Canada, les États-Unis, la Norvège et le Groupe de la Banque mondiale ont annoncé leur intention de contribuer au Mécanisme de financement mondial à l’appui de l’initiative « Chaque femme, chaque enfant ». Ce nouvel instrument permet de financer des initiatives novatrices menées en collaboration avec le secteur privé dans le domaine de la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants.
La santé des mères, des nouveau-nés et des enfants n’est pas uniquement une grande priorité du Canada en matière de développement, priorité que notre premier ministre Stephen Harper s’est engagé personnellement à respecter, elle constitue un élément clé du travail inachevé découlant des Objectifs du Millénaire pour le développement.
Le Mécanisme de financement mondial sera essentiel pour mobiliser des ressources afin de veiller à ce qu’aucune mère ni aucun enfant ne soit laissé pour compte.
Les fonds supplémentaires générés grâce au Mécanisme de financement mondial, à Convergence et à d’autres mécanismes de financement novateurs poseront les jalons d’un financement du développement qui se chiffrera non plus en milliards, mais en billions de dollars nécessaires au Programme de développement pour l’après-2015.
Nous devons également chercher à accroître au maximum d’autres flux de capitaux privés. En tant que source notable d’envois d’argent vers les pays en développement, le Canada examine de nouvelles solutions visant à rendre ces transferts plus sécuritaires, plus efficaces et plus abordables.
Même s’il ne s’agit pas de financement du développement au sens traditionnel, ces flux de capitaux privés constituent une source importante de revenu pour des millions de familles dans les pays en développement et dépassent l’APD dans un ratio de plus de trois pour un.
Voilà pourquoi le Canada apporte son appui au plan du G-20 destiné à réduire le coût des services de transfert de fonds et à accroître leur disponibilité.
Enfin, nous devons appuyer les efforts que les pays en développement déploient pour faciliter leur croissance économique durable et mobiliser leurs ressources nationales. Une hausse de 1 p. 100 du ratio des recettes publiques par rapport au PIB des pays en développement équivaudrait à pratiquement deux fois le montant de l’APD. Voilà pourquoi ici, à Addis-Abeba, le Canada s’est joint à quelques-uns de ses partenaires les plus proches pour prendre un engagement. Ensemble, nous avons convenu d’accroître l’aide que nous offrons aux pays en développement afin de renforcer leur capacité de mobiliser des ressources nationales.
Le Canada croit en une approche globale en ce qui concerne le financement du développement.
En mobilisant toutes les sources de financement, publiques et privées, nationales et internationales, nous pourrons financer les Objectifs de développement durable [ODD], mais surtout, nous pourrons les atteindre et ainsi bâtir un monde meilleur.
Nous espérons maintenant travailler avec chacun de vous pour atteindre cet objectif ambitieux.
Je vous remercie.