Labrador Shrimp Company
Lors de la fondation de l’entreprise l’année suivante, le mandat, les politiques et les principes fondateurs de l’organisation d’origine ont été maintenus, et bon nombre des règlements de l’entreprise donnent la priorité aux pêcheurs. Les pêcheurs reçoivent un prix équitable pour leurs prises et, si nécessaire, bénéficient de prêts pour améliorer leurs bateaux. Les pêcheurs locaux sont embauchés en priorité (soixante-dix pour cent des employés et des actionnaires de l’entreprise sont des Autochtones), ils reçoivent un bon salaire et sont soutenus dans leur progression au sein de l’entreprise. Les postes sont toujours pourvus en interne, et les membres du conseil d’administration (dont au moins 50 p. 100 sont des Autochtones) doivent être des pêcheurs. Les décisions sont donc prises par les personnes les plus concernées par celles-ci. Tous les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise et dans les infrastructures de pêche le long de la côte sud du Labrador.
Gilbert Linstead, le directeur général, qui a débuté comme responsable des opérations en 1989, explique : « Donner la priorité aux pêcheurs signifie que nous examinons deux choses : ce que nous payons aux pêcheurs pour leurs prises et les installations que nous construisons pour qu’ils puissent transformer la ressource. Tous les fonds produits sont réinvestis dans les infrastructures des collectivités ».
Au fil des années, l’entreprise a investi des millions de dollars dans les infrastructures (en particulier dans les technologies de transformation de pointe) de cinq collectivités éloignées du Labrador (dont quatre sont autochtones) : Charlottetown, Pinsent’s Arm, L’Anse-au-Loup, Cartwright et Mary’s Harbour. Cela a permis aux pêcheurs de transformer leurs propres prises et de créer des produits de qualité, au lieu de les expédier ailleurs pour transformation.
Phil Quinlan, du cabinet d’expertise comptable Quinlan Boland Barrett, agit en tant qu’expert-conseil financier et commercial pour la société depuis 1989. Il estime que le développement de la pêche, y compris la modernisation de ses infrastructures, a eu le plus grand effet dans la région.
« La pêche dans le sud du Labrador avait des décennies de retard sur le reste de la province lorsque la société a été fondée. Les bateaux de pêche étaient plus petits et peu équipés. Il y avait très peu d’usines et elles disposaient de très peu, voire d’aucun équipement moderne. Aujourd’hui, l’entreprise possède des usines de transformation du poisson parmi les plus modernes et les plus efficaces de Terre-Neuve-et-Labrador. Les bateaux côtiers sont désormais comparables aux autres bateaux de l’île, et la récolte a été stimulée par les investissements dans des bateaux de pêche semi-hauturière et hauturière. »
Le fait d’accorder la priorité aux pêcheurs a permis à ces derniers de mieux gagner leur vie et de créer des emplois durables, qualifiés et locaux, faisant de la Labrador Shrimp Company un employeur clé dans la région. Cette politique a littéralement changé des vies, revitalisé des collectivités et donné aux pêcheurs un droit de regard à la fois sur l’industrie et sur leur propre avenir.
« Ce développement de la pêche a amélioré la richesse et la prospérité de la région », ajoute M. Quinlan. « Avant la création de la Labrador Shrimp Company, les collectivités du sud du Labrador comptaient parmi les collectivités périphériques les plus pauvres de la province, alors qu’aujourd’hui, elles sont parmi les plus prospères. »
Aujourd’hui, la Labrador Shrimp Company est l’un des leaders de la province en matière de production de multiples espèces de poissons de fond, de crustacés et de poissons pélagiques de l’Atlantique Nord, comme le hareng. Avec des clients dans le monde entier, ses ventes annuelles dépassent les 90 millions de dollars. L’entreprise compte 600 pêcheurs et environ 500 employés, pour la plupart des travailleurs saisonniers, dont 72 p. 100 sont des Autochtones.
Le parcours de l’entreprise n’a pas été sans difficulté. Mais lorsque des problèmes surviennent, la Labrador Shrimp Company trouve des solutions. En 1984, lorsque la banque de L’Anse-au-Loup a fermé ses portes et que la collectivité a voulu créer une coopérative de crédit, l’entreprise a contribué à la concrétisation du projet en apportant un investissement de départ. Dans les années 1990, face à l’effondrement de la pêche à la morue, l’entreprise s’est rapidement adaptée, atténuant ainsi le choc économique pour la région et la faisant prospérer, contrairement à la majeure partie province.
« Nous avons surmonté cette tempête en innovant », explique M. Linstead. « Nous mettons également davantage l’accent sur nos espèces locales en dehors de la morue ».
Dernièrement, la Labrador Shrimp Company a été confrontée à un autre défi : le vieillissement de la population. Mais, une fois de plus, l’entreprise se tourne vers la technologie, en installant des processus automatisés innovants pour pallier le manque de travailleurs.
L’entreprise cherche également à améliorer sa position dans le secteur en investissant dans des pratiques de récolte durables et respectueuses de l’environnement. Elle utilise notamment des moteurs à faible consommation de carburant, des systèmes de récupération de chaleur, un processus de traitement des déchets respectueux de l’environnement, des treuils électriques (pour limiter les fuites d’huile potentielles des treuils hydrauliques) et des systèmes de congélation sans fréon dans ses navires.
En 2012, la société a également acheté cinquante pour cent de MV Osprey Limited. Cinq ans plus tard, le MV Osprey a entamé un processus de modernisation et a construit un « navire vert ». Le MV Northern Osprey III est le plus grand navire de pêche du Canada : il dispose d’une capacité de chargement de 850 tonnes métriques. Conçu pour les conditions de glace difficiles, ce navire hauturier à service complet pêche et transforme les crevettes d’eau froide le long de la côte du Labrador jusqu’au sud de l’île de Baffin.
Le Northern Osprey III emploie 60 membres d’équipage en rotation qui pêchent, transforment, cuisinent, emballent, congèlent et même palettisent jusqu’à 90 tonnes de crevettes par jour à bord, dans les heures qui suivent leur capture. Le tout se fait dans le respect de l’environnement, sans laisser de déchets derrière soi.
Jeff Simms, chef de la direction de MV Osprey, est d’accord. « Notre objectif est de réduire les coûts de carburant et de diminuer notre empreinte carbone. Grâce à notre technologie moderne, nous pouvons le faire de plusieurs façons sur le Northern Osprey III. Nous pouvons optimiser les systèmes d’injection et d’échappement des moteurs pour réduire les émissions, régénérer de l’énergie depuis les grands systèmes électriques pour en alimenter de plus petits, et utiliser la récupération de la chaleur des moteurs pour alimenter le chauffage domestique.
La Labrador Shrimp Company a récemment reçu le prix de leadership et d’excellence de l’industrie 2022 lors de la 5e cérémonie annuelle de remise des prix de l’industrie maritime Turning the Tide. Elle a été reconnue non seulement pour les progrès réalisés en matière de protection de l’environnement, mais aussi pour son leadership, son innovation et ses retombées sur de l’industrie ainsi que sur ses employés et leurs collectivités.
En plus de fournir des bourses d’études et des parrainages, l’entreprise, présente, dans le sud du Labrador depuis plus de quatre décennies, a créé des retombées économiques dans les secteurs de l’hôtellerie, du transport, de la construction, du commerce de détail et maritime. Les collectivités qui dépendaient autrefois fortement de l’assurance-emploi ont été renouvelées.
« La plupart des gens diraient que sans [l’entreprise], les collectivités n’existeraient pas telles que nous les connaissons », déclare M. Linstead. « Tout le monde serait parti dans d’autres endroits du pays et du monde ».
Selon M. Linstead, faire passer les gens avant les profits n’a jamais gêné l’entreprise. Au contraire, ses membres et l’entreprise ont prospéré. Grâce au réinvestissement des bénéfices, les revenus sont plus élevés dans la région que la moyenne provinciale.
M. Quinlan est d’accord. « Avant la création de la LFUSCL, les pêcheurs du sud du Labrador recevaient moins pour leur poisson que les autres pêcheurs de l’île. Aujourd’hui, les pêcheurs reçoivent un salaire égal, voire supérieur, à celui des autres pêcheurs de l’île. Sans la LFUSCL, la pêche au Labrador serait beaucoup plus restreinte qu’elle ne l’est aujourd’hui et les collectivités et les populations adjacentes n’en tireraient aucun avantage.
« Cette entreprise est innovante depuis le début et trouve des moyens de réussir là où d’autres entreprises ont échoué. Ses initiatives ont été couronnées de succès parce que les pêcheurs-actionnaires ont estimé que la meilleure façon de réussir était que toute la région réussisse. Il n’a jamais s’agit de permettre à une personne ou à une famille de s’enrichir, mais d’assurer un développement durable offrant de bonnes conditions de vie aux membres des collectivités et un avenir optimiste. De plus, la direction a toujours mis l’accent sur le développement durable : chaque activité devait contribuer à l’entreprise. »
Il semblerait que la Labrador Shrimp Company monte en puissance dans le sud Labrador.