Saisir la balle au bond - Jean-Pierre Blais devant la section canadienne de l'Institut international des communications

Discours

Ottawa (Ontario)
Le 16 novembre 2016

Jean-Pierre Blais, président
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes

Au congrès annuel de la section canadienne de l'Institut international des communications

Priorité à l’allocution

Merci pour votre invitation à être présent parmi vous aujourd’hui.

Avant de commencer, je désire souligner que notre rencontre se déroule sur le territoire traditionnel des Premières Nations. Je tiens à remercier le peuple algonquin et rends hommage à leurs aînés.

Je voudrais, tout d’abord, féliciter Judith LaRocque, notre nouvelle vice-présidente de la radiodiffusion, pour sa nomination. Je suis certain que son expérience et ses connaissances seront un atout au sein du Conseil. Bienvenue parmi nous Judith.

J’aimerais aussi souligner la présence avec nous aujourd’hui de trois invités spéciaux. Daniel Mackwood, Mary Elizabeth Luka et Daniela Mastocola sont les premiers lauréats des prix d’excellence du CRTC en recherche sur les politiques. Je les remercie pour le travail formidable qu’ils ont accompli en vue de faire progresser l’étude de la politique publique par rapport à l’information et à la communication. Bravo!

Alors que je planifiais mon allocution pour aujourd’hui, j’ai repensé à la dernière fois où j’ai pris la parole à votre congrès annuel — en octobre 2012. J’avais alors prédit que lors de la fin de mon mandat, le CRTC mettrait les Canadiens au cœur de leur système de communication. J’ai décrit une vision pour remodeler le CRTC et en faire une organisation qui inspire confiance aux Canadiens afin de maintenir et d’élaborer un système de communication de classe mondiale, et de défendre leurs intérêts en tant que créateurs de contenu, de consommateurs de médias et de citoyens dans la vie démocratique, économique, sociale et culturelle de leur pays.

Mark Carney, l’ancien gouverneur de la Banque du Canada et l’actuel gouverneur de la Banque d’Angleterre, a déjà dit : « La confiance arrive à pied et repart en Ferrari ». Il avait tout à fait raison. Pour les organisations publiques, comme la Banque du Canada et le CRTC, la confiance est difficile à établir, et encore plus à maintenir. Or, sans la confiance du public, notre travail a du plomb dans l’aile. Et lorsque la confiance est perdue, elle peut être difficile à regagner.

Dans le cas du CRTC, le public nous accorde sa confiance en raison du bon travail que nous réalisons. C’est un produit dérivé de bien faire les choses. Au cours des quatre dernières années, mes 16 collègues qui ont siégé ou qui siègent au Conseil et moi-même, les dizaines de membres du personnel de direction et les plus de 450 employés de partout au pays ont travaillé en vue de rétablir la confiance du public envers cette organisation. Nous avons posé des gestes audacieux afin de bien faire les choses dans un contexte de vastes changements transformationnels et afin de gagner la confiance du public, et ce, en revoyant notre approche vis-à-vis la réglementation. Permettez-moi d’élaborer.

Nous vivons maintenant dans une ère post-convergence, où ce qui est communiqué est totalement dématérialisé. La voix est une application, le contenu est un « bit ». Dans l’ère post-bouleversement, tout se rapporte à la large bande. Et ce simple élément fait apparaître tout un ensemble de nouveaux enjeux et de nouveaux défis auxquels sont confrontées, au quotidien, plusieurs des plus grandes entreprises du monde dans le domaine de l’information, des technologies des médias et des communications : la protection des données, l’inclusion numérique, les paiements mobiles, l’infonuagique sur des serveurs qui se trouvent à l’extérieur des frontières nationales, la vie privée, la sécurité, l’Internet des objets, les logiciels malveillants, la dictature des algorithmes. Et j’en passe.

En tant que pays, nous devons cesser de nous embourber dans les enjeux nostalgiques et nous enthousiasmer pour la nouvelle route que nous prenons. Nous devons prendre les devants. La conversation ne devrait plus porter sur le nombre d’heures de contenu canadien à la télévision. Elle porte dorénavant sur le fait de créer des récits audiovisuels au monde entier, produits par le Canada. Le rôle du CRTC à présent est de se concentrer sur les résultats, plutôt que sur des règles arbitraires. Ce faisant, nous laissons tomber des concepts dépassés, nous montrons au public que nous faisons la bonne chose, et nous regagnons sa confiance.

Dans ce pays, le mandat normal d’un gouvernement majoritaire est de quatre ans. Il s’agit aussi d’une période opportune pour dresser un bilan des réalisations. C’est ce que je veux faire aujourd’hui. Je veux revoir notre bilan. Un ou les gestes que le CRTC a posés et les décisions qu’il a prises ces dernières années ont été inspirés par notre désir de prendre une longueur d’avance et de regagner la confiance des Canadiens.

Saisir la balle au bond

Pour reprendre les célèbres paroles formulées en 1924 par le journaliste américain Robert Quillen, « le progrès implique toujours des risques. Vous ne pouvez voler le deuxième but en gardant votre pied sur le premier ».

Je suis tout à fait d’accord. Saisir la balle au bond est une proposition risquée, que ce soit pour la conception d’un produit, le progrès social et l’adaptation réglementaire. Une telle façon de penser est toujours accueillie avec fracas par ses opposants, et nombre d’entre eux se font très présents lorsque le CRTC publie une nouvelle décision. Ils se font voir à la télévision, se font entendre à la radio et écrivent sur leurs blogues privés pour semer la peur et l’inquiétude, et j’oserais même dire pour véhiculer des déclarations fausses et trompeuses.

Cela étant, les changements que nous avons mis en œuvre au CRTC au cours des quatre dernières années ne relèvent pas de l’arbitraire. Et ils n’ont pas tous été critiqués. Ils ont été mis en œuvre avec prudence, s’appuyant sur de bonnes données mesurables. Ils se sont fondés sur le dossier public — sur les faits et les histoires que les Canadiens, des gens de partout au pays, ont partagé lors de nos instances.

Les Canadiens nous ont dit qu’ils voulaient de nouvelles approches sur le plan de la réglementation qui répondent aux bouleversements créés par la large bande et qui leur permettent de choisir parmi des services abordables et novateurs.

Les Canadiens nous ont dit qu’ils voulaient de nouvelles approches sur le plan de la réglementation qui leur permettent de participer davantage à la vie démocratique, économique, culturelle et sociale.

Les Canadiens nous ont dit qu’ils voulaient de nouvelles approches sur le plan de la réglementation qui laissent tomber de vieux privilèges et qui leur procurent les outils nécessaires pour faire des choix mieux éclairés.

Nous les avons écoutés, et nous avons livré la marchandise.

Nos réponses à ces demandes constituent des exemples parfaits des changements que nous avons apportés afin que le CRTC prenne une longueur d’avance et revienne sur une voie qui lui permette d’être un organisme qui jouit de la confiance des Canadiens.

S’adapter à la nature bouleversante de la large bande

Je commencerai avec la large bande, car c’est certainement le plus grand moteur de changement — pour les organismes de réglementation, pour les consommateurs et pour les entreprises — depuis des générations. Pensez-y un instant : comparez les 20 plus grandes entreprises d’information, de technologie des médias et de communications du monde selon leur capitalisation boursière en 2005 et en 2015.

La moitié des entreprises qui figuraient tout en haut de la liste en 2005 ne faisaient plus partie des 20 premières en 2015. Parallèlement, les leaders de 2015 — Apple, Google, Facebook, Amazon et Disney — sont des fournisseurs de services et des créateurs de contenu qui ont prospéré à l’ère de la large bande.

Les tendances de 2012 à 2015 montrent des changements importants générés par la large bande quant à la façon qu’ont les gens d’utiliser la technologie. En 2012, environ 60 p. 100 des ménages canadiens étaient abonnés à des services d’au moins 5 mégabits par seconde, et les ménages abonnés à la haute-vitesse téléchargeaient en moyenne quelque 28 gigaoctets de contenu tous les mois. En 2015, environ 80 p. 100 des ménages étaient abonnés à des vitesses de téléchargement d’au moins 5 mégabits, et les ménages abonnés à la haute-vitesse téléchargeaient un total impressionnant de 93 gigaoctets par mois en moyenne. C’est une augmentation qui avoisine 230 p. 100.

Les Canadiens ont utilisé cette large bande additionnelle pour lire en continu un plus grand nombre d’émissions de télévision et de films — environ deux fois plus qu’en 2012. Mais ils ont aussi utilisé la large bande pour faire des affaires et accéder à une variété de services, qu’ils soient notamment gouvernementaux, bancaires, liés à la santé ou à l’éducation.

En raison de ces changements, on observe une évolution chez les principaux joueurs dans le secteur des médias. Ce ne sont pas les mêmes qu’il y a 10 ans, et ce ne seront pas les mêmes dans 10 ans. La réglementation doit également évoluer, afin d’être à jour et d’atteindre les objectifs de politiques qu’a fixés le Parlement.

Le CRTC a fait sien ce devoir. Les décisions que nous avons prises avaient comme objectif de redéfinir le système de communication du Canada pour les prochaines années, et de permettre aux Canadiens de participer activement à l’économie numérique. Elles mettent la table afin que le service de large bande rapide — autrement dit, la fibre optique —soit proposé à des tarifs concurrentiels partout au pays. Elles facilitent la prestation de services à large bande et des services sans fil 4G à des centaines de collectivités canadiennes rurales et éloignées. Et elles préparent les créateurs et les producteurs de télévision à imaginer et à créer du contenu pour un marché mondial numérique, un contenu que les gens peuvent découvrir et apprécier à l’échelle de la planète.

Il y a 10 ans, le CRTC disait qu’il fallait soutenir un régime de radiodiffusion qui protégeait le contenu canadien. Plus maintenant. La large bande nous a obligés à réexaminer cette discussion — à penser en termes de résultats plutôt que de règles. Parag Khaana a écrit « la connectivité est notre destinée, pas la géographie ». Certaines personnes du secteur culturel qui croient que nous pourrons ériger un grand mur de protection autour du Canada, de manière à pouvoir créer des récits audiovisuels pour seulement 36 millions de Canadiens divisés en deux marchés linguistiques, risquent d’être bien déçues. Comme je l’ai déjà dit, l’avenir réside dans la promotion, et non pas dans la protection.

Nous nous trouvons dans la quatrième révolution industrielle, dans une ère post-bouleversement, où l’expression culturelle et l’imagination des gens sont codées en « bits » qui peuvent se rendre partout sur la planète à la vitesse de la lumière. Il faut définir, promouvoir et évaluer notre souveraineté culturelle sur une scène mondiale. La connectivité en est la raison. Je ne tenterai pas, de manière entêté, d’arrêter la grande marée de la connectivité au moyen d’une action réglementaire inefficace et teintée de nostalgie.

Les créateurs doivent maintenant penser en fonction de la promotion et de l’image de marque du contenu créé par le Canada, autrement dit, en termes de résultats. Ces personnes doivent transférer leurs ressources vers des productions qui racontent au monde entier des récits audiovisuels formidables d’ici, plutôt que des émissions qui racontent seulement des histoires canadiennes aux Canadiens.

Guy Lawrence, qui a maintenant quitté la direction de Rogers Communications, a récemment parlé du Canada en tant que « force culturelle mondiale ». Il a raison. Le Canada est fort. Drake est l’artiste le plus téléchargé dans l’histoire de Spotify. Cet été, quatre des 10 premières chansons sur la liste mondiale de lecture de Spotify étaient canadiennes. Ryan Reynolds, Rachel McAdams, Ryan Gosling et Denis Villeneuve comptent parmi les grands noms de Hollywood. Les films de Xavier Dolan ont remporté des prix prestigieux à Cannes. Lilly Singh est l’une des plus grandes vedettes de YouTube dans le monde aujourd’hui. Toronto et Vancouver sont des centres de production cinématographique prospères et remarqués.

Il y a du talent ici. Il abonde. Les producteurs et les créateurs canadiens doivent tout juste modifier leur approche afin d’en favoriser l’exploitation. Ils ratent l’occasion de vendre de splendides produits culturels au monde. Ils ont des ambitions de clocher alors qu’ils devraient avoir des visées planétaires.

Les medias n’aident pas toujours. Ils ont dépensé beaucoup d’encre sur les quotas et le sujet des acteurs principaux et des points liés au système de certification. Nos critiques affirment que le CRTC, en passant de la protection à la promotion, enverra des ondes de choc dans le milieu de la production canadienne – qu’une différence de deux points provoquera l’effondrement d’industries entières.

Sans aucun doute, de tels propos agrémentent bien une conversation lors d’un cocktail, mais ils font fi du fait que nous avons adopté la même norme qu’utilise le Bureau de certification des produits audiovisuels canadiens depuis 1995 en ce qui concerne les crédits d’impôt pour le film et la vidéo canadiens. Et ils font fi du fait que ce critère existe, sous une forme ou une autre, depuis les années 1920.

De la même manière, certains affirment que le CRTC devrait s’arrêter jusqu’à ce que la ministre du Patrimoine canadien ait terminé son examen; or, ces gens oublient que le Parlement nous a confiés un mandat d’agir dans l’intérêt public. C’est la raison pour laquelle le CRTC est un tribunal administratif libre de tout lien de dépendance sauf législatif. Les gens qui nous demandent de nous arrêter croient que l’examen de la ministre leur sera favorable. Cependant, la nature bouleversante de la large bande ne s’arrête pas pendant que l’examen est en cours. Nous ne pouvons nous permettre de faire du surplace. Nous avons un travail à réaliser, comme l’a souhaité le Parlement, et nous allons continuer de le réaliser.

Ce serait grandement irresponsable de la part du CRTC, en tant qu’organisme de régulation, d’ignorer de tels changements et de ne pas modifier ses règlements en conséquence. Déjà, plus des deux-tiers du secteur que le CRTC supervise, d’une valeur de 65 milliards de dollars, sont en télécommunications. La large bande est un facilitateur fondamental qui est en train de façonner la société canadienne et l’économie mondiale — et il continuera d’en être ainsi pour les deux prochaines décennies. À mesure que l’industrie évoluera, la régulation éventuelle au chapitre des télécommunications sera axée encore plus sur les enjeux de connectivité et de capacité, plutôt que sur les enjeux liés à la voix. Quiconque pense encore à ces questions d’un œil nostalgique est en train de s’enliser.

Au fait, on entend bien des plaintes dans ce pays au sujet des effets qu’entraîne la modification des règles qui s’appliquent aux titulaires; or, il convient de rappeler qu’il peut être facile parfois de perdre de vue l’ensemble. Les gens à l’extérieur du pays s’émerveillent devant le travail que nous avons accompli. Quand le monde regarde la réaction du Canada à l’influence de la technologie de la large bande, il voit un innovateur de pointe. Des représentants de l’Inde, des États-Unis et de l’Australie nous demandent conseils et avis sur la manière de se préparer à la vie dans l’ère post-bouleversement.

Beaucoup reste à venir. Je n’ai pas mentionné nos décisions sur les services 9-1-1 de nouvelle génération, sur les alertes sans fil au public et sur les services de télécommunications de base; toutes ces décisions sont prévues au cours des prochains mois.

Des résultats au service des Canadiens

La large bande a ouvert de nouvelles avenues et permis aux citoyens de se connecter aux organisations qui sont fondamentales pour leurs démocraties; mais dans d’autres cas, elle a menacé de causer du tort à la santé à long terme des médias traditionnels de confiance.

Le CRTC a équilibré ces intérêts dans son travail visant à réglementer un système de communication qui sert les Canadiens en tant que citoyens informés, sensibilisés et qui contribuent à la société.

Je me suis exprimé publiquement, à maintes occasions, au sujet de l’importance des médias traditionnels, et des médias locaux au Canada. Cela étant, une menace plane sur les médias locaux. Les propriétaires de journaux et les radiodiffuseurs locaux ferment les portes de leurs entreprises au nom de coûts plus élevés et de revenus perdus. Les médias numériques, disent-ils, peuvent faire un tout aussi bon travail de rapporter les faits — à bien moindre coût.

Je ne suis pas d’accord. Bien que ces médias numériques proposent des approches nouvelles afin de permettre aux gens d’accéder aux nouvelles, ils sont loin d’atteindre le niveau d’analyse et d’intelligence qu’apporte un journaliste bien formé pour comprendre les faits du jour.

Je ne suis pas le seul à penser ainsi. Les Canadiens ont été clairs lors de notre conversation Parlons télé et lors de nos audiences sur l’avenir de la télévision locale et communautaire : ils estiment grandement les nouvelles locales. C’est pourquoi le CRTC a posé des gestes audacieux afin d’assurer la longévité continue des émissions de nouvelles locales. Nous avons exigé que les stations de télévision locale fassent partie du petit forfait de base que tous les fournisseurs de services de télévision sont tenus d’offrir.

De même, nous avons mis au point un cadre pour la programmation locale et communautaire, lequel fixe de nouvelles exigences minimales pour la diffusion de nouvelles et autres émissions pertinentes sur le plan local. Il crée un nouveau véhicule de financement pour aider les stations indépendantes à produire des émissions de nouvelles locales. Et il rééquilibre le financement déjà présent dans le système afin de donner aux grands radiodiffuseurs privés la souplesse pour garder en fonction leurs stations locales et financer la production de bulletins de nouvelles locales de qualité.

La notion visant à favoriser un système de communications au service des Canadiens s’étend aussi à subvenir à leurs besoins particuliers. Tous ne communiquent pas au moyen des médias traditionnels imprimés ou oraux.

En septembre, le service de relais vidéo a été inauguré. Ce dernier simplifie les communications entre les Canadiens qui sont sourds, malentendants ou qui ont un trouble de la parole, et les autres Canadiens. Le service, qui constitue une solution unique conçue au Canada, permet aux personnes dont les premières langues sont le langage ASL ou la langue des signes québécoise de participer pleinement au système de communication du Canada, et de manière plus générale, à la société canadienne.

Nous avons amorcé la mise à l’essai des services de texto au 9-1-1, et nous avons exigé que les compagnies de téléphonie et les entreprises de services sans fil mettent à jour leurs réseaux pour accommoder un tel service, de manière à ce que les Canadiens ayant un trouble de la parole ou d’audition puissent accéder plus efficacement aux services d’urgence. De plus, nous amorcerons bientôt une audience sur les services d’urgence 9-1-1 de nouvelle génération, afin d’examiner la possibilité d’envoyer des messages texte, des photos et des vidéos aux téléphonistes des services 9-1-1, et de fournir aux intervenants en cas d’urgence de nouveaux moyens pour garder les Canadiens en sécurité.

Enfin, nous avons exigé que les radiodiffuseurs et les fournisseurs de services de télévision transmettent aux Canadiens les alertes d’urgence — p. ex. les alertes Amber, les alertes pour des conditions météorologiques violentes et pour la contamination de l’eau, les catastrophes industrielles et autres situations d’urgence. De même, nous avons initié une consultation sur le rôle que doivent jouer les fournisseurs de services sans fil dans le Système national d'alertes au public.

En aidant à protéger les services de nouvelles télévisées locales et à promouvoir l’inclusion numérique des personnes qui ne sont pas toujours bien servies par la technologie traditionnelle de communications, nous faisons la preuve d’un engagement à prendre une longueur d’avance et à obtenir des résultats qui satisfont les besoins et la volonté des Canadiens.

Un marché dynamique et un consommateur mieux outillé

Le CRTC a appliqué des règles novatrices dans l’intérêt public. Nous avons agi en vue de favoriser un marché dynamique où un consommateur mieux outillé peut prendre des décisions éclairées.

Pensez aux changements que nous avons amenés dans le cadre de Parlons télé, exigeant que les fournisseurs de services de télévision proposent des forfaits de chaînes à un coût raisonnable et qui répondent aux intérêts et aux portefeuilles variés des Canadiens. À compter du mois prochain, tous les fournisseurs de services de télévision devront proposer un forfait de base et donner aux consommateurs la possibilité de choisir des chaînes de manière individuelle ou en petits forfaits.

La radiodiffusion n’est pas la seule industrie où nous avons mis en place des règles novatrices dans l’intérêt public.

Nous avons examiné attentivement les relations entre les grands et les petits fournisseurs de services sans fil, et les relations entre les Canadiens et leurs fournisseurs. Nous avons déterminé que la réglementation pourrait ramener l’équité dans chacune de celles-ci. Ainsi, nous avons commencé à réglementer certains des tarifs de gros que facturent Bell, Rogers et TELUS aux autres entreprises canadiennes de services sans fil afin de nous assurer que les plus petits joueurs puissent concurrencer sur le marché, que les Canadiens puissent tirer profit d’une concurrence commerciale durable et que les grands joueurs continuent d’investir dans l’infrastructure de réseau essentielle.

Nous avons adopté une approche semblable pour les services sans fil en vue de favoriser la concurrence sur le marché de la large bande. Les grandes entreprises devront partager leurs réseaux de fibre avec leurs concurrents, de manière à donner aux Canadiens un plus grand choix pour un service Internet plus rapide qui alimentera en large bande les foyers et les entreprises de l’avenir.

Certains titulaires se plaignent d’avoir à fournir un accès de gros à leurs concurrents. Je les invite à regarder à l’étranger. Par exemple, en Australie et au Royaume-Uni, en raison de la pression des consommateurs et de la politique gouvernementale, on a procédé, ou on envisage de le faire, à une séparation structurelle des fournisseurs de large bande entre les services de gros et de détail. Si le vent du changement souffle trop fort et qu’ils refusent de plier, l’arbre pourrait bien se briser à sa base plutôt que seulement perdre quelques feuilles.

Nous croyons également que les consommateurs devraient pouvoir changer de fournisseurs de services — télévision, sans fil, Internet ou autre — comme bon leur semble. Nous avons supprimé l’exigence voulant que les consommateurs donnent un avis de 30 jours avant d’annuler leurs services. De même, nous avons rédigé des codes pour les fournisseurs de services de télévision et de services sans fil afin d’aider les abonnés à mieux comprendre leurs ententes de service, de les outiller en vue de prendre des décisions éclairées au sujet de leurs fournisseurs et de leur procurer des outils pour régler les différends de manière juste et efficace.

Enfin, nous traitons des enjeux entourant la neutralité du Net — autrement dit, les façons dont les fournisseurs proposent leurs services Internet aux consommateurs. En 2014, nous avons revu une demande alléguant que Bell Mobilité, puis Vidéotron, se sont accordé un avantage indu sur le marché en exemptant Bell Télé mobile et Illico.tv de frais liés aux données. Par contre, le même privilège n’avait pas été accordé à leurs concurrents. Le contenu que leurs abonnés visionnaient à partir d’autres sites Web entrait dans leur compte de données. Nous avons exigé que Bell et Vidéotron suppriment de telles exemptions. Nous voulons que le marché des services télévisuels mobiles soit ouvert et juste afin de favoriser l’innovation et que les Canadiens aient des choix.

Certains diraient que de telles décisions portent atteinte à la capacité des fournisseurs d’innover dans un marché en évolution, que les organismes de réglementation empêchent le progrès. Je ne suis absolument pas d’accord. Nous sommes tous favorables à l’innovation. Nous voulons que les radiodiffuseurs et les fournisseurs de services de télécommunications fassent progresser leurs industries avec la création de nouveaux contenus et de nouveaux canaux pour permettre aux consommateurs d’accéder aux médias. Mais lorsque la volonté d’innover ira à l’encontre du principe d’un accès au contenu qui soit libre et ouvert, nous interviendrons. Les abus de pouvoir dans le système ne resteront pas sans réponse.

Au fait, cette demande n’a pas été le dernier mot sur la neutralité du Net. Récemment, nous avons tenu une audience sur la différenciation des prix — la pratique des fournisseurs de services consistant à proposer aux consommateurs les mêmes produits ou des produits semblables à des prix différents. Nous avons entendu différents point de vue au cours de l’audience, et lors de notre consultation, et nous rendrons notre décision en 2017. Dans notre horaire cet automne, cette audience, plus que toute autre, a été la plus cruciale. Vous ne faites pas bonne route vers l’avenir en fixant le rétroviseur avec nostalgie.

Laissez-moi partager avec vous une dernière pensée sur les changements dans le marché de la télédiffusion. Le CRTC a observé l’évolution de la lecture en continu, des services de vidéo sur demande comme Crave et Shomi, et ce, avec intérêt depuis leur lancement en 2014. En septembre, cela a été un choc d’entendre que Rogers et Shaw mettaient la clé sous la porte de Shomi. Loin de moi l’idée de vouloir critiquer les décisions de gens d’affaires aguerris, mais je ne peux m’empêcher d’être surpris lorsque des joueurs importants jettent l’éponge par rapport à une plateforme qui représente l’avenir du contenu, seulement deux ans après son lancement. Je me demande s’ils ne sont pas trop habitués à recevoir un loyer mensuel de leurs abonnés dans un écosystème protégé, alors qu’ils devraient se retrousser les manches et bâtir une entreprise sans protection et libre d’intervention réglementaire.

Innovations et consultations

J’ai parlé longuement de ce que nous avons fait en vue de rétablir la confiance des Canadiens envers le CRTC. Je n’ai pas encore parlé de la manière dont nous avons abordé ce dossier important. En 2012, j’ai commencé mon discours en parlant de l’impératif qui nous attendait, à savoir écouter les Canadiens et les ramener au centre de nos audiences; alors il me semble approprié de conclure avec ce sujet aujourd’hui. Rappelez-vous qu’à ce moment, les Canadiens avaient nommé le CRTC parmi les organisations nationales auxquelles ils faisaient le moins confiance. Cette donnée a été une gifle pour nous, mais elle a été l’occasion d’un moment d’arrêt pour reconsidérer nos façons de défendre l’intérêt public.

Depuis, tout ce que nous avons accompli l’a été dans l’optique de défendre l’intérêt public et d’amener les Canadiens au centre des discussions sur l’état actuel et futur du système de communication. La réceptivité engendre la confiance.

Nos approches ont été créatives et, j’oserais dire, novatrices — nous avons pris une longueur d’avance, sans l’ombre d’un doute. Nous avons organisé des forums de discussion en ligne, ouvert un fil de discussion sur Reddit et mené des activités en direct sur Facebook. Nous avons tenu des audiences avec le langage ASL et la langue des signes québécoise. Nous avons mis de l’avant des cahiers de choix, des questionnaires et des « conférences éclairs ». Nous nous sommes rendus à des endroits où les conseillers du CRTC n’étaient jamais allés dans leurs fonctions officielles, par exemple à Inuvik, qui se trouve au nord du cercle polaire. À présent, d’autres s’inspirent de notre leadership pour faire de même.

Nous avons réalisé tout cela avec l’objectif de transformer notre salle d’audience dans la région de la capitale nationale en un forum national pour un débat ouvert.

Je suis fier de dire que la plupart de nos innovations ont porté fruits. Les Canadiens ont salué l’occasion de participer aux audiences de manière habituelle et nouvelle, et les opinions qu’ils ont partagées nous ont ouvert les yeux sur une multitude d’idées. Ils se voient au centre de leur système de communication, et j’espère qu’ils nous font un peu plus confiance qu’il y a quatre ans.

Je suis aussi fier de dire que notre travail a été reconnu par le secteur public dans son ensemble. Depuis 2014, le CRTC et ses employés ont reçu cinq prix d’excellence de la fonction publique — y compris deux prix pour l’excellence en politiques, soit pour notre travail sur la modernisation de télécommunications dans le Nord du Canada et pour nos efforts visant à moderniser le système de télévision, deux prix de la Communauté des régulateurs fédéraux et un prix de l’APEX (l’Association professionnelle des cadres supérieurs de la fonction publique). De toute évidence, nous réalisons quelque chose de bien aux yeux de nos pairs.

Conclusion

Qu’est-ce que l’avenir réserve aux communications au Canada? D’autres changements, j’en suis certain.

Il y a quatre ans, aucun d’entre nous n’aurait pu imaginer qu’un jour, nous serions en train de transporter des super ordinateurs dans nos bourses ou nos poches. Il y a 10 ans, nous n’aurions pas prédit que Facebook deviendrait l’une des plus importantes entreprises technologiques et médiatiques au monde. Qui sait ce qui nous attend?

Je n’ai aucun doute que de nouvelles technologies et de nouveaux processus novateurs favoriseront l’émergence de nouveaux produits et services sur le marché, au Canada et ailleurs dans le monde. Je suis aussi convaincu de trois autres éléments.

Je suis convaincu que dans 10 ans, les principaux joueurs de l’industrie des communications et des médias ne seront pas les mêmes que ceux qui dominent le marché actuellement. Le changement engendre le changement. Ces entreprises qui sont à l’écoute des consommateurs, qui analysent bien les tendances, qui quittent le premier but avec l’idée de voler le deuxième, ces entreprises trouveront une place bien méritée parmi les leaders mondiaux. Les entreprises qui ne le font pas, qui s’assoient sur leurs lauriers et qui trouvent du confort dans leurs privilèges perdront leur place.

Je suis convaincu que les consommateurs seront de plus en plus outillés afin d’accéder au contenu sur les appareils et au moment de leur choix et de la manière qui leur convient. Le contenu est peut être roi, mais la personne qui visionne est l’empereur. À présent, le moteur des communications repose sur un impératif, le choix. Malheur à quiconque en fait fi.

De même, je suis certain qu’afin d’être efficaces, les organismes de réglementation doivent écouter ceux qu’ils servent, et leur répondre. Ainsi que nous le dit M. Carney, il est difficile d’établir la confiance; par contre il est facile de la perdre. Cela étant, une fois perdue, il est possible de regagner la confiance des gens. Elle peut être rétablie, mais cela prend du temps et exige un engagement sans faille à démontrer de la sensibilité. C’est ce que nous avons fait.

Je suis fier des changements que nous, au CRTC, avons amenés au cours des quatre dernières années. Ils saisissent la balle au bond. Ils répondent à la nature bouleversante de la large bande. Ils créent un marché dynamique pour les produits et les services. Ils procurent des outils aux consommateurs. Avant toute chose, ils répondent aux besoins et aux idées exprimés par les gens dans l’intérêt desquels nous agissons : les Canadiens.

Merci.

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