Discours prononcé au forum sur l'énergie de l'Assemblée des Premières Nations sous le thème « Établir les priorités – Le rôle des Premières Nations dans l'avenir énergétique du Canada »

Discours

Le 10 février 2016
Hôtel Fairmont de Vancouver
L'honorable Jim Carr, ministre des Ressources naturelles
Discours prononcé au forum sur l’énergie de l’Assemblée des Premières Nations sous le thème « Établir les priorités – Le rôle des Premières Nations dans l’avenir énergétique du Canada »

Je vous remercie, non seulement pour ces paroles généreuses, mais aussi pour le temps que nous avons passé ensemble hier et aussi pour tout le temps passé, ces deux derniers jours, à apprendre des chefs et d’autres membres de la collectivité sur les questions d’inclusion, d’équilibre et de diversité. Et je dirai ceci à votre chef national : ce n’est pas moi qui ai écrit votre discours, mais il me semble que c’est vous qui avez écrit le mien, et je crois que cela va devenir manifeste dans les prochaines minutes.

C’est merveilleux d’être à Vancouver avec vous.

Je suis bien conscient du caractère exceptionnel que revêt l’ouverture de ce forum sur le territoire ancestral du peuple Salish du littoral. Et puis hier était une si belle journée à Vancouver, on ne pouvait faire mieux. Pour moi qui suis de Winnipeg, où je sais que le thermomètre indiquera -22°C à mon arrivée aujourd’hui, cela a été un vrai répit. Mais, alors que je marchais dans les rues hier, cette belle journée m’a rappelé cette journée parfaite de novembre dernier où j’ai prêté serment comme membre du Cabinet.

Le point saillant de la cérémonie a été de voir Jody Wilson-Raybould, membre de la Nation We Wai Kai prêter serment elle-même et devenir la première Autochtone à être nommée ministre de la Justice. On aurait dit que le pays tout entier était en larmes. Je peux vous dire que j’ai eu moi aussi les larmes aux yeux en la voyant prêter serment. Pourquoi? Parce que je suis assez âgé pour me souvenir de la fois où son père, Bill, a dit pour la première fois à la nation en 1983 de la surveiller. C’était à l’occasion d’une conférence constitutionnelle télévisée sur les enjeux des Premières Nations.

Assis en face du premier ministre Pierre Trudeau, le chef Wilson a expliqué que ses deux filles rêvaient de devenir avocates – et premières ministres. Des gens ont bien ri : une Autochtone, première ministre? Le premier ministre Trudeau a simplement souri et a promis de rester au poste en attendant qu’elles soient prêtes.

Trente-trois ans plus tard, je crois que la boucle est bouclée, considérant que je me tiens là où la ministre Wilson-Raybould s’est tenue bien souvent lorsqu’elle présidait l’assemblée en tant que chef régional, et c’est pour moi un honneur. Un honneur de servir avec elle et de servir au sein d’un autre gouvernement Trudeau, déterminé à renouveler la relation du Canada avec les peuples autochtones. On ne devrait donc pas s’étonner que j’aie choisi un rassemblement comme celui-ci pour livrer un discours d’une grande importance en tant que ministre des Ressources naturelles.

Ma présence ici illustre ce que le premier ministre Justin Trudeau a dit et répété : aucune relation n’a plus d’importance pour notre gouvernement que notre relation avec les peuples autochtones. Voilà pourquoi nous avons lancé des consultations en vue de tenir une enquête publique sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Voilà pourquoi nous mettrons en œuvre les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation présidée par mon concitoyen manitobain et ami, le juge Murray Sinclair.

En fait, ma lettre de mandat du premier ministre le dit très clairement : « Il est temps de renouveler la relation de nation à nation avec les peuples autochtones pour qu’elle soit fondée sur la reconnaissance des droits, le respect, la collaboration et le partenariat ». Mon message est le suivant : cette relation renouvelée a de profondes répercussions sur la mise en valeur des abondantes ressources énergétiques de notre pays. Et ce, non seulement à cause de notre devoir constitutionnel de consultation – un fait indéniable – mais parce qu’elle nous offre l’occasion bien réelle de concrétiser la promesse des autochtones comme partenaires à part entière de la mise en valeur de nos ressources naturelles.

Il y a des emplois à la clé. De bons emplois. Des emplois durables. Des entreprises prospères. Des entreprises autochtones. Cette nouvelle approche est importante pour tout le pays, mais particulièrement ici, sur la côte Ouest, où des possibilités à exploiter de génération en génération se dessinent dans le secteur de l’énergie. Voilà où des siècles de culture et de sagesse autochtones peuvent faire en sorte que la prospérité économique et le rendement écologique aillent de pair. Voilà où nous pouvons intégrer la pratique autochtone d’évaluer les gestes posés aujourd’hui en fonction de leurs répercussions sur la survie des sept prochaines générations.

C’est ce que le grand philosophe Jean-Jacques Rousseau voulait dire quand il a écrit : « Les fruits de la terre demeureront à tous, mais la terre à personne ».

Le premier ministre Trudeau a repris cette pensée à Paris où il participait à la CdP21 sur les changements climatiques – vous-même y étiez, M. Bellegarde – et l’idée du mode de pensée autochtone était, je crois, très présente lors de cette conférence internationale. « Les peuples autochtones, a-t-il dit, et c’est vous maintenant que je cite, M. Bellegarde, savent depuis des milliers d’années comment prendre soin de notre planète. Les autres, nous, nous avons beaucoup à apprendre. Et pas de temps à perdre. »

Je vous l’ai dit, vous avez écrit mon discours, il me semble. Et je suis bien d’accord.

Voilà pourquoi nous allons moderniser l’Office national de l’énergie de sorte que sa composition reflète les points de vue des régions et une connaissance approfondie du savoir autochtone ancestral. Voilà pourquoi je passe beaucoup de temps dans mon rôle de ministre à m’adresser aux dirigeants autochtones des quatre coins du pays. Et voilà pourquoi j’ai réuni des chefs de file autochtones de l’industrie et du mouvement environnementaliste pour participer à des tables rondes à Winnipeg, Halifax et, cette semaine même, à Vancouver.

Après nos rencontres à Winnipeg, une chef des Premières Nations du Nord du Manitoba m’a dit que c’était la première fois en près de dix ans qu’elle parlait à un représentant du gouvernement du Canada. Nous ne reviendrons pas à cette époque.
Nous devons plutôt renforcer les relations entre toutes les régions et tous les intérêts afin de tirer parti des possibilités qu’offrent nos ressources. Ce forum est l’endroit tout choisi pour poursuivre ce travail.

Il va sans dire que les 18 derniers mois ont été très difficiles pour certains de nos producteurs d’énergie. Le prix du pétrole n’a jamais été aussi bas depuis plus de dix ans. Le prix du gaz naturel n’est pas loin derrière. De difficiles décisions ont dû être prises sur le plan des immobilisations et plus encore sur le plan des effectifs.

En fait, pour chaque projet d’énergie annulé ou reporté, il y a des gens qui subissent les contrecoups et ont devant eux un avenir incertain. Pourtant, je suis optimiste. Je crois que nous pouvons faire des choses, à court et à long terme, pour affronter la tourmente, pour tirer parti de débouchés éventuels et pour bâtir un avenir meilleur. Un avenir fondé sur l’innovation et l’adaptation aux changements, en trouvant des moyens plus écologiques d’extraire et de mettre en valeur nos énergies fossiles et de les livrer aux marchés, ici et à l’étranger.

Et, en parallèle, en investissant dans les technologies propres et les infrastructures vertes, en faisant davantage appel aux énergies renouvelables et en attachant plus d’importance à l’efficacité énergétique. Je parle d’un avenir dans lequel le Canada est un chef de file de l’énergie sobre en carbone, où la population est invitée à réfléchir aux moyens de produire l’énergie dont nous avons besoin tout en protégeant la planète que nous chérissons.

Nous ferons en sorte que nos ressources demeurent une source d’emplois, de prospérité et de débouchés, et nous le ferons dans un monde qui valorise les pratiques durables et d’une manière qui respecte les droits des Autochtones et leur permet de participer. Mais comment pouvons-nous y parvenir? Je suis convaincu que la seule façon de le faire, c’est avec vous. Avec votre sagesse. Avec votre appui.

C’est ce qui se produit déjà en Colombie-Britannique. On trouve dans cette salle beaucoup d’exemples de dirigeants autochtones qui créent des débouchés et qui protègent l’environnement. Par exemple, l’alliance des Premières Nations pour le GNL; la formation en recherche et sauvetage pour les Premières Nations de la côte Nord, en collaboration avec la Garde côtière canadienne; les programmes d’emploi, de formation et d’éducation pour que les membres des collectivités autochtones aient accès aux emplois et participent à la mise en valeur des ressources; les projets ciblés de restauration de l’habitat du poisson et les initiatives de surveillance et d’intendance de l’environnement menés avec des Autochtones à la grandeur de la Colombie-Britannique. Ce modèle de partenariat et de collaboration fonctionne et c’est un modèle que j’ai à cœur de mettre à profit partout où j’irai.

J’en ai parlé aux secrétaires de l’Énergie des États-Unis et du Mexique quand je les ai rencontrés à la réunion internationale des ministres de l’Énergie à Paris et nous allons en reparler demain quand nous nous réunirons de nouveau tous les trois à Winnipeg.

Nous avons fait de la mobilisation autochtone une pierre angulaire de notre stratégie provisoire pour évaluer les grands projets de mise en valeur des ressources dont le processus d’examen est déjà enclenché. Les Canadiens sont conscients de l’importance des ressources naturelles dans notre économie. Ils savent que la mise en valeur des ressources crée de l’emploi et stimule les investissements et ils sont conscients que l’énergie joue un rôle essentiel dans leur quotidien. Mais trop de Canadiens ont perdu foi dans notre façon d’évaluer les grands projets d'exploitation des ressources naturelles.

Le moment est donc venu d’avoir une franche discussion sur notre régime d’évaluation environnementale, dicté par les impératifs des changements climatiques, facilité par les données de la science et de la technologie reconnues mondialement et tenant compte des différents points de vue de la population canadienne. Comme le premier ministre l’a souvent dit, nous sommes forts en raison de notre diversité et non pas en dépit de celle-ci. Cependant, il faudra du temps pour établir un régime d’évaluation environnementale plus robuste. Il faudra beaucoup de travail, des consultations exhaustives, beaucoup de débats.

Voilà pourquoi nous avons annoncé le mois dernier un processus de transition qui comporte deux principes importants et pertinents pour les discussions qui se dérouleront ici. Premièrement, les Autochtones seront consultés de façon significative et leurs droits et intérêts seront pris en compte. Deuxièmement, les décisions seront fondées sur la science et les données probantes, y compris le savoir autochtone ancestral.

Deux principes essentiels – un thème commun : rétablir la confiance dans la façon dont nous mettons en valeur nos richesses naturelles, de manière durable et responsable. Nous avons ouvert la porte à une nouvelle façon de faire et je veux vous y convier. Je vous demande de saisir cette occasion, de changer le langage de la mise en valeur des ressources et de rechercher les consensus. Nous n’arriverons jamais à faire en sorte que tous les intervenants s’entendent. Il n’est pas réaliste d’espérer l’unanimité, mais nous pouvons établir un processus qui inspire la confiance de la population canadienne.

Nous avons assez de temps pour examiner les grands projets comme le prolongement du réseau Trans Mountain et l’oléoduc Énergie Est. Alors, resserrons notre collaboration. Tissons les relations qui jetteront les bases d’un plus grand partage des connaissances. Si nous exploitons le pouvoir de l’industrie, si nous respectons l’eau et le sol, et reconnaissons le rôle essentiel des peuples autochtones, nous pouvons être un exemple. Pas seulement pour le monde, mais pour nous-mêmes.

Nous sommes à un moment important de l’histoire de notre pays. C’est à nous de jouer, de saisir ce moment. Ensemble.

Je vous remercie.


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