Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Actinomyces spp.

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM : Actinomyces spp.

SYNONYME OU RENVOI : A. bovis, A. bowdenii, A. canis, A. israelii, A. denticolens, A. funkei, A. georgiae, A. gerencseriae, A. hominis, A. hongkongensis, A. hordeovulneris, A. howellii, A. hyovaginalis, A. johnsonii, A. massiliensis, A. meyeri, A. naeslundii, A. neuii, A. odontolyticus, A. oris, A, radicidentis,  A. radingae, A. slackii, A. suis, A. turicensis, A. viscosus et autres espèces d’Actinomyces sensu stricto Note de bas de page 1 .

CARACTÉRISTIQUES : Le genre Actinomyces appartient à la famille des Actinomycetaceae. Il s’agit de bacilles gram positif de 0,4 à 1,0 µm droits, incurvés ou pléomorphes, et apparaissant individuellement, en paires, en grappes ou en chaînettes courtes. Les filaments (qui peuvent atteindre jusqu’à 50 µm de longueur), qui sont non acido-résistants et non mobiles, ne forment pas d’endospores ni de conidies, et se cultivent bien dans un milieu contenant du carbonate de sodiumNote de bas de page 2. La majorité des bactéries du genre Actinomyces spp. sont anaérobies facultatifs, mais certains sont anaérobies (A. suis).

SECTION II- DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : Les bactéries du genre Actinomyces font partie de la flore normale de la cavité buccale et des voies respiratoires, mais une infection des organes et du sang est possible à la suite de la rupture des barrières tissulaires Note de bas de page 3. On retrouve généralement ces bactéries dans les infections mixtes; toutefois, les infections causées uniquement par des bactéries du genre Actinomyces sont souvent associées à une pathogénicité plus faible Note de bas de page 4. Les infections mixtes mettent principalement en cause A. israelii et A. gerencseriae et dépendent de l’endroit où se trouvent les bactéries dans la bouche, la plupart des manifestations étant observées dans la région cervicofaciale (mais elles peuvent être observées ailleurs dans l’organisme) Note de bas de page 5. A. israelii est reconnu pour provoquer l’actinomycose, qui est caractérisée par des abcès dans les régions cervicofaciales, thoraciques, et abdominopelviennes, et dans le système nerveux central Note de bas de page 6. A. naeslundii, A. meyeri, A. odontolyticus et A. viscosus sont plus rarement associés à l’actinomycose Note de bas de page 7. L’infection est causée par une invasion suivant une lésion de la muqueuse, et la présence de tissu dévitalisé favorise une pénétration plus profonde dans les tissus corporels. Les infections gastrointestinales sont souvent observées après une chirurgie, une inflammation intraabdominale ou un traumatisme, ou encore en présence de corps étrangers, c’est-à-dire lorsque l’intégrité de la muqueuse est fragile. La propagation de l’infection bactérienne après l’invasion initiale entraîne une infection chronique accompagnée de fistules purulentes et de fibroses. On observe généralement l’actinomycose avec localisation secondaire hépatique à la suite d’une infection abdominale ou thoracique; les infections touchant principalement le foie sont rares, mais souvent graves Note de bas de page 3. A. israelii a été observé dans les voies génitales de femmes en santé, ce qui suggère que cette bactérie pourrait être la cause de telles infections, lesquelles sont souvent associées à l’utilisation de dispositifs intra-utérins. On a établi un lien entre les bactéries du genre Actinomyces et les caries de surface de la racine et les maladies parodontales, deux affections très répandues chez l’humain. En ce qui concerne les caries de surface de la racine, des bactéries du genre Actinomyces peuvent dominer la flore de lésions du tissu racinaire, principalement chez les personnes âgées, et favoriser l’apparition de plaque dans les cas de maladie parodontale, ce qui peut entraîner une gingivite.

ÉPIDÉMIOLOGIE : On retrouve les bactéries du genre Actinomyces dans le monde entier, des cas ayant été observés au Canada, aux É.-U. et en Inde Note de bas de page 8Note de bas de page 9, mais elles sont plus courantes dans les régions ayant un statut socioéconomique faible et où les conditions d’hygiène sont mauvaisesNote de bas de page 6. L’infection touche rarement les nourrissons et les enfantsNote de bas de page 8. On a relevé un grand nombre de cas chez des femmes utilisant des dispositifs de contraction intra-utérins  (IUCD) Note de bas de page 9. L’actinomycose touche trois fois plus les hommes que les femmesNote de bas de page 10. L’alcoolisme, la consommation de drogue injectable, les ulcères gastroduodénaux et les maladies des voies biliaires sont des facteurs de risque de l’actinomycose hépatiqueNote de bas de page 3.

GAMME D’HÔTES : Humains et animaux, y compris les cochons, les chiens, les chats, les chevaux Note de bas de page 7,les bovins et les mammifères marins Note de bas de page 1 Note de bas de page 2 Note de bas de page 7 Note de bas de page 11.

DOSE INFECTIEUSE : Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION : Les bactéries du genre Actinomyces occupent généralement la cavité buccale, le tractus gastro-intestinal et les voies génitales féminines, et ce, de manière commensale. L’infection survient à la suite d’une rupture de la muqueuse causée par une agression mécanique ou lorsque les micro-organismes accèdent à des sites privilégiés. À titre d’exemple, on observe normalement l’actinomycose après une procédure dentaire, un traumatisme, une chirurgie ou une aspiration Note de bas de page 10. On suppose également que les bactéries du genre Actinomyces, issues de la flore buccale normale, peuvent être transmises par contact direct entre personnesNote de bas de page 7.

PÉRIODE D’INCUBATION : La période d’incubation varie de plusieurs jours à plusieurs années après l’incubation Note de bas de page 7 Note de bas de page 8. Après une agression de la muqueuse, la période d’incubation peut être de quelques jours à plusieurs moisNote de bas de page 7.

TRANSMISSIBILITÉ : La majorité des infections sont le résultat de la colonisation des cavités buccales ou respiratoires de l’hôte par des bactéries du genre Actinomyces Note de bas de page 7 Note de bas de page 11.  On suppose également que les bactéries du genre Actinomyces, issues de la flore buccale normale, peuvent être transmises par contact direct entre personnes7.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Les humains constituent le réservoir biologique des bactéries du genre Actinomyces, en particulier A. israelii Note de bas de page 2 Note de bas de page 7.  Elles font partie de la flore buccale normale et sont un important constituant de la plaque dentaire à la surface des dents Note de bas de page 2. On rencontre principalement les bactéries du genre Actinomyces à la surface des intestins et de la muqueuse des humains et des animaux, dans le sang, dans les voies génitales et urinaires de l’homme et de la femme, dans les lésions actinomycosiques et dans les prothèses de la hanche infectées Note de bas de page 2 Note de bas de page 12.

ZOONOSE : Aucune connue.

VECTEURS : Aucun connu.

SECTION IV – VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ ET RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : Sensibilité élevée aux antibiotiques bêta-lactamines, sensibilité élevée à modérée aux tétracyclines, au chloramphénicol, aux macrolides, aux lincomycines, à l’acide fusidique et à la vancomycine. En règle générale, les bactéries du genre Actinomyces ne deviennent pas résistantes aux antibiotiques, au métronidazole et à la rifampicine (A. naeslundii).   

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : On a constaté que les bactéries étaient sensibles à de faibles concentrations de chlore, à l’éthanol à 70 %, aux phénoliques, au glutaraldéhyde à 2 % en solution aqueuse et à l’acide péracétique (de 0,001 % à 0,2 %) Note de bas de page 13 Note de bas de page 14.

INACTIVATION PHYSIQUE : Une exposition aux rayons UV ou un chauffage à 55-65 oC Note de bas de page 15 permet d’inactiver les bactéries. La plupart des bactéries peuvent être inactivées par une exposition à la chaleur humide (121 °C pendant 15 à 30 minutes) ou à la chaleur sèche (160‑170 °C pendant 1 à 2 heures) Note de bas de page 16.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE : Inconnue.

SECTION V – PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition des symptômes. La détection de granules de « soufre », la coloration de Gram et la coloration histologique sont les principales méthodes de détection directe des bactéries du genre Actinomyces avec du matériel clinique Note de bas de page 1. La coloration par immunofluorescence est également possible. Les bactéries du genre Actinomyces peuvent aussi être décelées dans des échantillons de tissu à l’aide du séquençage du gène 16s de l’ARNr ou d’une analyse PCR.

Remarque : Toutes les méthodes diagnostiques ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : Administrer l’antibiothérapie appropriée Note de bas de page 7 Note de bas de page 8. Un traitement prolongé est nécessaire pour obtenir une guérison et réduire les rechutes autant que possible Note de bas de page 10. La pénicilline est généralement efficace, mais l’amoxicilline, l’érythromycine, la clindamycine, la doxycycline et la tétracycline sont d’autres solutions antimicrobiennes possibles Note de bas de page 7. Les tétracyclines ne sont pas recommandées pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 8 ans. Le drainage chirurgical constitue souvent un complément nécessaire à la prise en charge médicale et peut permettre un traitement antimicrobien plus court Note de bas de page 8.

IMMUNISATION : Aucune.

PROPHYLAXIE : Aucune.

SECTION VI: DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES EN LABORATOIRE : Une infection contracté en laboratoire a été signalée en 1976 Note de bas de page 17.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Prélèvements d’échantillons de la cavité buccale (plaque dentaire, salive, surfaces muqueuses), de sang, d’échantillons de biopsie des tissus, de liquide d’aspiration Note de bas de page 2Note de bas de page 12.

DANGERS PRIMAIRES : Les bactéries du genre Actinomyces s’adaptent aux surfaces muqueuses et doivent franchir la barrière épithéliale pour provoquer une infectionNote de bas de page 18.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun.

SECTION VII- CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2Note de bas de page 19. Le groupe de risque correspond au genre dans son ensemble et peut ne pas s’appliquer à toutes les espèces du genre. 

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieuxNote de bas de page 20.Ces exigences de confinement s’appliquent au genre dans son ensemble et peuvent ne pas s’appliquer à toutes les espèces du genre. Note de bas de page 20.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussureNote de bas de page 20.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelleNote de bas de page 20.

SECTION VIII- MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyerNote de bas de page 20.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinérationNote de bas de page 20.  

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriéeNote de bas de page 20.

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Novembre 2011

Préparée par : Direction de la règlementation des agents pathogènes, Agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés © Agence de la santé publique du Canada, 2011 Canada

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