Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Angiostrongylus cantonensis

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM : Angiostrongylus cantonensis

SYNONYME OU RENVOI : Parastrongylus cantonensis, strongle pulmonaire du rat, angiostrongylose, angiostrongylose cérébrale, méningite à éosinophiles et méningoencéphalite à éosinophiles.

CARACTÉRISTIQUES: A. cantonensis est un nématode parasite du genre Angiostrongylus(1-4). Les femelles mesurent 21 à 25 mm de long, tandis que les mâles mesurent 16 à 19 mm de long. Les vers matures vivent dans les artères pulmonaires des rats et pondent des œufs fertilisés qui se transforment en larves de premier stade. Ces larves migrent d'abord vers la trachée et sont ensuite dégluties et éliminées dans les excréments. Elles demeurent viables et infectieuses dans les excréments ou l'eau douce pendant plusieurs semaines. Le cycle de vie n'est complété que si ces larves sont ingérées par un mollusque (limaçons ou limaces), qui agit en tant qu'hôte intermédiaire. Environ deux semaines plus tard, les larves atteignent le stade de maturité, soit le troisième stade, c'est-à-dire qu'elles deviennent alors infectieuses pour le restant de la vie des mollusques. Les crevettes, les poissons, les crabes, les grenouilles, les planaires terrestres ou les varans peuvent dévorer les mollusques infectés et servir d'hôtes paraténiques. Les rongeurs ingèrent les mollusques ou les hôtes paraténiques et deviennent alors infectés. Chez l'humain (cul-de-sac épidémiologique), l'infection est causée par l'ingestion de la chair crue d'hôtes paraténiques ou intermédiaires contaminés ou par l'ingestion de légumes contaminés par des larves de troisième stade.

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: L'infection peut être bénigne, et les décès sont rares(4). Une fois que les larves infectieuses d'A. cantonensis sont ingérées, elles envahissent les tissus intestinaux et peuvent causer une entérite. Les larves passent ensuite par le foie et les poumons avant d'atteindre le système nerveux. Lorsque le nématode traverse les poumons, les symptômes suivants peuvent apparaître: toux, rhinorrhée, douleurs à la gorge, malaise et fièvre. Lorsque le nématode atteint le système nerveux central (environ deux semaines plus tard), la principale manifestation clinique est la méningite à éosinophiles, caractérisée par des maux de tête, une raideur du cou, une paresthésie, des vomissements, de la fièvre, des nausées et une vision trouble ou une diplopie. Les enfants peuvent également se sentir somnolents et éprouver des douleurs abdominales ou une faiblesse des extrémités. Une pléocytose éosinophile, une encéphalite à éosinophiles et une angiostrongylose oculaire peuvent également survenir(3, 4).

ÉPIDÉMIOLOGIE: L'angiostrongylose est endémique en Asie du Sud-Est, en Australie, dans le Pacifique Sud et dans les Caraïbes(2, 4). Des cas sporadiques peuvent être observés partout dans le monde et peuvent être liés à des voyages dans les régions endémiques(4, 5).

GAMME D'HÔTES: Humains, rongeurs (les rats sont l'hôte définitif), mollusques, crustacés, vers plats, grenouilles et varans(2, 4).

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue

MODE DE TRANSMISSION: La transmission se fait par voie alimentaire: chair crue ou insuffisamment cuite de mollusques, de crustacés ou d'autres hôtes contaminés; ou ingestion de légumes contaminés par des larves infectieuses(4).

PÉRIODE D'INCUBATION: Très variable, soit de un jour à plusieurs mois selon le nombre de parasites. Habituellement de 1 à 3 semaines chez l'humain(3, 4).

TRANSMISSIBILITÉ: Ne se transmet pas de personne à personne puisque l'humain est un cul-de-sac épidémiologique(1, 5).

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Rats (2, 4, 5).

ZOONOSE: Oui

VECTEURS: Mollusques, crustacés, vers plats, grenouilles et varans(4).

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Il n'existe pas de traitement particulier contre l'angiostrongylose. A. cantonensis est sensible à l'albendazole et au mébendazole, mais une réaction généralisée aux vers mourants aggrave l'affection(2, 3, 6).

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Sensible à l'hypochlorite de sodium 1 % et au glutaraldéhyde 1 % à 5 %(7-9).

INACTIVATION PHYSIQUE: L'inactivation peut être obtenue par congélation à -15 °C pendant 12 à 24 heures ou par ébullition pendant 2 à 3 minutes(10).

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: Les larves de troisième stade peuvent survivre jusqu'à une semaine dans l'eau(11).

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Recherche des symptômes cliniques. Le diagnostic est fondé sur les antécédents d'exposition et sur la présence d'éosinophiles dans le liquide céphalorachidien (LCR)(4). Les tests sérologiques peuvent également être utilisés pour détecter la présence d'anticorps dans le sérum ou le LCR(2-4).

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Les symptômes sont habituellement bénins et l'infection est en général spontanément résolutive(4). Un traitement de soutien, notamment par des corticostéroïdes, est utilisé pour réduire la douleur et l'inflammation(3, 4). Une ponction lombaire peut être effectuée pour soulager la pression intracrânienne. Les patients atteints d'angiostrongylose oculaire doivent subir une chirurgie visant à retirer les vers de l'œil. Il est possible d'administrer des médicaments anthelminthiques, tels l'albendazole et le mébendazole, mais ceux-ci peuvent exacerber les symptômes neurologiques, car les vers mourants peuvent déclencher une réaction inflammatoire.

IMMUNISATION: Aucune

PROPHYLAXIE: Aucune

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Aucun cas signalé.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Tissus ou LCR, mollusques et autres hôtes paraténiques ou intermédiaires infectés(2).

DANGERS PRIMAIRES: Inoculation parentérale accidentelle ou ingestion d'organismes infectés.

DANGERS PARTICULIERS: Aucun

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Sarrau. Gants, lorsqu'un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure (12).

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB) (12). L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle (12).

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se poser et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer , répéter (12, 13).

ÉLIMINATION: Décontaminer les déchets par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique(12).

ENTREPOSAGE: Dans des contenants étanches et scellés, étiquetés de façon appropriée et placés en lieu sûr(12).

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Août 2010

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés

© Agence de la santé publique du Canada, 2010

Canada

RÉFÉRENCES

  1. Krauss, H., Schiefer, H. G., Weber, A., Slenczka, W., Appel, M., von Graevenitz, A., Enders, B., Zahner, H., & Isenberg, H. D. (2003). Parasitic Zoonoses. Zoonoses: Infectious Diseases Transmissible from Animals to Humans (3rd ed., pp. 352-3). Washington D.C.: ASM Press.
  2. Procop, G. W., & Neafie, R. C. (2007). Less Common Helminths. In P. R. Murray (Ed.), Manual of Clinical Micobiology (9th ed., pp. 2192-3). Washington D.C.: ASM Press.
  3. Sawanyawisuth, K., & Sawanyawisuth, K. (2008). Treatment of angiostrongyliasis. Transactions of the Royal Society of Tropical Medicine and Hygiene, 102(10), 990-996.
  4. Wang, Q. P., Lai, D. H., Zhu, X. Q., Chen, X. G., & Lun, Z. R. (2008). Human angiostrongyliasis. The Lancet Infectious Diseases, 8(10), 621-630.
  5. Lim, J. M., Lee, C. C., & Wilder-Smith, A. (2004). Eosinophilic meningitis caused by Angiostrongylus cantonensis: A case report and literature review. Journal of Travel Medicine, 11(6), 388-390.
  6. Wang, L. C., Jung, S. M., Chen, C. C., Wong, H. F., Wan, D. P., & Wan, Y. L. (2006). Pathological changes in the brains of rabbits experimentally infected with Angiostrongylus cantonensis after albendazole treatment: histopathological and magnetic resonance imaging studies. The Journal of Antimicrobial Chemotherapy, 57(2), 294-300. doi:10.1093/jac/dki430
  7. Zanini, G. M., & Graeff-Teixeira, C. (2001). Inactivation of infective larvae of Angiostrongylus costaricensis with short time incubations in 1.5% bleach solution, vinegar or saturated cooking salt solution. Acta Tropica, 78(1), 17-21.
  8. Huttemann, M., Schmahl, G., & Mehlhorn, H. (2007). Light and electron microscopic studies on two nematodes, Angiostrongylus cantonensis and Trichuris muris, differing in their mode of nutrition. Parasitology Research, 101 Suppl 2, S225-32. doi:10.1007/s00436-007-0698-1
  9. Noda, S., & Sato, A. (1990). Effects of infection with Angiostrongylus cantonensis on the circulating haemocyte population and the haematopoietic organ of the host snail M-line Biomphalaria glabrata. Journal of Helminthology, 64(3), 239-247.
  10. Alicata, J. E. (1967). Effect of freezing and boiling on the infectivity of third-stage larvae of Angiostrongylus cantonensis present in land snails and freshwater prawns. Journal of Parasitology, 53(5), 1064-1066.
  11. Richards, C. S., & Merritt, J. W. (1967). Studies on Angiostrongylus cantonensis in molluscan intermediate hosts. Journal of Parasitology, 53(2), 382-388.
  12. Public Health Agency of Canada. (2004). In Best M., Graham M. L., Leitner R., Ouellette M. and Ugwu K. (Eds.), Laboratory Biosafety Guidelines (3rd ed.). Canada: Public Health Agency of Canada.
  13. Burnett, L. A. C., Lunn, G., & Coico, R. (2009). Biosafety: Guidelines for working with pathogenic and infectious microorganisms. Current Protocols in Microbiology, (SUPPL. 13), 1A.1.1-1A.1.14.

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