Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Brugia spp.

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM : Brugia spp.

SYNONYME OU RENVOI : Brugia malayi, Brugia timori, Brugia pahangi, Brugia beaveri, Brugia lepori, Brugia guyanensis, filariose lymphatique, filariose à Brugia timori, filariose à Brugia malayi, filariose à Brugia.

CARACTÉRISTIQUES : Les espèces du genre Brugia sont des nématodes de la superfamille des Filarioidae transmis par des arthropodes1Footnote 2. Les femelles mesurent de 80 à 100 mm de longueur sur 240 à 300 µm de largeur, et les mâles mesurent de 13 à 20 mm de longueur sur 70 à 80 µm de largeur. Les femelles gravides produisent de grands nombres d’œufs embryonnés, desquels émergent des microfilaires engainées mesurant de 200 à 300 µm sur 5 à 6 µm. Les microfilaires de l’espèce B. timori sont plus longues, mesurant plus de 300 µm de longueur. Les microfilaires sont situées sur une gaine à deux couches3 et s’accumulent dans les vaisseaux pulmonaires durant le jour et dans la circulation périphérique pendant la nuit1Footnote 2.

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : Les espèces du genre Brugia comptent parmi les organismes responsables de la filariose lymphatique. De nombreux cas d’infection demeurent asymptomatiques malgré la présence de microfilaires dans la circulation. Les conséquences cliniques attribuables à la filariose sont principalement dues à la réponse inflammatoire dirigée contre les nématodes en cours de développement, les nématodes ayant atteint la maturité et les nématodes en fin de vie. Les premiers signes d’infection sont souvent une lymphangite aiguë et une lymphadénite au niveau des jambes ou de l’aine4, de la fièvre, une sensibilité des nœuds lymphatiques, de l’œdème, un prurit, des signes aigus d’adénolymphangite, des abcès, des cicatrices aux endroits où les nœuds lymphatiques se sont rompus et de l’inflammation, se propageant en périphérie des nœuds lymphatiques atteints. Les manifestations chroniques les plus courantes de la filariose lymphatique sont le gonflement des extrémités ou des organes génitaux en raison d’une obstruction et d’une inflammation lymphatique chronique. On observe une tuméfaction progressive des extrémités, laquelle évolue progressivement d’un œdème prenant le godet à un œdème ne prenant pas le godet puis à une sclérose cutanée désignée par le terme éléphantiasis, pouvant apparaître consécutivement à des œdèmes de stade avancé1Footnote 4Footnote 5. Les infections à B. timori sont souvent plus graves que celles à B. malayi.

ÉPIDÉMIOLOGIE : B. malayi est confinée au sud-est et à l’est de l’Asie, par exemple dans l’est de l’Inde, en Birmanie, en Thaïlande, au Vietnam, dans le sud-est de l’Indonésie et aux Philippines4. B. timori se trouve uniquement au Timor et dans les îles adjacentes1Footnote 2Footnote 6. Le caractère endémique de la filariose lymphatique a été confirmé dans environ 80 pays, et selon les estimations les plus récentes, 120 millions de personnes, ou 2 % de la population mondiale, en seraient atteintes5Footnote 6. Environ 9 % à 10 % de ces cas sont dus aux espèces du genre Brugia, la majorité des cas étant due à Wuchereria bancrofti5Footnote 7.

DOSE INFECTIEUSE : Inconnue.

GAMME D'HÔTES : Humains, moustiques, primates (en particulier les loris du genre Nycticebus), chiens (B. malayi), chats (B. malayi), moufettes tachetées occidentales, félidés sauvages (B. malayi), félidés (B. timori), pangolins (B. timori), coatis, grisons (B. guyanensis), ratons laveurs (B. beaveri), lynx (B. beaveri), lapins (B. lepori)1Footnote 4 Footnote 8-10.
dose infectieuse : Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION : Les hôtes sont infectés par la piqûre de moustiques infectés. Les moustiques déposent des larves de troisième stade sur la peau de l’hôte; celles‑ci pénètrent dans l’organisme par le point de la piqûre et migrent vers le système lymphatique de l’hôte, où elles demeurent pendant 3 mois jusqu’à ce qu’elles deviennent des adultes féconds. Les vers adultes produisent de grands nombres de microfilaires, lesquelles sont libérées dans la circulation et ingérées par d’autres moustiques lors d’un repas sanguinNote de bas de page 5 Note de bas de page 7 Note de bas de page 11 Note de bas de page 12 .

PÉRIODE D'INCUBATION : Variable; on trouve des microfilaires dans le sang de 3 à 12 mois après l’infectionNote de bas de page 4 Note de bas de page 7 . Dans bien des cas, l’infection demeure asymptomatique pendant des années malgré la présence de microfilaires dans le sangNote de bas de page 4 .

TRANSMISSIBILITÉ : La transmission interhumaine est possible4.

SECTION III – DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Humains, moustiques, loris du genre Nycticebus, chiens (B. malayi), chats (B. malayi), moufettes tachetées occidentales, félidés sauvages (B. malayi), félidés (B. timori), pangolins (B. timori), ratons laveurs (B. beaveri), coatis et grisons (B. guyanensis), lynx (B. beaveri) et lapins (B. lepori)1Footnote 48-10.

ZOONOSE : Les agents zoonotiques sont B. malayi et B. timori4. Les humains et autres hôtes sont infectés par la piqûre de moustiques infectés4. Les microfilaires ingérées par les moustiques au moment du repas sanguin pénètrent la paroi intestinale et migrent dans les muscles associés au vol, où elles atteignent maturité et deviennent infectieuses7Footnote 12.

VECTEURS : Moustiques des genres Mansonia (B. malayi), Aedes (B. malayi) et Anopheles (B. timori)1Footnote 2Footnote 4.

SECTION IV – VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Sensible à la diéthylcarbamazine (médicament de choix), mais celle‑ci présente une activité limitée contre les vers adultes. Également sensible à l’ivermectine, à l’albendazole et à la doxycycline5. Le traitement par la doxycycline a éliminé les bactéries du genre Wolbachia dans les cellules de B. malayi chez les patients infectés13.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : Aucune résistance à un quelconque médicament n’a été signalée; cela constitue une préoccupation croissante lorsqu’on administre des doses multiples, en particulier dans les zones d’endémicité.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : Bien que l’on ne dispose pas d’information concernant expressément les espèces du genre Brugia, d’autres nématodes se sont révélés sensibles à l’hypochlorite de sodium et à l’éthanol14Footnote 15, et bon nombre de microorganismes sont également inactivés par le formaldéhyde14 et le glutaraldéhyde.

INACTIVATION PHYSIQUE : Bien que l’on ne dispose pas d’information concernant expressément les espèces du genre Brugia, d’autres nématodes se sont révélés sensibles à la chaleur humide (121 °C pendant au moins 15 min)15 et à la chaleur sèche (160 °C pendant 1 à 2 heures)16.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE : Inconnue.

SECTION V – PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition de symptômes. Le diagnostic est confirmé par la découverte de microfilaires, habituellement dans le sang ou le liquide lymphatique, ascitique ou pleuralNote de bas de page 2 Footnote 5. Les microfilaires peuvent également être absentes, particulièrement dans les premiers stades de la maladie (les premières 2 à 3 années) ou en cas de maladie obstructive chronique5. Étant donné que l’apparition des microfilaires est habituellement périodique, le prélèvement des échantillons doit être effectué au moment opportun. Les frottis sont examinés à l’état frais afin de permettre l’identification de parasites mobiles, et par coloration au Giemsa. Les microfilaires peuvent également être présentes dans le liquide d’hydrocèle de l’urine chyleuse. Les éosinophiles sont normalement absents, sauf lors des syndromes inflammatoires aigus. Les épreuves sérologiques, notamment la floculation à la bentonite, l’hémagglutination indirecte, l’épreuve ELISA et l’immunofluorescence indirecte, peuvent être utiles, mais elles ne permettent pas de distinguer les infections antérieures des infections évolutivesFootnote 2Footnote 5. On peut également trouver des vers adultes en effectuant une biopsie de nœud lymphatique ou une échographie d’une hydrocèle scrotale ou d’un sein lymphœdémateux5.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : Administrer un traitement pharmaceutique approprié. Les options thérapeutiques sont relativement limitées, car aucun médicament ne permet de maîtriser totalement la maladie ou de la faire rétrocéder et les traitements peuvent causer l’apparition de graves symptômes inflammatoires aigus. La diéthylcarbamazine est le médicament de choix, mais elle ne peut guérir la maladie étant donné son activité limitée contre les vers adultes. Les cas d’infection asymptomatiques et de lymphangite aiguë sont traités au moyen de ce médicament, ce qui provoque une chute marquée du nombre de microfilaires dans le sang. Le traitement peut être accompagné de symptômes d’allergie, y compris de la fièvre, des maux de tête, un malaise, une hypotension et un bronchospasme, probablement en raison de la libération d’antigènes par les vers en fin de vie. Pour cette raison, on peut amorcer le traitement en administrant d’abord une faible dose, puis en l’augmentant graduellement au cours des 4 premiers jours de traitement. L’administration de doses annuelles uniques de diéthylcarbamazine, seule ou en association avec de l’ivermectine ou de l’albendazole, peut s’avérer aussi efficace que les traitements de longue durée par la diéthylcarbamazine5.

IMMUNISATION : Aucune.

PROPHYLAXIE : DiéthylcarbamazineNote de bas de page 1 Footnote 7Footnote 17, bithérapie (diéthylcarbamazine-albendazole ou ivermectine-albendazole) ou sel enrichi en diéthylcarbamazine17. Les moustiquaires et les produits insectifuges sont efficaces pour ce qui concerne la prévention des piqûres d’insectes infectés4.

SECTION VI – DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES EN LABORATOIRE : Aucun cas d’infection en laboratoire par une espèce du genre Brugia n’a été signalé.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Sang, liquide lymphatique, ascitique ou pleural, liquide d’hydrocèle ou urine chyleuse2Footnote 5, moustiques infectés18.

DANGERS PRIMAIRES : L’ingestion de B. pahangi (potentiellement infectieuse chez l’humain) a été associée à des cas d’infection chez le chienNote de bas de page 19 ; inoculation parentérale accidentelle; exposition des muqueuses à des gouttelettes; transmission par des moustiques Note de bas de page 20 .

DANGERS PARTICULIERS : Garder les moustiques infectés dans des installations qui protégeraient de façon raisonnable le personnel contre une éventuelle exposition ou qui empêcheraient de façon raisonnable les moustiques de s’échapper à l’extérieur20.

SECTION VII – CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure 22.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle 22.

SECTION VIII – MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération. Entreposage.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : novembre 2011.

PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, Agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés© Agence de la santé publique du Canada, 2011 Canada

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