Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Clonorchis sinensis

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM : Clonorchis sinensis

SYNONYME OU RENVOI : Clonorchiase, douve de Chine1Footnote 2.

CARACTÉRISTIQUES : Clonorchis sinensis est un trématode de la famille des Opisthorchiidae1-3. À maturité, les douves sont macroscopiques, transparentes, plates ou lancéolées, et mesurent de 10 à 25 mm de longueur sur 3 à 5 mm de largeur1-3. Les vers adultes présentent un pôle antérieur conique, une ventouse buccale volumineuse et deux testicules présentant de nombreux lobules disposés l’un derrière l’autre à l’extrémité postérieure1. Les vers adultes peuvent survivre dans les voies biliaires de l’hôte pendant une période pouvant atteindre 50 ans1, où les femelles libèrent environ 2 000 minuscules œufs ovoïdes par jour dans les selles. Les œufs sont de petite taille, encapsulés, de couleur jaune-brun et de forme ovoïde, et ils présentent une coque en forme d’urne sur laquelle on peut distinguer un renflement au niveau de l’opercule et une petite protubérance au pôle postérieur1-3. Les œufs mesurent de 28 à 35 µm de longueur par 12 à 19 µm de largeur1 et sont ingérés par l’hôte intermédiaire, l’escargot, où ils éclosent et libèrent des miracidiums qui se métamorphosent en sporocystes puis en rédies. Celles-ci se transforment ensuite en cercaires libres. Les cercaires qui sont libérées dans les eaux douces pénètrent les tissus des poissons d’eau douce et se transforment en métacercaires. Lorsque ces poissons infectés sont ingérés par l’humain ou par un animal, les larves sont libérées dans le duodénum et migrent dans les voies biliaires où elles peuvent atteindre le stade adulte en 30 jours1.

SECTION II - DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : Les chercheurs s’entendent pour dire que les caractéristiques biologiques et pathologiques des espèces du genre Opisthorchis et du genre Clonorchis sont identiques. C. sinensis s’installe dans les voies biliaires de l’hôte et y provoque une inflammation ainsi que des altérations prolifératives2. Les infections légères (100 douves) peuvent n’être associées à aucun symptôme, mais les infections lourdes provoquent une atteinte grave3. Les symptômes d’une infection légère sont généralement peu sévères, comme de la fatigue, une perte d’appétit, des nausées, de la diarrhée et une sensation de pression ou de douleur abdominales, une hépatomégalie, de la fièvre, un ictère et occasionnellement de l’urticaire2Footnote 4. En revanche, les infections lourdes (plus de 1 000 douves), persistantes/chroniques, peuvent entraîner des étourdissements, des tremblements, des convulsions, une perte de poids et des anomalies développementales chez les enfants2. Les infections persistantes/chroniques peuvent également causer une cirrhose hépatique, de l’œdème, une cholécystite, un ictère rétentionnel, une hépatomégalie, et de multiples ascites et tumeurs hépatiques2Footnote 4. Bien qu’elle soit rare, l’obstruction des voies biliaires par des vers morts peut mener à une cholangite bactérienne accompagnée d’une bactériémie, d’un choc endotoxique et d’une hypoglycémie1Footnote 2. Les vers adultes peuvent aussi parfois causer une infection des canaux pancréatiques (pancréatite aiguë)1Footnote 2Footnote 4. La clonorchiase est considérée comme un facteur de risque important de cholangiocarcinome1Footnote 2Footnote 4.

ÉPIDÉMIOLOGIE : La clonorchiase est présente dans tous les pays d’Asie2. Elle est endémique dans les pays de l’Asie orientale, notamment en Chine, en Corée du Sud, au Japon, à Taïwan, dans le Nord du Vietnam et en Russie orientale1Footnote 2Footnote 4Footnote 5. Environ 35 millions de personnes seraient infectées par C. sinensis à l’échelle planétaire, dont 15 millions en Chine5. Aucune éclosion de la maladie n’a été déclarée au Japon depuis 19915. En Corée et au Vietnam, le taux de prévalence est d’environ 1,4 % et de 5,3 à 28,4 %, respectivement5. Les cas de clonorchiase sont plus nombreux chez les pêcheurs, les poissonniers et les travailleurs de l’industrie de la transformation du poisson, en raison d’habitudes indésirables sur le plan du travail et de l’alimentation5. Des cas de clonorchiase sont également observés chez les personnes d’origine asiatique qui immigrent en Amérique du Nord, le taux de prévalence étant d’environ 26 %5.

GAMME D’HÔTES : Humains, chiens et porcs, ainsi que divers petits carnivores comme les martres et les rats1Footnote 2Footnote 5. Les escargots (A. longicornis, P. striatulus et B. fuchsianus) et les crevettes et poissons d’eau douce sont des hôtes intermédiaires qui transmettent l’infection aux mammifères1Footnote 2Footnote 5.

DOSE INFECTIEUSE : Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION : La clonorchiase s’attrape par l’ingestion de poisson cru, congelé, séché, salé, fumé ou saumuré. Les principaux animaux en cause sont des poissons (surtout des carpes), notamment Cyprinus carpi, Pseudorasbora parva, Ctenopharyngodon idellus, Leucogobia guntheri, Carassius spp. et Hemilculter spp., et des crevettes dans lesquels des métacercaires sont enkystées1Footnote 2Footnote 5.

PÉRIODE D’INCUBATION : Inconnue.

TRANSMISSIBILITÉ : Il n’y a pas de transmission interhumaine.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Mammifères, comme le chat, le chien, le renard, le vison, le porc et les rongeurs, et peut-être d’autres mammifères qui se nourrissent de poissons5.

ZOONOSE : Oui, consécutivement à l’ingestion de poissons ou de crevettes infectés2Footnote 5.

VECTEURS : Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Sensible à la tribendimidine (TBD), au praziquantel, à l’artéméther et à l’artésunate6-8. L’albendazole est associé à des taux de guérison oscillant entre 93 % et 100 %9 Footnote 10. Certaines études ont toutefois laissé entendre que cette substance ne serait pas aussi efficace que le praziquantel.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : Bien qu’on n’ait signalé aucun cas de résistance en ce qui concerne le praziquantel, une étude vietnamienne a révélé que cette substance est associée à un faible taux de succès thérapeutique (29 %)6.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : On ne dispose pas d’information au sujet de la désinfection qui concerne de façon précise C. sinensis. Selon l’étude de Zhang et al., réalisée en 2003, l’administration de 2 g N/l de bicarbonate d’ammonium peut réduire la viabilité des métacercaires de C. sinensis11. Des organismes similaires se sont révélés sensibles à une solution d’hypochlorite de sodium à 1 000-5 000 ppm, au formaldéhyde [efficacité maximale atteinte aux températures supérieures à 20 °C12], et au glutaraldéhyde à 2 %.

INACTIVATION PHYSIQUE : Les métacercaires peuvent être tués par une exposition à des rayons gamma à 50-100 Gy2Footnote 13 Footnote 14.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE : L’organisme peut survivre jusqu’à 6 mois à température froide (4 °C) dans une solution tampon PBS ou dans une solution saline; il est à noter, toutefois, que même si l’organisme serait toujours vivant, tous les niveaux de viabilité et d’infectivité ne seraient pas nécessairement possibles15.

SECTION V- PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition de symptômes 1. On peut recourir à l’échographie pour détecter une dilatation intrahépatique, une échogénicité péricanalaire et la présence de boue biliaire4. On peut aussi faire appel à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ou à la tomodensitométrie (TDM) pour détecter des cas subtils de cholangiocarcinome Footnote 5. La découverte d’œufs de C. sinensis dans des échantillons cliniques de selles ou de liquide des voies biliaires, puis leur dénombrement et leur identification au microscope, peut confirmer la présence de vers dans les voies biliaires. On utilise actuellement trois techniques pour identifier C. sinensis dans les selles : la méthode dite de Kato-Katz (KK), la méthode de concentration formol-éther et le frottis direct4 Footnote 16. Il peut s’avérer nécessaire d’examiner de multiples échantillons de selles dans les cas d’infection légère, mais il est possible de ne trouver aucun œuf lorsque l’infection est causée par moins de douves adultes1. La méthode de détection la plus sensible est la cholangio-pancréatographie rétrograde endoscopique (CPRE) avec échantillonnage des voies biliaires17.

Les épreuves sérologiques, comme le test ELISA pour la détection de la cystéine‑protéase de C. sinensis et le test dot-ELISA pour la détection d’antigènes circulants, peuvent également s’avérer utiles pour ce qui concerne la confirmation des cas d’infection Footnote 2 Footnote 4 Footnote 18. Il est également possible de confirmer l’infection par PCR19.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : La clonorchiase peut être traitée par du praziquantel oral ou de l’albendazole oral1-4 Footnote 7. Dans les cas graves, on a également recours à une intervention chirurgicale pour retirer les agents pathogènes et les tissus infectés5.

IMMUNISATION : Aucune.

PROPHYLAXIE : Aucune.

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES EN LABORATOIRE : Aucun cas signalé.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Selles, ou aspirats du duodénum1.

DANGERS PRIMAIRES : Ingestion d’œufs1.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2 20.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure 21.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle 21.

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer 21.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération 21.

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée 21. Des études ont démontré que l’entreposage de C. sinensis dans une solution PBS avec antibiotiques à température froide (4 °C) rafraîchie mensuellement obtient le niveau optimal de viabilité et d’infectivité soutenue 15.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Décembre 2011

PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, Agence de la santé publique du Canada. Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés© Agence de la santé publique du Canada, 2011 Canada

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