Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Clostridium difficile

SECTION I – AGENT INFECTIEUX

NOM : Clostridium difficile

SYNONYME OU RENVOI : Entérocolite pseudomembraneuse, colite à C. difficile.

CARACTÉRISTIQUES : Clostridium difficile, de la famille des Clostridiaceae, est une bactérie mobile anaérobie sporulée (spores subterminales) apparaissant sous sa forme végétative comme un bacille pléomorphe en paires ou en chaînettes courtes1. Le microorganisme est catalase négative et superoxyde dismutase négative1, et il produit deux types de toxines, à savoir l’entérotoxine A et la cytotoxine B, qui entravent chez l’hôte les mécanismes de transduction des signaux impliquant le cytosquelette2.

SECTION II – DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : C. difficile constitue la principale cause de diarrhée nosocomiale associée aux antibiotiques2. L’administration d’antibiotiques ou de tout traitement pouvant modifier la flore microbienne intestinale normale peut mener à une multiplication excessive de C. difficile associée à une toxinogenèse, ce qui entraîne l’apparition des manifestations cliniques de l’infection3. La gravité de la diarrhée est variable : certains patients pourront ne présenter que des pertes liquidiennes intestinales pendant quelques jours, tandis que d’autres seront atteints d’une entérocolite pseudomembraneuse pouvant compromettre le pronostic vital2. En l’absence d’une entérocolite pseudomembraneuse, les selles diarrhéiques, nauséabondes et non sanglantes4, peuvent être associées à une douleur abdominale avec ou sans pyrexie4. Les patients atteints d’une entérocolite pseudomembraneuse présenteront pour leur part une inflammation colique intense associée à la formation de pseudomembranes sur la surface muqueuse intestinale2, et leur état général sera plus souvent altéré4. Les manifestations extracoliques rares de l’infection par C. difficile comprennent la bactériémie, les abcès intra‑abdominaux, l’ostéomyélite, les abcès viscéraux, l’empyème, le mégacôlon toxique, la perforation du côlon et l’arthrite réactionnelle5. La production des exotoxines A et B favorise les dommages tissulaires, qui entraînent une nécrose et une ulcération cellulaire, une diarrhée et une sécrétion liquidienne et une colite3. La souche de ribotype 027, aussi appelée pulsotype 1 nord‑américain (NAP1), représente l’une des formes les plus pathogènes de C. difficile en raison de sa production anormalement élevée de toxines A et B, de sa production d’une troisième toxine appelée toxine binaire et de sa résistance aux fluoroquinolones6Footnote 7. Une autre nouvelle souche hypervirulente de C. difficile, la souche 078 (NAP7/8), cause une diarrhée grave qui a été associée à un taux de mortalité élevé aux Pays‑Bas8 et dans d’autres pays, dont le Canada9.

ÉPIDÉMIOLOGIE : C. difficile est observé partout dans le monde et fait partie de la flore microbienne intestinale normale de 2 à 5 % des adultes sains2Footnote 4, les sujets âgés étant généralement colonisés dans une plus forte proportion (10 à 20 %)4. Les personnes âgées fragiles, les femmes en péripartum et les enfants sont davantage à risque de contracter une infection à C. difficile4Footnote 7, tout comme les sujets sous antibiothérapie. Le nombre d’éclosions graves d’infections à C. difficile associées à une forte mortalité a connu une hausse en Amérique du Nord et en Europe depuis le début des années 20006. Ces éclosions sont associées à la souche 027; les cas d’infection par la souche 078 ont quant à eux vu leur incidence augmenter de 3 % à 13 % entre février 2005 et février 20088.

GAMME D’HÔTES : Porc, baleineau, humain10.

DOSE INFECTIEUSE : Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION : La transmission se produit principalement par voie fécale‑orale à la suite d’un contact avec des aliments, des véhicules ou des mains contaminés3. Une multiplication excessive des C. difficile de la flore intestinale normale associée à une toxinogenèse peut aussi être observée chez les patients immunodéprimés2. Des cas de transmission nosocomiale mettant en cause le personnel médical et de l’équipement médical contaminé ont aussi été décrits2.

PÉRIODE D’INCUBATION : Habituellement de 5 à 10 jours; l’atteinte peut toutefois apparaître de un jour à quelques semaines après l’administration d’un traitement antibiotique contre la diarrhée associée aux antibiotiques (DAA)2.

TRANSMISSIBILITÉ : Le risque de transmission directe entre humains est faible; cependant, des cas de transmission nosocomiale secondaires à une contamination des mains, des instruments (endoscopes, etc.) et de l’environnement ont été signalés2Footnote 11. Les patients asymptomatiques peuvent aussi agir à titre de réservoir dans la transmission nosocomiale de C. difficile11.

SECTION III – DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Sol, matières fécales humaines et animales (animaux domestiques), eaux usées, tractus gastro‑intestinal humain, viande de détailFootnote 1Footnote 10.

ZOONOSE : Aucune donnée à l’appui d’une transmission directe de l’animal à l’humain; cependant, une transmission indirecte par la consommation d’aliments contaminés est possible4Footnote 10.

VECTEURS : Aucun.

SECTION IV – VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : C. difficile est sensible au métronidazole et à la vancomycine administrée par voie orale2Footnote 10. Une sensibilité aux pénicillines et aux céphalosporines a aussi été mise en évidence in vitro, mais ces médicaments ne sont pas utilisés dans le traitement de l’infection car ils peuvent être inactivés par les β‑lactamases/céphalosporinases produites par d’autres bactéries intestinales, ce qui les rend inefficaces in vivo2.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : Quelques souches rares résistantes au métronidazole ont été isolées4. La souche hypervirulente 027, résistante aux fluoroquinolones, a aussi été isolée en Amérique du Nord et en Europe7.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : De manière générale, les spores présentent une bonne résistance à la désinfection. Les spores de Clostridium spp., en particulier, sont résistantes aux alcools éthyliques et propyliques11; elles sont toutefois sensibles à un contact de 20 minutes avec des désinfectants de haut niveau comme le glutaraldéhyde à 2 %11. Le formaldéhyde à 8 % et l’hypochlorite de sodium à 20 ppm sont aussi efficaces contre les spores bactériennes12.

INACTIVATION PHYSIQUE : Les spores de Clostridium spp. sont généralement résistantes à la chaleur et peuvent survivre pendant 3 heures à une température de 116 °C, tandis que la forme végétative peut être rapidement inactivée par des températures de seulement 55 à 65 °C13. La plupart des spores peuvent être inactivées par une exposition à une chaleur humide de 121 °C pendant 15 à 30 minutes13.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE : C. difficile peut survivre dans le sol1, la viande10 et les légumes14.

SECTION V – PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition de symptômes. La détection des toxines dans les échantillons de selles demeure la technique de référence pour le diagnostic de l’infection par C. difficile, et elle peut être réalisée à l’aide d’épreuves sur culture cellulaire ou de dosages immunoenzymatiques (EIA)4. Le diagnostic peut aussi être fondé sur la culture de la bactérie sur un milieu approprié, par exemple sur une gélose au jaune d’œuf ou une gélose sanguine1Footnote 4. Le typage des souches de C. difficile est quant à lui couramment effectué par PCR‑ribotypage ou par électrophorèse en champ pulsé (ECP)1Footnote 4.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : Administrer un traitement de soutien visant à corriger le déséquilibre liquidien et électrolytique3. En cas de diarrhée associée aux antibiotiques, cesser le traitement antibiotique2 et administrer du métronidazole par voie orale aux patients dont l’état ne s’améliore pas. Le recours au métronidazole est aussi possible dans le cas des patients qui présentent une atteinte générale2Footnote 4Footnote 10. La vancomycine par voie orale s’est montrée plus efficace que le métronidazole dans le traitement des infections récurrentes2Footnote 4Footnote 10.

IMMUNISATION : Aucune.

PROPHYLAXIE : L’administration d’un traitement antibactérien prophylactique de l’infection par C. difficile n’est pas recommandée car les antibiotiques peuvent altérer la flore microbienne intestinale normale4.

SECTION VI – DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES EN LABORATOIRE : Aucun cas n’a jusqu’à présent été signalé.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Selles et autres excrétions humaines4, produits alimentaires contaminés, contenu de la lumière intestinale et tissus intestinaux.

DANGERS PRIMAIRES : Ingestion accidentelle du pathogène ou de ses toxines.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun.

SECTION VII – CONTRÔLE DE L’EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2 15.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure 16.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle 16.

SECTION VIII – MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer 16.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec celui‑ci par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération 16.

ENTREPOSAGE : L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée 16.

SECTION IX – RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Décembre 2011

PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, Agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

Tous droits réservés© Agence de la santé publique du Canada, 2011 Canada

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