Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Corynebacterium diphtheriae

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ : AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM : Corynebacterium diphtheriae

SYNONYME OU RENVOI : Diphthérie Note de bas de page 1.

CARACTÉRISTIQUES : Corynebacterium diphtheriae fait partie de la famille des Corynebacteriaceae et du genre Corynebacterium. Les bactéries sont de petits bacilles pléomorphes, aérobiques et asporulés. Elles sont Gram positive et ont une forme légèrement en massue Note de bas de page 1,Note de bas de page 2. Les cellules de C. diphtheriae peuvent être disposées en cellules uniques, en paires, en forme de V, en palissades ou en grappes Note de bas de page 2. Elles sont immobiles et produisent une réaction catalase positive Note de bas de page 2. Des colonies non hémolytiques apparaissent dans les 18 à 24 heures lorsqu’elles sont placées dans un milieu de culture contenant du sang à 37 °C Note de bas de page 1,Note de bas de page 2. Les biotypes (ou biovars) de C. diphtheriae sont gravis, mitis, belfanti et intermedius Note de bas de page 1.

SECTION II - DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ : C. diphtheriae est l’agent responsable de la diphtérie (diphtérie respiratoire/pharyngée/de la gorge ou diphtérie cutanée) Note de bas de page 2.

La diphtérie respiratoire est une maladie des voies respiratoires supérieures qui se manifeste par une pharyngite ou une amygdalite accompagnée de maux de gorge, d’une dysphagie, d’une lymphadénite, d’une faible fièvre et de céphalées Note de bas de page 1,Note de bas de page 2. Dans les cas graves, un œdème des tissus mous et une adénite graves peuvent donner une apparence en cou de taureau Note de bas de page 3. Une plaque de membrane se forme sur les amygdales et peut s’étendre aux piliers amygdaliens, à la luette, au voile du palais, à l’oropharynx et au nasopharynx Note de bas de page 1,Note de bas de page 3. Un œdème de la trachée et des bronches et le recouvrement de celles-ci par des pseudomembranes peuvent également survenir Note de bas de page 3. Dans les cas non compliqués, la maladie se résorbe habituellement et la membrane est crachée après 5 à 10 jours Note de bas de page 1. Certains effets graves de la diphtérie, comme la myocardite, la névrite et des atteintes rénales, sont causés par une absorption généralisée de l’exotoxine diphtérique à partir du foyer d’infection Note de bas de page 1,Note de bas de page 2,Note de bas de page 4. La myocardite se manifeste par une hypertrophie et une faiblesse cardiaques, de l’arythmie et une défaillance cardiaque congestive Note de bas de page 1. Environ 75 % des patients atteints d’une diphtérie respiratoire grave peuvent aussi développer une neuropathie Note de bas de page 3. L’infection du système nerveux provoque la paralysie du voile du palais ou des muscles oculomoteurs, paralysie qui disparaît habituellement avec la formation d’anticorps antitoxines Note de bas de page 1. Des effets graves et létaux de la diphtérie peuvent également survenir à la suite d’une obstruction mécanique des voies aériennes en raison de l’extension de la pseudomembrane dans la trachée et les bronches, entraînant ainsi une cyanose et la suffocation chez le patient Note de bas de page 1,Note de bas de page 3.

La diphtérie cutanée est plus fréquente dans les régions tropicales, chaudes et arides Note de bas de page 4. Elle se caractérise par la formation de lésions sur la peau, pouvant varier d’une simple pustule à un ulcère chronique qui ne guérit pas Note de bas de page 1,Note de bas de page 2,Note de bas de page 3. C. diphtheriae colonise surtout les lésions cutanées préexistantes, comme les plaies chirurgicales, la pyodermite, l’eczéma, l’impétigo, la dermatite ou les piqûres d’insectes Note de bas de page 3. Corynebacterium ulcerans et C. pseudotuberculosis peuvent aussi abriter les gènes tox de la diphtérie et exprimer la toxine diphtérique. Les infections par ces deux espèces surviennent le plus souvent chez les animaux, mais elles peuvent aussi causer une maladie apparentée à la diphtérie chez l’homme, avec des symptômes similaires à ceux décrits ici pour C. diphtheriae. Les infections causées par des souches toxinogènes de C. ulcerans, qui sont présentes chez les animaux de compagnie comme le chien ou le chat, et peuvent par la suite causer des infections zoonotiques chez l’homme, sont un sujet de préoccupation croissant Note de bas de page 1.

ÉPIDÉMIOLOGIE : L’OMS a signalé 7 088 cas de diphtérie dans le monde en 2008 et 5 000 décès estimés en 2004 Note de bas de page 5. Grâce aux programmes d’immunisation systématique, la diphtérie est rare dans les pays développés, même si certains cas observés semblent plus graves, et même fatals Note de bas de page 4. Dans ces pays, la diphtérie survient habituellement par petites éclosions dans les populations non immunisées, par exemple chez les travailleurs migrants ou les personnes de passage Note de bas de page 1. Au Canada, la diphtérie se limite principalement à des petites éclosions dans les populations des Premières nations (c.-à-d. les peuples indigènes d’Amérique du Nord); les éclosions les plus récentes remontent à plus de 30 ans Note de bas de page 6. Malgré l’usage répandu des vaccins, la diphtérie demeure endémique dans les pays en développement comme l’Inde, le Bangladesh, le Vietnam, certains pays d’Afrique et certaines régions d’Amérique du Sud (p. ex. Brésil) Note de bas de page 7. En Russie, la diphtérie est réapparue en 1990 et s’est propagée dans tous les autres pays de l’ancienne Union soviétique, ainsi que dans les États baltes. Avant 1990, le nombre annuel de cas de diphtérie était inférieur à 200; il est passé à 47 000, dont 1 700 décès, entre 1990 et 1995, et à environ 157 000, dont 5 000 décès, au début de 1999 Note de bas de page 1,Note de bas de page 7.

GAMME D'HÔTES : L’humain. Quoique rares, certains biotypes de C. diphtheriae ont également été isolés chez des animaux comme la vache, le chat et le cheval Note de bas de page 8. C. ulcerans et C. pseudotuberculosis infectent surtout les animaux, mais causent également des maladies chez l’humain Note de bas de page 1.

DOSE INFECTIEUSE : Inconnue. Toutefois, le principal facteur de virulence de Corynebacterium diphtheriae, de C. ulcerans et de C. pseudotuberculosis est la toxine diphtérique, dont la dose létale est de moins de 0,1 µg/kg de poids corporel chez l’humain Note de bas de page 4,Note de bas de page 9.

MODE DE TRANSMISSION : La transmission de C. diphtheriae peut s’effectuer par des noyaux de gouttelettes, par un véhicule et par contact direct avec des infections cutanées Note de bas de page 1. C. diphtheriae se transmet également en milieu hospitalier et par les vêtements d’hôpitaux Note de bas de page 10. La consommation de lait peut aussi transmettre la diphtérie Note de bas de page 11. La transmission de C. ulcerans et de C. pseudotuberculosisis semble similaire à celle de C. diphtheriae Note de bas de page 1.

PÉRIODE D'INCUBATION : De 2 à 4 jours Note de bas de page 1.

TRANSMISSIBILITÉ : Période variable. Sans antibiothérapie, la maladie est transmissible pendant 2 à 4 semaines Note de bas de page 10. Une antibiothérapie adéquate met habituellement fin à l’excrétion bactérienne dans les 48 heures Note de bas de page 10.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR : Les humains constitueraient un réservoir important de C. diphtheriae Note de bas de page 10. C. diphtheriae peut être présent dans le nasopharynx et sur des lésions cutanées pendant des semaines, parfois des mois, voire toute la vie chez des personnes asymptomatiques, qui peuvent servir de réservoir à la maladie Note de bas de page 1,Note de bas de page 2. Les réservoirs de C. ulcerans et de C. pseudotuberculosis seraient principalement animaux Note de bas de page 1.

ZOONOSE : Aucune.

VECTEURS : Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : Sensible à la pénicilline, à l’érythromycine, à la tétracycline et à certaines céphalosporines Note de bas de page 1,Note de bas de page 12. Certaines souches résistantes à l’érythromycine ont été signalées Note de bas de page 12.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : C. diphtheriae et les espèces apparentées peuvent également être inhibées par la chlorhexidine (CMI de 5mg/l) Note de bas de page 13. La plupart des bactéries végétatives sont également sensibles à l’hypochlorite de sodium à 1 %, à l’éthanol à 70 %, au glutaraldéhyde, au formaldéhyde, aux produits iodés, au peroxyde d’hydrogène, à l’acide peracétique et aux composés d’ammonium quaternaire Note de bas de page 14.

INACTIVATION PHYSIQUE : On ne dispose pas de renseignements précis sur C. diphtheriae et les espèces apparentées, mais la plupart des bactéries végétatives peuvent être inactivées par un traitement à la chaleur humide (121 °C pendant 15 à 30 minutes) et à la chaleur sèche (160 à 170 °C pendant 1 à 2 heures) Note de bas de page 15.

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE : C. diphtheriae peut survivre sur des surfaces sèches inanimées de 7 jours à 6 mois Note de bas de page 16. La survie de C. ulcerans et de C. pseudotuberculosis est inconnue.

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE : Surveiller l’apparition des symptômes. Le diagnostic de la diphtérie repose principalement sur la surveillance des symptômes cliniques (lésions cutanées ou formation d’une pseudomembrane) Note de bas de page 1,Note de bas de page 2. La confirmation de l’infection à C. diphtheriae peut être effectuée par la mise en culture de la bactérie sur un milieu sélectif comme la gélose au sang de mouton à 5 %, le milieu de Tinsdale et la gélose au sang avec colistine-acide nalidixique, suivie d’une coloration de Gram et d’épreuves biochimiques différentielles Note de bas de page 1,Note de bas de page 2. Parmi les autres méthodes d’identification de ces espèces, mentionnons la chromatographie gaz-liquide des acides gras cellulaires et, de plus en plus, l’utilisation du séquençage du gène 16S rARN et du gène rpoB Note de bas de page 2.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : L’administration de l’antitoxine diphtérique est le traitement contre la diphtérie qui donne les meilleurs résultats Note de bas de page 4. Afin de freiner la production de toxines, il est possible d’avoir recours à une antibiothérapie par des pénicillines, des céphalosporines, l’érythromycine et la tétracycline en association avec l’antitoxine pour éradiquer la bactérie du foyer d’infection Note de bas de page 1,Note de bas de page 4,Note de bas de page 10. La pénicilline peut être administrée par voie orale ou intramusculaire Note de bas de page 10.

IMMUNISATION : La vaccination à des fins de lutte contre l’infection diphtérique se fait au moyen d’un vaccin combiné contre la diphtérie, la coqueluche et l’anatoxine tétanique (DCaT) Note de bas de page 17,Note de bas de page 18. Celui-ci peut être administré en même que le vaccin contre la poliomyélite et contre Haemophilus influenzae de type b (DCaT-VPI-Hib) à l’âge de 2, 4, 6 et 18 mois Note de bas de page 18,Note de bas de page 19. Une dose de rappel du vaccin DCaT-VPI est aussi donnée chez les enfants de 4 à 6 ans Note de bas de page 18. Il est également possible d’administrer une seule dose de rappel du vaccin dTpa (BoostrixMC) pour prévenir la diphtérie, le tétanos et la coqueluche chez les personnes âgées de plus de 4 ans en Europe et au Canada, chez les adolescents de 10 à 18 ans aux États-Unis et chez les personnes de plus de 10 ans en Australie Note de bas de page 17. Ce vaccin contient la même anatoxine que le vaccin DCaT, et il est employé pour la primo-vaccination, mais en quantité moindre pour éviter les réactions immunologiques accrues liées à des doses consécutives Note de bas de page 17. Il est recommandé de recevoir un vaccin de rappel tous les 10 ans, après la fin du calendrier de vaccination infantile Note de bas de page 20.

PROPHYLAXIE : Une antibioprophylaxie à la benzathine-pénicilline G par voie intramusculaire est recommandée pour les proches en contact étroit avec les patients et pour le personnel médical exposé aux sécrétions orales des personnes infectées. L’érythromycine par voie orale peut également être utilisée Note de bas de page 10.

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE : Trente-trois cas de diphtérie acquise en laboratoire ont été signalés depuis 1976 Note de bas de page 21.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS : Exsudats ou sécrétions du nez, de la gorge, du nasopharynx, du larynx, des plaies; sang, peau Note de bas de page 2, Note de bas de page 22.

DANGERS PRIMAIRES : Inhalation, inoculation parentérale accidentelle et ingestion Note de bas de page 22.

DANGERS PARTICULIERS : Aucun.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION PAR GROUPE DE RISQUE : Group de risque 2 Note de bas de page 23.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipements et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, des cultures ou des animaux infectés ou potentiellement infectés Note de bas de page 24.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure Note de bas de page 24.

AUTRES PRÉCAUTIONS : : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle Note de bas de page 24.

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie‑tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer Note de bas de page 24.

ÉLIMINATION : Décontaminer toutes les matières à éliminer contenant l’agent infectieux ou ayant été en contact avec ce dernier par stérilisation à la vapeur, désinfection chimique, rayonnement gamma ou incinération Note de bas de page 24.

ENTREPOSAGE : Dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée Note de bas de page 24.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR : Décembre 2011

PRÉPARÉE PAR : Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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