Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Cryptococcus neoformans

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I - AGENT INFECTIEUX

NOM: Cryptococcus neoformans

SYNONYME OU RENVOI: C. neoformans var neoformans, C. neoformans var gattii (également appelé C. gattii), cryptococcose, infections cryptococcales, cryptocoque, torulose, blastomycose européenneNote de bas de page 1-Note de bas de page 3.

CARACTÉRISTIQUES: C. neoformans est une levure sphérique d’un diamètre de 4 à 6 µm qui produit une capsule contenant du glucuronoxylomannane (GXM), ce qui porte son diamètre à 25 µm ou plusNote de bas de page 4-Note de bas de page 6. C. neoformans produit en général un seul bourgeon qui se sépare une fois la maturation achevéeNote de bas de page 4. C. neoformans peut également exister sous une forme pseudohyphale. Le microorganisme est subdivisé en sérotypes en fonction d’un ensemble défini d’immunsérums dirigés contre la capsule, à savoir les sérotypes A, B, C, D et l’hybride A/DNote de bas de page 2, Note de bas de page 7. C. neoformans var neoformans regroupe les sérotypes A et D, tandis que C. neoformans var gattii regroupe les sérotypes B et CNote de bas de page 1. C. neoformans peut se différencier en plusieurs formes morphologiques complexes (p. ex. levure, chlamydospore, pseudohyphe, hyphe), mais il existe normalement sous forme de levure lorsqu’il cause une infection. Les basidiospores de petite taille (1,8 à 3,0 µm) peuvent se transformer en levures, la forme privilégiée à 37 °C, ou former des hyphes dicaryotiques, la forme privilégiée à 24 °CNote de bas de page 8. Cet organisme existe sous forme de levure dans l’environnementNote de bas de page 9.

SECTION II - DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: C. neoformans cause différentes maladies chez les hôtes immunodéprimés et immunocompétentsNote de bas de page 10 , entre autres la méningo-encéphalite (77,2 %) et la cryptococcose pulmonaire (8,2 %; surtout chez les hôtes immunodéprimés). La cryptococcose disséminée est une complication qui peut survenir dans 91,8 % des casNote de bas de page 11 . La cryptococcose peut être mortelle si elle n’est pas traitée. Les spores ou les cellules de levure desséchées de C. neoformans peuvent s’introduire dans les voies respiratoires de l’hôte par inhalation Note de bas de page 1 ,Note de bas de page 2 . Les sérotypes A et D sont des pathogènes opportunistes, tandis que les sérotypes B et C peuvent infecter des individus immunocompétentsNote de bas de page 1 ,Note de bas de page 12 . L’infection pulmonaire se propage le plus souvent au cerveau et à la peauNote de bas de page 2 . C. neoformans peut provoquer une infection systémique, y compris une méningite mortelle (méningo-encéphalite) chez des hôtes normaux, diabétiques et immunodéprimésNote de bas de page 13. Sans traitement, l’infection cérébrale à C. neoformans peut être mortelleNote de bas de page 8 .

Infection du SNC : la cryptococcose du SNC se présente en général sous la forme d’une méningite aiguë, subaiguë ou chronique, accompagnée de symptômes tels que des céphalées persistantes, des nausées, des étourdissements, une ataxie, des troubles de la mémoire et du jugement, une irritabilité, une somnolence, une maladresse et une confusionNote de bas de page 6, Note de bas de page 10. Les patients ne présentent pas toujours de la fièvre, et la raideur de la nuque est minime ou absente chez la plupart d’entre eux. Des crises convulsives peuvent se produire lors de l’évolution de la maladie. L’infection du SNC peut également entraîner un abcès cérébral (cryptococcome), un épanchement sous-dural, une démence, une lésion du nerf crânien isolée, une lésion de la moelle épinière et un accident ischémique cérébral. Le taux de mortalité associé à la méningite cryptococcale varie de 10 % à 30 %Note de bas de page 14.

Infection respiratoire : La cryptococcose peut se manifester par de la toux, de la dyspnée, des crachats striés de sang ou par une douleur sourde dans la poitrineNote de bas de page 6. Parmi les autres infections de l’appareil respiratoire figurent des cas de pneumonie, de cavitation, de masses endobronchiques, d’empyème, de nodules, de sinusite, de médiastinite, de bronchiolite oblitérante et de pneumothoraxNote de bas de page 10.

Infection cutanée : Les lésions cutanées peuvent être uniques ou multiples; le plus souvent, elles se manifestent d’abord par des lésions indolores sur le visage et le cuir cheveluNote de bas de page 6 . Elles peuvent prendre la forme de papules érythémateuses ou ombiliquées, de pustules, de lésions acnéiformes, de plaques indurées, de purpura pétéchial des membres, de masses sous-cutanées molles, de fistules purulentes, de cellulite, de vésicules ou d’ulcères importants dont le contour est mal défini.

Les manifestations suivantes sont plus rares : lymphadénite, pancréatite, hépatite, péritonite, œsophagite, ostéomyélite, arthrite septique, myosite, endophtalmite, œdème papillaire, atrophie du nerf optique, pyélonéphrite, prostatite, endocardite, fongémie, myocardite, péricardite, syndrome de Cushing, insuffisance surrénalienne, lésions des masses surrénaliennes et thyroïditeNote de bas de page 10.

ÉPIDÉMIOLOGIE: Le nombre de cas varie selon les souches de C. neoformansNote de bas de page 1. Les sérotypes A et D de C. neoformans sont présents dans le monde entier et sont à l’origine de la grande majorité des infections cryptococcales, surtout chez les individus immunodéprimés. Le sérotype A est responsable de plus de 95 % des cas de cryptococcose dans le mondeNote de bas de page 1. Il semble être mis en cause chez 99 % des patients atteints du sida qui contractent une cryptococcose dans tous les pays du monde, sauf en France où il cause environ 80 % des infectionsNote de bas de page 12. Les cas les plus fréquents d’infection causée par les sérotypes A et D ont été signalés en Europe, où la cryptococcose est associée à 77 % des patients infectés par le VIH. Les sérotypes B et C de C. gattii sont présents dans les régions tropicales et subtropicales (p. ex. Australie, Papouasie Nouvelle-Guinée et Amérique du Sud) et provoquent surtout des infections cryptococcales chez des hôtes immunocompétentsNote de bas de page 1. Des isolats de C. gattii peuvent également causer des infections dans les régions où le climat est tempéré. Le taux de mortalité associé à la méningite cryptococcale, causée par le mycète C. neoformans, peut s’élever à 30 % chez les patients atteints du sida dans les régions où les ressources font défaut, notamment en Asie du Sud-EstNote de bas de page 1. D’après les estimations, de 6 % à 10 % des patients atteints du sida aux États-Unis, en Europe de l’Ouest et en Australie et de 0 % à 50 % des patients atteints du sida en Afrique subsaharienne sont atteints d’une méningite cryptococcale qui constitue un danger de mortNote de bas de page 12. Dans les années 1990, C. neoformans est devenu la première cause de méningite positive par culture dans de nombreuses régions, y compris la ville de New York. La méningite cryptococcale fait à elle seule environ 624 000 victimes chaque annéeNote de bas de page 1.

GAMME D’HÔTES: Humains et différents animaux domestiques et sauvages (p. ex. chats, oiseaux)Note de bas de page 1, Note de bas de page 7.

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: Les spores sont inhalées à l’extérieur, car l’organisme est présent dans le solNote de bas de page 1, Note de bas de page 15.

PÉRIODE D’INCUBATION: Inconnue. C. neoformans peut coloniser les voies respiratoires pendant des mois, voire des années, sans causer aucun symptôme cliniqueNote de bas de page 1.

TRANSMISSIBILITÉ: La transmission d’une personne à une autre n’a été documentée que dans des cas de greffe d’organeNote de bas de page 6.

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: C. neoformans est présent chez l’humain et chez de nombreux animaux domestiques et sauvagesNote de bas de page 1, Note de bas de page 7. Le sol et la végétation en décomposition sont également un réservoir pour les sérotypes A et DNote de bas de page 1, tandis que les sérotypes B et C sont présents dans les arbres. C. neoformans est associé à différentes niches environnementales, en particulier le guano d’oiseauNote de bas de page 1, Note de bas de page 9.

ZOONOSE: C. neoformans peut infecter les animaux, mais aucun cas de transmission directe d’un animal à l’humain n’a été observéNote de bas de page 17.

VECTEUR: Aucun.

SECTION IV - VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS:/RÉSISTANCE: Amphotéricine B ou itraconazoleNote de bas de page 15 avec ou sans flucytosine ou fluconazole.

RÉSISTANCE AUX MÉDICAMENTS : C. neoformans peut devenir résistant à la flucytosine lorsque ce médicament est administré seulNote de bas de page 5.

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Un traitement à l’alcool éthylique à 70 % est efficace pour tuer C. neoformans; l’organisme est par ailleurs sensible aux dérivés phénoliques, au formaldéhyde, au glutaraldéhyde, aux iodophores et à l’hypochlorite de sodium (1 %)Note de bas de page 18 ,Note de bas de page 19 .

INACTIVATION PHYSIQUE: La thérapie photodynamique (TPD), qui associe le bleu de méthylène (BM) à un rayon laser rouge de basse énergie, peut inactiver C. neoformansNote de bas de page 20. La TPD peut être administrée avec 150 μM de BM et un laser rouge de 100 mW avec fluorescence à 180 J/cm2 pendant 9 min. C. neoformans peut être inactivé par un traitement aux rayons UV, aux microondes, aux rayons gamma, à la chaleur humide (121 °C pendant au moins 20 min) et à la chaleur sèche (165-170 °C pendant 2 h)Note de bas de page 21-Note de bas de page 24.

SURVIE À L’EXTÉRIEUR DE L’HÔTE: Inconnue. Toutefois, le principal réservoir de C. neoformans est l’environnement, y compris le sol, le guano d’oiseau et les arbresNote de bas de page 1, Note de bas de page 9.

SECTION V - PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Rechercher les symptômes et confirmer le diagnostic par culture et par des tests histopathologiques et sérologiques. On peut utiliser la PCR nichéeNote de bas de page 4, Note de bas de page 5, Note de bas de page 15, Note de bas de page 25.

Remarque : Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Administrer un traitement antifongique appropriéNote de bas de page 6.

IMMUNISATION: Il n’existe à l’heure actuelle aucune méthode d’immunisationNote de bas de page 15 ; toutefois, certains vaccins font en ce moment l’objet d’essais cliniques, dont un vaccin conjugué GXM-anatoxine tétanique, qui a fait les preuves de son efficacité chez les individus immunocompétents lors d’essais cliniquesNote de bas de page 12 .

PROPHYLAXIE: Les patients infectés par le VIH peuvent suivre un traitement antifongique, p. ex. du fluconazole, lorsqu’aucun symptôme d’infection n’est présentNote de bas de page 9.

SECTION VI - DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: On a signalé un cas d’exposition en laboratoire à C. neoformans imputable à une lacération par une lame de scalpel contaminéeNote de bas de page 26. Deux cas d’infection oculaire à C. neoformans liés à une intervention chirurgicale ont été déclarésNote de bas de page 9. On a également signalé un cas de cryptococcose imputable à une piqûre du pouce avec une aiguille lors d’un prélèvement de sang chez un patient atteint du sida et de fongémie cryptococcale, et deux cas d’inoculation cryptococcale percutanée accidentelle par une piqûre d’aiguille.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: C. neoformans est présent dans le sol, le guano d’oiseau, le sang et l’urine, dans les échantillons de moelle osseuse et de LCR, et dans les échantillons provenant du cerveau, des yeux, du tractus respiratoire, de la peau et des muqueusesNote de bas de page 1, Note de bas de page 4, Note de bas de page 26.

DANGERS PRIMAIRES: L’inhalation de basidiospores et de cellules de levure desséchées peut provoquer une infection chez les travailleurs de laboratoire et doit être considérée comme un danger de transmission par voie aérienne pouvant avoir des conséquences gravesNote de bas de page 9. Il existe également un risque d’inoculation parentérale accidentelle de matière infectieuseNote de bas de page 9, Note de bas de page 26.

DANGERS PARTICULIERS: Les morsures de souris de laboratoire infectées et la manipulation de matières environnementales infectieuses (p. ex. déjections de pigeon) constituent également un dangerNote de bas de page 26.

SECTION VII - CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2 Note de bas de page 27.

EXIGENCES DE CONFINEMENT : Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux Note de bas de page 28.

VÊTEMENTS DE PROTECTION : Sarrau. Gants, lorsqu’un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu’il y a un risque connu ou potentiel d’éclaboussure Note de bas de page 28.

AUTRES PRÉCAUTIONS : Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s’effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L’utilisation d’aiguilles, de seringues et d’autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle Note de bas de page 28.

SECTION VIII - MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS : Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.

ÉLIMINATION: Avant la mise au rebut, décontaminer tous les déchets qui contiennent ou ont été en contact avec l’organisme infectieux par autoclavage, désinfection chimique, exposition aux rayons gamma ou incinération.

ENTREPOSAGE: L’agent infectieux doit être entreposé dans des contenants étanches étiquetés de façon appropriée.

SECTION IX - RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION : L’importation, le transport et l’utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l’Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Octobre 2010

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l’utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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