Fiche Technique Santé-Sécurité : Agents Pathogènes – Moraxella spp

FICHE TECHNIQUE SANTÉ-SÉCURITÉ: AGENTS PATHOGÈNES

SECTION I — AGENT INFECTIEUX

NOM: Moraxella spp.

SYNONYME OU RENVOI: M. atlantae, M. bovis, M. canis, M. caprae. M. catarrhalis, M. equi, M. lacunata, M. lincolnii, M. nonliquefaciens, M. oblonga, M. osloensis, M. pluranimalium. Moraxella phenylpyruvica est maintenant connue sous le nom de Pyschrobacter phenylpyruvicus.

CARACTÉRISTIQUES: Le genre Moraxella fait partie de la famille des Moraxellaceae; ces bactéries sont des bâtonnets bacillaires et coccoïdes Gram négatif habituellement regroupés en courtes chaînes ou en paires(2). Dans la plupart des cas, elles ne sont pas mobiles en milieu liquide; toutefois, certaines espèces se déplacent par « secousses »(2). Les espèces en forme de bâtonnets mesurent de 1,0 à 1,5 X 1,5 à 2,5 μm, alors que les espèces de forme coccoïde mesurent de 0,6 à 1,0 μm de diamètre(2). La plupart des espèces sont aérobies et produisent une réaction oxydase positive et catalase positive(2).

SECTION II — DÉTERMINATION DU RISQUE

PATHOGÉNICITÉ ET TOXICITÉ: Les espèces du genre Moraxella sont des parasites normalement présents dans l'oropharynx, les muqueuses, la peau et les voies génitales, mais elles peuvent causer certaines maladies chez les humains(1-4). Moraxella catarrhalis est l'espèce la plus souvent isolée et est à l'origine de cas graves d'otite moyenne (chez les enfants de plus de 3 mois), de cas d'otite moyenne chronique et séreuse (fièvre, douleur aiguë dans l'oreille et irritabilité, et pouvant évoluer vers un sepsis et une infection du SNC), de cas de sinusite aiguë et de sinusite chronique (fièvre occasionnelle, écoulement nasal ou postnasal, toux, haleine fétide, douleurs aux sinus et céphalées), infections des voies respiratoires supérieures et inférieures et parfois infections généralisées, méningite, bactériémie, endocardite, kératite et arthrite purulente(1-4). D'autres espèces du genre Moraxella peuvent entraîner une conjonctivite et une kératite (Moraxella lacunata), une méningite et une arthrite (Moraxella oloensis), une endocardite (Moraxella lacunata), une ostéomyélite (Moraxella oloensis), une infection des voies respiratoires supérieures et inférieures (Moraxella nonliquefaciens) et une infection otolaryngologique (Moraxella lacunata)(2-4). Plusieurs espèces se trouvent dans la flore humaine naturelle; cependant, leur pathogénicité, si elle existe, n'a pas été établie(2).

ÉPIDÉMIOLOGIE: Ces bactéries sont disséminées dans le monde entier. Les infections causées par ces bactéries sont le plus souvent contractées pendant les mois froids(4). Des épidémies de conjonctivite causées par cette bactérie ont été signalées auprès de jeunes filles ayant partagé leur maquillage(4). Soixante-quinze pour cent des enfants et de 1 à 3 % des adultes en bonne santé sont porteurs de cette bactérie(5).

GAMME D'HÔTES: Humains et mammifères (bovins, chevaux, moutons, souris, chats, chiens, chèvres, cobayes, lapins et porcs)(2).

DOSE INFECTIEUSE: Inconnue.

MODE DE TRANSMISSION: La transmission peut se faire d'une personne à une autre, surtout en milieu hospitalier (infections nosocomiales)(6). La contamination environnementale et les aérosols constituent d'autres modes potentiels de transmission(5,6).

PÉRIODE D'INCUBATION: Pas clairement définie.

TRANSMISSIBILITÉ: Il peut y avoir transmission d'une personne à une autre, et les porteurs de la bactérie peuvent contaminer d'autres personnes(6). On ne sait pas pendant combien de temps une personne peut être porteuse de la bactérie, puisque cette dernière fait partie de la flore normale des humains(2).

SECTION III - DISSÉMINATION

RÉSERVOIR: Chez l'humain, des espèces du genre Moraxella ont été isolées à partir de la conjonctive, des voies respiratoires supérieures, du sang, des sécrétions inflammatoires de l'oreille moyenne, du sinus maxillaire, d'aspirats bronchiques, de la cavité nasale, de la rate, du liquide céphalorachidien, du tractus génito-urétral, des articulations et de bourses séreuses(2). Elles ont aussi été trouvées dans la conjonctive et les cavités nasales de bovins, de moutons et de chevaux, dans la salive de chiens et de chats, dans la bouche et le pharynx de cobayes et de lapins, dans la cavité nasale de chèvres, dans le tractus génital de porcs, dans les intestins de chèvres, et dans le tractus génital et le cerveau de moutons et de bovins(2). On ne connaît pas la pathogénicité et l'infectiosité de plusieurs espèces du genre Moraxella(2).

ZOONOSE: Plusieurs espèces animales sont des hôtes pour diverses espèces du genre Moraxella, et même si aucun cas de zoonose n'a été signalé, de tels cas ne sont pas impossibles(2).

VECTEURS: Aucun.

SECTION IV — VIABILITÉ ET STABILITÉ

SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS: Les espèces du genre Moraxella sont sensibles à la pénicilline, à l'exception de Moraxella catarrhalis(1,2). Moraxella catarrhalis est résistante à la pénicilline, à l'ampicilline, à l'amoxicilline, à la vancomycine et à la clindamycine, mais sensible à l'association amoxicilline-clavulanate, aux céphalosporines à spectre étendu ou à large spectre, aux tétracyclines, à la rifampicine et à l'érythromycine(3,4,7). La majorité des espèces du genre Moraxella sont également sensibles aux céphalosporines, aux tétracyclines, aux quinolones et aux aminoglycosides(3).

SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS: Sensible au phénol à 2-5 %, à l'hypochlorite de sodium à 1 %, au formaldéhyde à 4 %, au glutaraldéhyde à 2 %, à l'éthanol à 70 %, au propanol à 70 %, à l'acide peracétique à 2 %, au peroxyde d'hydrogène à 3-6 % et à l'iode(8).

INACTIVATION PHYSIQUE: Les bactéries sont sensibles à la chaleur humide (121 °C pendant au moins 15 minutes) et à la chaleur sèche (160 à 170 °C pendant au moins 1 heure)(9).

SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE: On a observé que Moraxella bovis pouvait survivre jusqu'à 3 jours sur les pattes d'insectes et que Moraxella nonliquefaciens pouvait survivre jusqu'à 40 semaines si elle était conservée à des températures situées entre -70 et -80 °C(10,11). La bactérie peut aussi survivre jusqu'à 27 jours dans des sécrétions séchées dans l'environnement(12). M. catarrhalis peut survivre dans les expectorations pendant au moins 3 semaines(13).

SECTION V — PREMIERS SOINS ET ASPECTS MÉDICAUX

SURVEILLANCE: Surveiller les symptômes. La culture et des tests biochimiques sont utilisés pour identifier les espèces du genre Moraxella en laboratoire(14). Des méthodes moléculaires de dépistage ont aussi été utilisées dans le cas d'infections nosocomiales en milieu hospitalier(15).

Remarque: Les méthodes de diagnostic ne sont pas nécessairement toutes disponibles dans tous les pays.

PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT: Un traitement antibiotique peut être prescrit si nécessaire(1).

IMMUNISATION: Aucune(16).

PROPHYLAXIE: Il a été montré qu'une antibioprophylaxie était efficace chez les enfants présentant des otites moyennes récurrentes(17).

SECTION VI — DANGERS POUR LE PERSONNEL DE LABORATOIRE

INFECTIONS CONTRACTÉES AU LABORATOIRE: Aucun cas d'infection n'a été signalé jusqu'à présent.

SOURCES ET ÉCHANTILLONS: Les espèces du genre Moraxella ont été isolées dans diverses sécrétions chez l'humain, lesquelles peuvent représenter une source potentielle d'infection(2). Comme la possibilité de zoonose ne peut être écartée, les animaux infectés et leurs sécrétions peuvent aussi transmettre l'infection(2).

DANGERS PRIMAIRES: Les principaux risques sont notamment le contact de muqueuses ou de la peau avec l'agent infectieux, l'inoculation parentérale accidentelle et l'exposition à des aérosols(18).

DANGERS PARTICULIERS: Aucun.

SECTION VII — CONTRÔLE DE L'EXPOSITION ET PROTECTION PERSONNELLE

CLASSIFICATION DU GROUPE DE RISQUE: Groupe de risque 2(19).

EXIGENCES DE CONFINEMENT: Installations, équipement et pratiques opérationnelles de niveau de confinement 2 pour le travail avec des matières, cultures ou animaux infectieux ou potentiellement infectieux. Ces exigences de confinement s'appliquent au genre de façon globale et peuvent ne pas s'appliquer à toutes les espèces du genre(20).

VÊTEMENTS DE PROTECTION: Sarrau. Gants, lorsqu'un contact direct de la peau avec des matières infectées ou des animaux est inévitable. Une protection pour les yeux doit être utilisée lorsqu'il y a un risque connu ou potentiel d'éclaboussure(11). Une protection des yeux doit être utilisée en cas de risque connu ou potentiel d'exposition à des éclaboussures.

AUTRES PRÉCAUTIONS: Toutes les procédures pouvant produire des aérosols ou mettant en cause des concentrations ou des quantités élevées doivent s'effectuer dans une enceinte de sécurité biologique (ESB). L'utilisation d'aiguilles, de seringues et d'autres objets tranchants doit être strictement restreinte. Des précautions supplémentaires doivent être envisagées pour les activités avec des animaux ou à grande échelle(20).

SECTION VIII — MANUTENTION ET ENTREPOSAGE

DÉVERSEMENTS: Laisser les aérosols se déposer et, tout en portant des vêtements de protection, couvrir délicatement le déversement avec des essuie-tout et appliquer un désinfectant approprié, en commençant par le périmètre et en se rapprochant du centre. Laisser agir suffisamment longtemps avant de nettoyer.

ÉLIMINATION: Tous les déchets doivent être décontaminés avant leur mise au rebut par stérilisation à la vapeur, incinération ou désinfection chimique.

ENTREPOSAGE: L'agent infectieux doit être conservé dans un contenant scellé et étiqueté.

SECTION IX — RENSEIGNEMENTS SUR LA RÉGLEMENTATION ET AUTRES

INFORMATION SUR LA RÉGLEMENTATION: L'importation, le transport et l'utilisation de pathogènes au Canada sont régis par de nombreux organismes de réglementation, dont l'Agence de la santé publique du Canada, Santé Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments, Environnement Canada et Transports Canada. Il incombe aux utilisateurs de veiller à respecter tous les règlements et toutes les lois, directives et normes applicables.

DERNIÈRE MISE À JOUR: Août 2010.

PRÉPARÉE PAR: Direction de la règlementation des agents pathogènes, agence de la santé publique du Canada.

Bien que les renseignements, opinions et recommandations présentés dans cette Fiche de renseignements proviennent de sources que nous jugeons fiables, nous ne nous rendons pas responsables de leur justesse, de leur caractère exhaustif ou de leur fiabilité, ni des pertes ou blessures pouvant résulter de l'utilisation de ces renseignements. Comme on découvre fréquemment de nouveaux dangers, il est possible que ces renseignements ne soient pas tout à fait à jour.

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Canada

RÉFÉRENCES

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  3. Murray, P. R., Baron, E. J., Jorgensen, J. H., Landry, M. L., & Pfaller, M. A. (Eds.). (2007). Manual of Clinical Microbiology (9th ed.). Washington: ASM Press.
  4. Buchanan, B. K. (1998). Moraxella, branhamella, Kingella and Aeikenella. In A. Balows, & B. I. Duerden (Eds.), Topley & Wilson's Microbiology and Microbial Infections (9th ed., pp. 1139-1146). London: Arnold.
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  20. Public Health Agency of Canada. (2004). In Best M., Graham M. L., Leitner R., Ouellette M. and Ugwu K. (Eds.), Laboratory Biosafety Guidelines (3rd ed.). Canada: Public Health Agency of Canada.
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